
Au lendemain de la Conquête, le théâtre amateur sort des collèges et des garnisons pour se répandre dans la sphère publique. Dès 1780, le gouverneur Haldimand accorde à la troupe des Jeunes Messieurs Canadiens la permission de jouer Les Fourberies de Scapin de Molière dans l'église abandonnée des jésuites. La troupe est sous la direction du malouin Joseph Quesnel, qui serait arrivé ici vers 1779. Le 11 novembre 1789, Quesnel, Pierre-Amable de Bonne, Joseph-François Perrault et quelques autres signent un contrat avec le peintre Louis Dulongpré en vue de la fondation à Montréal du Théâtre de Société. Ceci transforme les Jeunes Messieurs Canadiens en troupe professionnelle avec souscription. On compte parmi les associés de nombreux francs-maçons membres de la nouvelle loge francophone des Frères du Canada. Quatre représentations ont lieu à la résidence de Dulongpré qui, en plus de fournir les accessoires, peint les décors d'un bois, d'une chambre et d'une rue. Ce sont de légers divertissements bourgeois où dominent les comédies de Molière et de Jean-François Regnard. Elles déclenchent une polémique avec le curé de Notre-Dame. La création du premier opéra canadien, la comédie Colas et Colinette de Quesnel, a pourtant lieu. La Gazette de Montréal en donne une critique favorable le 21 janvier 1790.