Les traités de rhétorique

Comme tous les traités d'art oratoire destinés à l'enseignement, les Rhétoriques d'Urbain Boiret, Charles-François Bailly de Messein et Joseph-Marie Boissonnault appartiennent à la tradition manuscrite et n'ont jamais été publiés.

 

Au cours de l'année scolaire 1770-1771, Urbain Boiret professe la rhétorique au Petit séminaire de Québec. Cette discipline enseigne l'art d'écrire et de prononcer un discours qui sache persuader et séduire. À cette fin, elle examine tour à tour cinq aspects. 1. L'invention, qui consiste à trouver quoi dire sur un sujet et à rassembler ses arguments. 2. La disposition, où l'on ordonne les matériaux du discours. 3. L'élocution, où il s'agit de trouver le mot juste et l'expression appropriée. 4. L'action oratoire, relative à la mise en scène du corps parlant. 5. La mémoire, qui est une mnémotechnique.

Urbain Boiret (1731-1774), Rhetorica in Seminario Quebecensi data anno 1770. Auctore D.D. Leguerne. Professore D.D. Boiret, manuscrit relié, 30,3 x 18,7 x 4 cm Québec, Musée de la civilisation, fonds d'archives du Séminaire de Québec, M-225, p. 13.

Bien que rédigé en latin, ce traité entend surtout former les élèves à la pratique d'une prose française éloquente, comme en témoigne la place qu'il accorde aux exemples tirés d'auteurs français des XVIIe XVIIIe siècles. Fidèle à l'esprit de l'enseignement oratoire dispensé par les jésuites, Bailly insiste sur la nécessité et les moyens de plaire pour mieux convaincre. Polémiste hostile à l'obscurantisme, il est l'auteur de divers pamphlets où s'illustre l'idéal oratoire d'une prose incisive faite de phrases courtes et mordantes.

Charles-François Bailly de Messein (1740-1794), Rhetorica in Seminario Quebecensi data anno 1774, manuscrit relié, 32,8 x 201, x 3,3 cm, p. 16, Québec, Musée de la civilisation, fonds d'archives du Séminaire de Québec, M-228, p. 17.

 

Adressée au juge en chef William Smith chargé d'enquêter sur l'état de l'éducation, cette lettre de Bailly se prononce en faveur de la fondation d'une université « mixte », c'est-à-dire neutre sur le plan religieux. Comme Mgr Hubert s'opposait à ce projet, Bailly recourt à un ingénieux artifice oratoire : il feint d'attribuer les objections de son évêque à un prétendu « rédacteur » dont il ridiculise « l'insuffisance et la trop grande suffisance ».

Charles-François Bailly de Messein (1740-1794), Copie de la lettre de l'évêque de Capsa coadjuteur de Québec, &c. Au président du Comité sur l'éducation, 1790, [3], 10, 10, [1] p., 19 cm, 4 t., Montréal, Bibliothèque nationale du Québec. Photo Robert Derome.

 

Discipline dont la dignité pédagogique est éminente, la rhétorique fait l'objet d'un enseignement qui arrive au terme du cursus scolaire. Tournée vers une pratique publique de l'éloquence, cette culture oratoire s'illustre à l'occasion d'exercices qui sont autant de cérémonies de la parole destinées à montrer la force d'enchantement du discours et les mérites de l'éducation dispensée aux élèves. Cette année-là, Joseph-Marie Boissonnault est titulaire de la classe de rhétorique, tâche qu'il assumera jusqu'en 1794.

Joseph-Marie Boissonnault (1766-1834), Exercice sur la rhétorique qui se fera dans la salle du Petit séminaire de Québec le 13 août 1792…, manuscrit relié, 21 x 16,7 x 1,3 cm, Québec, Musée de la civilisation, Bibliothèque du Séminaire de Québec, fonds anciens, QMUCSQ011667.