Pensée de la semaine

par Yves Laframboise

avec quelques ajouts par le webmestre
Pensée de la semaine par Yves Laframboise : INDEX
Vue
[13 novembre 2000]

Oh surprise !

René Lefèvre (1898-1991)

Né à Nice le 6 mars 1898, René Lefebvre, pour cause de succès, abandonnera le " b " au milieu de son nom au début des années trente. Ses parents l'avaient souhaité marin mais René, tout jeune, avait une autre ambition : jouer la comédie ! Ses études terminées, il lui faut gagner sa vie en attendant la célébrité... Il est commis dans une épicerie, vendeur de boîtes de cirage, manœuvre en usine et, dans l'univers dont il rêve, aide-machiniste à l'Opéra. Il fera ses premiers pas sur les planches à la Comédie des Champs-Élysées, dans des pièces d'Achard et de Mérimée, apprenant son métier sous la férule de Louis Jouvet. Le succès de " Knock " lui vaut son premier rôle à l'écran, en chauffeur, dans l'adaptation cinématographique de la pièce de Jules Romains. Dans ce film, comme dans LE MARIAGE DE MADEMOISELLE BEULEMANS, où il est un soupirant maladroit, dans PAS SI BETE, où il est un paysan madré et dans CES DAMES AUX CHAPEAUX VERTS, où il incarne un répétiteur timoré, il esquisse déjà le personnage de JEAN DE LA LUNE sous les traits duquel il va devenir, en 1931, une vedette. Ce personnage, archétype du bon garçon, naïf et pourtant lucide, mélancolique mais foncièrement gai et généreux, s'illustrera dans nombre de films. Beaucoup - comédies sans prétention - sont oubliés mais les meilleurs perpétuent le souvenir de cet acteur discret et sympathique, au visage ouvert, au regard chaleureux et pétillant de malice : LE CHEMIN DU PARADIS, où il est l'un des " bons copains " de la chanson d'Henri Garat; LE MILLION, où il court, tel un furet, après une fortune qu'il n'attendait pas; GUEULE D'AMOUR, où il est l'ami fidèle du réprouvé Jean Gabin. Et, surtout, LE CRIME DE MONSIEUR LANGE, film-phare de sa carrière, qui le transcende en héros de la classe ouvrière, David modeste mais résolu qui terrasse le Goliath du Capital, l'ignoble Batala incarné par Jules Berry. À la veille de la guerre, il écrit lui-même l'adaptation cinématographique de son premier roman, " Les musiciens du ciel". L'acteur René Lefèvre est aussi écrivain; il est encore producteur et animateur d'émissions de radio et, passionné par tout ce qui concerne la race chevaline, jockey, éleveur et propriétaire de chevaux...

 

Encouragé par son expérience de romancier-adaptateur pour LES MUSICIENS DU CIEL, René Lefèvre entreprend d'écrire un nouveau scénario, original cette fois. C'est celui d'OPÉRA-MUSETTE qu'il décide de réaliser lui-même avec, toutefois, l'assistance technique de Claude Renoir, troisième fils d'Auguste, le peintre, et frère cadet de Jean, le cinéaste, et de Pierre, l'acteur. L'expérience le déçoit, ainsi qu'il le raconte dans ses mémoires ("Le film de ma vie", 1939-1973) : "(...) le scénario est écrit en toute hâte (un peu trop); (...) l'insuffisance de Claude Renoir, derrière la caméra, est évidente. (...). Un film médiocre, avec un bon sujet. Mea culpa. " René Lefèvre tourne peu pendant les années d'Occupation. Son intense activité de résistant suffit pour expliquer cet éloignement relatif des studios. Sa villa du Midi sert de point de rencontre à des responsables comme Jean Moulin, Emmanuel d'Astier de la Vigerie, Raymond et Lucie Aubrac, entre autres. À la Libération, il reprend la carrière radiophonique amorcée avant la guerre en assumant plusieurs mois la direction de Radio-Méditerranée. En revanche, il n'apparaît plus qu'épisodiquement à l'écran. Il trouve ses rôles les plus importants dans BATAILLON DU CIEL, LE POINT DU JOUR, L'ESCADRON BLANC puis incarne des personnages de second plan sous la direction de cinéastes amis, comme Jacqueline Audry, René Chanas, Louis Daquin et André Michel. Mais René Lefèvre n'a pas abandonné pour autant le cinéma. Il écrit les dialogues de PARADE EN SEPT NUITS (Marc Allégret, 1941), LA BOŒTE AUX REVES (Yves Allégret, 1945), LA CARCASSE ET LE TORD-COU (1948), L'ESCADRON BLANC (1949) et UN SOURIRE DANS LA TEMPETE (1950), tous trois de René Chanas, SOUS LE CIEL DE PARIS (Julien Duvivier, 1951), FILLE DANGEREUSE (Guido Brignone, 1952), LA LUMIÈRE D'EN FACE (Georges Lacombe, 1956), DOUZE HEURES D'HORLOGE (Geza Radvanyi, 1959). Il n'a pas, non plus, délaissé la littérature, écrivant plusieurs romans comme "La couronne de chiffon", "L'inventeur", "Le rescapé de la Chimère", "Le train du Far-West" (Prix Alphonse-Allais), maniant avec aisance une langue imagée et drue qui lui vaut, de la part du romancier Roger Martin du Gard, ce jugement : "Le style est parfait, à la fois châtié, juteux à souhait, plein de verve, de sourires, de trouvailles impayables. " L'un de ses romans, "Rue des Prairies" trouvera en Michel Audiard un adaptateur-dialoguiste à l'esprit et au talent proches des siens (RUE DES PRAIRIES, Denys de La Patellière, 1959). Dans les années soixante, c'est la Télévision qui offrira à René Lefèvre les occasions les plus nombreuses de manifester la permanence de ses dons de comédien dans des feuilletons comme "Vive la vie" (1966), "Les compagnons de Baal" (1968), "L'homme de l'ombre" (1968), "Café du square" (1969), "La cravache d'or" (1969)... Il retrouvera aussi la scène pour jouer, au Théâtre Édouard VII, "L'année du Bac" et "Les filles". René Lefèvre est décédé le 4 mai 1991.

Cette biographie et ces photographies sont issues de la série n° 309 de la collection des fiches de Monsieur Cinéma: 309/32 et 309/33.
Pour une filmographie élaborée de René Lefèvre voir Internet Movie Database.


« OISEAU CANARI. Très beau dossier de 44 photographies, 10 lettres et divers sur le raid de l'Oiseau Canari d'Assolant, Lefèvre et Lotti lors de la traversée de l'Atlantique Nord en juin 1930. On relève de nombreuses photographies de l'avion et de l'équipage, signées par Armand Lotti, René Lefèvre, et Arthur Schreiber (le passager clandestin de l'avion), des lettres signées de Lotti concernant le raid et son passager clandestin. Très belles vues (retirages) de l'Oiseau-Canari à son arrivée, et sur la plage espagnole de Comillas en juin 1929. On joint une lettre autographe signée de P. E. Flandin. Lot rare. » Arts et autographes.


René Lefèvre, Le Film de ma vie : 1939-1973, Paris, France-Empire, 1973, 430 p., couv. ill., 19 cm. (Bibliothèque publique de Nice)

Lefèvre, René, Les musiciens du ciel,Paris, Gallimard, ©1938, et Paris, Le Livre de poche, 1971. (Bibliothèque municipale de Montréal)

Lefèvre, René, « Houa », Fiction, n° 36, novembre 1956.


Catalogue Opale-Plus de la Bibliothèque nationale de France

Lefèvre, René (1898-1991), L'Aveugle ébloui, Paris, Éditions France-Empire, 1973, 307 p., 19 cm.

Lefèvre, René (1898-1991), Le Film de ma vie..., Paris, Gallimard puis Éditions France-Empire, 1937-, 19 cm.

Lefèvre, René (1898-1991), Le Film de ma vie.... [3], 1939-1973, Paris, Éditions France-Empire, 1973, 430 p., 19 cm, Index.

Lefèvre, René (1898-1991), Le film de ma vie, 1938-1940, [Paris], Gallimard, 1947, 210 p., 19 cm.

Effel, Jean (1908-1982, 70 dessins), préface de René Lefèvre (1898-1991), Jours sans Alboches, [Paris], Société des éditions France-soir, [1945], 60 p., ill., couv. ill. en coul., 21 cm x 27 cm. Sujet(s) : France -- Histoire -- 1944-1945 (Libération ) -- Caricatures et dessins humoristiques.

Lefèvre, René (1898-1991), Les Musiciens du ciel, Paris, Le Livre de poche (Collection Pluriel n° 3193), 1971, 159 p., couv. ill. en coul., 17 cm.

Lefèvre, René (1898-1991), Le Train du Far-West..., Paris, Garnier frères (Collection Classiques du rire et du sourire), 1978, 185 p., 19 cm.

 

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