La démocratie en débats
(1792-1815)

Après la guerre d'Indépendance américaine, ce sont les échos de la Révolution française de 1789 qui retentissent ici. L'autorité coloniale britannique accueille favorablement une révolution qui vient un siècle après celle que l'Angleterre a connue en 1688. L'esprit de dénonciation de la tyrannie se retrouve dans un écrit comme celui d’Henri Mézière, La Bastille Septentrionale (1792). Appuyée par l'Église catholique et Mgr Plessis, la position britannique change avec la Terreur de 1793 : la décapitation de Louis XVI avec la nouvelle machine de M. Guillotin suscite un puissant courant contre-révolutionnaire dans la colonie. Indépendance américaine et Révolution française incitent Londres, en 1791, à octroyer à sa colonie une Constitution où le pouvoir monarchique et aristocratique, incarné par le Gouverneur et les Conseils Exécutif et Législatif, est tempéré par une représentation démocratique. Joseph Papineau, Pierre-Louis Panet et Thomas McCord, époux de Sarah Salomon, feront partie de la députation de la nouvelle Chambre d'assemblée. La vie parlementaire, l'essor de l'imprimerie et la parution de journaux comme la Gazette de Québec, le Quebec Mercury et le Canadien favorisent la naissance d'une opinion publique et suscitent des débats dans lesquels le juge Pierre-Amable de Bonne est un fréquent protagoniste. Joseph Quesnel témoigne de cette époque en faisant jouer l'Anglomanie en 1807. Louis Dulongpré en rit sous forme de caricatures. La démocratie parlementaire s'accompagne de la montée d'une bourgeoisie francophone exerçant des professions libérales et qui, par familiarité professionnelle ou politique ou par alliances familiales, se donne de nouvelles formes de sociabilité. L'intérieur domestique bourgeois favorise des activités comme la lecture et le jeu de cartes, l'aquarelle et le dessin, ou la tenue de « salons » comme celui d'Amélie Panet Berczy, qui finissent par déborder du cadre de la vie familiale.