
Textes mis en ligne le 26 février 2003, par Pascale TREMBLAY, dans le cadre du cours HAR1830 Les arts en Nouvelle-France, au Québec et dans les Canadas avant 1867. Aucune vérification linguistique n'a été faite pour contrôler l'exactitude des transcriptions effectuées par l'équipe d'étudiants.
Art - Évolution 1950.08.27
Bibliographie de Jacques Robert, n° 164
La Patrie, 27 août 1950, p. 26-27 et 50.
NOTRE ART RELIGIEUX
COMME dans la plupart des colonies européennes de Nouveau Monde, l'art de la Nouvelle-France est d'abord, et pendant près d'un siècle, un art aux deux tiers religieux. Car avant d'ériger des manoirs, des palais et des hôtels, on construit des églises pour le peuple et des chapelles pour les ordrs [sic] monastiques, et on les meubles de retables et de tabernacles, de tableaux et de vases liturgiques. A cause de ses origines, cet art est essentiellement français; et comme nos premiers artisans viennent, quatre fois sur cinq, de la province française, ils apportent au pays les éléments de ce style un peu rude mais savoureux, qui fleurit dans leur coin de terrre et joint l'esprit du style Louis XIV aux lointaines traditions de métier de la corporation médiévale.
L'ESPRIT du style Louis XIV se fait sentir dans le décor des édifices dans la mouluration de certains membres d'architecture, dans l'emploi d'éléments décoratifs secondaires (portails, pillastres, frontons), et dans le galbe général des clochers, des clochetons et des membres d'architecture qui sont soumis à une vogue passagère. Mais les traditions lointaines de métier viennent du Moyen Age, plus précisément du style roman qui a fleuri avec tant de magnifience et de variété dans les provinces occidentales de la France; et ce sont elles qui donnent à nos églises la grande diversité de leur plan, leur apparence austère à l'extérieur, leur silhouette particulière, leurs murailles rugueuses où dominent les pleins, leurs procédés de construction.
DANS le plan de nos églises, deux types se dessinent dès la fin du XVIIe siècle. Le premier est une variante de l'église campagnarde de la fin du Moyen Age. C'est un bâtiment de pierre aux murailles basses, coupé en son deuxième tiers par un transept, terminé à l'est par une abside arrondie, et couvert d'une toiture aiguë; à cheval sur le pignon de la façade, un clocher en charpente à une ou deux lanternes. Quelques témoignages subsistent de ce type tout imprégné d'esprit roman: les églises de Saint-Pierre (île d'Orléans) et du Cap-de-la-Madeleine, édifiées de 1715 à 1720; par la gravure ou la photographie, on en connaît quelques autres qui ont disparu au cours du XIXe siècle - telles les églises de St-Laurent (île d'Orléans) et de Lachenaie, de Saint-Anne-de-Beaupré, de la Pointe-aux-Trembles et de Notre-Dame de Montréal.
LE SECOND type d'église ne vient pas des Jésuites, comme on devait s'y attendre; il vient des Récollets, et il possède plus d'un trait commun avec l'église conventuelle espagnole du XVIe siècle. Il comporte une nef unique, long vaisseau fermé par une faussse voûte en anse de panier, dont on voit les entraits, les poinçons et les contrefiches; la nef est terminée à l'est par une abside carrée dont le décor intérieur affecte la forme d'un arc de triomphe à l'antique. Ces églises, nombreuses au XVIIIe siècle, surtout dans l'architecture conventuelle, sont devenues assez rares. La plus somptueuse et la mieux conservée est la chapelle des Ursulines de Québec, dont le retable A LA RECOLETTE a été sculpté de 1732 à 1737 par Noël Levasseur, d'après un plan de François de La Joue; le retable du Sault-au-Récollet en est un exemple moins ancien, mais d'un même caractère décoratif.
A L'EGLISE à la récollette, il faut rattacher un autre type; c'est la petite église sans transept, à abside arrondie; telle est l'église de Beaumont édifiée de 1727 à 1735. L'église à la récollette et l'église transept auraient pu facilement se fondre; elles se sont développées avec une certaine autonomie pendant tout le XVIIIe siècle. Au début du siècle suivant, à la suite de monseigneur Briand, l'église à transept supplante l'église à la récollette.
PENDANT longtemps la construction de nos églises - sauf trois ou quatre exceptions - n'est point le fait de l'architecte, au sens que nous donnons aujourd'hui à ce terme. S'agit-il d'ériger une église à tel endroit, l'évêque délègue ses pouvoirs à l'un de ses prêtres, - et il y en a toujours quelques-uns (Cherrier, Conefroy, Jérôme Damers [sic], Panet) qui s'intéressent particulièrement à l'architecture religieuse et y appliquent volontiers leur réflexion. Rendu sur les lieux, le délégué procède incontinent à l'enquête de commodo et incommodo, s'informe de la densité de la population, de ses possibilités d'accroissement de ses ressources financières et de son crédit, des ses bonnes dispositions : il s'informe encore de la qualité du terrain et des matériaux du pays, de la facilité des transports, de la compétence de la main d'uvre, des particularités climatiques de l'endroit. Souvent il s'abouche avec un maître-maçon, un charpentier et un menuisier, et discute avec eux des problèmes les plus urgents; et ces quatre personnages, conjuguant leurs calculs personnels et leur expérience dans l'art de bâtir, sont véritablement L'ARCHITECTE du nouvel édifice: le délégué de l'évêque fixe le site de l'église, son orientation et ses dimensions; le maître-maçon établit la hauteur des murailles latérales et répartit les vides et les pleins; le charpentier contribue à la silhouette de l'ensemble par l'inclinaison de la toiture, le galbe du clocher et le dessin de l'abside; et le menuisier, maître de tous les ouvrages en bois, en conçoit l'ordonnance et en choisit la mouluration. Dans cette manière de procéder, les réussites antérieures exercent une pression inévitable sur les décisions des quatre maîtres d'uvre; mais ils ne copient point des églises qui sont elles-mêmes des réussites; ils s'en inspirent libéralement et cherchent à affiner leurs éléments les plus parfaits.
C'EST ainsi que l'abbé Pierre Conefroye [sic], codificateur bénévole de notre architecture religieuse, préside, entre les années 1799 et 1816, à la construction d'une dizaine d'églises de la région de Montréal; elles ont un air évident de parenté; mais chacune d'elle possède ses traits distinctifs: personne ne confond l'église de Lacadie avec celle de Saint-Paul (Joliette), ni l'église de Boucherville avec celle de Saint-Roch-de-l'Achigan. Le principe de singularité joue sans entrave.
LONGTEMPS replié sur lui même, le Canada français n'est plus au XIXe siècle à l'abri des modes et des engoûments de l'Europe. La vague d'archéologie romantique qui déferie sur le vieux Monde traverse en Amérique et atteint vite notre architecture. En 1824, l'architecte irlandais O'Donnell élève la nouvelle Notre-Dame de Montréal en un gothique sec, osseux, dégingandé. L'exemple, parti de haut, s'étend aussitôt dans toute la province: Blainville (1835), St-Roch-des-Aulnaies (1849), La Pérade (1854), Saint-Patrice de Montréal (1849), Rimouski (1856) sont des églises pseudo-ogivales et, comme telles, d'un caractère douteux Et depuis plus de cent ans s'élèvent sur tout le territoire de petites et de grandes églises en pierre, en plâtre et en tôle, dont les formes, par le truchement de gravures médiocres, proviennent de styles depuis longtemps périmés. L'architecture archéologique aura sévi chez nous pendant plus d'un siècle.
POUR orner de peintures ses églises, ses chapelles et ses oratoires, la Nouvelle-France fait d'abord appel aux artistes français - Hallé, Coypel, Jean Jouvenet -, en qui survit l'art de la Contre-Réforme. Jusqu'au traité de Paris, l'importation de tableaux de sainteté reste florissante.
CEPENDANT dès le milieu du XVIIe siècle, la colonie compte quelques peintres. L'un, Claude François dit Frère Luc, jouit d'une certaine notoriété; élève de Vouet et de Reni, il peint des compositions classiques et sentimentales, surtout des TETES D'EXPRESSION qui marquent bien l'art français des environs de 1670. Dans le même temps, l'abbé Hugues Pommier pignoche des portraits de cadavres; les Pères Pierron et Chauchetière composent des images terrifiantes pour amener leurs ouailles à la foi chrétienne; le Père Rasles orne de sa main sa chapelle de Narantsouak; l'abbé Guyon peint la flore de pays et Michel Dessailant, les notables de Montréal et de Québec. L'élan est donné. Au siècle suivant, l'art du Frère Luc anime et guide nos artisans du pinceau, notamment le Frère François. Et à la veillle de la Révolution deux rapins, François Beaucourt et François Baillairgé, s'en vont à Paris pour y affiner leur goût; leurs uvres sont d'une honnête tenue.
EN 1817 se produit un fait important; dans la chapelle de l'Hôtel-Dieu de Québec, l'abbé Desjardins cadet procède à la vente des peintures que son frère a acquises en 1803 et qui proviennent des églises de Paris. De jeunes peintres québécois - Légaré, Plamondon, Roy-Audy, Triaud et Tessier - et des artistes moins jeunes, comme Dulongpré, apprennent leur art en copiant les peintures de cette collection et perpétuent chez nous l'art français de l'Ancien Régime. Même après un séjour de quatre ans à Paris, Antoine Plamondon s'en tient à la formule un peu froide du XVIIe siècle, mais il l'exploite en virtuose dans le portrait. Théophile Hamel (1817-1870) est un peintre de goût flamand, mais un classique de la composition. Les autres peintres, Bourassa et ses disciples, Charles Huot, Eugène Hamel, Scherrer et Joseph Dynes, s'inspirent tour à tour des académistes français, des Nazaréens d'Overbeck et des artistes sentimentaux de Munich. Ce n'est que depuis une quinzaine d'années que notre peinture religieuse devient vraiment décorative et neuve; mais il s'en faut de beaucoup que le mouvement soit général.
EN revanche, la sculpture sur bois et l'orfèvrerie produisent en Nouvelle-France les uvres les plus originales et les plus parfaites. La sculpture fait son apparition avec Jean Latour qui, en 1665, façonne un tabernacle pour la chapelle de Ste-Famille, en l'église de Québec. A l'Ecole des Arts et Métiers de Saint-Joachim, dont l'évêque de Québec jette les fondations dès 1668, les chefs d'atelier sont pour la plupart des sculpteurs: Samuel Genner, Denys Mallet, Jacques Leblond. L'uvre principale de ce dernier se trouve aujourd'hui en l'église de l'Ange-Gardien; c'était primitivement un retable A LA RECOLETTE d'une grande somptuosité; il n'en reste que de magnifiques fragments. Sans exagérer son rôle, on peut dire que l'Ecole de St-Joachim a exercé une forte influence sur notre sculpture ornementale et sur notre statuaire. Noël Levasseur (1680-1740) et ses coucurrents, Jean Valin et Charles Vézina, en perpétuent la tradition jusque sous le Régime anglais. Aux Trois-Rivières, Gilles Bolvin et le récollet Augustin Quintal prolongent l'art paysan de l'Ecole de Saint-Joachim en le teintant d'un peu de fantaisie et d'exubérance espagnole, comme on le constate dans les tabernacles de Lachenaie (1737) et de Boucherville (vers 1740). Avec les fils de Noël Levasseur, surtout avec son cousin, Pierre-Noël Levasseur - que les livres de comptes paroissiaux nomment plaisamment "les Vasseurs" -, la sculpture sur bois acquiert peu à peu des caractères personnels qui en font un art vraiment canadien; rien de plus naïvement réaliste et terrien à la fois que les statuettes en bois doré et les bas-reliefs dont les Levasseur peuplent les niches et les panneaux de leurs tabenacles; leurs statues les plus typiques se trouvent à l'église de Batiscan (1742) et à la chapelle de la rue Dauphine, à Québec (1751).
VERS 1790 s'éteint la dynastie des Levasseur. Une autre l'a déjà remplacée, celle des Baillargé. François, le deuxième du nom, rapporte de Paris en 1781 l'esprit et quelques-uns des motifs du style Louis XVI; il les met en uvre dans le décor de la cathédrale de Québec. Dans l'ornementation de l'église de Saint-Joachim, c'est le Louis XVI le plus gracieux que François Baillairgé et son fils Thomas appliquent avec un verve et une fantaisie toutes paysannes (1816-1825); on retrouve la même élégance, sourainte et un peu frêle, dans leurs autres ensembles décoratifs et dans les uvres de leurs meilleurs disciples. André Paquet, Raphaël Giroux, Louis-Xavier Leprohon et Moisan. Quant à Louis Jobin, c'est un statuaire de la même lignée, habile et plein de ressources techniques.
L'ECOLE de sculpture de Montréal retarde sensiblement sur celle de Québec. Elle ne commence guère à se manifester que vers 1705; et c'est Charles Chaboillez qui en est le premier maître. Le sort s'est acharné sur ses uvres et sur celles de ses successeurs, Paul Jourdain, les deux Cirier, Louis Foureur dit Champagne et François Guernon dit Belleville.
UN Bourguignon transplanté en Nouvelle-France, Philippe Liébert, fait monter l'Ecole de Montréal au premier rang; sculpteur ornemaniste ingénieux, statuaire imaginatif et sensible, artisan très habile. Il crée les plus beaux ensembles décoratifs de la fin du XVIIIe siècle dans les églises de l'Assomption et de Vaudreuil, du Sault-au-Récollet et des Surs-Grises de Montréal; le "Beau Dieu de Vaudreuil" est une figure d'une inoubliable expression de noble mélancolie.
A sa mort survenue en 1804, Liébert laisse deux disciples, Joseph Pépin et Urbain Brien dit Desrochers; leurs uvres prolongent directement l'esprit du maître. Liébert mort, Louis Quévillon a le champ libre; il sait en profiter. Au lieu dit des ACCORES, à Saint-Vincent-de-Paul, il organise une sorte de maîtrise d'art à l'ancienne mode; le maître et ses monbreux apprentis y travaillent en commun aux mêmes décors sculptés; les plus considérables étaient ceux de Saint-Laurent (près Montréal), de Saint-Marc (Verchères), de Notre-Dame de Montréal, de Longueil, de Saint-Mathias. Après sa mort, ses disciples René Saint-James dit Beauvais, Paul Rollin, les Dugal, Jean-Baptiste Baret, Amable Gauthier, Vincent Chartrand et les Desnoyers ornent les églises de la région montréalaise de meubles sculptés dans un style Louis XVI mâtiné de Louis XV. Parfois un sculpteur de l'atelier des ACCORES s'élève au-dessus des autres; tel Louis-Thomas Berlinguet qui, à l'église de St-Rémy (Napierville), façonne vers l'année 1845 une statuaire polychromée d'un style très vigoureux.
EN dépit de la mauvaise habitude de plâtre moulé et de la tôle pressée, que contractent nos bâtisseurs dès le milieu du XIXe siècle, notre Ecole de sculpture s'est maintenue à un niveau fort honorable jusqu'au début de notre siècle. Des artisans comme Charles Dauphin, Laporte et Louis Jobin témoignent de la vitalité des traditions de nos maîtres d'autrefois et du souci constant de "la belle ouvrage bien faite".
L'ORFEVRERIE canadienne prend son essor bien après les autres arts décoratifs, et pour une raison péremptoire: le manque de matière première. Vers l'année 1720, nos orfèvres disposent enfin des pièces de monnaie qui leur permettent d'exercer leur art. Vers 1730 paraissent à la fois deux grands orfèvres, Jacques Pagé dit Quercy (1682-1742) et Paul Lambert dit Saint-Paul (1749); le premier connu par sa somptuse [sic] orfèvrerie domestique, s'inspire souvent des formes de l'orfèvrerie française de son temps; le second, originaire d'Arras, est un HOMO FABER franchement canadien par son métier, par son goût de la ciselure irrégulière et vivante, par les proportions souvent massives de ses vases. Leurs contemporains, qu'il s'agisse du Parisien Roland Paradis ou du Québécois Michel Cotton, de Joseph Maillou ou d'Ignace-François Delezenne, imitent parfois les pièces françaises qu'ils peuvent observer à Québec et à Montréal, mais ils font habituellement uvre d'imagination et martèlent des calices et des ciboires d'une composition très simple et d'un galbe pur.
AU reste, l'uvre volontairement personnel de François Ranvoyzé (Québec, 1739-1819) atteste que l'orfèvrerie canadienne vit de sa propre vie et invente les formes et le décor qui conviennent le mieux aux objets usuels de sa propre civilisation. Ce qui caractérise Ranvoyzé, c'est le souci bien français de l'élégance, le goût de l'ornement dyssymétrique [sic] et des frises florales mouvementées, le sens de la ligne sinueuse et expressive. Son uvre est considérable, tant par le nombre des pièces qu'il a façonnées que par le caractère tout personnel de leur décor.
UN parallèle entre Ranvoyzé et son jeune concurrent Laurent Amyot ne donnerait rien. Le premier est un artisan imaginatif; le second est un homme d'atelier méticuleux, réfléchi, amoureux de beau métier et de formes opulentes. Laurent Amyot (Québec, 1764-1839) a rapporté de Paris en 1787 l'esprit du style Louis XVI; et il l'exploite avec une grande compréhension des formes et une vertuosité étonnante. Ces qualités, il les transmet aux orfèvres de l'Ecole québécoise, notamment à François Sasseville et à Pierre Lespérance; il les transmet même aux orfèvres de l'Ecole de Montréal. Car Pierre Huguet (Québec 1748-1817) et Salomon Marion (1788-1830) auraient eu un tout autre style, s'ils n'avaient parfois consulté les ouvrages de Laurent Amyot; même Robert Cruickshank, mort en 1808, loyaliste arrivé à Montréal vers 1775, ne craint pas d'imiter le style de son confrère québécois dans les vases d'église qu'il lui arrive de façonner; mais il l'imite à sa manière, avec une technique volontaire et une froide sérénité.
PAUL MORAND, mort à Montréal en 1854, Robert Hendery et Pierre Bohle sont probablement les derniers orfèvres canadiens qui ont eu le souci de façonner des vases liturgiques originaux. De leur vivant, et surtout après leur mort, la grande industrie pénètre à l'église par la grande porte, s'y installe confortablement et ne laisse plus rien à faire à l'artisan. Celui-ci, rejeté hors du sanctuaire, se fait marchand-importateur.
CEPENDANT l'orfèvrerie canadienne ne meurt pas tout à fait. Les villes de Québec et de Montréal ne manquent jamais d'artisans capables d'emboutir une coupe de calice ou de ciseler des plateaux et de menus objets en argent; à Montréal, Leslie et Beauchamp, à Québec, Ambroise Lafrance et Cernichiaro façonnent, quand ils en ont l'occasion, des vases liturgiques qui se ressentent évidemment de la décadence de l'art religieux de la fin du XIXe siècle, mais qui n'en possèdent pas moins des qualités de facture et de proportions. Quand , vers 1935, Gilles Beaugrand façonne ses premiers vases d'église, il semble que l'Ecole candienne se réveille d'un long engourdissement et qu'elle retrouve dans son héritage l'élégance et la simplicité de notre orfèvrerie d'autrefois.
TEL EST l'état de nos arts liturgiques aux environs de l'année 1920: dans l'art de bâtir, l'architecture archéologique est souveraine et le sera encore pendant une quinzaine d'années; dans la sculpture d'église, rien ne se fait, ou à peu près - hormis le monument commémoratif qui rappelle le souvenir d'éminents ecclésistiques; dans le tableau de sainteté, Georges Delfosse se partage la besogne avec des religieuses-artistes de Montréal et de Québec; enfin, dans les arts décoratifs qui relèvent de la liturgie, les uvres sont si rares et si médiocres qu'il ne convient pas d'en écrire un mot.
AU SORTIR de la première guerre mondiale, l'art religieux de la Nouvelle-France a bouclé la boucle: il est retourné à son point de départ, c'est-à-dire à zéro. Mais depuis ce temps-là, il a pris sa revanche. Ce sera l'objet d'une prochaine chronique.
Bas de vignettes:
(1)- CAP-DE-LA-MADELEINE - Eglise construite de 1715 à 1720. Le clocher, bâti en 1719, a été refait en 1796 d'après le même dessin. IOA
(2)- CACOUNA - Eglise construite en 1845-1848 par Louis-Thomas Berlinguet, d'après ses propres plans. Le clocher de l'abside est de construction récente. IOA
(3)- LACHENAIE - Tabernacle de l'église, en bois sculpté et doré, uvre de Gilles Bolvin, 1737-1743. IOA
(4)- SAINT-JOACHIM - Détail du baldaquin de l'église: saint Luc et saint Mathieu, statues en bois sculpté et doré, uvres de François Baillairgé et de son fils Thomas, 1816-1825. IOA
(5)- QUEBEC - Musée de la Province. - Statue de saint Rémy, en bois sculpté et polychromé, uvre de Louis-Thomas Berlinguet. Façonnée vers 1845 pour l'église de Saint-Rémy (Napierville). IOA
(6)- QUEBEC - Ursulines. - La Sainte famille à la Huronne, tableau peint en 1671 par Claude François dit Frère Luc (Amiens, 1614 - Paris, 1685). IOA
(7)- QUEBEC - Ursulines. - Procession de la Fête-Dieu à Québec en 1821. Peinture à l'huile de Louis-Hubert Triaud (Londres, 1791 - Québec, 1836). IOA
(8)- SAINT-FRANÇOIS (Montmagny) - Petit calice en argent massif, martelé et ciselé vers 1730 par Jean-François Landron (Québec, 1686-1759). IOA
(9)- DESCHAMBAULT - Eglise. - Bénitier en argent massif, martelé et ciselé vers 1780 par François Ranvoyzé. IOA
(10)- L'ISLET - Eglise. - Encensoir en argent massif, martelé et ciselé en 1789 par Laurent Amyot. IOA
(11)- QUEBEC - Ursulines. - Antependium de l'Assomption, brodé par des religieuses Ursulines à la fin du XVIIe siècle. IOA