
Textes mis en ligne le 24 février 2003, par Josée RIOPEL, dans le cadre du cours HAR1830 Les arts en Nouvelle-France, au Québec et dans les Canadas avant 1867. Aucune vérification linguistique n'a été faite pour contrôler l'exactitude des transcriptions effectuées par l'équipe d'étudiants.
Iconographie - Montréal 1963.01
Bibliographie de Jacques Robert, n° 280
La Revue française de l'élite européenne, n° 148, janvier 1963, p. 31-38.
MONTRÉAL vu par les artistes
ON LIT SOUS LA PLUME DE CHARLEVOIX: En traçant ces lignes vers 1721, l'historien de la Nouvelle-France s'accorde avec la plupart des mémorialistes qui nous ont livré leurs réactions sur l'ancienne Ville-Marie.
C'était alors une ville minuscule, toute en longueur, enserrée dans un corset de pieux, sur une langue de terre coinçée entre le Saint-Laurent et les ruisseaux Saint-Martin et Saint-Pierre; vers le nord-est, une colline coiffée d'une redoute - la citadelle - et, au-dessus des maisons et des clochers, le mont Royal, mol et gracieux, masse de velours vert tournant parfois au bleuté.
Ville insulaire, on ne pouvait l'atteindre qu'en barque et à mesure qu'on s'avançait vers cette montagne de rêve - en réalité, elle a deux sommets bien chevelus - on devait ressentir une impression de calme, d'harmonie et de douceur.
C'est l'impression qui se dégage d'une aquarelle documentaire que James Duncan a peinte en 1839, à la demande de Jacques Viger; de l'île Sainte-Hélène, l'artiste a représenté le nord-est de la petite ville, telle qu'elle pouvait être vers l'année 1693; on y trouve la chapelle de Bon-Secours et la citadelle.
Bien d'autres artistes ont choisi la même île pour y planter leur chevalet. Vers 1761, c'est un officier de l'armée anglaise, Thomas Patton, qui lave une aquarelle de lumière et de contrastes; elle a été gravée à Londres l'année suivante. Vingt ans plus tard, c'est Richard Dillon, topographe attaché au corps des Ingénieurs royaux, qui brosse d'une main lourde une toile d'un chaud coloris. En 1831 c'est James Duncan, le , qui exécute pour l'album de son ami Viger un petit tableau plein d'esprit et de grâce.
Vu de la montagne, Montréal offre des points de vue d'une grandeur et d'une variété étonnantes. Dans l'aquarelle qu'Edouard Walsh a peinte vers 1808, on voit la ville et ses faubourgs, la citadelle encore debout, l'île Sainte-Hélène et, au-delà du fleuve, le village de Longueuil et le mont Saint-Bruno; au second plan, le tombeau de MacTavish.
Si l'aquarelle de Walsh est toute douceur, celle que Thomas Davies a exécutée en 1812, quelques mois avant sa mort, est une des oeuvres les plus fortes de cet artiste volontaire et méticuleux, qui joue avec le soleil et les ombres, dessine méthodiquement chaque motif et exagère à plaisir les proportions, tout en cherchant avec scrupule la plus stricte réalité.
James Duncan a laissé plusieurs tableaux et aquarelles de la ville vue du mont Royal. Au reste, quelques-uns de ses ouvrages ont servi à l'illustration de l'Hochelaga depicta de Bosworth, publié en 1839. La peinture ici reproduite est une exception dans l'oeuvre de ce peintre. Habituellement, Duncan vise au classicisme. Dans cette Vue de Montréal, il accentue les contrastes, brosse des lointains orageux et campe au premier plan un groupe de chasseurs indiens - ce qui donne à cette composition, par ailleurs agréable, un caractère nettement romantique. Tout autre est la Côte des Neiges qu'il a peinte à l'aquarelle vers 1830; ce coin de la ville, aujourd'hui méconnaissable, avait alors beaucoup de pittoresque et de charme; ce sont précisément les qualiés de cette oeuvre alerte, où les ors se mêlent à des bleus subtils. Le vaste paysage qui représente la Côte des Tanneries date de 1839; en plus d'être précieuse dans l'étude de l'évolution de la partie sud-ouest de la ville, cette aquarelle témoigne de la justesse d'observation de Duncan et de son goût pour les harmonies chatoyantes.
Bien qu'il n'ait pas eu son port d'attache à Montréal, Georges Hériot y a fait de fréquents séjours, surtout entre les années 1800 et 1806. Comme il amasse alors les matériaux susceptibles d'entrer dans l'ouvrage qu'il prépare et qu'il publiera à Londres en 1807, sous le titre de Travels through the Canadas, il portraicture [sic] à l'aquarelle les villes et les beautés naturelles de l'est du pays. Quelques-uns de ses dessins ont été lithographiés. Mais il y a mieux: ses aquarelles originales. Plusieurs d'entre elles représentent Montréal. L'une nous fait voir la muraille démantelée du Nord-est des fortifications: à gauche, la porte Saint-Martin; en allant à droite, le clocher de Bon-Secours, la citadelle et la résidence des Jésuites; la touche est extrêmement légère, d'où une transparence parfaite de la couleur. Une autre aquarelle représente la courtine démantelée du côté nord-ouest et les maisons de pierre qui se pressent autour de l'ancienne église; le clocher qui domine la ville a été démoli en 1843.
On retrouve ce clocher sur un certain nombre de dessins. En 1826, John Drake dessine la rue Notre-Dame, à la demande de son ami Viger; à gauche c'est l'abside, et aussi le clocher, de l'ancienne église; à droite c'est l'ancienne cathédrale anglicane. Drake a exécuté une trentaine de sépias pour celui qui a été le premier maire de Montréal. Témoin de la démolition de la citadelle et des remparts, Viger prévoyait que l'ère des destructions s'accentuerait avec les années; d'où cette commande de dessins des beaux monuments de la ville. L'un de ces monuments existe encore, mais non tel qu'il était: c'est le Séminaire des Sulpiciens, construit en 1684 par Dollier de Casson. Le champ de Mars est aussi existant, mais il n'est pas bordé comme autrefois d'édifices à l'échelle de la place.
Il faudrait signaler bien d'autres artistes et faire une part spéciale à ceux qui se sont intéressés aux coutumes populaires, aux jeux de toutes les saisons, aux cortèges patriotiques et religieux, aux croisières en voiture ou en barque. Ces sujets ont tenté nombre de nos artistes; ils y ont réussi d'inégale façon.
Seul Henri Julien, avec son immense talent et sa verve, a su traiter des sujets populaires sans tomber dans la pure anecdote. Son Retour de la Messe de Minuit n'est pas seulement une composition qui rappelle une fête nocturne, prélude obligé de la Nöel, c'est aussi une oeuvre d'art qui, par sa tonalité et son mouvement, symbolise la joie universelle du .
Bas de vignettes:
[1] Vue de Montréal d'après un dessin de Coxe Smith, 1838. IOA
[2] JAMES DUNCAN (1806-1881): , Cette aquarelle est une reconstitution faite par l'artiste en 1839. IOA
[3] EDOUARD WALSH: vers 1808. Institute of Arts, Détroit. IOA
[4] JAMES DUNCAN: . Bibliothèque municipale, Montréal. IOA
[5] JAMES DUNCAN: 1839. Bibliothèque municipale, Montréal. IOA
[6] [JAMES DUNCAN]: vers 1830. Musée de la province de Québec. IOA
[7] GEORGES HÉRIOT: (1766-1824) . Collection Coverdale, La Malbaie. IOA
[8] [Georges Hériot]: . Archives nationales, Ottawa. IOA
[9] JOHN DRAKE: , 1826. Album Jacques Viger, Archives du Séminaire de Québec. IOA
[10] [John Drake] : ou , Pointe-à Callière, rue des Enfants-Trouvés, en 1826. Lavis. Album Jacques Viger, Archives du Séminaire, Québec. IOA
[11] JOHN DRAKE: , en 1826. Lavis. Album Jacques Viger, Archives du Séminaire, Québec. IOA
[12] [John Drake]: , construit en 1683 - 1684. Album Jacques Viger, Archives du Séminaire, Québec. IOA
[13] JOHN DRAKE: . Album Jacques Viger, Archives du Séminaire, Québec. IOA
[14] [John Drake]: , 1826. Lavis. Archives du Séminaire, Québec. IOA
[15] Henri Julien, (1852-1908): , 1908. Musée de la Province de Québec. IOA