Gérard Morisset (1898-1970)

1949.03 : Biographie - Latour, Pierre

 Textes mis en ligne le 24 mars 2003, par Kawthar GRAR, dans le cadre du cours HAR1830 Les arts en Nouvelle-France, au Québec et dans les Canadas avant 1867. Aucune vérification linguistique n'a été faite pour contrôler l'exactitude des transcriptions effectuées par l'équipe d'étudiants.

 

Biographie - Latour, Pierre 1949.03

Bibliographie de Jacques Robert, n° 334

Revue de l'université Laval, vol. 3, n° 7 (mars 1949), p. [564]-572.

Le fondeur de cloches, Pierre Latour

Souvent nous nous forgeons de toutes pièces et nous entretenons en nous-mêmes des idées vagues, ou irréfléchies ou ridiculement fausses sur l'existence de nos ancêtres. Ces êtres quasi irréels, dont nous invoquons souvent le témoignage pour en tirer gloriole, nous ne savons d'eux que fort peu de chose; parce qu'ils n'ont pas su vivre jusqu'à notre époque, nous les considérons un peu comme des êtres inférieurs, des arriérés, des pauvres gens incultes qui trimaient sans trève toute leur vie, habitaient des maisons incommodes et ignoraient les mécaniques les plus élémentaires de notre temps. Les disparus ont toujours tort…

Certes, chacun sait ou devrait savoir que nos grands-parents ont bien connu le navire à vapeur et le chemin de fer, et qu'ils ont assisté avec émerveillement aux premières prouesses des électriciens et des automobilistes. Mais si nous reculons un peu dans l'histoire, si, nous, les Canadiens du milieu du XXe siècle, nous allons au delà de la Capricieuse et des premiers portraits sur zinc, même au delà des crinolines et des chapeaux de castor, nous perdons pied, nous sommes dans le vague absolu. Et nous nous faisons la naïve image de je ne sais quelle Nouvelle-France reculée dans le temps et rabougrie, figée en ses mouvements, enserrée dans un cadre rigide, ou plutôt incapable de bouger dans l'enlacement serré de ses bandelettes de momie. Et nous, les descendants des coureurs de bois, nous imaginons volontiers nos ancêtres assis au coin de l'âtre ou accoudés au banc des, résignés et sages, enracinés au sol en vertu d'une sorte de barrésisme primitif et inéluctable, satisfaits de rêver aux horizons muets à défaut de pouvoir y aller voir. Nous nous fabriquons des ancêtres à notre mesure…

Est-il besoin de faire entendre que les Français qui ont quitté leur famille, leur patelin et leur pays, qui ont tenté la grande aventure de la Nouvelle-France sur les navires lents et incommodes du XVIIe siècle, qui ont éprouvé les rigueurs du climat canadien dans de misérables cabanes, les privations de toutes sortes et la lutte quotidienne contre les hommes et les choses, ces Français-là n'étaient point des sédentaires ni des rêveurs, et ne se contentaient pas de songer en leur coin. Ils étaient pleins d'activités; ils avaient assurément le goût de la bougeotte. Et certains automnes, quand l'air était invitant et que l'aventure leur chantait, ils partaient, et en si grand nombre, vers les forêts du nord ou vers les comptoirs alléchants des Indiens, que les autorités en perdaient leur sang-froid et menaçaient les aventuriers des représailles les plus dures.

À la vérité, on voyageait beaucoup autrefois en Nouvelle-France. On allait parfois à pieds, d'un patelin à l'autre; on allait le plus souvent en barque, puisque le pays est arrosé de tant de cours d'eau; on allait quelquefois à cheval, surtout vers la fin du Régime français. On s'en aperçoit vite quand on fait un tant soit peu de généalogie. Il faut chercher longtemps dans l'état civil pour savoir où sont allés mourir ces mauvais garçons qui partaient furtivement en novembre de chaque année pour les pays d'en haut et ne donnaient plus signe de vie; et n'étaient les actes de notoriété qui nous apprennent la fin de quelques-uns d'entre eux, nous ne connaîtrions guère de leur vie que leur acte de naissance… Qu'on songe un instant au nombre quasi invraisemblable des engagements pour l'ouest qu'on connaît, et au nombre encore plus grand de ceux qu'on ne connaît pas !

L'homme obscur qui est le sujet de cette étude n'est point un coureur de bois. C'est un homme de métier, un simple fondeur de cloches, un artisan comme il y en avait tant à cette époque en Nouvelle-France. Mais on va voir comme il a vu du pays pendant le quart de siècle que dure sa carrière, comme il a poussé sa roulotte aux quatre coins du pays, pour satisfaire sa clientèle.

***

Comme il se doit, le généalogiste Tanguay siganle Pierre Latour, à cause de son mariage. Il note en effet que, le 3 octobre 1712, notre artisan épouse, dans l'église de Beauport, une jeune fille de vingt ans, Marie-Catherine Chevalier, et que l'époux est veuf en seconde noces de ; puis, selon son habitude, Tanguay énumère les enfants issus du mariage Latour-Chevalier, en précisant que les deux filles qui sont parvenues à l'âge adulte ont épousé l'une Louis Bardet, l'autre François Lemaître [Note 1. Cf. Dictionnaire généalogique, vol. V, p. 185.].

Si Tanguay avait pu mettre la main sur le contrat de mariage du fondeur, il aurait appris bien d'autres choses. D'abord que Marie-Catherine Chevalier était la fille ENSUITE… MAIS IL CONVIENT DE CITER LA COMPARUTION DU CONTRAT, TELLE QUE L'A DRESSÉ MAÎTRE LOUIS CHAMBALON, NOTAIRE À QUÉBEC, LE 23 SEPTEMBRE 1712 - SOIT DIX JOURS AVANT L'ACTE DE MARIAGE; EN VOICI LES TERMES: N NOM, DVNE PART… [Note 2 absente. Note 3. Archives judiciaires de Québec. Minutier de Maître Louis Chambalon.]"

La lecture attentive de tout le document me porte à croire que Pierre Latour est né à Saintes, qu'il a voyagé dans le Beauvaisis et dans la Saintonge et qu'il s'est embarqué pour la Nouvelle-France au printemps de 1712. A-t-il vu le jour en l'année 1666, comme l'affirme Tanguay? Il serait hasardeux de l'affirmer. Car cette date de 1666, Tanguay l'a obtenue en soustrayant de la date de décès du fondeur (1736) l'âge que lui donne son acte de décès (70 ans). Mais comme autrefois, aussi bien qu'aujourd'hui, bein des gens ignoraient ou feignaient d'ignorer leur âge, le calcul de Tanguay peut bien avoir un faux point de départ.

Poursuivons l'étude du contrat de mariage de notre fondeur. Parmi les amis de l'époux, je lis les noms de ; Les amis de la mariée sont de braves villageois de Beauport. Les époux Latour entrent en ménage assez pauvrement: le douaire préfix est de cinq cents livres [Note 4. Le livre valait alors un peu plus de seize sous; mais son pouvoir d'achat était beaucoup plus considérable.]; le préciput ne dépasse pas la somme de trois cents livres; les époux se font donation mutuelle à cause de mort de tous leurs biens. Mais ici une difficulté embarrasse le notaire: Pierre Latour a laissé à La Rochelle une fille de six ans, Suzanne, qui n'a pas encore de tuteur; de plus, Latour a toujours négligé de faire dresser l'inventaire de la communauté après la mort de sa seconde femme - celle qui a un si joli nom, Jaquette Levasseur; il faudra régulariser la situation, insiste le notaire, dresser l'inventaire et le faire clore en justice.

Après la noce, les nouveaux-mariés vont habiter la maison qu'ils ont louée rue du Sault-au-Matelot; en l'année 1716, ils y sont encore [Note 5. Cf. BEAUDET. Recensement de la ville de Québec pour l'année 1716, 234, p. 32.]. Passé cette date, il semble bien que les époux Latour aient habité au hasard des commandes de cloches; chose sûre, ils sont à Montréal en 1718 et à Beauport en 1720. Mais laissons Mme Latour faire la navette entre Beauport, Montréal et Québec, et voyons à l'œuvre le fondeur de cloches.

***

L'un de ses premiers ouvrages est une toute petite cloche destinée à l'église de Beauport; il y a longtemps qu'elle a disparu - car l'église de cette paroisse a été bien éprouvée au cours de deux siècles.

Il faut en dire autant de la grosse cloche de mil huit cents livres qu'il fond en 1716 pour le clocher de la cathédrale de Québec [Note 6. Cf. GOSSELIN. Album souvenir de la basilique Notre-Dame de Québec. Québec, 1923, pp. 13 et suiv.]; elle a dû périr pendant le siège de 1759, probablement au cours des terribles bombardements de la fin de juillet. Au reste, il faut se rendre à l'évidence: il ne reste à ma connaissance aucune des cloches que Pierre Latour a fondues de 1712 à 1736. Mais il reste des écritures, tour à tour précises et plaisantes, qui nous montrent le fondeur au travail, s'affairant autour de son fourneau, éclairant le feu ou le ralentissant, dosant les paquets de mitraille qu'il recueille chez les habitants du patelin où il travaille, limitant et polissant avec soin le bronze grossièrement coulé, cherchant les harmoniques du son fondamental, veillant enfin à l'installation de ses cloches afin qu'elles chantent le plus agréablement possible.

En 1724, il est à Saint-Michel (Bellechasse), où il fond une petite cloche de cent trente-cinq livres; et parmi les entrées du pemier livre de comptes de la fabrique, je lis ces détails:

Reçeu du Fondeur pr. du Cuiure que La Fabrique Luy a fourny Cy… (illisible). une Cloche Fondue a St michel Le 26e 7bre pezant net (illisible)à (illisible) de Façon par Liure Cy(illisible). La Ferrure Le Battant et du Cloux pour Lade. Ferrure Cy (illisible).

Pendant qu'il besogne à Saint-Michel, Piere Latour reçoit une autre commande. Le curé de Kamouraska, l'abbé Auclair-Desnoyers, veut loger dans la lanterne de son clocher une petite cloche qui sonne clair et qui ne dépasse pas le poids de la cloche de Saint-Michel. Dès 1724, il prévoit une dépense d'environ trois cents livres; l'année suivante, il amasse des matériaux pendant que le fondeur est occupé à la Grande-Anse et à la Rivière-Ouelle. En 1726, il a l'espoir que Latour vienne construire son four à Kamouraska même, évitant ainsi à la fabrique des frais considérables de transport; mais le fondeur, qui travaille alors à Lauzon à une cloche de quelques dizaines de livres, ne peut descendre à Kamouraska; il monte son four à Beauport; c'est là que l'abbé Auclair va surveiller l'ouvrage, comme en témoignent ces lignes extraites du premier livre de comptes de Kamouraska:

En allant faire fondre la cloche à Beauport avec Auclair paie trois pots et pintes de vin à 25 sols le pot pris chez madame Soupirant (illisible). Pour eau de vie après la Cloche fondue (illisible). Payé au chartier qui a amené la Cloche (illisible). Ce ne sont pas les seules écritures qui concernent la cloche de Kamouraska; bien d'autres mentions nous racontent, en leur langage naïf, les diverses opérations de las fonte. Par exemple:

Payé au Sieur Latour fondeur pour 50# de metaille (métal) fait et (illisible) d'Etin La Somme de Soixante Six Liures Cy (illisible). Plus pour 70# de metaille à 20 sols la Liure quil a fourny payé La somme de trente cinq Liures (illisible). Il (le fondeur Latour) nous passe en pure perte 30# sur la diminution de l'argent qu'il Luy étoit resté en 1724(illisible). Payé au Sieur Latour pour onze Liures daugmentation plus que la Cloche ne deuoit pezer a 2# la Liure vingt deux Liures (illisible) payé au Sieur de la tour pour gratification que Mr. Auclair luy a fait donner (illisible) payé au Sieur de la Tour suiuant le marché fait auec luy cent quarante deux Liures (illisible) donné 30# pour façon du battant et de la ferrure à Mailloux (illisible). Total de la Somme que la Cloche coûte (illisible). La cloche de Lauzon était, je l'ai dit plus haut, une petite cloche de quelques dizaines de livres - soit que le clocher fût une construction minuscule, soit que le village eût une étendue restreinte, soit encore que le coffre de la fabrique fût provisoirement presque vide. Quoi qu'il en soit, les entrées du premier livre de comptes de Lauzon sont laconiques:

Payé à Mre. de la Catière pr. les mitrailles quelle a acheté pr. la Cloche....38# Payé au fondeur vingt Liures Cy (illisible). Pour l'église des Grondines, Pierre Latour façonne une cloche d'un poids moyen; malheureusement, les comptes des années 1726-1727 ne contiennent qu'une seule mention, celle du versement d'un acompte au fondeur:

Payé au sieur Latour pour partie du payement de la Cloche soixante dix minots de Bled (illisible). Le solde du prix de la cloche n'apparaît point au livre de comptes; et c'est dommage…

Son four éteint aux Grondines, Pierre Latour se dirige à petites journées vers l'ouest du pays, avec sa roulotte et ses outils, son baluchon et les paquets de mitraille et d'étain qu'il trouve chez les habitants. Je suppose qu'il circule à pieds, sur la sente qui longe la rive du fleuve. Mais peut-être est-ce en barque qu'il transporte son bazar et sa ferraille. Car, écrit le jésuite Silvy, vers 1709, p. 28).".

Quoi qu'il en soit, on peut suivre à la trace notre fondeur au cours des années 1726-1730; pas toujours à l'aide des livres de comptes paroissiaux, car il s'en est perdu un grand nombre au XVIIIe siècle; mais en consultant des lettres et des mémoires d'autrefois qui, même s'ils contiennent à la vérité peu de détails, nous renseignent assez bien sur les pérégrinations de notre fondeur. En 1727, il fond une cloche pour l'église de Champlain; la même année, il allume son fourneau sur la place de l'église d'Yamachiche et sur la grève de Berthier-en-Haut.

L'année suivante, il s'installe à Montréal, car il prévoit la commande de plusieurs cloches. La commande de la fabrique de Notre-Dame ne tarde guère; et je laisse ici la parole à l'historien de la Province : a Sœur Quenet; de la brique et de la terre pour construire le four; du bois afin d'abriter la cloche. Quand le coulage fut terminé, la cloche fut pesée, puis, au commencement de septembre, montée dans la tour. (La facture du fondeur est rédigée en un orthographe des plus fantaisistes.) En ces deux occasions, on fit faire bonne chère et l'on servit du cidre aux sentinelles, aux ouvriers et au fondeur.

tréal, 1928, p. 283. - L'auteur affuble le nom de Latour de la particule; le curé de Kamouraska en fait autant dans l'une de ses entrées (Cf. supra). Dans tous les autres documents que j'ai consultés, on l'appelle Pierre Latour. ."

Dans l'intervalle de la fonte des deux cloches de Notre-Dame de Montréal, Pierre Latour ne reste pas inactif. Par une allusion assez subtile d'une entrée de comptes, il semble que notre fondeur ait quelque entreprise à mener à bien entre les Becquets et Sorel. À la fin de l'année 1729 ou au début de l'année suivante, il retourne à Québec. Dès la fonte des neiges, on le sait de façon certaine, il est à Sainte-Anne-de-Beaupré; il allume son fourneau en contre-bas de l'église, met la dernière main à son moule et acquiert d'un certain Joseph Paré de la mitraille pour la somme de quatre livres. Quelques semaines plus tard, la cloche est terminée; on la bénit solennellement le 31 mai 1730 et on la monte dans le magnifique clocher [Notes 7 et 8 absentes. Note 9. C'est le clocher, refait en 1788 d'après le même dessin, qui couronne la chapelle commémorative de Sainte-Anne, construite en 1879-1880 avec les matériaux de l'ancienne église.] que les charpentiers Robert Leclair et Jean Marchand ont construit en 1696 d'après les dessins de l'architecte Claude Baillif; et le marguillier en charge, en rendant des comptes le 31décembre suivant, fait état des deux entrées que je transcris textuellement:

payé à la Femme de latour fondeur de Cloche (sic) plus a la Femme de mesme cy deuant par les mains de Monsieur de Pierre Cy (illisible) plus pour parfait payement aud. latour La Somme de Cent Cinquante Cinq Liures Cy (illisible).

Pierre Latour, on l'a vu tout à l'heure, est à Montréal à l'automne 1730; il en profite pour recueillir des commandes; d'abord dans la ville même, à l'Hôtel-Dieu; puis, dans la campagne environnante. Je voudrais apporter ici des précisons. À Laprairie et à Boucherville, il n'y en a point; on apprend le passage de Latour dans ces villages par une simple mention, presque la même dans les deux cas:

 

En revanche, le permier livre de comptes de Varennes contient une quinzaine de mentions relatives à la petite cloche de quatre-vingts livres que Pierre Latour fond en 1733-1734; dans la naïveté de leurs termes, elles nous font, semble-t-il, assister aux moindres besognes de la fonte, même aux travaux préliminaires. Dans la recette des comptes de 1733, figurent les sommes que l'abbé Ulric reçoit de ses paroissiens:

des habitants pour la Cloche (illisible) item pour la Cloche (illisible) de la queste pour la Cloche (illisible).

Mais les mentions de la dépense de la même année sont beaucoup plus intéressantes; il convient d'en citer les termes mêmes:

Pour Lestain (l'étain) de la Cloche (illisible).

En Eau de vie pour Ceux qui aydoient à fondre La Cloche (illisible).

Pour le Bois pour chauffer le fourneau de La Cloche (illisible).

Payé a Louis Beauchemin pour trauailler au fourneau de La Cloche (illisible). Pour 150 Briques pour le fourneau de La Cloche (illisible). Pour du suif pour la Cloche (illisible). Pour la Depense de la Benediction de La Cloche (illisible) aud. Leussié pour auoir fourny la nourriture au fondeur de La Cloche et a ceux qui aydent (illisible) Payé a Pistolet suiuant son reçeu du 10e aoust 1733 pour 56#£ mitraille pour La Cloche à (illisible) Payé au Sr. Latour fondeur suiuant son Reçeu du 2e. 8bre1733 à Compte de La Cloche quil a fondeuë La Somme de (illisible). Ce n'est qu'en 1735 que le fondeur reçoit le solde de ce que lui doit la fabrique de Varennes, comme en témoigne l'entrée suivante:

***

Telle es t'histoire de l'humble artisan saintongeois, Pierre Latour. Il n'a pas été, comme on l'a écrit, le premier fondeur de cloches de la Nouvelle-France. Mais il a été fidèle à son métier pendant près d'un quart de siècle et il a produit des ouvrages façonnée avec beaucoup de soin et, semble-t-il, avec une technique parfaite. S'ils n'ont pas duré, ce n'est pas la faute de leur auteur; ses cloches, de poids moyen ou très petites, ont été remplacées par des cloches plus lourdes et plus claironnantes. Et qui aurait pu prévoir, à l'époque 1730, le rapide développement de la colonie et, surtout, la vogue qu'aurait la cloche à partir du moment où l'on commencerait à construire de grands clochers ou de vastes lanternes?

C'est sans doute le changement brusque dans le poids des cloches qui a découragé les successeurs de Pierre Latour: avec leurs installations de fortune, ils ne pouvaient construire que des cloches de calibre moyen. Vers 1789, un Angais établi à Saint-Laurent, près Montréal, a commencé la fabrication de grosses cloches; son établissement n'a duré. Au reste, déjà l'importateur a beau jeu; car, dès 1795, la maison Mears, de Londres, entretient un agent à Montréal.

Et depuis ce temps-là, la Nouvelle-France, la plus grande consommatrice de cloches de la chrétienté, n'a pas su se suffire à elle-même; elle reste tibulaire de l'étranger…

 

 

 

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