Gérard Morisset (1898-1970)

1947.09b : Orfèvre - Levasseur, Michel

 Textes mis en ligne le 12 mars 2003, par Marie-Andrée CHOQUET, dans le cadre du cours HAR1830 Les arts en Nouvelle-France, au Québec et dans les Canadas avant 1867. Aucune vérification linguistique n'a été faite pour contrôler l'exactitude des transcriptions effectuées par l'équipe d'étudiants.

 

Orfèvre - Levasseur, Michel 1947/09

Bibliographie de Jacques Robert, n° 333

Revue de l'Université d'Ottawa, vol. 17, septembre 1947, p. 339-349.

L'orfèvre Michel Levasseur

À L'ONCLE GASPARD

Rien de plus décevant que la chronique, pleine d'incertitude et d'embûches, de certains artisans de la Nouvelle-France du début du XVIIIe siècle. Rien de plus odieux, semble-t-il, que l'ombre opaque qui les dissimule à nos investigations, s'il arrive par hasard qu'ils ont joué un bout de rôle au milieu de leurs contemporains ou pesé sur l'évolution de leur art. On a beau remuer des monceaux de paperasses et interroger des dizaines de gros livres, on ne découvre que des anecdotes banales ou douteuses, de sèches mentions d'état civil ou des références invérifiables; on s'ingénie à retrouver leurs œuvres, ne serait-ce qu'une seule parfaitement authentique, et rien ne laisse saisir, sauf quelque lointaine allusion à un ouvrage qui, d'ailleurs, aurait disparu...

C'est le cas de Michel Levasseur. Orfèvre, il l'a été sans aucun doute possible: plusieurs actes de l'état civil lui donnent ce titre; et un contrat notarié, dont on lira plus loin la description, se rapporte précisément à l'un de ses apprentis-orfèvres. Si l'on admet - et pour ma part, j'en conviens volontiers - que Jean Villain, cet que signale le recensement de 1667, n'a laissé aucun témoignage de sa maîtrise ni de son art , il faut bien alors considérer Michel Levasseur comme notre premier orfèvre, tout au moins notre premier maître en argenterie, le maître des deux plus anciens orfèvres nés en Nouvelle-France, Pierre Gauvreau et Jacques Pagé.

Michel Levasseur est un Français de France. Quand il débarque à Québec à l'automne de 1699, il est déjà orfèvre, marié, peut-être même père de famille. Il ne peut donc être question, à son sujet, de brevet d'apprentissage avec l'un de nos orfèvres, ni d'acte de mariage - autant de raisons de ne pas connaître le nom de son maître, ni sa ville d'origine, ni les noms de ses parents.

Le 20 juin 1700, sa femme, Madeleine de Villers, lui donne une fille, Élisabeth, dont le parrain est le lieutenant de Champigny et la marraine, dame François Hazeur, épouse d'un négociant de la Basse-Ville. Deux ans après, le 10 septembre, Madeleine de Villers met au monde un fils, Jean, que le marchand Jean Sébille et la fille de l'armurier Thibierge tiennent sur les fonts baptismaux de la cathédrale. Le 26 septembre 1704, les époux Levasseur font encore baptiser; c'est une fille, Catherine, dont le parrain est l'avocat Duchesneau et la marraine Catherine Deiino [sic]. Le 25 avril 1706…

En continuant de feuilleter les pages de l'état civil de Notre-Dame de Québec, on en arrive à connaître non seulement toute la famille de Levasseur, mais encore quelques-uns de ses familiers. Que pendant son séjour à Québec, sa femme lui donne sept enfants, dont les deux derniers Marguerite et Marie-Angélique, meurent en nourrice à l'Ancienne-Lorette en 1711 et en 1712, rien de bien important dans ces faits. Ce sont les parrainages qui offrent quelque intérêt. En 1706, au baptême de Marie-Anne, c'est le marchand Jean-François Hazeur qui est le compère; la commère est la future madame Regnard-Duplessis. Le parrain de Robert né en 1707 est le garde-magasin Desnoyers et la marraine, Marie Vinard, ; les parrains des autres enfants sont l'armurier Étienne Thibierge et Antoine Desnoyers.

Ces mentions d'état civil nous font voir que Levasseur est mêlé d'assez près à la vie bourgeoise et artisanale de la petite ville. Il a sa boutique à l'angle des rues Cul-de-Sac et Sous-le-Fort. Il ne manque pas, semble-t-il, de besogne. On sait peu de chose, il est vrai, de sa production artistique; mais ce peu de chose ne manque pas d'intérêt, et je le fais connaître dans le seul dessein d'orienter les recherches de quelque curieux d'histoire.

Je commence par les imprimés. La plus ancienne mention qui concerne Michel Levasseur se trouve dans les Mémoires de la Société royale du Canada, à la date de 1918 [Note 1. Voir p. 141 et suiv.]; Alfred Jones y publie une assez longue étude de l'argenterie religieuse du Canada et écrit quelques mots sur Levasseur et ses deux apprentis. Ce sont ces quelques mots qui, je le confesse, m'ont permis de retrouver les textes originaux que je transcris plus loin.

Onze ans après, Edward Wenham fait paraître, dans la revue américaine The Spur , un article sur notre orfèvrerie; dans les phrases qu'il consacre à Levasseur, il ne nous apprend rien de nouveau, mais il lui attribue un joli vase à fleurs qui se trouve dans le trésor de Lorette et qui, malheureusement pour Wenham, porte des poinçons de province française.

Dans Deux cents ans d'orfèvrerie chez nous [Note 2. Ottawa, 1939 (Mémoires de la Société royale du Canada).], monsieur Marius Barbeau donne peu de détails sur Levasseur. Mais dans The Old Silver of Quebec [Note 3. Toronto, 1940, p. 28.], monsieur Ramsay Traquair écrit ces lignes: Monsieur Traquair a bien tort d'attribuer à monseigneur Tanguay la naissance d'Élisabeth Levasseur à Montréal, car le généalogiste la fait naître à Québec [Note 4. Voir Dictionnaire généalogique, vol. I, p. 392.]; mais il a raison de signaler les comptes de Notre-Dame et du Séminaire, car ils nous apprennent que Levasseur a effectué des réparations de vases d'argent, entre 1707 et 1709. Et il est possible que l'on trouve son nom dans d'autres archives paroissiales, parmi celles que l'on a su conserver…

Et voici maintenant les pièces d'archives inédites. Elles ne sont pas nombreuses, mais elles projettent un peu de clarté sur la carrière de notre orfèvre. Interrogeons d'abord les inventaires après décès dressés de 1700 à 1710 et conservés aux Archives judiciaires de Québec. Il serait étonnant de n'y pas voir figurer le nom de Levasseur. Il y figure, et à plusieurs reprises, à des titres divers. Dans l'inventaire de Jacques de Joybert, , fait en présence du comte de Vaudreuil, la veuve du défunt hambalon, acte du 2 mai 1703.…" Douze cuillers et douze fourchettes d'argent à la mode ! Souhaitons que cette argenterie n'ait pas été toute envoyée à la fonte.

Un autre inventaire, celui de Marie-Jeanne Baby [Note 5 absente. Note 6. Minutier de Maître Louis Chambalon, acte du 27 juillet 1703 (Archives de Québec).], épouse du marchand québécois Claude Pauperet, contient le nom de Levasseur, mais cette fois comme débiteur de la communauté Pauperet-Baby; au reste, il est en bonne compagnie, puisque ces codébiteurs se nomment Noël Levasseur, François de Lajoue l'architecte, Joseph Maillou le maître-maçon et Jean Maillou, aussi maçon et architecte à ses heures; voici l'entrée:

Dans un acte de conventions dressé le 9 juillet 1706 par Maître Barbel, intervenu entre Pierre-Normand Labrière, taillandier, et l'arquebusier Pierre Gauvreau, au sujet du mur mitoyen qui sépare leurs propriétés respectives, Michel Levasseur signe comme témoin. Et le lendemain, 10 juillet, il devient locataire pour deux années du même Pierre-Normand Labrière: je cite la pittoresque description des lieux loués, due au talent de Maître Barbel:

Avec l'affaire Blondeau, nous apprenons beaucoup de choses sur Michel Levasseur, Nicolas Blin le graveur et Jean-Baptiste Soulard l'arquebusier. Mais que de complications inutiles! Dans les Jugements et délibérations du Conseil Souverain, cette affaire d'escamotage d'argenterie occupe plus d'une vingtaine de pages touffues, écrites en ce style tarabiscoté et plein d'abréviations inattendues, dont nos greffiers d'autrefois possédaient le secret - qu'on essaie, par exemple, de comprendre quoi que ce soit à certains procès-verbaux de François Daine… Il ne peut être question de raconter au long cette interminable histoire. Je la résume le plus clairement possible. Elle se divise en deux épisodes distincts: le premier a lieu en 1703; le second, de beaucoup le plus important, se déroule au cours de l'année 1707.

À l'automne 1703, meurt à Québec un certain Jean-Baptiste Blondeau; il laisse dans le deuil sa femme Marie Hot et quatre enfants en bas âge; à Maître Florent de la Cetière qui, le 26 novembre 1703, dresse l'inventaire des biens de la communauté, la veuve Hot fait la plaisante déclaration qui suit: D'où il résulte que l'argent n'a pas d'odeur, et que notre orfèvre redoit à la communauté Blondeau-Hot la somme de vingt-trois livres.

Le second épisode, indépendant du premier, je le répète, met en scène le frère du précédent défunt, Joseph Blondeau, capitaine de milice à Charlesbourg, et sa femme Agnès Giguère, ci-devant veuve de Charles Marquis, négociant québécois qui s'est laissé mourir en décembre 1701; Charles Marquis a laissé une fille, Marie-Madeleine, épouse de François Châteauneuf de Montel, absent du pays à la date de 1707. Le procès a lieu entre cette fille, femme Montel, et l'ex-madame Marquis, devenue femme Blondeau; c'est donc une querelle de belle-mère. Voici les chefs d'accusation.

La belle-fille Montel accuse sa belle-mère d'avoir recélé la somme de trois cent cinquante livres en argent, quinze jours après la mort de Charles Marquis; de s'être fait donner, de la main à la main, par le sieur Bonniault [Note 7. Agent d'affaires de Charles Marquis; il se trouvait à La Rochelle à la date du procès.], des marchandises et de la vaisselle qui appartenaient à la succession Marquis; d'avoir fait main basse, dès la mort de son mari, sur ; de ne pas avoir déclaré à l'inventaire dudit Marquis des biens qui relevaient de la succession; enfin de lui avoir extorqué des signatures sur de fausses représentations… Je laisse de côté la plupart de ces accusations, pour ne retenir que celle qui concerne l'orfèvrerie. Devant les allégations de la femme Montel, le Conseil souverain ordonne une expertise; Michel Levasseur en est chargé. Mais les époux Blondeau, soit par manque de confiance en Levasseur, soit pour retarder le procès, demandent une contre-expertise; le Conseil se rend à leur demande et désigne le graveur Nicolas Blin [Note 8 absente. Note 9. On le désigne sous le nom de Blin ou Bellin. Je reviendrai plus tard sur ce personnage.

], à qui l'on remet aussitôt le corps du délit. Chose vraiment étonnante, les deux experts s'entendent. Dans son rapport, Michel Levasseur admet avoir examiné ; mais il constate une chose bizarre: …auxquelles Cuilleres et fourchettes il n'a trouvé aucune marque de poinçon, Tous les Manches d'Icelles ayants Esté dessus et dessous Limées et marquées I: Mallet, en Lettres batardes [Note 10. Lettres bâtardes: écriture à jambages pleins, intermédiaire entre ce qu'on appelle la ronde et l'anglaise.

] tout nouvellement, ce qui paroist tres Clairement, Et a l'Egard des deux tasses quelles Sont marquées au poinçon de Paris, et qu'elles ont aussy esté tout nouvellement Limées et Ensuitte battëues au Marteau et Vne d'Icelle aussy marquée J. Mallet comme les Cuilleres et fourchettes; l'Autre Tasse N'ayant aucune Marque que celle dudit poinçon…" Nicolas Blin, qui a eu entre les mains les mêmes pièces d'argenterie, fait les mêmes constatations que Levasseur; mais il s'aperçoit, de plus, qu'entre l'expertise de Michel Levasseur et la sienne propre, une main étrangère s'est exercée sur les pièces d'orfèvrerie déposées au greffe du Conseil souverain; il remarque notamment que

Les expertises de Levasseur et de Blin, les déclarations de Bonniault et l'examen des écritures du défunt Marquis paraissent-ils, aux membres du Conseil, des preuves suffisantes de la culpabilité du couple Blondeau? On en peut douter, car madame Montel ne cesse d'argumenter contre les malheureux receleurs et, voulant se garder contre leurs agissements, arrache à l'intendant Raudot une ordonnance datée du 12 janvier 1708,

On comprend que Raudot a raison d'interdire à Levasseur et à Blin de toucher désormais à l'orfèvrerie en litige. Mais que vient faire Jean-Baptiste Soulard dans cette affaire? Est-ce à titre d'orfèvre [Note 11. Né dans les environs de La Rochelle vers 1645, mort à Québec le 8 juillet 1710. Armurier de profession, il a parfois exercé l'orfèvrerie.] que l'intendant lui fait la même défense qu'à Levasseur et à Blin? Ou ne serait-ce pas lui qui aurait puis remarqué au chiffre de J. Mallet l'argenterie de table de feu Charles Marquis? On l'ignore. Mais il existe un document qui paraît avoir quelque relation avec cette falsification d'orfèvrerie; je le trouve dans l'inventaire après décès du même Soulard [Note 12. Minutier de Maître Rivest, acet du 23 juillet 1710 (Archives judiciaires de Québec).]; dans les papiers du défunt, le notaire inventorie: Évidemment, on peut faire dire ce qu'on veut à cet écrit. Mais l'on imagine aisément qu'après l'incident de l'affaire Blondeau, Michel Levasseur ait voulu exercer des représailles contre Soulard et, notamment, lui faire interdire l'exercice d'un art qui n'était pas le sien…

Dès lors, le procès ne traîne plus en longueur. Il se termine à la fin de janvier 1708 par une sorte de jugement à la Salomon. La dame Montel obtient gain de cause, oui; mais elle doit partager les sommes qui lui reviennent et l'orfèvrerie de famille, avec son demi-frère, dont le tuteur est précisément Joseph Blondeau. Quant aux recéleurs - et ils sont, du même coup, parjures, - ils continuent, ô ironie du sort! à administrer, pour le compte de leur pupille, la moitié des biens qu'ils doivent restituer… Enfin, Michel Levasseur touche six livres pour son travail d'expert et Nicolas Blin, trois livres.

* * *

Que tous ces papiers jaunis et souvent à peine lisibles ne nous renseignent que fort imparfaitement sur l'activité artisanale de notre orfèvre, j'en conviens volontiers. Mais il faut bien que sa boutique ne manque pas de clients, puisqu'à deux reprises il s'assure les services d'un apprenti; le premier, vers 1705; le second, en mai 1708. Le premier brevet d'apprentissage, s'il existe, n'a pas été retrouvé. Mais le second existe aux Archives judiciaires de Québec; et cette pièce inédite est si importante dans l'étude des débuts de notre orfèvrerie, que je me permets de la transcrire ici intégralement. Je la fais précéder d'une ordonnance de l'intendant Raudot, qui, à ma connaissance, n'a pas encore eu les honneurs de la publication [Note 13. Elle ne se trouve point dans Edits et Ordonnances des Intendants, pour l'excellente raison que l'original est annexé à la minute du brevet d'apprentissage de Jacques Pagé.]. Voici d'abord l'ordonnance de Raudot.

Ayant été informé que Me Leuasseur orpheure de cette ville a dessein de repasser cette année en france, et n'ayant fait qu'un apprenty de son metier qui est Pierre Gauureau [Note 14. Né à Québec en 1674, mort dans la même ville le 4 février 1717. - Fils d'armurier et lui-même armurier du roi à Québec. On ne connaît de lui qu'une admirable fourchette.], et ne voulant pas en faire un autre acause que dans le marché qu'il a fait auec luy il s'est obligé de ne montrer son metier qu'a luy seul, et comme cette Stipulation est contraire au bien publique lequel demande tout au moins pour un metier comme celuy là qu'il y ait deux personnes qui en fassent la profession, et ayant jugé que celuy qui étoit le plus propre a l'entreprendre et a y reussir étoit Jacques Paget dit Carsy par plusieurs choses quil a desjà fait de sa main et de son génie par lesquelles il a fait connoître quil pouuoit y reussir [Note 15. Les "choses" que Jacques Pagé a "desjà fait de sa main" sont peut-être les deux grands plateaux en argent du Musée Notre-Dame, à Montréal, si abîmés et rapiécés…].

Nous ordonnons aud Leuasseur de luy apprendre Son metier, deffendons aud Gauureau dinquieter led Leuasseur et led Carsy à ce sujet, leur permettant de faire ensemble tels marchez que bon leur Semblera fait a quebec le 2e jour de May 1708.

Raudot

Par Monseigneur

Lebour

À la suite de l'ordonnance, voici le texte du brevet d'apprentissage de Jacques Pagé dit Quercy, tel que l'a rédigé le notaire Barbel.

Pardeuant Le notaire Royal en la preuosté de quebec soussigné y Resident fut pnt (présent) le Sieur Michel Leuasseur orpheure demeurant en cette ville de quebec Leql. en execution de l'orde. de Monseigneur l'Intendant datté de ce jour demeurée jointe aux presentes pour y auoir Recours En cas de besoing a promis et S'est obligé Enuers le Sieur Jacques pagé (Pagé) dit carcy [Note 16. Jacques Pagé dit Quercy est né à Québec le 11 décembre 1682; il est mort dans la même ville le 2 mai 1742. - Il a été orfèvre, horloger et brasseur. Son œuvre comprend actuellement une trentaine de pièces.] demeurant en cette ville a ce pnt de montrer et enseigner aud Sieur Carcy son art d'orpheure au mieux possible et autant que faire et poura comprendre Led Sieur Carcy a commencer Led aprentissage Le quinze du pnt mois et continuer jusqu'au départ des Vaux (vaisseaux) qui partiront de cette ville Lautonne prochain de la pnt année auquel temps Led Sieur Leuasseur doit Sembarquer luy et sa famille pour Le voyage de lancienne france - ne Sera tenu Led Leuasseur de fournir aucuns aliments aud Sr pagé Carcy Leql. sera tenu de se nourir Blanchir et Entretenir et Loger, Led Sieur Carcy sera tenu de se rendre tous les matins aux heures ordinaires En la maison dud Sr. Leuasseur pour trauailler a tous les ouurages dorpheuerie ou autres concernants Led art Lequel Sieur Leuasseur promet montrer led art pendant Led temps aud Sr. Carey sans luy rien Cacher, tous les trauaux que fera Led Sieur Carey pendant Led temps seront pour et au proffit dud Sieur Leuasseur sans pouuoir par Led Sieur Carcy y rien pretendre ny demander ny mesme pouuoir pendant Led temps trauailler pour qui que ce soit Sans la permission dud Sieur Leuasseur Est aresté et conuenu entre Lesd parties quau cas que Led Sieur Leuasseur passe en france cet autonne Led Sieur Carcy sera tenu de trauailler pour et proffit dud Sr. Leuasseur jusqu'au Jour du départ du Vau du Roy sy Led Leuasseur ne passe point… [Note 17. En réalité, Michel Levasseur est resté à Québec, à l'automne 1708.] et que Led Sieur Carcy veille passer en france Son temps finira dix Jours auparauant Le départ dud Vau ou autre vaisseau marchand qui pratira le dernier et ce pour faliciter et donner loisir aud Sr Carcy de faire ses affaires Est en outre aresté et conuenu quau cas de départ dud Sieur Leuasseur Les outils quil aura consernant Led art Le Sieur guillaume page dit Carcy pere dud Carcy Sest obligé de les achepter dud Sieur Leuasseur et conuiendront alors du prix diceux - sera néanmoins Loisible aud Sr Leuasseur den disposer En faueur de quelque autre ou de Les Emporter; Soblige led Sieur Leuasseur dEnseigner Led art aud Sieur Carcy tant pour Lor et argent, ferblanc et autres concernant Led art et louurer Les soudures [Note 18. Voici l'un des rares brevets d'apprentissage où il soit question d'autres métaux que l'or et l'argent. Les figures dont il est question plus loin sont des modèles d'ornements et de gabarits] et d'aprendre donner conne aud Carcy des le commencement de septembre prochain des figures qui Regarde Led art sans rien cacher aud SrCarcy - Led Sr Carcy Sest soumis et obligé dobéir aud Sieur Leuasseur pendant led temps et fera tout ce qui luy sera Commandé consernant Led art Luy porter honneur et Respect et a son Epouse - Est aussi aresté et conuenu quau cas que Led Sieur Carcy pere ayant besoing de son fils pour quelques jours led SrCarcy auisera auec Led Sr Leuasseur qui conuiendront du temps au cas que led. Sr Leuasseur nen aye point besoing - Sera tenu Led Sr Leuasseur de fournir des outils pendant Led temps aud Sr Carcy - Est aresté et conuenu par clause et conuention expresse quau cas que Led Sr Leuasseur ne passe point en france, que led Sieur Carcy ne pourra point Setablir ny trauailler dud metier pour son proffit quaprès le départ des Vaux pour france de l'année mil sept cent neuf et encore que Led Sieur Leuasseur ne passe point en france Led Sr Carcy pere ne sera point tenu de prendre les outils dud Sr Leuasseur - Car ainsy (…) fait et passé aud quebec Etude dud notaire après midy le deuxe Jour de May mil sept cent huit pnce (présence) des sieurs Pierre haimard marchand et Me René hubert huissier témoins demeurants aud quebec qui ont auec Lesd parties et notre signé lecture faite [Note 19. Minutier de Maître Barbel, acte du 2 mai 1708 (Archives judiciaires de Québec).] (Suivent les signatures des parties et celle du notaire).

Sauf oubli, voilà tout ce que l'on sait présentement de la vie et de la carrière de Michel Levasseur. Apparemment, il est retourné en France en 1709 ou, ce qui est plus probable, l'année suivante. Et l'on perd aussitôt sa trace.

De son côté, madame Levasseur reste à Québec encore deux ou trois ans, sans doute pour prendre soin de ses derniers-nés. Elle disparaît en 1712, et l'on n'entend plus parler de la famille Levasseur.

Un amateur m'a déjà posé cette question Sans doute, les ouvrages archaïques ne manquent pas dans notre orfèvrerie du XVIIIe siècle. Mais de quel droit pourrait-on en attribuer quelques-uns à notre orfèvre? Ne s'engage-t-il pas envers madame de Joybert à façonner des couverts à la mode de 1703? Et pour quelle raison aurait-il été un artisan retardataire?

Résignons-nous à ne rien savoir de son œuvre, et souhaitons que le hasard, qui parfois fait bien les choses, nous fasse découvrir bientôt quelque œuvre de cet orfèvre énigmatique.

 

web Robert DEROME

Gérard Morisset (1898-1970)