
Textes mis en ligne le 19 février 2003, par Pascale TREMBLAY, dans le cadre du cours HAR1830 Les arts en Nouvelle-France, au Québec et dans les Canadas avant 1867. Aucune vérification linguistique n'a été faite pour contrôler l'exactitude des transcriptions effectuées par l'équipe d'étudiants.
Art - 20e siècle 1956.09b
Bibliographie de Jacques Robert, n° 343
Vie des arts, n°4 (septembre-octobre 1956), p. 25-27.
EXPOSITIONS
L'Ecole du Meuble dépasse le cap de la vingtaine. Seule institution du genre en Amérique, elle est en réalité une école d'arts appliqués aux industries de l'ameublent. La formule prouve son excellence par ses résultats. Il m'arrive souvent de méditer sur une phrase de Diderot, qui implique tout un programme: "Une nation où l'on apprendrait à dessiner comme on apprend à écrire l'emporterait bientôt sur les autres dans tous les arts de goût." Effectivement, l'Ecole du Meuble, l'Ecole des Arts graphiques, nos écoles des Beaux-Arts et les Concours artistiques de la Province sont en train de préparer des générations de jeunes dirigés dans tous les domaines de l'Art; si le mouvement se continue au même rythme et surtout s'il garde sa liberté d'allure, nous aurons reconquis dans peu de temps la place que nous avions dans les arts canadiens il y a un siècle et plus, c'est-à-dire la première. - Pour sa part, l'Ecole du Meuble a bien fait les choses. Partie du bon pied, elle a fait son chemin lentement, avec prudence; et aussi avec cette légitime assurance qu'on a lorsque le but à atteindre est bien visible et qu'il n'est pas trop loin placé; et à mesure que l'enseignement s'améliore, le but s'éloigne en proportion, mais il reste toujours à portée de l'il. Ainsi se comporte tout progrès véritable. - Chaque année, j'ai vu l'exposition de l'Ecole du Meuble; je conserve de ces manifestations des souvenirs assez précis. L'Exposition que je viens de voir ne le cède à aucune des précédentes. J'y sens même un esprit d'innovation qui se maintient déjà depuis quelques années, mais qui se libère de certaines formules, qui s'affine et s'épanouit en des uvres mûres. Le métier est parfait. Cependant il y mieux: l'esprit domine le métier; la belle proportion est égale au beau matériau; et l'aisance circule avec une certaine grâce dans ces ensembles mobiliers, ces maquettes, ces pièces de céramique et d'émaillerie, ces tapis et tentures qui sont faits pour la joie de vivre. - Que l'Ecole du Meuble ne s'occupe-t-elle du costume! Elle créerait des modèles aussi agréables, aussi originaux que les belles choses que j'ai vues; et nous n'aurions plus de raison de nous habiller comme des croquemorts.
Sous le tire de Panorama de la Peinture montréalaise, le directeur des Parcs de la ville, M. Claude Robillard, a monté à l'île Sainte-Hélène (pavillon Hélène-de-Champlain) une exposition de tableaux dont la présentation est soignée. Les expositions de ce genre contiennent ordinairement de tout un peu; il y a à boire et à manger. L'écueil est inévitable. Mais il y a des surprises. Voir à la fois de bons ouvrages d'Alfred Pellan, de Jean-Paul Riopelle, de Jean-Paul Mousseau, de Gérard Tremblay et de quelques autres artistes montréalais est une aubaine qu'il faut savoir apprécier. Pour ma part, j'étais heureux de pouvoir contempler quelques-unes de ces peintures et de constater le grand intérêt qu'y prenaient les visiteurs. Bleu-Eclat, de Mousseau, porte admirablement son titre; à la fois vigoureuse et veloutée, cette toile plaît par l'équilibre de ses éléments et de ses tons; tout y chante, allègrement et juste. - Tout autre est l'art de Riopelle: volontaire, frais, réfléchi, harmonieux; dans Misaine, le métier est précis et fantaisiste: la composition évoque certain coin de la Normandie vue du haut des airs; la même impression se retrouve dans le Cirque, mais non avec la même intensité; on se demande parfois où aboutira l'art de cet artiste probe. -Sauf erreur, c'est la première fois qu'Alfred Pellan expose des tableaux depuis son retour de Paris; les Citrons ultra-violets et Calme obscur nous ramènent à ces vastes compositions, à ces murales que le peintre crée avec une verve, une technique magistrale et un coloris étincelant, et qui ont eu tant de succès au Musée d'Art moderne. -Une toile de Pierre Gauvreau m'a plu particulièrement, le N°32, Peinture 56; de Gérard Tremblay, j'aime les harmonies chaudes des Furolles ; mais devant les tableaux de Borduas, je regrette que l'art du pinceau rejoigne ici l'art de la truelle. - Signalons brièvement, faute d'espace, les uvres de Fernand Leduc, les Remorqueurs d'Adrien Hébert, un Nu de Muhlstock, l'Utopie de Maurice Raymond, l'Atelier de Roberts, bleuté et moins dur que la toile que possède le Musée de la Province.
Bas de Vignettes:
[1] [2]- École de Meuble 1956. Clichés Armour Landry.
[3]- Bleu-éclats par Jean-Paul MOUSSEAU. Collection François Lamy.
[4]- Le cirque, par Jean-Paul RIOPELLE. Clichés Service des Parcs de Montréal.
[5]- Utopie par Maurice RAYMOND.
[6]- Intérieur d'atelier, par Goodridge ROBERTS.
[7]- Peinture 1956 par Pierre GAUVREAU.