
Benjamin Sulte écrit en 1891 à Ernerst Myrand :
« Wilson [l'éditeur], de sa belle grâce, se mit à fourrer des portraits dans les livraisons. Je le laissai faire, et même, pour varier le plaisir, je lui donnai des cartes topographiques, géographiques, et des vues de nos villes, c'est-à-dire des illustrations qui vont avec le texte de mon ouvrage. Wilson continua de bourrer les volumes de portraits d'hommes et de femmes dont je ne parle pas. Il n'y [a] qu'à les mettre de côté. Vous avez maintenant la clef du mystère (Martin 1988, p. 106). »« Sur la genèse de l'Histoire des Canadiens-Français, voir la lettre de Sulte à Myrand publiée in extenso dans Myrand 1893 (p. 394-395). C'est de cette lettre que Martin 1988 tire l'extrait ci-dessus. Le reste de la lettre est plus instructif sur les images que l'extrait de Martin ne le laisse entendre. Comme Sulte le dit lui-même, c'est la première fois qu'il en parle. Toutefois, dans deux autres notes de 1920, il reprend l'anecdote en changeant un peu le rôle des personnages (Desbarats, Wilson et lui-même). J'ai l'impression que la première version est la plus sûre, mais les autres donnent des détails supplémentaires. La lettre de Sulte à Myrand accompagne toute une correspondance et des anecdotes au sujet du faux portrait de Frontenac. Livernois aussi est impliqué. Une piste pour l'origine de celles de Sulte (collaboration de Patrice Groulx le 20 août 2001) ? »
L'utilisation de plusieurs gravures fait probablement partie d'une offensive de l'éditeur Wilson afin de vendre le plus d'exemplaires possibles de cet ouvrage qui dût demander des investissements considérables. Abondamment illustrés, ces livres ne s'en vendraient que mieux. Cet objectif serait d'autant mieux servi par l'ajout des portraits de plusieurs personnalités vivantes, occupant de hautes fonctions politiques ou professionnelles. On pourra ainsi vendre le plus d'exemplaires possibles, à ces familles, leurs amis ou admirateurs. Il en va ainsi pour la dédicace de l'ouvrage « À L'HONORABLE THÉODORE ROBITAILLE Membre du Conseil Privé du Canada LIEUTENANT-GOUVERNEUR DE LA PROVINCE DE QUÉBEC HOMMAGE DES ÉDITEURS ET DE L'AUTEUR ».
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Sous le Régime français, la métropole interdisait la publication de journaux et de gravures en colonie. Denis Martin a étudié l'importation des gravures en Nouvelle-France (Martin 1990, Martin 1991). Après la Cession, le gouvernement britannique a permis l'implantation de la presse écrite. Les graveurs ont donc suivi avec l'évolution des procédés d'impression. Mary Allodi a consacré une étude aux débuts de l'estampe imprimée au Canada pour la période avant 1850 (Allodi 1980). Aucun historien de l'art n'a encore entrepris de constituer l'histoire de l'illustration gravée dans les livres, les journaux et les périodiques au XIXe siècle. On en connaît cependant quelques bribes par des études éparses (Chevrefils 1985, Samson 1985).
Il est certain qu'à l'époque où Benjamin Sulte publie son Histoire des Canadiens-Français..., en 1882-1884, l'illustration gravée est à la mode. Elle était abondamment utilisée depuis plus d'une décennie dans des périodiques tels que L'Opinion Publique (1870-1883) qui avait donné aux francophones ce que le Canadian Illustrated News (1869-1883) avait fait une année auparavant pour les anglophones. Plusieurs gravures de L'Opinion Publique sont signées de leur auteur, mais une grande quantité demeurent anonymes. Si souvent les livres demeurent anonymes à cette époque, il ne faut pas se surprendre du même phénomène chez les graveurs ! Dans cette époque industrielle, les graveurs sont considérés davantage comme des ouvriers spécialisés que des artistes. Et les « canadiens » ont toujours eu un sens de la publicité plus sobre que les américains, ce qui peut expliquer en partie la non mention des graveurs dans l'ouvrage de Sulte. Les différents entre Sulte et Wilson sur cette question des gravures pourraient aussi être un des éléments à la source de l'absence d'informations sur ces gravures ? Tout comme le fait qu'il s'agit d'une publication par fascicules (40 fascicules de 32 pages) étalée sur trois années civiles (1882, 1883, 1884) et non d'une édition unifiée et planifiée en une seule fois telle que Picturesque America.
Au niveau de la signature des gravures, l'ouvrage de Sulte 1882-1884 semble donc s'aligner sur les pratiques établies par L'Opinion Publique, une publication essentielle qui mériterait une étude approfondie (Samson 1985), surtout qu'on y avait déjà diffusé plusieurs gravures sur les mêmes personnages et sujets que Sulte 1882-1884. Il serait également essentiel de se pencher plus avant sur le rôle de George-Édouard Desbarats (1838-1893) (DBC), éditeur de ces deux périodiques, auprès des graveurs dans la diffusion d'environ 15 000 images gravées...! Desbarats avait également édité plusieurs livres dont il faudrait également comparer les illustrations avec celles de Sulte 1882-1884.
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Il faudrait également relever les illustrations dans tous les livres publiés avant Sulte 1882-1884 concernant les personnages illustrés (voir table de concordance).
« Sulte n'a pas publié de bibliographie mais indique toujours ses sources en note de bas de page. Faillon compte parmi elles (1841, 1843, 1847, 1852a, 1852b, 1853, 1854, 1860, 1865-1866, 1920 ; voir aussi Gamon 1877, Desmazures 1879, Desmazures 1882, Cormier 1968 ), mais bien entendu, comme son Histoire de la Nouvelle-France s'arrête à 1675, Sulte ne l'utilise pas aussi souvent que Ferland ou d'autres (collaboration de Patrice Groulx le 20 août 2001). »
Desbarats avait présenté Wilson à Sulte et il y eut une collaboration au niveau des images entre Desbarats et Wilson, du moins au début.
« D'après une lettre de Wilson à Sulte (17 janvier 1882), Desbarats trouve que les caractères d'une carte de la Nouvelle-France que Sulte a fournie à Wilson sont trop petits pour être reproduits et en fait faire un calque (tracing). Toutefois, cette carte n'apparaît pas dans l'Histoire des Canadiens-Français. Que s'est-il passé (collaboration de Patrice Groulx le 20 août 2001) ? »
Comment expliquer alors que plusieurs gravures furent faites à New York et non à Montréal qui disposait de toutes les ressources requises au niveau des dessinateurs, graveurs et imprimeurs ? Serait-ce à cause des partenariats commerciaux de l'éditeur Wilson ? Un grand nombre de graveurs sont en effet actifs à Montréal durant cette période dont le très important John Henry Walker (1831-1899) (Chevrefils 1985).
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La publication de Sulte 1882-1884 est en effet plutôt avare de renseignements au sujet des artistes qui ont collaboré à cet « ouvrage orné de portraits et de plans ». Est-ce dû à l'éditeur Thomas L. Wilson qui semble avoir joué un rôle prépondérant dans le choix et la réalisation de ces gravures ? Il est douteux que l'acte d'enregistrement de 1882 « au bureau du ministre de l'Agriculture de la Puissance du Canada », s'il a été conservé, puisse nous donner plus d'informations ?
Un examen des gravures contenues dans tous les ouvrages imprimés par des WILSON avant 1900 (par exemple celles gravures de C. Koppel et de J. H. Walker dans le Insurance and Finance Chronicle de janvier, mai et juin 1887, ou de « Sci Am NY » dans le Insurance Society de décembre 1884) ne permet pas de tisser des liens de comparaison avec l'ouvrage de Sulte 1882-1884 publié par Wilson & Cie.
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L'exemplaire de conservation dédicacé de Sulte 1882-1884, à l'édifice Holt de la Bibliothèque nationale du Québec, contient une liste de « Placement des gravures (document s'ouvrant dans une nouvelle fenêtre) » détaillant les titres abrégés des planches pour chacun des huit tomes où toutes les gravures sont réparties à travers les pages de l'ouvrage. L'ordre des gravures dans cette liste diffère considérablement de celui de l'exemplaire de l'Annexe Aegidius Fauteux de la Bibliothèque nationale ! Est-ce à dire que les exemplaires seraient assemblés différemment ? En effet, dans l'exemplaire Fauteux toutes les gravures sont placées en frontispice et non numérotées, sauf pour le tome I où elles sont réparties à l'intérieur de l'ouvrage d'une façon toute différence de celle de l'exemplaire Holt ! Afin de pallier à cette difficulté nous référons le lecteur à une table de concordance des gravures dans les diverses éditions de Sulte 1882-1884.
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Artiste |
Fauteux Signature |
Titre normalisé |
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Illisible, XIXe siècle. |
Illisible |
Guyart dite de LIncarnation, Marie (1599-1672) |
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Morin, Pierre-Louis (1811-1886), daprès Chaussegros de Léry, janvier 1858 et 7 juin 1880. |
Vrai copie du Plan de la ville de Montréal en Canada, Nlle France, dans l'Amérique septentrionale par Chaussegros de Lery en 1717 deposé aux Archives de la marine et des colonies de France Fait a Paris en Janvier 1858. (Signé) Par P.L. Morin Québec 7 Juin 1880. |
Montréal 1717 |
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Photo Electrotype Engraving Company New-York. |
Photo Electrotype Eng. Co. NY |
Cugnet, François-Joseph (1720-1789) |
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Photo Electrotype Engraving Company New-York. |
Photo Electrotype Eng. Co. NY |
Juchereau de Saint-Denis, Pierre-Antoine (1776-1850) |
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Photo Electrotype Engraving Company New-York. |
Photo Electrotype Eng. Co. NY |
Le Moyne de Bienville, Jean-Baptiste (1680-1767) |
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Pomarede, Daniel, Dublin Irlande (actif 1742-1765) |
D. Pomarede Sculp |
Montréal 1760 |
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Rebel (graveur), P. Dien (imprimeur), Paris, d'après un tableau de François de Beaucourt (1740-1794) vers 1792-1794. |
Tableau du temps. Imp. P. Dien, 32, r. Hautefeuille, Paris. Rebel sculp.t |
Dufrost de Lajemmerais dYouville, Marie-Marguerite (1701-1771) |
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S (monogramme), initiales illisibles en haut [PA?], en bas [JD?]. |
Monogramme S, deux initiales illisibles en haut [PA?] et deux autres en bas [JD?] |
Fournier, Télesphore (1823-1896) |