Gérard Morisset (1898-1970)

1952.09.21 : Sculpteur - Valin, Jean

 Textes mis en ligne le 24 février 2003, par Josée RIOPEL, dans le cadre du cours HAR1830 Les arts en Nouvelle-France, au Québec et dans les Canadas avant 1867. Aucune vérification linguistique n'a été faite pour contrôler l'exactitude des transcriptions effectuées par l'équipe d'étudiants.

 

Sculpteur - Valin, Jean 1952.09.21

Bibliographie de Jacques Robert, n° 187

La Patrie, 21 septembre 1952, p. 36-37.

LE SCULPTEUR ORNEMANISTE JEAN VALIN

PARMI les sculpteurs québécois de la première moitié du XVIIIe siècle, il s'en trouve quelques-uns qui ont été, pendant plus de deux siècles, laissés dans l'oubli le plus complet et qui, même de nos jours, après un quart de siècle de recherches, ne sont guère connus que de rares hommes de métier.

JACQUES LEBLOND dit Latour, originaire de Bordeaux, échappe, semble-t-il, à ce que j'appellerais cette seconde mort; et il le doit sûrement à un érudit trop tôt oublié, monseigneur Amédée Gosselin. Mais les autres? Nous connaissons assez bien la dynastie des Levasseur, à laquelle j'ai consacré naguère une chronique; nous possédons quelques écritures et des images gravées qui se rapportent aux rares œuvres de l'énigmatique Denys Mallet; nous savons que Charles Vézina a succédé à Jacques Leblond dans la charge de directeur artistique de l'Ecole des Arts et Métiers de Saint-Joachim et qu'il y a fait d'excellente besogne; nous connaissons également assez bien l'abbé Gabriel Le Prévost, ancien élève de Saint-Joachim, et l'unique ouvrage qu'il a laissé, la statue de Notre-Dame de Foy… Mais que savons-nous de Germain Villar et de Jean Valin? Peu de chose. Il y a plus de soixante ans, seul Béchard avait signalé leurs noms dans son Histoire de Saint-Augustin; mais il n'avait montré aucun de leurs ouvrages, soit qu'il ne s'y intérressât point, soit qu'il ait cru certaine leur disparition. Et pourtant, il en avait sous les yeux, à l'église même de Saint-Augustin; même chose pour l'abbé Gatien, premier chroniqueur du Cap-Santé; il a dit la messe, pendant vingt-sept ans, devant un tabernacle de Jean Valin et, dans sa chronique, le nom de ce sculpteur ne paraît pas une seule fois.

LE SUJET de ma chronique d'aujourd'hui est donc un illustre inconnu. - Encore un ! vous écriez-vous avec résignation. J'ai hâte de voir si nos chroniqueurs ont eu tort de le laisser dans l'ombre. Après tout la gloire n'est pas faite pour tout le monde…

ON VERRA tout à l'heure que Jean Valin, s'il ne peut être comparé à l'un quelconque des Levasseur, a été un excellent sculpteur ornemaniste et qu'il a laissé des œuvres d'un caractère vaguement archaïque, mais d'une grande valeur décorative. Mais n'anticipons pas.

IL EST NE à Québec à la fin de décembre de l'année 1691, de Nicolas Vallin et d'Anne Trud ou Trute; il est le troisième enfant d'une famille qui se disperse assez tôt à Charlesbourg et sur la côte de Beaupré, tandis que les parents Valin s'en vont mourir tous deux à Lorette, le père en 1699 et la mère en l'année 1743.

JEAN VALIN fait-il son apprentissage à l'école des Arts et Métiers de St-Joachim? Le fait est probable. D'une part, on ne trouve dans les minutiers notariaux aucun brevet dressé à son nom; d'autre part, le style de ses principaux ouvrages rappelle d'assez près le style du Grand siècle que Jacques Leblond a mis en œuvre avec une certaine somptuosité, et aussi le style de Charles Vézina, qui, je le rappelle, a été maître à Saint-Joachim après l'année 1706.

LE 18 NOVEMBRE 1725, il épouse, dans l'église de Notre-Dame, Catherine Dubreuil, la fille du notaire [Note 1. C'est le notaire Etienne Dubreuil qui a fait construire en 1872 [sic], la belle maison de pierre qui se trouve à l'angle des rues Hébert et de la sainte-Famille; elle abrite aujourd'hui l'Ecole de Musique de l'Université Laval.]; et chose inexplicable, son futur beau-père ne lui démontre pas la nécessité d'un contrat de mariage en bonne et due forme; voilà pourquoi le 2 octobre 1727, Jean Valin et sa femme se présentent devant Maître Barbel pour y signer un acte qu'on appelait alors un "don mutuel" et qui est connu depuis longtemps sous l'appellation de "au dernier vivant les biens".

LA FAMILLE du sculpteur se compose de douze enfants. Dans l'état civil de Notre-Dame, je cherche vainement, parmi les parrains et marraines des nouveaux-nés, des noms qui nous renseigneraient sur les familiers du ménage; naturellement, le beau-père Dubreuil signe au bas de certains de ces actes; mais les autres compères et commères sont de braves artisans de la rue Couillard, dont la notoriété n'a rien de tapageur. Jean Valin paraît être un modeste; mais un modeste quelque peu insouciant. Déjà en 1732, il plaide contre son beau-père pour une misérable somme de trois livres qu'il lui a empruntée; les années suivantes, son nom paraît quelquefois dans les délibérations du Conseil supérieur; mais ne ranimons pas les querelles d'antan.

DANS le recensement de l'année 1744, il est dit "menuisier et cabaretier", rue Saint-Joseph (Couillard); trois ans après, il habite une maison de la rue de la Fabrique et loge chez lui l'architecte Dominique Janson dit La Palme, "entrepreneur des portes et Guérittes des Fortifications de cette ville". Quelques années plus tard, il retourne à sa maison de la rue Saint-Joseph; là, il a comme voisin un traiteur du nom de Jean Amyot, le père de deux orfèvres; Amyot veut rehausser sa maison d'un étage et, pour ce faire, entend établir sa muraille sur le mur mitoyen qui sépare sa propriété de celle du sculpteur; d'où un acte de convention intervenu entre l'artisan et le traiteur, le 22 mars 1756, devant Maître Dulaurent - acte de convention si long et si touffu que je renonce à le transcrire ici, même à le commenter.

LES DERNIERES années de Valin sont assombries par la misère et les ruines du siège de Québec par James Wolfe. Chassé de sa maison par l'incendie, il se réfugie chez l'un de ses fils; c'est là qu'il est mort le 26 décembre 1759, au quatrième mois de l'occupation anglaise.

L'ŒUVRE de Jean Valin ne peut se comparer à celle de ses aînés Leblond et Vézina, ni à celle des Levasseur. D'abord menuisier, c'est à la faveur des circonstances qu'il se livre à la sculpture sur bois - tout comme le feront plus tard les menuisiers Jean Baillairgé et Pierre Emond. A cette époque, d'ailleurs, il n'y a pas de cloisons étanches entre les diverses techniques des métaux et du bois. Michel Levasseur martèle l'or, l'argent et la feuille de laiton; le cordonnier Michel Cotton se fait orfèvre après un an d'apprentissage; Jacques Pagé, quasi autodicdate, est orfèvre, horloger et brasseur; Pierre-Noël Levasseur inaugure sa carrière dans la menuiserie fine et la termine comme statuaire - le plus brillant peut-être de notre Ecole du XVIIIe siècle . - Il n'est donc pas étonnant que le menuisier Valin monte d'un échelon dans la technique du bois et cultive la sculpture ornementale.

DANS l'état actuel de nos connaissances, le plus ancien ouvrage de Vallin que nous possédons est un tabernacle; il a été commencé en l'année 1733, comme en témoigne cette entrée que je trouve dans le premier livre de comptes de Saint-Augustin (Portneuf): "Cette année 1733, le neuf 9bre, la Fabrique a achetté un beau tabernacle du Sr Jean Valin… A raison du bon marché, la Fabrique au surplus s'est engagée de faire dire cinquante messes basses à l'intention du vendeur." Ce tabernacle a servi au maître-autel de Saint-Augustin jusque vers l'année 1868; il existe encore: il orne l'humble chapelle du couvent du Christ-Roi à Lévis. Mais pourquoi l'a t'on restauré avec tant d'indiscrétion? Au cours de sa longue existence, il a perdu son tabernacle proprement dit et ses ornements, une bonne moitié de la sculpture de ses prédelles, et sa coupole centrale, qui devait avoir la même silhouette que celle du tabernacle des Ecureuils; de plus, on a imité le marbre vert sur les dix colonnettes corinthiennes de son bel étage; enfin, ses reliquaires latéraux ont disparu (fig. 1).

CE N'EST pas le seul ouvrage que Jean Valin a façonné pour l'église de Saint-Augustin. En 1734, il bâtit et sculpte un cadre pour le tableau de la Descente de croix, dont le curé Augustin Mercier a fait don à son église en 1723. En 1739, il façonne un "lustre à trente branches", qui lui est payé cinq ans après. L'année suivante, il construit le prie-Dieu du célébrant et sculpte le chandelier pascal. Enfin en 1745, il façonne un tabernacle latéral, avec son crucifix et ses quatre chandeliers en bois argenté.

CE TABERNACLE (fig. 2) se trouve encore dans l'église de Saint-Augustin, ainsi que le crucifix et les chandeliers d'autel; mais il faut savoir en trouver les fragments. A l'autel de gauche, examinez les motifs de sculpture, panneaux et frises, qu'il y a de part et d'autre du groupe en plâtre de la Sainte-Famille: ce sont les restes de l'ancien tabernacle.

DANS le premier livre de comptes de la fabrique de Sainte-Croix (Lotbinière), nombreuses sont les écritures qui se rapportent au tabernacle que Jean Valin s'est engagé à construire pour cette église en l'année 1749; son exécution s'échelonne sur les cinq années suivantes; en additionnant les sommes que la fabrique a payées pour cet ouvrage liturgique, je constate que le sculpteur a touché six cents livres et que les religieuses Ursulines en ont demandé autant pour la dorure. J'ai cherché vainement à retrouver ce tabernacle; en revanche, le crucifix et les chandeliers sont restés à Sainte-Croix (fig. 3).

CE SONT des morceaux du plus pur style Régence - ce style mondain et fleuri qui marque la frivole élégance de l'époque 1720. Ce n'est plus la lourde torchère de style Louis XIV, que Philippe Liébert fera revivre dans la région de Montréal à la fin du XVIIIe siècle; c'est la torchère svelte et gracieuse, dont tous les éléments s'amenuisent pour ainsi dire: les consoles au pied sont plus légères et mieux arquées - comme dans le chandelier pascal du Cap-Santé que Jean Valin a façonné en 1738 (fig. 4); le balustre comporte un nœud à festons et des faux-nœuds d'un décor différent; quant à la bobèche, elle est profilée avec une certaine vigueur et elle est ornée d'un double rang de godrons.

C'EST à l'église de Saint-Pierre (Montmagny) que se trouvent les plus beaux chandeliers de Valin (fig. 5); ils datent de l'année 1744. Le style des chandeliers est si pur que les Levasseur ne feront pas mieux au cours de leur longue carrière. Ce qui m'intéresse particulièrement ici, c'est le crucifix; et dans le crucifix, les jolies fleurs de lis stylisées, surtout le corps du Christ; on verra tout à l'heure que Valin n'était pas statuaire; on le constate aisément par ce Christ pitoyable, vieillard usé dont les membres étaient immobiles bien avant la mort. Et pourtant, l'ensemble est éminemment décoratif; car tout ici est de la même veine paysanne: les raies de cœur et les feuilles d'acanthe de la base, les festons du nœud, le profil de la bobèche et le dessin naïf des fleurs de lis.

DANS le temps même où notre sculpteur travaille pour les églises de Saint-Augustin et de Sainte-Croix, il s'engage à construire un tabernacle pour l'église de Saint-Michel (Bellechasse). Dans les comptes de 1741, je lis cette première mention: "Pour le Voyage de L'Homme qui a remené le Sculpteur, 1# 10 sols." Deux ans après, le sculpteur reçoit quarante livres en acompte sur son entreprise. Sans doute l'ouvrage progresse-t-il lentement, car ce n'est qu'en 1747 que l'artisan touche la somme de trois cents livres, dernier paiement du tabernacle. Nous n'en connaissons rien, puisqu'il a été consumé dans l'incendie de l'église en 1806.

LE JOURNAL de la fabrique du Cap-Santé contient une dizaine de mentions relatives au tabernacle, au chandelier pascal et à l'antependium que Jean Valin s'est engagé à façonner en 1738. Le tabernacle a disparu en 1844, après qu'on l'eut remplacé par un majestueux tabernacle de Louis-Xavier Leprohon; le cadre du tableau qu'a peint Beauregard est conservé dans l'église; le chandelier pascal, dont je parlais tout à l'heure, sert encore au culte chaque année. Le reste est introuvable.

IL FAUT en dire autant d'un jeu de chandeliers et d'un crucifix que Jean Valin a façonnés en 1752 pour l'église de Saint-Nicolas (Lévis). Et pourtant, ces objets ont existé puisque j'en trouve la mention dans les archives de la fabrique:

Item payé à Valin Sculpteur pour garnitures de chandelliers et le Christ, en argent.......................................................................................................................................80#

Et dix minots de Bled sur le pied de 4#.....................................................................40#

Item aux urselines pour façon des chandeliers Et du Voile du tabernacle..82#

L'EGLISE de St-Pierre (Montmagny) possédait autrefois plusieurs ouvrages de Jean Valin. Au cours d'une première campagne de sculpture qui s'échelonne de 1736 à 1744, le sculpteur façonne un tabernacle, un crucifix et un jeu de chandeliers argentés pour le maître-autel; au cours de la seconde campagne, qui va de 1756 à 1757, il sculpte deux autels latéraux. Nombreuses sont les écritures qui concernent ces ouvrages. En ces premiers temps de la paroisse, la fabrique est pauvre et son coffre presque toujours vide; le marguillier en charge ne verse au sculpteur que des sommes dérisoires. Du moins, ce mode de paiement nous renseigne-t-il abondamment sur les deux entreprises de Valin.

DANS LES premières entrées du livre de compte, le nom de Valin ne paraît pas; mais il s'agit bien de lui; dans les entrées de 1756, on ne se rappelle plus l'orthographe de son nom et on l'appelle Valens . En 1736, le sculpteur touche la somme de cent livres plus quelques vagues pistoles; mais en général, on le paie en blé - ce qui complète les éléments de notre histoire économique. Ainsi apprend-on qu'en 1738, le blé se vend trente-cinq sous le minot; vingt ans plus tard, le prix en est le double.

IL n'y a pas que le blé qui soit à la hausse; la main d'œuvre l'est aussi. La première entreprise de Valin coûte à la fabrique la somme de cinq cent livres; la seconde, beaucoup moins considérable, lui en coûte autant.

DE tous ces meubles d'église, il ne reste que les chandeliers et le tabernacle central. Les chandeliers on l'a vu, sont à peu près intacts. Il est loin d'en être ainsi du tabernacle. Il avait autrefois l'allure du tabernacle des Ecureuils. Vers l'année 1830, un artisan anonyme a dépecé ce tabernacle et en a construit un autre avec ses dépouilles; pendant l'opération, il s'est perdu un certain nombre de motifs sculptés: l'artisan anonyme les a remplacés par des motifs de sa composition. De là, le manque d'unité de ce meuble imposant; le mélange de beaux éléments décoratifs avec d'autres éléments qui sont médiocres; la mauvaise répartition des vides et des pleins. La composition de ce tabernacle, telle qu'elle est en ce moment, n'est donc pas imputable à Valin, non plus que le transfert des motifs sculptés d'un lieu en un autre: tout cela est l'œuvre de l'artisan anonyme de l'époque 1830. Cela dit, il faut admirer les morceaux de sculpture qui sont l'œuvre de notre sculpteur; par exemple, le décor de la monstrance, les têtes d'angelets qui ont été rejetées sur les façades latérales du tabernacle, les ornements des reliquaires. Bien qu'elles aient été alourdies par des couches répétées de peinture, les têtes ailées ont beaucoup de caractère (fig. 6).

ENFIN, voici un dernier ouvrage de Jean Valin. C'est l'ancien tabernacle de l'église des Ecureuils (fig. 7); il est aujourd'hui dans l'église basse. Il a été commencé en 1743, comme en témoigne cette entrée au premier livre de comptes de la fabrique: "Payé au Sieur Valin Sur le tabernacle quil a faict a nôtre Eglisse, la somme de cent vingt cinq livres." Les années suivantes, et jusqu'en 1746, la même entrée se répète avec les mêmes mots et avec la même orthographe du mot église - le curé l'écrivait comme il le prononçait; et chaque année, le sculpteur touche la somme de cents livres; si bien que ce meuble a coûté à la fabrique la somme de cinq cent vingt-cinq livres.

C'EST assurément l'œuvre de Jean Valin qu'on a su conserver avec le plus de soin; et c'est aussi l'œuvre la mieux composée. Au premier coup d'œil, un rapprochement s'impose entre ce tabernacle tout fleuri et les tabernacles latéraux de Sainte-Anne-de-Beaupré; ceux-ci, sculptés vers 1712 par Charles Vézina, sont dans la chapelle commémorative. J'y vois des variantes dans l'ordonnance générale, et des différences dans le style qui s'expliquent par l'écart de trente années qui les sépare. Mais je constate que ces tabernacles appartiennent à ce que j'appellerais l'esprit de l'Ecole de Saint-Joachim.

LE tabernacle des Ecureuils repose sur deux hautes prédelles ornées de rinceaux; au-dessus, un entablement à trois travées nettement délimitées, dont chacune porte son sommet propre: au centre, c'est la statue du patron de la paroisse, saint Jean-Baptiste; de chaque côté, ce sont des reliquaires en forme de médaillon. La composition est bien assise, équilibrée avec soin. Je n'y vois guère qu'une défaillance, légère d'ailleurs: l'échelle trop petite des panneaux qui encadrent le tabernacle proprement dit. Mais à côté de cette peccadille, que de morceaux brillamment enlevés à la manière paysanne!

VOYEZ le personnage symbolique qui est figuré en bas-relief sur la porte du tabernacle; le pauvre homme semble ployer sous le poids d'une croix et d'une échelle. Qui est-ce? Je n'en sais rien. Mais je constate que ce bas-relief ingénu est plein de qualités décoratives. Il faut en dire autant d'ailleurs des petits anges adorateurs, agenouillés sur des nuages, qui se prosternent devant l'ostensoir de la monstrance, et aussi des têtes ailées qui ferment le fronton des travées latérales. Dans ces menus ouvrages, on ne sent pas chez Valin des aptitudes spéciales pour la statuaire. Mais on y trouve une recherche décorative qui, à la rigueur, peut se passer de la précision anatomique.

VOYEZ enfin (fig. 8) la statuette de Saint-Jean-Baptiste qui couronne le tabernacle. Le Précurseur apparaît comme un brave jeune homme à la mine naëve [sic], vêtu de peau de bête, tenant dans ses mains des objets malaisément identifiables; à ses pieds est un agneau. On est porté à sourire devant cette statuette: elle est si différente des fadeurs de plâtre de notre époque! Et pourtant, l'œuvre de Valin est loin d'être indifférente. Ce jeune homme, qui vit dans le désert avec un humble compagnon, qui prépare sa mission publique par le jeûne et la méditation, qui a du tempérament et de la volonté - il le montrera plus tard devant les grands de l'Etat - ce jeune homme dis-je, ne peut se présenter à nous comme les gens bien nourris et pommadés de la statuaire du quartier Saint-Sulpice; sur sa figure, il y a les déceptions de la solitude, les ravages du doute et, peut-être, la crainte de ne pas être à la hauteur de sa vocation. Telle qu'elle est, cette statuette est expressive à sa manière: elle n'est pas encore la "voix qui crie dans le désert"; elle est le Précurseur qui aspire au succès de sa mission et qui s'y prépare consciencieusement.

Bas de vignettes:

1. LEVIS - Couvent du Christ-Roi. Ancien tabernacle de l'église de Saint-Augustin (Portneuf), façonné en 1733 par Jean Valin; restauré à plusieurs reprises. IOA

2. SAINT-AUGUSTIN (Portneuf) - Fragments de l'ancien tabernacle latéral de la Sainte-Famille, sculpté en 1745 par Jean Valin. IOA

3. SAINTE-CROIX (Lotbinière) - Chandeliers en bois sculpté et doré, œuvres de Jean Valin vers 1750. IOA

4. CAP-SANTE - Base du chandelier pascal, en bois sculpté; œuvre de Jean Valin, 1738. IOA

5. SAINT-PIERRE (Montmagny) - Crucifix et chandeliers d'autel en bois sculpté et doré, façonnés en 1744 par Jean Valin. IOA

6. SAINT-PIERRE (Montmagny) - Détail du décor du tabernacle: tête ailée en bois sculpté, œuvre de Jean Valin, 1739-1744. IOA

7. ECUREUILS (Les) - Tabernacle de l'ancienne église, sculpté de 1743 à 1746 par Jean Valin. IOA

8. ECUREUILS (Les) - Statuette de Saint Jean-Baptiste surmontant l'ancien tabernacle. Œuvre de Jean Valin, vers 1746. IOA

 

 

 

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