Gérard Morisset (1898-1970)

1957.09b : Dessin - Album de Jacques Viger

 Textes mis en ligne le 24 février 2003, par Josée RIOPEL, dans le cadre du cours HAR1830 Les arts en Nouvelle-France, au Québec et dans les Canadas avant 1867. Aucune vérification linguistique n'a été faite pour contrôler l'exactitude des transcriptions effectuées par l'équipe d'étudiants.

 

Dessin - Album de Jacques Viger 1957.09

Bibliographie de Jacques Robert, n° 344

Vie des arts, n° 8, automne 1957, p. 15-18.

L'album de Jacques Viger

A vant l'invention et la diffusion de la photographie - c'est-à-dire jusqu'aux environs de 1860 -, les amateurs d'albums devaient recourir aux peintres, aux miniaturistes et aux versificateurs pour remplir et orner les pages colorées de ces énormes recueils familiaux qu'aimaient nos arrière-grands-parents. Il en est d'absurdes, avec leurs dentelles embossées et leurs cadres extravagants; il en est de naîfs, avec leurs copies maladroites de chefs-d'œuvres discutables et leurs contrefaçons de gravures; il en est d'amusants, avec leurs caricatures, leurs scènes d'actualité et leurs dessins populaires - véritable prolongement de l'image d'Épinal.

Tout autre est l'ALBUM de Jacques Viger, premier maire de Montréal et chercheur inlassable de pièces d'archives. Dès 1812, il en a l'idée; mais c'est trente ans plus tard qu'il se met à commander des dessins et des aquarelles aux artistes qui fréquentent alors Montréal. Pendant la campagne contre les Américains, il a été témoin de certains faits d'armes et il a admiré des sites peu communs dont il voudrait conserver le souvenir. Les premières pages de l'ALBUM rappellent, en des dessins et aquarelles de Wilhelm Berczy fils, les paysages et les scènes qui avaient frappé son imagination.

C'est probablement par l'entremise de Berczy fils que Jacques Viger a connu les artistes qui ont collaboré à l'illustration de son ALBUM. Parmi les étrangers, citons James-Pattison Cockburn, John Grant, John Drake, Bainbrigge, Macbean, Pierre-Louis Morin (plus tard naturalisé Canadien), surtout James Duncan, l'artiste qui a lavé les plus belles aquarelles de Montréal d'autrefois. Parmi les artistes canadiens, citons Joseph Légaré, un certain O.-A. Richer dont le métier principal était de défendre la veuve et l'orphelin, Mme Wilhelm Berczy (née Amélie Panet) et quelques amateurs d'aquarelles dont les noms sont aujourd'hui bien oubliés. Au reste, tous les artistes qui ont collaboré à l'ALBUM y ont également laissé leur signature, préalablement découpée au bas d'une lettre ou d'un billet. Chose grave: d'autres signatures apparaissent dans l'ALBUM (Cartier, Champlain, Hocquart, etc), qui nous donnent une idée du sans-gêne avec lequel Viger traitait les documents archivistiques.

Les portraits qui figurent dans l'ALBUM sont presque tous des copies, à l'aquarelle, de peintures originales qui existent encore et sont dispersées dans la province. Ce sont des copies ressemblantes, mais non intégrales. Que ce soit Duncan, Berczy ou un autre qui tienne le pinceau, les visages sont animés et exhalent une santé inaltérable; de plus le copiste prend des libertés avec ses modèles.

Documents extraits de l'album de Jacques Viger, Bibliothèque municipale:- Montréal.

Deux compositions historiques de James Duncan relatent la mort de l'abbé Vignal, sulpicien "attaqué par les Iroquois à l'île à la Pierre, le 25 octobre 1661". Plusieurs aquarelles, de valeur inégale, représentent des sites bien connus du Canada - le sault Montmorency, la chute Niagara, l'île Sainte-Hélène, la maison Montcalm (évidemment, celle de la rue des Remparts), l'anse au Foulon, etc. Enfin, Jacques Viger, en fervent archéologue nous fait voir quelques monuments montréalais d'autrefois, parmi les plus intéressants.

Les gravures qui accompagnent cette courte étude font voir la qualité des meilleures pièces du recueil. Mais ce n'est pas le seul que Jacques Viger nous ait laissé. A part les deux SABERDACHES, la rouge et la bleue, il a compilé un autre album consacré au Montréal de l'époque 1828 et formé d'une trentaine de sépias qui sont l'œuvre de John Drake; cet album est conservé dans les archives du Séminaire de Québec;j'y reviendrai plus tard, car les sépias de John Drake, assez peu connues de nos jours, sont des ouvrages de première importance, à qui veut connaître le visage du Montréal d'antan.

Disons en terminant que l'ALBUM qui est l'objet de ces lignes, appartient à la Bibliothèque de la ville de Montréal depuis l'année 1943.

Bas de vignettes:

[1] MONTRÉAL. - Bibliothèque municipale (Album Viger) Le Sault-à-la-Puce. L'eau qui tombe a la forme d'un triangle, coiffé d'un autre triangle, renversé celui-ci, que forme le ciel d'un beau bleu vert-pâle. Métier alerte et savoureux.

H. 0' 4 3/4"

L. 0' 4 3/4"

En bas à droite de la main de Viger: Jos Légaré.

[2] MONTRÉAL. - Bibliothèque municipale (Album Viger). Dessin naïf. Coloris vert bleuté. Les détails sont très soignés.

H. 0' 7 7/8" L. 0' 9 3/8" Aq. En bas à droite, de la main de Viger: Par Madame W. Berczy (née Panet).

[3] MONTRÉAL.- Bibliothèque municipale (Album Viger) - Attelage traversant la composition de droite à gauche et passant devant une croix. Dans la voiture, deux personnages; l'un debout, l'autre assis dos au cheval. La neige, très fournie, passe en diagonale. Beaux tons gris ardoise dans la partie supérieure.

H. 0' 7 7/8"

L. 0' 5 1/2" Aq.

En bas à gauche: J. G. Delt (John Grant).

[4] - A gauche, un orme à trois grosses branches, dont l'une est bandée en arc de gauche à droite. Premier plan de pièces de bois équarries, sur lesquelles il y a deux enfants vêtus de bleu. Au loin, l'église de Pierrefonds avec sa tour sur le côté, et quelques maisons. A droite, la rivière des Prairies.

H. 0' 5 5/8 "

L. 0' 8 5/16" Aq. En bas à droite de la main de Viger: JS Duncan, 1829.

 

 

web Robert DEROME

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