La conquête des lettres et de l'éloquence
(1760-1791)
Au lendemain de la Conquête anglaise, la Nouvelle-France
devient Province of Quebec. Celle-ci découvre alors
l'imprimerie, les gazettes, les sociétés de
débat : en somme, un « espace
public » propice à l'émergence du
littéraire. Si, sous le Régime français, les
principaux écrits produits par des métropolitains de
passage se destinaient d'abord à la France, un nouveau sens de
l'appartenance voit le jour parmi les Canadiens après la
Conquête. Leurs élites s'engagent dans
l'écriture, les arts et la politique, résistent
à l'assimilation et risquent les premières oeuvres du
corpus québécois. Poèmes de circonstance,
lettres ouvertes et pamphlets, fictions, correspondances,
mémoires, tableaux, sculptures et gravures voient le jour,
alors que grondent les révolutions américaine et
française et que les premiers débats constitutionnels
forgent une nouvelle référence identitaire. En
même temps, dans les collèges de Québec, de
Montréal et de Nicolet, l'enseignement s'organise.
Rhétorique et art oratoire y jouissent d'un statut
pédagogique prééminent. Loin d'être un
système fermé accumulant contraintes et prescriptions
arbitraires, la rhétorique est un art de persuader et de
plaire qui représente une expérience
réfléchie du discours et de la séduction
exercée par celui-ci. En éduquant les premières
générations de lettrés et d'orateurs
québécois à l'intelligence de la parole, la
rhétorique et son enseignement favorisent une première
conquête de l'espace public au
Québec.


La Révolution
américaine et l'imprimé
L'effervescence révolutionnaire met en rapport l'imprimeur
et journaliste Fleury Mesplet (1734-1794), le commerçant et
auteur Pierre du Calvet (1735-1786) et le journaliste, inventeur et
homme politique américain Benjamin Franklin (1706-1790).
Établi à Philadelphie, le Français Mesplet
arrive à Montréal avec l'armée américaine
en 1775. Il y fonde une imprimerie et un journal, la Gazette du
commerce et littéraire, et connaît l'emprisonnement
pour ses idées et ses initiatives. Commerçant à
Montréal depuis 1758, du Calvet est pro-Américains en
1774. Il rencontre Franklin qui séjourne là au
printemps 1776. Soupçonné de trahison, du Calvet passe
près de trois ans en prison (1780-1783). Ces
événements le motivent à collaborer à la
Gazette de Mesplet et à publier en 1784 un Appel
à la justice de l'État, qui dénonce le
despotisme administratif du Gouverneur Haldimand et jette les bases
d'une première constitution
canadienne.
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On s'est souvent plu à reconnaître Fleury
Mesplet dans ce portrait, mais rien ne permet d'identifier
avec certitude le peintre et son modèle : seul
le souci de redonner un visage au héros de
l'imprimerie montréalaise expliquerait cette
attribution. En signe de deuil, un grand voile noir
derrière la tête suggère qu'il s'agit
d'un portrait posthume. L'habit noir et le rabat blanc
peuvent désigner autant un ecclésiastique
qu'un magistrat ou un homme de lettres. Le rayonnage, avec
ses nombreux exemplaires de même dimension,
représenterait davantage une librairie qu'une
bibliothèque. Les sept étagères
pourraient être une allusion à la
franc-maçonnerie dont Mesplet et Beaucourt
étaient des adeptes. Dans le livre ouvert, l'index
pointe l'inscription « Montréal
1794 », date et lieu du décès de
Mesplet et du peintre François Beaucourt, né
à Laprairie, actif en France, à Philadelphie
puis à Montréal.
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Attribué à
François Beaucourt (1740-1794), Portrait
présumé de Fleury Mesplet (1734-1794),
1794, pastel sur parchemin, 57,5 x 42 cm, Québec,
Musée du Québec, 67.197. Reproduction
photographique : Patrick Altman.
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Cette photographie est celle d'une
« silhouette », c'est-à-dire d'un
portrait de profil exécuté en suivant l'ombre
projetée par un visage. Il s'agit d'une technique
fort en vogue à Montréal aux
XVIIIe et XIXe
siècles. La plus grande prudence s'impose dans
l'identification de cette reproduction photographique d'une
silhouette ancienne, puisque toutes les informations
relatives à l'attribution sont postérieures de
plus d'un siècle au décès de du Calvet
dont c'est le seul portrait présumé.
L'original reste introuvable ; toutefois, la
photographie qui en a été faite porte
plusieurs inscriptions l'identifiant à du Calvet.
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Desmarais (actif 1864-1895),
Photographie de la silhouette présumée de
Pierre du Calvet (1735-1786), fin
XIXe
siècle, photographies montées sur carton,
papier découpé de forme
irrégulière de 8,9 x 5,5 cm, collé
sur carton de 35,3 x 27,8 cm, Montréal,
Bibliothèque nationale du Québec, Collection
Édouard-Zotique Massicotte, DS7, n° 1072.
Photo Robert Derome.
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Les habits et le style de cette gravure de grande
qualité, tirée d'un livre non
identifié, sont caractéristiques de l'Ancien
Régime.
J. Cook, Portrait de Benjamin
Franklin,
XVIIIe
siècle, gravure, 13,6 x 8,9 cm, Montréal,
Musée du Château Ramezay, 1998.2432. Photo
Robert Derome.
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