Gérard Morisset (1898-1970)

1954b : Québec - Urbanisme

 Textes mis en ligne le 7 mars 2003, par Marie-Andrée CHOQUET, dans le cadre du cours HAR1830 Les arts en Nouvelle-France, au Québec et dans les Canadas avant 1867. Aucune vérification linguistique n'a été faite pour contrôler l'exactitude des transcriptions effectuées par l'équipe d'étudiants.

 

Québec - Urbanisme 1954

Bibliographie de Jacques Robert, n° 30

Urbanisme et architecture, Etudes écrites et publiées en l'honneur de Pierre Lavedan, Paris, Editions Henri Laurens, 1954, p. 269-274.

RÉFLEXIONS SUR LE DÉVELOPPEMENT DE QUÉBEC

_____

Jetons un coup d'œil sur une carte de la Nouvelle-France du milieu du XVIIIe siècle. Chacun y constate aisément que le pays s'est développé sur les bords de la seule voie de communication qui s'est offerte d'abord aux explorateurs et ensuite aux colons, le fleuve Saint-Laurent. De Kamouraska à Vaudreuil, c'est une double rangée de seigneuries - communes et paroisses -, qui s'échelonnent à intervalles quasi réguliers sur les rives du fleuve et forment la base de la répartition civile et religieuse du territoire. Quand, à la fin du XVIIe siècle, le littoral du Saint-Laurent est concédé en fiefs, ce sont ses principaux affluents - La Rivière-du-Sud, la Chaudière, la Saint-François et la Richelieu - qui servent de voies maritimes d'évitement, si je puis dire, et qui procurent au domaine public des seigneuries nouvelles. Et à mesure que les explorateurs, fascinés par la découverte des terres et attirés par la traite des fourrures avec les Indiens, s'aventurent hardiment vers l'Ouest, ce sont les cours d'eau et les lacs qui prolongent le Saint-Laurent et qui, du Canada habité, font une bande de terre longue de plus de cinq mille kilomètres, dont la largeur variable reste toujours assez étroite. La voie maritime est souveraine; et elle le restera jusqu'à l'apparition de la diligence vers l'année 1795, et, beaucoup plus tard, du chemin de fer.

Telle est la loi générale qui préside au développement de la Nouvelle-France et de chacun de ses établissements particuliers. Même les villes y sont soumises; et il serait facile de démontrer que des agglomérations aujourd'hui considérables - comme les Trois-Rivières, Montréal, Kingston - n'ont été pendant longtemps que des bourgades qui s'étiraient le long d'un cours d'eau.

Seul Québec fait exception. Encore convient-il de remarquer que pendant le premier demi-siècle de son existence, soit de Champlain à Talon, la petite capitale, terminus de la navigation extérieure et intérieure, a vécu presque uniquement de la mer et n'a pu par conséquent se développer que sur la berge du fleuve. Telle apparaît la ville basse sur les plans du XVIIe siècle: une théorie de maisons adossées à la falaise; c'est l'actuelle rue Champlain, que prolonge, par delà la côte de la Montagne, la ruelle du Sault-au-Matelot. Par suite de la topographie des lieux - la pointe aux Roches et l'échancrure de l'anse des Barques -, deux nouvelles voies s'ouvrent parallèlement au fleuve: les rues Notre-Dame et Saint-Pierre. Les ruelles transversales sont des voies qui donnent accès à la mer.

Cependant le fondateur de Québec n'est pas lent à se rendre compte que la ville basse, peuplée de boutiquiers et de négociants et encombrée de baraques et de tentes indiennes, peut difficilement être défendue en cas d'attaque par mer - et le fait se produira dès l'année 1629. Pour résister efficacement à l'ennemi, que ce soit l'Anglais ou l'Iroquois, il faut le dominer; et pour cela, il faut monter sur la falaise. C'est ce qu'il fait en 1620. Il trace les plans du fort et du château Saint-Louis qui, à soixante-quinze mètres au-dessus de la mer, commandent le pays à cinq lieues à la ronde. Si Champlain capitule en 1629 devant les frères Kirke, ce n'est pas que ses fortifications soient faibles ou mal placées; c'est qu'il manque de munitions. Au reste, le chevalier de Montmagny, son successeur, reconstruit le fort et le château en 1647, sur le site même des ouvrages de Champlain.

Pour monter sur la falaise, il n'y a qu'un chemin praticable: une sorte de cavée que, naturellement, on appelle la côte de la Montagne; elle a conservé son nom. Sur le plateau rocheux, qui forme presqu'île entre le Saint-Laurent et la Saint-Charles, il existe déjà des sentiers. L'un part du château Saint-Louis et pousse presque en ligne droite vers le sud-ouest; c'est la rue Saint-Louis actuelle, que prolonge la Grande-Allée. Un autre, épousant une dépression de terrain qui continue la cavée de la côte de la Montagne, oblique vers l'ouest (l'actuelle rue de la Fabrique) puis, faisant un coude, se dirige parallèlement au sentier Saint-Louis; c'est la rue Saint-Jean. Voilà les voies principales auxquelles sera subordonné le lotissement de la ville haute.

Ce lotissement semble aujourd'hui singulier; mais à l'époque de Montmagny, s'il tenait peu compte des possibilités de l'avenir, il était logique. La ville est plus que modeste - quelques centaines d'âmes; le gouverneur a donc ses coudées franches pour répartir le terrain entre les organismes essentiels de la cité: la Paroisse, sise le plus près possible du château, résidence du gouverneur; les Jésuites, en face de la Paroisse puisqu'ils la desservent; les Ursulines, sur le plateau du Midi, entre les deux artères de la bourgade; l'Hôtel-Dieu, à l'écart de l'agglomération pour restreindre les épidémies. Plus tard, le Séminaire s'élèvera près de la Paroisse, puisque ses prêtres succèderont aux Jésuites dans la desserte de Notre-Dame; les Récollets se rapprochent de leur syndic, le gouverneur, et s'établiront à l'angle de la place d'Armes et de la rue Saint-Louis; l'Hôpital-général s'installera à deux kilomètres de la ville, dans l'ancien couvent des Récollets; enfin le palais de l'Intendant, afin de provoquer le développement de la ville vers le nord-ouest, sera construit sur le bord de la Saint-Charles et donnera son nom au quartier. Ajoutons que le plateau de Québec, élevé de cent mètres du côté du Saint-Laurent, dévale rapidement vers la Saint-Charles; que les établissements que je viens de nommer n'ont pas la même orientation; que le lotissement se fait avec beaucoup de caprice et de lenteur, car s'il est relativement facile d'acquérir du terrain, il n'est pas aisé de bâtir tant la main-d'œuvre fait défaut. Dans ces conditions, il n'est pas étonnant qu'à la date de 1670, le plan de Québec offre l'aspect des éléments désordonnés d'un jeu de casse-tête.

En débarquant à Québec en l'année 1672, le comte de Frontenac est assez peu fier de sa capitale. Le site de la ville l'enchante. Mais les rues qui obliquent à gauche et à droite, les ruelles qui se coupent à angle aigu, les culs-de-sac, les sentiers qui se perdent dans les sapinières, les boutiques qui avoisinent les hôtels, la malpropreté des voies, les animaux qui se baladent dans les rues - tous ces abus doivent être réprimés. Aussitôt il rédige une longue ordonnance, datée du 28 mars 1673, dont les trente et un articles constituent d'excellents règlements de police et de construction; en voici le préambule: travailler à nostre arrivée dans ce gouvernement estoit, après avoir pris toutes les lumières et connoissances nécessaires de l'Estat de ces contrées, de songer à y mettre quelque police et de commencer par la ville de Québec qui est la première du pays et qu'on doit essayer de rendre digne de la qualité qu'un jour elle portera sans doute de Capitale d'un très grand Empire... [Note 1. Cette ordonnance est restée lettre morte, et pour cause: sans penser à mal, le gouverneur y créait un conseil de trois échevins élus par le peuple. Sous les reproches indignés du roi, Frontenac abandonna ses échevins et les 31 articles de son ordonnance.]". En dépit de sa bonne volonté, le gouverneur ne fera guère, pendant sa première administration, que de rectifier le tracé de certaines rues - par exemple celle qui porte son nom patronymique, la rue de Buade.

En août 1682, un immense incendie dévaste la ville basse. Ce sinistre est l'occasion de deux projets d'urbanisme que l'intendant Demeulles se hâte de soumettre à l'approbation de Versailles. Le premier consiste à récupérer, entre la pointe aux Roches et la pointe à Carcy, tout le terrain qui est à sec à marée basse, afin d'y établir une ligne continue de quais; le ministre recule devant la dépense; ce sont les négociants et les armateurs qui, dix ans plus tard, réaliseront le projet, pour leur profit et celui de la collectivité. Le second projet, plus ambitieux, consiste à créer artificiellement une ville basse autour du palais de l'Intendant; le gouvernement de Versailles refuse de s'engager; entre 1693 et 1700, l'ingénieur Boisberthelot de Beaucourt construit, d'après ses propres plans, la redoute Saint-Roch et permet ainsi de récupérer une surface considérable de terrain à l'embouchure de la Saint-Charles.

Il y aurait beaucoup de choses à écrire sur le rôle qu'ont joué les intendants - Demeulles, Champigny, surtout les Raudot père et fils - dans la reconstruction des immeubles de la ville basse et dans l'aménagement de la haute ville. Car en cette période d'économie dirigée (1680-1720), tout leur est prétexte pour intervenir dans le domaine du bâtiment et pour imposer leurs vues aux bâtisseurs. Leurs vues, c'est beaucoup dire. Il semble que leur préoccupation essentielle soit de ne laisser aucun terrain vacant; tout propriétaire qui, un an et un jour après l'acquisition d'un lot, n'y a pas édifié une bâtisse quelconque, est déchu de son droit. Cette prescription s'applique à la ville basse. Quant à la haute ville, le problème est tout différent.

Jusque-là la défense de la ville est assurée par le fort Saint-Louis. A maintes reprises, notamment en 1664, il est question de fortifier la ville à l'ouest, c'est-à-dire du côté de la campagne; les autorités font la sourde oreille. Le 5 octobre 1690, un Abénaquis apporte la nouvelle qu'une flotte de quarante navires anglais, sous le commandement de l'amiral Phipps, remonte le Saint-Laurent et vient assiéger Québec. Aussitôt le major Provost érige des retranchements de pieux et de terre battue, qui encerclent la ville du Cap-aux-Diamants au Sault-au-Matelot; ce son les anciens retranchements qui figurent sur le plan de Chaussegros de Léry.

L'alerte passée et la guerre se poursuivant en Europe, Frontenac, qui est revenu au pays pour un second terme, veut mettre la ville en état de se défendre. Et voici le programme de travaux militaires qu'il élabore avec l'intendant Champigny et l'ingénieur Beaucourt: tout d'abord établir une batterie de quinze canons à la pointe aux Roches, et une autre aussi puissante à la pointe à Carcy; ensuite reconstruire à neuf le fort et le château Saint-Louis, en les modernisant; en même temps ériger la redoute qu'on désigne aujourd'hui sous le nom de cavalier du Moulin, élever une redoute au Cap-aux-Diamants et bâtir les redoutes Royale, Dauphine et Saint-Roch; enfin entourer la ville de remparts moins étendus que les anciens retranchements, mais composés comme eux de pieux et de terre battue.

Tous ces ouvrages ont été exécutés de 1691 à 1709, d'après les plans de Beaucourt et sous sa surveillance. Les uns sont des ouvrages isolés - telles les redoutes et batteries - et ne peuvent entraver le développement de la ville que dans leur voisinage immédiat; d'autres, comme la redoute Royale, n'incommoderaient les citadins qu'en temps de siège. Mais il n'en est pas ainsi des remparts de l'ingénieur Beaucourt.

On sait que tout ouvrage défensif doit être proportionné à la troupe qui est appelée à le défendre. A la date exacte de 1693, Frontenac et son ingénieur sont excusables de subordonner l'enceinte de Québec au nombre de défenseurs dont dispose alors la Nouvelle-France. Mais comment le gouverneur ne voit-il pas que ce corset de pieux et de terrassements, dont les bastions à orillons sont d'un dessin démodé, nuirait au mouvement des troupes en cas d'attaque? Comment ne voit-il pas que cette enceinte - la vieille enceinte comme on l'appellera plus tard - est dominée de toutes parts et qu'elle est par conséquent sournoisement inutile? Comment ne s'aperçoit-il pas - lui qui parlait naguère de Québec comme de la capitale d'un - qu'il pose, et pour longtemps, un terme à l'épanouissement de la ville et qu'il laisse à ses successeurs une situation inextricable?

L'excuse de Frontenac et de son ingénieur est d'avoir agi sous le coup de la nécessité: en 1693, tous deux s'attendent au retour de la flotte de Phipps. Quelques années plus tard, en 1709, la même menace pèsera sur Québec; et c'est encore Beaucourt qui renforcera la vieille enceinte.

Pendant que les ouvrages de Boisberthelot sont en cours d'exécution, un nouvel ingénieur débarque à Québec. C'est un disciple de Vauban, Levasseur de Néré. Timide et de constitution délicate, il n'ose d'abord critiquer l'œuvre de son prédécesseur; il se contente de terminer l'enceinte, les redoutes et les batteries. A la mort de Frontenac en 1698, il a le champ libre. Aussitôt il soumet au gouvernement de Versailles le projet d'une forteresse à la Vauban, qui doit faire de Québec une ville imprenable. Reportant à trois cents mètres à l'Ouest tout le système défensif de la ville, il trace en arc de cercle légèrement brisé une ligne de bastions et de courtines en pierre de taille, d'une hauteur moyenne de huit mètres; l'ensemble est ancré sur deux points solides: au Cap-aux-Diamants, c'est le demi-bastion Joubert; à la crête de la falaise qui regarde la Saint-Charles, c'est la redoute au Bourreau. Dès l'année 1701, le demi-bastion Joubert est achevé; les années suivantes, et jusq'en 1716, Levasseur et Beaucourt construisent le bastion de la Glacière, le bastion Saint-Louis et les courtines qui les relient.

En 1716, voici venir un nouvel ingénieur, Gaspard Chaussegros de Léry. Plein de zèle pour le service du roi, il voudrait terminer le plus tôt possible les fortifications de Levasseur, tout en y apportant des modifications dans le tracé. En 1721, l'intendant pose solennellement la pierre angulaire de la courtine Saint-Louis; le lendemain de la cérémonie, le chantier est désert; il le restera jusqu'en 1745. Il faut réfléchir qu'on est alors en pleine paix et que la Régence se soucie peu d'entreprises militaires. Donc pendant près de trente ans (1716-1745), la vieille enceinte reste en place, encombrant la ville haute et se détériorant chaque année; et les bastions et courtines de Levasseur attendent leur parachèvement. Pour que Versailles sorte enfin de son inertie, il faut qu'il se produise un événement catastrophique: la prise de Louisbourg par les Anglais en 1745. Immédiatement Chaussegros de Léry rouvre le chantier fermé en 1720; l'entrepreneur Désaulniers pousse avec entrain les travaux des murailles; Janson-La Palme reconstruit les portes de la ville; et pendant que ces travaux se poursuivent, les troupes de la Marine rasent la vieille enceinte [Note 2. Il existe un plan de Québec, le plan Saunders-Wolfe, daté du 5 septembre 1759; il a été dressé d'après les plans français que le commandement britannique s'est procuré vers 1755. Or on y voit figurer les fortifications tronquées de Levasseur et la vieille enceinte - tout cela à la date de 1759. Comme quoi l'on peut se faire induire en erreur par ses propres espions...].

Là ne s'arrête point la chronique des fortifications. En 1766, trois ans après le traité de Paris, Samuel Holland reprend un projet de citadelle de Chaussegros de Lery. Après la chaude alerte de l'automne 1775, l'ingénieur Gother Mann commence la construction de certains ouvrages défensifs, que le gouverneur Haldimand qualifie pompeusement de citadelle; la paix revenue, les travaux sont partiellement abandonnés. Mais après la guerre de 1812 avec les Américains, le gouvernement de Londres se décide à l'action: il envoie à Québec l'ingénieur militaire le plus réputé de l'époque, Elias-Walker Durnford; et de 1820 à 1831, le commandant des ingénieurs royaux construit la magnifique citadelle de Québec - l'une des plus parfaites du type à la Vauban, assurément la plus pittoresque, la mieux située et la plus silencieuse des citadelles.

Si je me suis étendu longuement sur les fortifications, c'est qu'elles ont valu à Québec trois sièges en moins d'un siècle (1690, 1759 et 1775) et qu'elles ont été un obstacle permanent au développement normal de la ville. Le rôle glorieux de la forteresse s'est soldé par des vices graves de croissance.

Toute place forte est, plus ou moins, une ville sacrifiée. Tout y est subordonné à la défense: ses limites, son approvisionnement, ses voies et ses boulevards, ses faubourgs, ses habitations et ses monuments, même une proportion notable de ses habitants. Lorsque la place forte est en même temps la capitale administrative, commerciale et religieuse d'un pays, son état devient beaucoup plus compliqué et ses problèmes urbanistiques sont extrêmement difficiles à résoudre. Mais lorsque la place forte comporte à la fois deux systèmes défensifs tout à fait différents, le problème est insoluble.

C'est ce qui est arrivé à Québec. La première campagne de construction défensive, celle de Beaucourt, tend à faire de Québec une ville ouverte, défendue en des points précis par des ouvrages isolés, qui s'épaulent les uns les autres et constituent en somme une ligne flexible. Ce système est articulé sur la redoute du Cap-aux-Diamants qui, du haut de ses cent mètres, domine la campagne et la mer et protège la fortification toute proche du cavalier du Moulin; à son tour celui-ci, surplombant le plateau qui descend vers la Saint-Charles, double le feu de sa formidable voisine, la redoute Royale; enfin la redoute Dauphine, de ses embrasures disposées en éventail, commande la partie inférieure du plateau et le bassin de la rivière. Il y a bien l'enceinte de pieux et de terre de l'ingénieur Beaucourt; mais c'était là un ouvrage provisoire, destiné à disparaître après la signature du traité de paix.

A ce système de ligne flexible de défense, Levasseur de Néré, écartant l'objection qu'on lui fait que jamais les Québecois ne se laisseront emmurer, substitue une ligne rigide de défense: la muraille de maçonnerie flanquée de bastions. Rien ne laisse croire que Chaussegros de Léry s'y soit objecté, ni l'ingénieur Franquet.

Il n'y a pas lieu de discuter ici les mérites respectifs de chacun de ces systèmes, encore moins de départager les ingénieurs. Je veux marquer seulement que les deux systèmes ont coexisté pendant près de trente ans; qu'ils ont occupé, au centre de la pointe rocheuse qu'est la vieille ville, un espace considérable; que par suite de leur destination, ils ont fait le vide autour d'eux: ils ont créé des zones qui sont inutiles à la collectivité, puisqu'elles sont réservées à la manœuvre; ils ont taillé capricieusement des qui ne sont devenus ni des jardins, ni des parcs, ni des places franchement publiques, mais du terrain plus ou moins désaffecté, de la cour de caserne, de l'espace grevé de servitude militaire.

Après le siège de 1775, les commerçants, les boutiquiers et les artisans quittent la vieille ville et vont grossir les faubourgs Saint-Roch et Saint-Jean; et pendant tout le XIXe siècle, c'est un exode continuel des Québecois du nord-est vers le sud-ouest. Plus ce mouvement s'accentue, plus la situation devient grave. Car Québec reste une ville maritime; sa richesse est à la ville basse; sa richesse est sur ses quais; à dates fixes, la population reflue vers la vieille ville. Quand l'activité de son port se ralentit et que le tourisme devient la principale industrie des citadins, c'est la même affluence des foules vers la ville la plus française de l'Amérique et c'est aussi le même problème: comment conserver la vieille ville et comment y circuler à l'aise?

Les urbanistes ont la parole.

Bas de vignettes:

[1] Plans de la ville de Québec en 1720 et 1722.

 

web Robert DEROME

Gérard Morisset (1898-1970)