Gérard Morisset (1898-1970)

1956.09d : Peintre - Beaucourt, Paul

 Textes mis en ligne le 24 février 2003, par Josée RIOPEL, dans le cadre du cours HAR1830 Les arts en Nouvelle-France, au Québec et dans les Canadas avant 1867. Aucune vérification linguistique n'a été faite pour contrôler l'exactitude des transcriptions effectuées par l'équipe d'étudiants.

 

Peintre - Beaucourt, Paul 1956.09

Bibliographie de Jacques Robert, n° 342

Vie des arts, n° 4, septembre-octobre 1956, p. 20-21.

PAUL BEAUCOURT (1700-1756)

La présente année marque le deuxième centenaire de la mort de cet artiste. La qualité du père de François Beaucourt serait insuffisante à rappeler sa mémoire si Paul Beaucourt lui-même n'eût laissé quelques tableaux. Ses œuvres sont d'un primitif qui connaît peu ou mal son métier, mais qui voit parfois le monde avec les yeux d'un enfant.

Né à Paris (paroisse Saint-Sulpice ) en 1700, il part pour la Nouvelle-France vers l'âge de vingt ans, en qualité de soldat dans les troupes de la marine; certains documents lui donnent le grade de sergent. Le 25 juin 1737, il épouse à Notre-Dame de Montréal Marguerite Haguenier. Caserné à Laprairie en 1740, c'est là que naît son fils François, dont on connaît assez bien les tableaux d'église et les portraits. En 1746, il est à Québec, établi comme peintre; il y meurt le 15 juillet 1756.

Il y avait naguère au presbytère du Cap-Santé deux peintures - la Vierge et l'enfant Jésus , Saint Joseph et l'enfant Jésus - qui portent la signature de Beaucourt et la date de 1746. L'abbé Voyer, curé de la paroisse de 1743 à 1752, dut en faire l'acquisition l'année même de leur exécution puisqu'elles figurent dans l'inventaire dressé l'année suivante:

Le premier de ces tableaux nous montre la Vierge vue de face, la tête couverte d'un voile couleur terre de Sienne; elle porte une tunique d'un vermillon intense et un manteau vert de Prusse; l'enfant Jésus, qu'elle vient de tirer de son berceau, est vêtu d'une chemise jaunâtre; l'ensemble se détache sur un fond de paysage et un ciel verdâdre. Le Saint Joseph est peint dans la même tonalité; mais la composition est rendue plus attrayante par le geste de l'enfant couronnant son père de fleurs.

Est-il besoin de dire que ces toiles sont d'une technique assez lourde. Non que les sujets soient mal campés; au contraire, l'artiste a démarqué de son mieux de bonnes gravures du XVIIe siècle. C'est le coup de pinceau qui est trop lisse dans les chairs et trop empâté dans les accessoires.

Que sont devenus les ouvrages que Beaucourt a peints en 1751 pour l'église de Saint-Pierre (île d'Orléans)? Ils ont probablement été remplacés après la campagne de 1759, car on sait que cette église a subi des dommages du fait de la guerre. Transcrivons toutefois cette entrée du premier livre de comptes de Saint-Pierre: La main d'œuvre et les matériaux se chiffrent à la somme de deux cent soixante dix livres.

Par analogie avec les toiles du Cap-Santé, on peut attribuer à Paul Beaucourt trois ex-voto d'une certaine lourdeur de pinceau mais d'une charmante naïveté. L'Ex-voto de l'aimable Marthe, daté de 1747, est remarquable par sa tonalité de vert marin, par ses énormes vagues en diagonale et par le groupe de la Madone qui jette une note vivement colorée sur cette tragique composition. L'Ex-voto conservé à l'Hôtel-Dieu de Québec possède les mêmes qualités de coloris et de dessin et a dû être exécuté vers 1750; il représente un voilier en perdition, occupé par une dizaine de naufragés; le mouvement des vagues est rendu avec un sens profond de la grandeur. L'Ex-voto des trois naufragés, daté de 1754 et conservé à Sainte-Anne-de-Beaupré, est plus naïf que les deux autres; la scène se passe non loin du rivage de la Pointe-Lévy, comme on peut le constater par l'église de Lauzon à gauche, la pointe de l'île d'Orléans à droite et, au fond, la côte de Beauport; une longue inscription donne le détail de ce naufrage qui eut lieu le 17 juin 1754 à deux heures du matin; là-haut apparaît sainte Anne dans des nuages floconneux. Ce qui étonne dans ce tableautin peint sur bois, c'est la souplesse du dessin des personnages, notamment celui de droite; c'est encore la fraîcheur des tons, tel le vert subtil de l'eau; c'est surtout la transposition naïve que fait le peintre d'un drame de la mer en jeux de nageurs. Il est vrai que l'ex-voto a été offert à Sainte Anne par les survivants du drame...

Bas de vignettes:

[1]- Ex-voto des trois naufragés. Paul BEAUCOURT, 1754. Conservé à Sainte Anne-de-Beaupré. IOA

[2]- Ex-voto conservé à l'Hôtel-Dieu de Québec. Peint vers 1750 par Paul BEAUCOURT. IOA

[3]- Ex-voto de l'Aimable Marthe, daté de 1747 et peint par Paul BEAUCOURT. Conservé à Notre-Dame-des-Victoires. IOA

 

 

 

web Robert DEROME

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