
Textes mis en ligne le 26 février 2003, par Pascale TREMBLAY, dans le cadre du cours HAR1830 Les arts en Nouvelle-France, au Québec et dans les Canadas avant 1867. Aucune vérification linguistique n'a été faite pour contrôler l'exactitude des transcriptions effectuées par l'équipe d'étudiants.
Nous remercions Nathalie THIBAULT, et sa collègue Lina DOYON, qui ont identifié la source de cet article qui était jusqu'à maintenant inconnue et nous en ont fait parvenir l'image ci-jointe.« Nous avons trouvé ! Il s'agit d'un article tiré de La revue populaire. Nous avons confirmé cette source avec la bibliothèque de l'Assemblée nationale qui possède un exemplaire de cette revue. »
|
Québec - Musée du Québec 1954.11
Bibliographie de Jacques Robert, n° 348
La Revue populaire, [vol. 47, n° 11] (novembre 1954), p. 10-11.
LE MUSEE DE LA PROVINCE DE QUEBEC
NOMBRE DE MUSEES doivent leur fondation à la nécessité de recueillir et de conserver, aussi intact que possible, le patrimoine culturel et artistique d'un pays, d'une province ou d'une ville. Dans ce patrimoine, les nations peu inventives comptent surtout les uvres d'art qu'elles ont su acquérir à l'étranger et attirer chez elles à coups d'argent. Mais les nations imprégnées d'art et d'artisanat, inventives et laborieuses, par conséquent les nations qui oublient vite les uvres achevées pour ne songer qu'à la création d'uvres nouvelles, ces nations créent tôt ou tard des institutions propres à la recherche et à la conservation de leur patrimoine.
Le Canada français appartient à ces nations privilégiées qui ont beaucoup produit et qui, en même temps, ont beaucoup oublié et beaucoup détruit - comme si le prodigieux essor de leur génie devait être constant ou se renouveler sans cesse.
L'Inventaire des uvres d'art nous apprend que de 1740 à 1820, c'est-à-dire à l'époque où la Nouvelle-France a dû se suffire à elle-même, nous avons eu des maîtres-artisans dans toutes les techniques, ouvriers humbles et habiles qui ont imprimé leur caractère à chacun des matériaux qu'ils ont mis en uvre; et point n'est besoin de rappeler ici les plus belles uvres de notre âge classique, celles des Levasseur et des Baillairgé, de Bolvin et de Liébert, de Paul Lambert, de Dèlezenne et de Ranvoyzé. Ils ont travaillé non pour une élite, mais pour le peuple; et ils représentent non un groupe d'hommes qui ont vécu en marge de la société, mais les serviteurs même de la nation, les fournisseurs de la collectivité et de l'Eglise, les artisans d'une société saine.
Mais le même Inventaire nous apprend autre chose : c'est que nous avons dilapidé une grande part de notre patrimoine, soit en le détruisant avec une froide inconscience, soit en l'aliénant à des étrangers. On s'imagine peut-être que notre scandaleuse désaffection à l'égard de notre patrimoine est une chose du passé, qu'elle remonte à l'époque où l'on niait l'existence de l'architecture canadienne, où l'on faisait commencer notre sculpture à Louis Quévillon et notre peinture à Cornélius Krieghoff, où notre orfèvrerie était complètement méconnue. Qu'on se détrompe : chaque année, on démolit de beaux édifices pour les remplacer par des constructions médiocres; chaque année, on met au rancart des meubles magnifiques ou des portraits de famille, des objets divers qui sont passés de mode et qui ne plaisent plus parce que nous avons perdu tout sens des formes; chaque année, on vend, et à vil prix, des vases en argent massif, bénitiers de Paul Lambert, encensoirs de Ranvoyzé ou calices de Laurent Amyot... Bref, nous méconnaissons la civilisation canadienne d'autrefois.
Cette civilisation, il faut apporter tous ses soins à en rassembler les témoignages les plus typiques et les plus probants. Non seulement parce qu'ils contribuent à la connaissance plus exacte de notre passé, parce qu'ils sont des documents irréfutables; mais parce qu'ils possèdent l'authentique qualité d'uvre d'art. Le jour n'est plus où un quelconque Colonial méprisait une uvre d'art sous le prétexte odieux qu'elle avait été faite en Nouvelle-France. Un tel colonialisme s'expliquait naguère, alors que l'appréciation d'une uvre d'art était subordonnée à sa provenance et que tout jugement était escorté de futiles termes de comparaison. En présence d'une uvre d'art, sachons oublier nos préventions; et disons-nous bien que l'esprit souffle où il veut - même parfois chez nous.
C'est dire l'orientation actuelle du Musée de la Province. Sans négliger l'acquisition des uvres d'art qui appartiennent au patrimoine universel, il convient de réunir à Québec les témoignages les plus remarquables de l'Ecole canadienne : documents sur l'architecture (et c'est le rôle de l'Inventaire des uvres d'art), peintures, sculptures, gravures, dessins, pièces de céramique, d'orfèvrerie, d'émaillerie, de ferronnerie, même photographies. Et si l'on réussit une telle entreprise, le Musée de la Province sera comme le miroir de la civilisation canadienne, et il sera du même coup un musée-pas-comme-les-autres.
o
Le Musée de la Province comprend deux sections bien définies : les Beaux-Arts et les Sciences Naturelles.
La section des Beaux-Arts, orientée d'abord vers la peinture, s'est considérablement développée depuis la grande Exposition rétrospective de l'année 1952; elle s'est enrichie non seulement de portraits somptueux mais encore de statues, de bas-reliefs, de pièces d'orfèvrerie, de ferronnerie et de céramique, même de photographies anciennes. Remarquable est la collection de portraits de Louis Dulongpré, de Roy-Audy, de Légaré, d'Antoine Plamondon et de Théophile Hamel. Dans la sculpture, presque tous nos maîtres du XVIIIe siècle et du XIXe sont représentés dans la salle Levasseur: les Hardy, Philippe Liébert, Louis Quévillon, René Saint-James, François Baillairgé et son fils Thomas, Louis-Thomas Berlinguet, Louis-Xavier Leprohon, Louis Jobin et Jean-Baptiste Côté. L'orfèvrerie canadienne comporte des pièces de presque tous nos maîtres d'autrefois, notamment, Jacques Pagé, Paul Lambert, Dèlezenne, Pierre Huguet, François Ranvoyzé, les deux Amyot, François Sasseville et Salomon Marion.
La section des Sciences Naturelles comporte le fonds qui se trouvait autrefois au Musée de l'Instruction Publique. Ce fonds a été considérablement augmenté depuis 1933, non seulement par les achats annuels, mais par les expéditions scientifiques qu'il a été possible d'organiser il y a quelques mois.
Rappelons au public que le rez-de-chaussée du Musée de la Province abrite des collections de manuscrits sur l'histoire de la Nouvelle-France, une collection de gravures, de lithographies et de photographies et une bibliothèque d'environ 20,000 volumes.
Bas de vignettes:
[1] Façade principale du Musée de Québec. Plans par Wilfrid Lacroix, 1929. Bas-reliefs par Emile Brunet, 1931-1933. IOA
[2] Coq en tôle provenant d'une église de la région de Montréal. Début du dix-huitième siècle. IOA
[3] Génitrix. Groupe en terre cuite par Pierre Normandeau. Premier prix au Concours artistiques de la Province, 1953. IOA
[4] Portrait de madame Dionne, Par Antoine Plamondon, 1834. IOA
[5] Portrait du peintre Théophile Hamel, par lui-même, 1843. IOA
[6] Le Père Eternel. Statue en bois sculpté, provenant de l'ancienne église de Saint-Vallier, (Bellechasse). uvre de Pierre-Noël Lavasseur [sic] , 1768. IOA
[7] Le Baptême du Christ. Groupe en bois sculpté et doré. uvre de François Baillargé [sic] et de son fils Thomas, vers 1816. IOA
[8] Tanger, tableau de James-Wilson Morrice. Né à Montréal, Morrice (le plus célèbre peintre canadien) passa presque toute sa vie en France. Il mourut à Tunis, en 1924. IOA
[9] Tapis crocheté pour chambre d'enfant. Carton par Alfred Pellan, 1947. Exécution par mademoiselle Irène Auger. Prix des Concours artistiques de 1948. IOA