Gérard Morisset (1898-1970)

1950.07.23 : Peinture - Ex-voto

 Textes mis en ligne le24 février 2003, par Sophie MALTAIS, dans le cadre du cours HAR1830 Les arts en Nouvelle-France, au Québec et dans les Canadas avant 1867. Aucune vérification linguistique n'a été faite pour contrôler l'exactitude des transcriptions effectuées par l'équipe d'étudiants.

 

Peinture - Ex-voto 1950.07.23

Bibliographie de Jacques Robert, n° 159

La Patrie, 23 juillet 1950, p. 17 et 46-47.

En marge de la fête de la Mère de la Sainte Vierge

Les ex-voto de Sainte-Anne-de-Beaupré

SAINTE-ANNE-DE-BEAUPRE n'est pas seulement un sanctuaire où, chaque année, les fidèles accourent pour solager [sic] leurs tares morales et physiues [sic] . C'est aussi un sanctuaire d'art. On y peut voir de la peinture, de la bonne et de la médiocre; et cette peinture est d'autant plus intéressante à étudier qu'elle jette quelque lueur sur nos origines artistiques.

CHACUN sait que l'école des Arts et Métiers, fondée à Saint-Joachim par François de Laval et soutenue par son successeur, était voisine de Sainte-Anne et qu'elle a fourni au sanctuaire quelques-unes de ses peintures. Presque toutes ont échappé au désastreux incendie de l'année 1922, pour l'excellente raison qu'elles avaient été transportées, en 1878, dans la chapelle commémorative. Il faut s'en louer. il faut aussi souhaiter qu'un nouvel incendie ne les fasse périr, comme il est arrivé à tant d'œuvres d'art de notre XVIIe siècle. Dans bien des cas, nous en sommes réduits à connaître nos premiers artisans par des pièces d'archives et des mentions notariales, ce qui n'est guère satisfaisant.

A SAINTE-ANNE-DE-BEAUPRE, la plupart des peintures sont anonymes. A peine puis-je en citer cinq ou six au bas desquelles il soit possible d'inscrire un nom sans crainte de tromper le lecteur. Mais leur intérêt historique et artistique dépasse la personnalité des peintres plus ou moins talentueux qui les ont faites. Il faut y voir l'apport de l'école des Arts et Métiers de Saint-Joachim. On a beaucoup médit de ces peintures. On a insisté sur la maladresse de leur dessin, la pauvreté de leur coloris et la naïveté de leur composition. James-M. Lemoine les jugeait sévèrement quand il écrivait ces lignes: Et plus loin, il ajoute:

JE N'AI pas le souci de réhabiliter toutes ces peintures, dont quelque-unes [sic] sont en effet dépourvues de tout charme et semblent être la réalisation picturale d'horribles cauchemars. Mais tous ces ex-voto ne sont pas des caricatures, au sens particulier que l'on donne à ce terme. Plusieurs sont d'honnêtes tableaux bien composés et brossés d'une main alerte. La plupart, même les plus maladroits, ne manquent pas de caractère ni de piquant. Car sous les lourdeurs de la touche et sous les injures du temps - ces toiles sont fort abîmées, - , on sent la personnalité forte, parfois étrange, qui s'y cache, l'absence de formules picturales bien apprises et une fantaisie naïve et déconcertante. Habitués que nous sommes à n'apprécier les œuvres d'art que d'après leurs caractères académiques, imbus de ce byzantinisme néfaste en vertu duquel nous jugeons d'un coup d'œil les hommes et les choses, nous n'avons ordinairement que peu d'estime pour les ouvrages d'art maladroitement exécutés; nous ne voulons pas y voir la vigueur de la conception, non plus que le tempérament de l'inélégance qui, à première vue, entame leur expressive beauté. La peinture aimable nous séduit parce qu'elle n'exige de notre cerveau aucune opération plus compliquée que s'il s'agit de comprendre une idée qui nous est familière ou d'apprécier un procédé que nous pratiquons depuis notre enfance. Encore une fois, je ne prétends pas que les ex-voto de Sainte-Anne soient tous des chefs chefs-d'œuvre [sic] . Loin de là. Mais l'historien de l'art et les artistes ne peuvent humainement en négliger l'étude, ni se payer le vain luxe de les mépriser.

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CE QUE je viens d'écrire est particulièrement vrai de l'un des plus anciens ex-voto de Sainte-Anne, celui de Mlle de Bécancour (fig. 1). Il possède une forte saveur de terroir, à la manière de cette prose rude et nue, ardente et pondérée, qui caractérise nos écrivains du XVIIe siècle et du début du siècle suivant, par exemple, la Mère Duplessis de Sainte-Hélène. Ce petit tableau de quatre pieds de hauteur n'a rien des grâces de Mignard et de Le Brun; de plus, son ordonnance est loin d'être irréprochable. Mais il a du caractère. A gauche, sainte Anne debout, vêtue d'un long manteau, tient la Vierge enfant agenouillée sur le table; en bas à droite, la petite Marie-Anne Robineau de Bécancour, la donatrice, est agenouillée, parée de ses plus beaux atours. Le tableau n'est pas que charmant; il est vivant dans sa composition et dans son exécution, dans la physionomie candide et franche des personnages, dans la simplicité de sa technique. Il date probablement des années 1675-1680. Il porte, en bas à droite, une signature à-demi effacée qui a été longtemps une énigme et qui est celle d'un peintre français arrivé à Québec au début de septembre 1675, Cardenat. Je reviendrai plus tard sur cet artiste; qu'il me suffise de dire pour le moment qu'il a été chef d'atelier à l'école des Arts et Métiers de Saint-Joachim et que les archives du Séminaire contiennent quelques écritures à son sujet.

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EN 1896, . Sur cette grande toile, on voit en effet un navire au premier plan, dissimulé dans une masse de nuages; à droite, un vaisseau hollandais; les deux autres navires ennemis sont au loin à gauche. L'original de cet ex-voto n'existe plus depuis longtemps. Dès 1826, il était remplacé à Sainte-Anne par une copie exécutée cette même année par Antoine Plamondon. Je crois que la partie supérieure de la composition diffère de l'original. Plamondon y a peint à droite sainte Anne intercédant auprès du Christ placé à gauche; quatre têtes d'angelets complètent cette scène céleste. Ce sujet n'est pas unique dans l'œuvre de Plamondon. L'église du Cap-Santé possède un tableau que Plamondon a peint en 1825, par conséquent un an avant l'exécution de l'ex-voto de Sainte-Anne. La partie supérieure est la même; mais au bas on voit une barque ballotée par les vagues et, au première [sic] plan, des malades et des infirmes qui tendent les bras vers la thaumaturge. Une réplique de ce tableau se trouvait dans l'ancienne cathédrale de Québec, avant le sinistre de 1922. Est-il besoin d'ajouter que ces trois tableaux sont fabriqués à coups de reminiscences.

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, telle est l'indication sommaire qu'on lit dans un ancien Guide, au sujet d'un charmant petit tableau qui a fait couler plus d'encre que les autres. En voici une brève description: sur le pont d'un navire, on voit un homme agenouillé, coiffé de la grande perruque et sobrement vêtu; il élève dans ses mains un coffret ouvert sur lequel sont posés un parchemin déployé et un livre; en haut à gauche, sainte Anne est assise sur des nuages, un livre ouvert sur les genoux; à sa gauche, la Vierge enfant tend les bras vers le donateur; au loin, un navire sur la mer glauque.

ON A VOULU voir dans cette peinture l'ex-voto que Jean Talon a donné à Notre-Dame de Québec en 1760, en reconnaissance de la protection que lui accorda sainte Anne l'année précédente, lors du naufrage dont il fut victime, avec quelques Récollets, sur les côtes du Portugal. Le Père Ferland, après avoir longuement étudié cet ex-voto, a émis une hypothèse ingénieuse et plausible: il s'agirait ici de Pierre d'Iberville offrant à sainte Anne le mémoire de Louis XIV qui lui ordonne d'aller à la découverte des bouches du Mississipi, en octobre 1698; les deux navires seraient la Badine et le Marin.

QUOI qu'il en soit de cette hypothèse - et pour ma part, je la crois d'autant [illisible] vraisemblable que le personnage agenouillé sur le pont du navire ressemble beaucoup au portrait connu de Pierre d'Iberville -, c'est un excellent tableau de l'Ecole française; le dessin en est souple et les harmonies, chatoyantes.

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L'ORDRE chronologique m'amène à écrire quelques mots d'une peinture dont l'histoire est mieux connue. Il s'agit d'un ex-voto que madame Riverin, épouse d'un conseiller au Conseil souverain, a offert au sanctuaire de Sainte-Anne le 1er novembre 1703. La donatrice, richement vêtue, est agenouillée devant une sorte d'autel où trône sainte Anne sur une masse de nuages blanchâtres; le fils et les trois filles Riverin sont agenouillés à côté de leur mère.

INEVITABLEMENT, le tableau a été retouché, notamment dans la coiffe de Mme Riverin et dans la robe de la fille aînée. Ces repeints n'altèrent pas trop la raideur des attitudes ni le charme de l'ensemble de la composition. On y constate que les Canadiennes du début du XVIIIe siècle s'habillaient comme les Parisiennes de la même époque, sinon de la même étoffe, du moins à la même mode. Mais nos peintres du cru, sans être moins sensibles à la beauté féminine, ne possédaient pas l'expérience de leurs confrères parisiens, ni la légèreté de leur touche. L'artiste qui a peint ce tableau, Michel Dessaillant de Richeterre, n'est pas né en Nouvelle-France; mais il avait probablement appris son métier à l'Ecole de Saint-Joachim, ce qui expliquerait son dessin hésitant et sa technique empâtée.

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DEUX autres ex-voto datent respectivement de 1706 et de 1717. Ce ne sont plus que des loques craquelées, [illisible] blement repeintes, pitoyables [illisible] une brillante époque. Sans doute [illisible] -ils leur déchéance non seulement à la rigueur du climat et aux restaurateurs, mais aussi à l'indigence de métier de leurs auteurs. Ces grandes toiles, mal assujetties à leurs châssis, se sont gondolées; la pellicule picturale s'est fendillée, parce qu'elle était insuffisamment protégée par les fonds. Tout de même, il y a dans ces toiles autre chose que la maladresse et l'ignorance; il y a une certaine puissance mal ordonnée, qui se manifeste dans l'énergique simplification du dessin et dans la largeur du métier.

EN LES examinant avec attention, on en arrive sans arrière-pensée à établir une comparaison entre ces ouvrages primitifs et certains tableaux modernes. Cette comparaison n'est paradoxale qu'en apparence. En somme, certains peintres modernes ont cherché la puissance dans la simplification géométrique des plans; ils ont ensuite cherché le sentiment primitif dans la déformation savante et raisonnée des contours des formes et dans l'altération des effets perspectifs. S'ils ont réussi, à force de science et d'ingéniosité, à rejoindre les formes d'art des époques primitives, avouons que leurs tentatives ont servi souvent à masquer le vide de leur inspiration, et que leurs formules délibérément maladroites atteignent le pastiche le plus insupportable quand elles ne sont pas le fruit de la nature même de l'artiste.

CERTAINS peintres de l'Ecole des Arts et Métiers de Saint-Joachim ont atteint, mais à leur insu, le même résultat. Ignorants ils ont mal dessiné, tout en voulant faire le contraire; malhabiles, ils ont appliqué leurs couleurs presque sans modelé, comme un grand nombre de peintres d'aujourd'hui. De là, la déformation involontaire des figures et des objets, la rusticité de leur faire, la puissance de leurs simplifications - toutes qualités qu'on retrouve, avec une origine différente, dans les œuvres de peintres contemporains bien connus.

CES LONGUES considérations me dispensent d'insister sur les deux ex-voto qui les ont motivées. Je me contente de les décrire brièvement.

SUR le premier, on aperçoit un navire, le brigantin Joybert, qui s'étale sur toute la largeur de la toile; en haut, à gauche, sainte Anne et la Vierge enfant, ce dernier groupe paraît imité de celui du tableau dit le Héros du Roi; ce tableau a été peint en 1706 et offert par le marchand et armateur québecois Louis Prat. Il faut également l'attribuer à Michel Dessaillant de Richeterre.

LE SECOND ex-voto représente le vaisseau de M. Roger, marchand de Québec; pris dans les glaces, le navire est en danger de périr, si sainte Anne n'intervient immédiatement. On voit le navire à droite, toutes voiles au vent; en haut, la Thaumaturge assise enseigne la lecture à son enfant serrée contre elle.

VOICI une autre peinture du même genre, l'Ex-voto de l'équipage de la Sainte-Anne. Il représente un navire balloté par les flots et secouru par la Thaumaturge agenouillée sur des nuages et entourée de têtes ailées. Sur le pont du navire, on voit quatre personnages: un marin, un religieux récollet, un prêtre et une religieuse. En bas, on lit l'inscription suivante: Le troisième personnage est sans doute l'abbé Gaulin, chargé par le gouverneur Subercase d'aller avertir le marquis de Vaudreuil des préparatifs des Anglais contre la Nouvelle-France.

LE DESSIN de cet ex-voto est médiocre, mais son coloris est très agréable.

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LE PLUS naïf des ex-voto de Sainte-Anne-de-Beaupré représente un accident de la fôret; il est probablement l'œuvre d'un ancien sergent dans les troupes de la Marine, Paul Beaucourt. Au premier plan, un bûcheron est écrasé sous un arbre; au fond, une forêt, peu dense de sapins et de bouleaux; à droite, un petit chien qui trottine dans la neige; dans le ciel, sainte Anne faisant un geste impératif de la main gauche. L'histoire n'est pas compliquée: le bûcheron, incapable de soulever l'arbre qui l'écrase, trempe dans son sang une pièce de vêtement quelconque, la fait flairer à son chien et lui commande d'aller au village voisin pour y alerter ses amis; sainte Anne se joint au bûcheron pour faire comprendre à l'animal le servvice [sic] qu'on attend de lui; et l'histoire se termine à merveille: le chien réussit à faire entendre aux villageois qu'un drame vient de se dérouler dans la forêt et les conduit sur le lieu de l'accident.

ON NE peut imaginer une composition plus simple, un dessin plus spontané, un coloris plus frais.

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ENFIN, j'aborde l'étude de l'Ex-voto du marquis de Tracy, par quoi j'aurais dû commencer cette chronique. Si je l'ai gardé pour la fin, c'est qu'il a été repeint presque en entier et qu'il n'est plus qu'une sotte interprétation germanique d'un tableau qui ne manquait pas d'intérêt. L'original a été offert le 17 août 1666 par le marquis de Tracy, vice-roi en Nouvelle-France. Dans le Journal des Jésuites, je lis cette entrée:

L'EX-VOTO représente un homme et une femme agenouillés devant sainte Anne et la Vierge; en haut, le Père éternel entouré de trois angelets. L'homme et la femme sont vêtus du costume habituel des pèlerins et tiennent un bâton; l'un et l'autre portent sur l'épaule une coquille Saint-Jacques, allusion évidente au pèlerinage fameux de Saint-Jacques-de-Compostelle. Le groupe de sainte Anne et la Vierge est la copie renversée de celui que Rubens a peint après 1620 et qui est conservé au Musée d'Anvers. En bas, au centre, les armoiries des Tracy et des Fouilleuse.

CE TABLEAU, je l'ai dit, est entièrement repeint. Le restaurateur (je devrais dire le tripatouilleur) a fait de monsieur de Tracy un bon Allemand à la face barbue - si le marquis suivait la mode de son temps, il se rasait tous les matins -, à la physionomie fade et insignifiante et aux yeux ingénus. On chercherait en vain son genou gauche, que le restaurateur n'a pas jugé bon de repeindre. La femme est une brave Bravaroise [sic] , l'expression fadasse et aussi niaise que possible.

TOUT cela est lourd et conventionnel, insipide et banal, peint d'une touche si maladroite et si prétentieuse à la fois que les autres ex-voto de Sainte-Anne prennent l'allure de chefs-d'œuvre, si on les compare à ce salmigondis où l'imitation de Rubens voisine avec l'art munichois de la fin du XIXe siècle, et les réminiscences de Murillo avec les recettes abâtardies des derniers Bolonais.

ET DIRE que ce tableau, en l'état où il est aujourd'hui, a pu être attribué à Charles Le Brun! Même avant sa restauration, il n'avait rien de l'art sec, savant et froid du premier peintre de Louis XIV. Du reste, c'est faire injure à Le Brun que de le croire capable de piller Rubens - et avec une telle impudence -, en lui empruntant le groupe de sainte Anne et de la Vierge enfant. Ce groupe a sans doute été peint d'après une gravure, puisque le sujet en est renversé; et si l'on veut connaître le nom du peintre qui a commis ce larcin, on a le choix entre les deux ou trois cents artistes de cinquième ordre qui exerçaient leur art à Paris vers l'année 1665.

DE l'Ex-voto du marquis de Tracy, il ne reste que le titre et les armoiries des donateurs. Tout le reste a été repeint, stupidement gâché par la main d'un escroc.

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, a écrit James-M. Lemoine. En 1872 à l'époque où Lemoine proférait ce jugement catégorique et dur, la principale qualité de la peinture était la ressemblance parfaite avec une sorte de réalité conventionnelle et convenable, qui avait alors la solidité et l'intangibilité d'un dogme. Déjà la photographie avait exercé ses ravages dans le cerveau des soi-disant amateurs d'art qui possèdent, suivant l'expression consacrée, un goût naturel; déjà l'académisme était installé en long et en large dans nos habitudes esthétiques - si je puis dire - et tyrannisait nos artistes et leurs clients. a dit je ne sais plus quel président de république.

CETTE conception de la peinture s'accordait assez bien avec l'anecdote historique et sentimentale, dans laquelle la technique et la couleur doivent s'harmoniser avec une certaine suavité bourgeoise et des habitudes de vie toutes formalistes. La Bataille de coqs, que le fier-à-bras Gérome a peinte vers 1864, est le chef-d'œuvre de cette peinture de tout repos, où il n'y a de mouvement que dans les gestes prévus, et d'esprit que dans le sel même de l'anecdote qui est racontée sur la toile.

MAIS quand il s'agit d'une histoire mouvementée, terrifiante - comme le Radeau de la Méduse - ou d'une anecdote irréelle - par exemple l'Ex-voto de monsieur Juing -, la même conception de la peinture ne joue plus, ne peut plus jouer. L'artiste doit tirer le drame de son propre fonds, le composer volontairement de manière que le dramatisme éclate de toutes parts, le concevoir dans sa réalité et dans ses symboles - oui, des symboles! - et l'exprimer avec une sincérité farouche, sans se demander comment, avant lui, on a résolu le problème.

J'IMAGINE que Cardenat, Michel Dessaillant, Paul Beaucourt et les autres fabricants d'ex-voto ont abordé chacune de leurs compositions avec une âme neuve; ils ont cherché à fixer sur la toile, et le plus simplement possible, les épisodes dont ils avaient été les témoins effrayés ou qu'ils avaient entendu raconter; et ils ont créé, avec tout le dramatisme accumulé en leur mémoire, des scènes effrayantes, précisément parce qu'un naufrage n'est point une balade au bout de l'île d'Orléans, mais une action violente où des êtres humains luttent pour leur vie. En deux mots, ils ont voulu traduire de véritables drames, dont les survivants étaient sortis avec l'effroi dans l'âme.

LEMOINE en a été effrayé - et son témoignage est authentique. Mais quand il parle de caricature, il oublie le drame; il n'entend pas le hurlement de la tempête ni les cris des naufragés; il n'imagine pas les affres de la mort, ni la désespérance des naufragés; bref, il ne reconnaît pas dans les ex-voto de Sainte-Anne son beau petit naufrage en rose, qu'il ferait voir avec déférence aux visiteurs de Spencer Grange, entre la Tasse de thé et la Partie de dominos...

Bas de vignettes:

(1) EX-VOTO DE MARIE-ANNE ROBINEAU DE BECANCOUR, peint vers 1676 par "Monsieur de Cardenat", artiste français arrivé à Québec en septembre de l'année précédente. IOA

(2) Marie-Anne Robineau de Bécancour, détail de l'ex-voto précédent. Née à Québec en 1672, elle entra chez les Ursulines en 1689 et y mourut le 26 juillet 1743. IOA

(3) EX-VOTO DE MONSIEUR JUING, 1696. L'original a disparu depuis longtemps. Antoine PLAMONDON en a peint une copie en 1826. - IOA

(4) EX-VOTO DE PIERRE D'IBERVILLE, 1698. Œuvre d'un artiste français du début du XVIIIe siècle. - IOA

(5) EX-VOTO DU CAPITAINE EDOUIN ET DE L'EQUIPAGE DE LA SAINTE-ANNE, 1709. Probablement l'œuvre de Michel Dessaillant de Richeterre. - IOA

(6) Ex-voto anonyme: accident de la forêt. Probablement exécuté vers 1745 par l'artiste québecois paul BEAUCOURT - IOA

(7) EX-VOTO DU MARQUIS DE TRACY, 1666. Œuvre d'un peintre français du milieu du XVIIe siècle. Tableau affreusement repeint. - IOA

 

 

 

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Gérard Morisset (1898-1970)