
Textes mis en ligne le 24 mars 2003, par Kawthar GRAR, dans le cadre du cours HAR1830 Les arts en Nouvelle-France, au Québec et dans les Canadas avant 1867. Aucune vérification linguistique n'a été faite pour contrôler l'exactitude des transcriptions effectuées par l'équipe d'étudiants.
Eglise - Sainte-Famille (Ile d'Orléans) 1950.04.16
Bibliographie de Jacques Robert, n° 145
La Patrie, 16 avril 1950, p.32
L'EGLISE DE LA SAINTE-FAMILLE
PARMI les églises qui ont été érigées en Nouvelle-France au XVIIIe siècle, il en est une dont la silhouette est singulière. C'est l'église de la Sainte-Famille, dans l'île d'Orléans. Si je cherche par quoi elle s'écarte du type d'église de cette époque, je remarque que ce n'est pas par son plan par terre, ni par l'élévation de sa nef; c'est uniquement par sa façade.
CERTES, l'église de la Sainte-Famille n'est point la seule dont la façade soit flanquée de deux tours; elle n'est pas la seule dont le pignon soit couronné d'un grand clocher à une lanterne. Les deux tours se retrouvent au Cap-Santé, à l'ancienne église de Varennes, à Berthier-en-Haut, à l'ancienne église de Louiseville, à bien d'autre églises qui ont disparu ou qui existent encore; quant au clocher du pignon, inutile de citer des exemples, car ils abondent. Mais ce qui est remarquable à la Sainte-Famille, c'est que les deux tours coexistent avec le grand clocher et qu'elles se détachent pour ainsi dire de la maçonnerie de la façade et des longs-pans. Bref, la façade de la Sainte-Famille est unique.
A qui doit-on le plan de cette façade? Il semble que ce soit à un ancien curé de la Sainte-Famille, Joseph Dufrost de la Jemmerais. Curé de 1734 à 1756, c'est sous son règne que fut érigée l'église actuelle; et longtemps après sa mort, l'un de ses successeurs, l'abbé Joseph Gagnon, faisait de lui cet éloge: "Mr Dufrost était Canadien, prêtre très zélé et fort habile. Il savait parfaitement bien prendre ses paroissiens et leur a fait bâtir une église si bien proportionnée qu'elle a servi de modèle à plusieurs autres églises du pays."
QUOI qu'il en soit, c'est en 1742 que l'abbé de la Jemmerais fait marché avec un maître-maçon pour la construction de l'église actuelle. Dans le plan de l'édifice, il n'apporte aucune innovation; il trace une croix latine, dont les croisillons sont parfaitement proportionnés à leur saillie, t il donne au sanctuaire la même largeur qu'à la nef, soit quarante-cinq pieds à l'extérieur; dans le tracé de la voûte en anse de panier, il conçoit une voûte plate dont les bords seulement sont courbes; enfin, il dessine une haute charpente - elle a plus de trente-trois pieds de hauteur, - qu'il coiffe d'un grand clocher à deux lanternes. Jusqu'ici, Dufrost de la Jemmerais se conforme à une tradition déjà vieille d'un demi-siècle. Mais dans le tracé de la façade, il laisse libre cours à son imagination; il dessine des tours d'une forte saillie; il perce un grand portail de pierre bouchardée, qu'il couronne d'une large fenêtre géminée; tout autour, il creuse cinq niches d'égales dimensions, qui doivent être peuplées de statues en bois doré.
DANS le manuscrit que j'ai cité tout à l'heure, l'abbé Joseph Gagnon esquisse brièvement l'histoire de la construction de l'église: "On ne fit pas beaucoup d'ouvrage (en 1743), puisque la dépense ne monta cette année qu'à la somme de 803#. En 1744, la dépense monta à la somme de 1142#. En 1745, on travailla à la charpente et on dépensa 977#. En 1746, l'église fut couverte et la maçonne achevée. En 1747, on couvrit l'église en bardeau, on acheta les vitres et on dépensa 1100#. En 1748, Gabriel Gosselin fit les croisées, la chaire et les confessionnaux et entreprit le clocher pour 120#. Un nommé Crépaux fit la croix pour 300#, la boule en cuivre coûta 24# et le coq 19#. En 1749, on fit la voûte et la chaire et les bancs..."
IL est heureux que l'abbé Gagnon se soit fait le chroniqueur de la nouvelle église, car le premier livre de comptes de la Sainte-Famille a disparu. Ainsi apprend-on qu'en 1750, le gros uvre est terminé. Légèrement avariée par les troupes anglaises en 1759, la façade de l'église a été réparée les années suivantes.
ON peut se demander quel était l'aspect de cette façade vers 1965. Aucun dessin ne nous renseigne à ce sujet. Mais à parcourir les comptes de la fabrique, on en arrive à s'en faire une idée assez juste. D'abord, le clocher central possédait deux lanternes; ensuite, les tours latérales, arrêtées à l'endroit où elle joignent le grand pignon, étaient couvertes d'une basse toiture en pavillon; quant aux ouvertures du portail, elles étaient probablement distribuées comme celles d'aujourd'hui, mais leurs dimensions étaient beaucoup moins grandes.
PENDANT une quarantaine d'années, l'architecture de l'église ne subit que de faibles modifications. Ce n'est qu'au début du XIXe siècle que l'abbé Gatien engage les habitants à surélever les tours latérales d'onze pieds et à les couronner de pyramides. Son successeur, Gagnon, n'est pas du même avis; il propose bien, lui aussi, de hausser les tours d'une douzaine de pieds; mais au lieu de pyramides, il suggère des clochers à une seule lanterne. C'est ce dernier projet qu'Olivier Viller, maître-charpentier, exécute de 1807 à 1809.
EN 1825, il devient nécessaire de démolir le clocher central, qui menace ruine. On le rétablit en 1843, d'a`res les dessins de Thomas Baillairgé; cette fois, le clocher n'a qu'une lanterne. Après la construction de la sacristie actuelle en 1852 et de légères modifications aux portes et fenêtres de la façade, l'église de la Sainte-Famille apparaît telle qu'on la voit aujourd'hui.
"ELLE a servi de modèle à plusieurs églises du pays", au dire du curé Gagnon. En effet, il est possible d'en citer plus d'une douzaine: celle du Cap-Santé, qui a été commencée en 1754; l'ancienne église de Varennes, construite en 1780, le chef-d'uvre du genre; les anciennes églises de Sainte-Marie et de Saint-Joseph (Beauce); l'église actuelle de Saint-Denis sur Richelieu - mais elle a subi des modifications importantes; l'église de Berthier-en-Haut, dont les tours latérales datent de 1812; l'ancienne église de la Rivière du Loup en Haut (Louiseville), élevée en 1803 et démolie en 1917; l'église Saint-Pierre, à Sorel, abimée par une série de restaurations; l'église de la Baie-du-Febvre - je parle de celle de 1839; l'église de Lotbinière, commencée en 1818... Au reste, il faudrait signaler ici certaines uvres de Thomas Baillairgé et de Victor Bourgeau; en bien des cas, ces architectes prolongent le type de la Sainte-Famille ou s'en inspirent largement.
L'EXTERIEUR de cette église est à peine achevé que l'abbé Dufrost commande aux frères Levasseur, sculpteurs de Québec, un tabernacle en bois doré; il est terminé et mise en place en 1749. Si je le compare aux autres tabernacles de François-Noël et de Jean-Baptiste-Antoine Levasseur, je constate que c'est un meuble unique dans leur uvre; cette remarque semble indiquer que ce ne sont pas les Levasseur qui en ont donné le dessin. Il se compose d'un ordre d'architecture de style corinthien, qui repose sur une prédelle toute fleurie d'ornements en crêtes de coq; l'ensemble est dominé, au centre, par un baldaquin à quatre branches et, sur les côtés, par des reliquaires encadrés de motifs sculptés et ajourés. Ce tabernacle est à la fois gracieux et imposant; ajoutons qu'il est beaucoup plus simple que les autres ouvrages des Levasseur.
JE signale, sans m'y attarder, des ouvrages de sculpture qui ont disparu - comme ceux de Gabriel Gosselin - et je m'arrête un moment aux tabernacles latéraux qui ont été exécutés en 1791 par Pierre-Florent Baillairgé. Au premier coup d'il, on attache peu d'importance à ces meubles simples et peu ornés qui d'ailleurs n'ont rien pour attirer l'attention; en y regardant de près, on est frappé, non pas tant par leur ordonnance que par le dessin de leurs frises et de leurs panneaux décoratifs; et l'on songe aussitôt au décor ciselé de certaines vases de l'orfèvre François Ranvoyzé, ami des Baillairgé; c'est la même liberté d'allure, le même mouvement dans le jeu des motifs, la même impression de gratuité décorative.
LES tabernacles terminés, les fabriciens conservent leur numéraire pour renouveler l'orfèvrerie de leur église et, on l'a vu, construire les clochers latéraux. Mais vers 1812, la fausse-voûte construite en 1749 menace de tomber sur les fidèles. Vu l'état de guerre avec les Etats-Unis, le curé Gagnon voudrait remettre à plus tard le rétablissement de la voûte. Mais voici qu'un sculpteur entreprenant s'abouche avec les notables de la paroisse et leur fait voir quelques morceaux de sculpture qui feraient bien dans l'église de la Sainte-Famille; C'est Louis-Basile David, originaire de Terrebonne et disciple de Quévillon, qui vient de terminer le décor en bois sculpté de l'église de Saint-Jean, île d'Orléans; il n'en faut pas davantage pour que l'entreprise de la voûte de la Sainte-Famille lui soit confiée, en dépit de l'opposition du curé. C'est la voûte actuelle. Dans sa mauvaise humeur, l'abbé Joseph Gagnon lui reconnaît peu de qualités. Assurément, elle ne possède point l'ordonnance savante de la voûte de Saint-Augustin (Portneuf), d'Olivier Dugal, ni la magnificence de la voûte de Saint-Roch-de-l'Achigan, uvre de Joseph Pépin et de ses fils. Mais elle ne manque pas de qualités décoratives; dans la régularité de ses caissons fournis de rosettes dorées, elle évoque je ne sais quelle splendeur orientale, marquée de maladresses joyeuses et de charmante gaucherie.
APRES le décor de la grande voûte, c'est l'ornementation du sanctuaire - c'est-à-dire le retable. C'est Thomas Baillairgé, architecte et sculpteur, qui en trace le plan en 1821 et en assume aussitôt l'exécution. La position du maître-autel et des deux fenêtres du sanctuaire lui impose une ordonnance de portique, de pilastres et de trophées, qui est ici tout naturelle; c'est la partie centrale que le sculpteur a particulièrement soignée. Comme je viens de le dire, il en a fait un portique de style corinthien, dominé par un groupe du Père éternel entouré d'angelets; ce vaste bas-relief était autrefois doré à la feuille d'or; il est aujourd'hui recouvert de vilaines couleurs. N'importe. L'ensemble a cette élégance menue des ouvrages de style Louis XVI. Cette élégance ne manque pas de frapper le regard de l'abbé Gagnon; et chaque dimanche, il est au supplice de voir ses chantres, rustauds et mal peignés, rompre cette harmonie du retable. "Il leur représenta, écrit-il dans ses Extraits des registres, qu'il ne convenoit pas d'être dans le sanctuaire sans habit de Chur, que quand ils promettroient de s'habiller, cela étoit souvent impossible, surtout quand ils viendroient à l'église pénétrés de neige, de pluie ou de frois, qu'ils s'habilloient rarement et qu'ils continueroient à le faire, qu'alors c'étoit bien désagréable dans un beau sanctuaire de voir tout près de l'autel d'énormes casques, de grosses mitaines, des fouets de cheval comme dans une remise, qu'il y en avoit parmi les Chantres qui se présentoient au Chur mal propres, même sans se faire la barbe..." L'histoire ne dit pas si le curé Gagnon eut gain de cause.
RESTE à construire la corniche de la nef. Elle date de 1833. Elle est l'uvre du sculpteur québécois André Paquet, un disciple de Thomas Baillairgé. C'est la dernière grande entreprise de sculpture de l'église.
LA grande église campagnarde de la Sainte-Famille n'est pas seulement ornée de sculpture; elle porte dans ses trumeaux huit peintures. La plus ancienne, une Sainte Famille, est également la plus intéressante: six vastes toiles de François Baillairgé sont, en dépit de leur composition médiocre, des ouvrages d'un certain caractère décoratif; enfin, la dernière toile, un ex-voto, est plus un témoignage sentimental qu'une uvre d'art.
LA "Sainte-Famille", autrefois placée au-dessus du tabernacle est pendue maintenant entre les pilastres du banc d'uvre, est une uvre du Frère Luc et date de l'année 1671. La Vierge occupe le centre de la composition; l'enfant Jésus est à gauche, saint Joseph à droite; le long manteau bleu de la Vierge est équilibré par le vêtement orangé de saint Joseph, savamment drapé; quant à l'enfant Jésus, âgé d'environ douze ans, il porte une robe écarlate. La scène se passe dans un paysage; le vert du feuillage et le rose frais des fleurs qui meublent l'angle inférieur du tableau mettent en valeur l'écarlate de la robe de Jésus. Cette Sainte Famille, comme bien d'autres compositions du Frère Luc, est une scène mélancolique, et pour cause: de là-haut, à gauche, descend du ciel une croix lumineuse que l'enfant Jésus reçoit dans ses bras étendus - ce thème de la révélation du calvaire est assez fréquent dans l'uvre du peintre récollet; la Vierge penche tristement la tête, et saint Joseph a, dirait-on, des larmes au bord des yeux.
LES tableaux de l'architecte, peintre et sculpteur François Baillairgé, qui datent des années 1802-1805, représentent le Christ en Croix, la Résurrection, le Miracle de saint Pierre, le Martyre de sainte Blandine et la Prédication de saint François - Xavier. Médiocrement composés, en ce sens que leurs éléments sont dispersés sur des espaces trop vastes, ces tableaux se rachètent un peu par leur coloris original et légèrement décoratif. Ce coloris, ils le doivent à ce que j'appellerais le matériel de guerre de l'époque du Consulat et de l'Empire, peinture faite pour un tiers de matières importées et, pour le reste, d'ingrédients de fortune que les peintres, chimistes improvisés, choisissent et mettent en uvre sans expérimentation. Au verso de l'esquisse de la Résurrection de la Sainte-Famille, François Baillairgé a écrit les mots suivants: "J'ai exécuté Ce Tableau pour le Chur de l'église de la Ste Famille en l'isle d'orléans, en Septembre et Octobre 1804. L'aurore a été fait (sic) de laque et de blanc rompu du jone (jaune), et au dessus j'ai ajouté du bleu...; puis du jone, et augmenté de blanc. La gloire de blanc, de jone et de vermillon, puis diminué de rouge, se terminant avec un peu de bleu, un gris sanguin, retouché ça et là de jonâtre... Ce qui a produit des nuances très douces et très légerres." Le peintre néglige de préciser que ces nuances s'échelonnent de l'ocre jaune à l'ocre brun, par conséquent sur une gamme assez restreinte; c'est peut-être ce qui communique à ce tableau un vague aspect de fresque défraichie.
LA dernière peinture que je voudrais signaler est une sorte d'ex-voto; elle représente l'abbé Gilles Eudo, ancien curé de la Sainte-Famille, en adoration devant le Sacré Cur. Le prêtre est agenouillé, les bras étendus, en extase devant un cur couronné d'épines et sommé d'une croix; en haut de la composition sont les témoins de cette scène muette: le Père éternel, débonnaire et grandiloquent, vêtu d'une tunique bleue; le saint Esprit sous la forme d'une colombe voletant, et une tête d'angelet, pourvue de petites ailes. Ne cherchons point dans ce tableau les grâces aimables des peintures françaises de l'époque où il a été peint, c'est-à-dire 1766; la touche est lourde, le dessin est académiquement incorrect, le coloris est heurté - jaune de Naples au centre et ton noirâtre dans les ombres. Et pourtant, cette toile n'est pas indifférente; mieux que nombre de compositions correctes, elle dit bien ce qu'elle veut dire: l'extase d'un homme simple devant une chose qui ne l'est point, évidemment, le sujet aurait pu être traité sur une toile beaucoup moins grande, mais ne soyons pas trop sévère à l'égard du sieur Wolff[sic]: dans cet Ex-voto, il s'est exprimé avec plus d'aisance et de chaleur que dans l'Annonciation de l'église Notre-Dame-des-Victoires, à Québec; au reste, ce sont actuellement les seuls ouvrages que l'on connaisse de ce peintre obscur, dont on ne sait même pas le prénom.
SANS pouvoir rivaliser avec les trésors des anciennes paroisses de la région de Québec, celui de la Sainte-Famille est de bonne tenue. Il comprend une douzaine de pièces en argent massif. Mes lecteurs connaissent déjà l'une de ces pièces; c'est l'ostensoir que l'orfèvre québécois Michel Cotton a façonné vers 1728, et que j'ai publié ici même il y a quelques semaines. Du même artisan, la Sainte-Famille possède une patène en vermeil, d'un dessin singulier.
JE ne trouve dans ce trésor qu'une seule uvre de l'Ecole parisienne, mais elle est admirable; c'est un ciboire en argent, dont la ciselure est large et décorative. J'en dirais tout autant d'un calice de Paul Lambert dit Saint-Paul, qui date de la même époque, soit 1735.
LES autres morceaux du trésor sont de François Ranvoyzé, de Laurent Amyot et de Joseph Sasseville. Ranvoyzé n'est ici représenté que par des pièces de modestes dimensions - comme piscine, burettes et plateau; mais elles sont d'une grande perfection de formes et d'une ciselure somptueuse. De Laurent Amyot, je signale un bénitier façonné en 1800, un ciboire martelé quelques années plus tard et un encensoir construit en 1835; comme toutes les uvres d'Amyot, ce sont des pièces d'une technique irréprochable. Je termine ce bref chapitre par la mention d'une paire de burettes en argent, façonnées vers 1830 par l'orfèvre québécois Joseph Sasseville, le frère aîné de François.
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L'ARCHITECTURE de l'église de la Sainte-Famille est, je l'ai dit, singulière. Elle étonne d'abord le voyageur par la simplicité de sa silhouette et la magique répartition de ses éléments; et c'est ici qu'il faut parler du démon de l'architecture, car il y a joué en maître. Mais ce qui ajoute au charme étrange de cette architecture si dépouillée, c'est sans doute le panorama grandiose dont elle est, pour ainsi dire, l'un des éléments les plus vivaces et les plus mystérieux.
EN venant de Saint-Pierre les hasards de la route et des frondaisons préparent le voyageur à il ne sait quel spectacle insolite; à chaque tournant du chemin, le paysage s'élargit et se précise à la fois; la dernière rampe franchie, c'est tout un pan de pays qui lui apparaît et s'imprime dans ses yeux: les molles courbes de l'île qui descendent vers la plaine marine; la chapelle du chemin, toute rouge et menue; les maisons dans la verdure et la verdure par-dessus les toits; les trois clochers qui brillent et se détachent sur l'azur du cap Tourmente; et le large ruban du fleuve, immobile et attirant.
MAIS de l'autre côté de l'eau, quel décor! L'épaisse bande de terre interdit à l'homme de monter plus haut; et le mont Sainte-Anne, altier et méprisant, ferme le paysage de ses lignes dures et du gris poudre de sa masse. Et alors le regard revient de lui-même au toit rouge de l'église et aux trois flèches qui, avec l'accent candide de leurs lignes, interrogent la nue.