Les journaux et les périodiques

Ces oeuvres illustrent trois facettes des relations entre les arts et les lettres dans les journaux et les périodiques de cette époque florissante pour la presse québécoise : John Neilson est l'un des plus importants imprimeurs de journaux ; Napoléon Aubin apporte une vision libertaire et poétique ; Mary Graddon Gosselin incarne la présence des femmes.

Ce journal satirique d'excellente facture offre de nombreuses illustrations et n'épargne aucune autorité en place. Ce tour d'esprit frondeur vaut la prison à Napoléon Aubin et à son imprimeur pendant les Rébellions. Surtout connu comme journaliste, Aubin est aussi dessinateur, compositeur, dramaturge, scientifique et auteur de contes et de poèmes. Il fonde sept journaux et revues tout en collaborant à plusieurs autres. En 1839, il publie dans le Fantasque une savoureuse utopie, « Mon voyage à la lune ». En 1840, il acquiert la première presse lithographique de la ville de Québec. Il s'en sert pour ses gravures ainsi que pour son portrait de 1841, d'après une des premières toiles de Théophile Hamel aujourd'hui disparue. En exergue, sous le cartouche des arlequins apparaissant avec le titre du périodique, figure cette maxime libertaire : « Je n'obéis ni ne commande à personne, je vais où je veux, je fais ce qui me plaît, je suis comme je peux et je meurs quand il le faut. »

Napoléon Aubin (1812-1890), Le Fantasque, Québec, 1er août 1837 à février 1849, 21 x 15 x 2,2 cm, Montréal, Bibliothèque nationale du Québec. Photo Robert Derome.

 

Le 11 janvier 1832 les citoyens de Québec offrent à John Neilson, éditeur de la Gazette de Québec, cette somptueuse coupe, fabriquée à Londres par Joseph Cradock.

« JOHN NEILSON. Ec.r M.P.P. Député deux fois auprès du PARLEMENT IMPÉRIAL pour Défendre les droits des CANADIENS. Ce léger tribut de reconnoissance est offert par ses CONCITOYENS en mémoire des SERVICES quil a rendus au PAYS et comme hommage à ses vertus CIVIQUES Québec, 1831. »

Les scènes représentées, au nombre desquelles figure la remise d'un document (détail), s'inspirent autant du contexte local que de l'antiquité gréco-romaine.

Joseph Cradock (Londres, Angleterre, actif dès 1806), Coupe offerte à John Neilson (1776-1848) le 11 janvier 1832, 1831, argent, 38,3 cm x 35,5 cm, Québec, Musée du Québec, 84.21. Photo Robert Derome.

Le Montreal Museum or Journal of Literature and Arts (1832-1834) est un périodique que dirige Mary Graddon Gosselin, première femme à éditer un journal en Amérique. Plusieurs femmes du Haut et du Bas-Canada produisent des textes à son instigation et deviennent des collaboratrices régulières. On voit ici le premier numéro de cette publication d'abord bilingue, puis uniquement anglophone, qui se destine à la promotion de la littérature canadienne. La gravure qui sert de frontispice est la première impression lithographique à Montréal. Son iconographie reprend le thème de l'allégorie des arts, protégés par un bouclier arrêtant des éclairs : la littérature ailée, avec une plume et un livre ouvert où s'inscrit le titre du périodique ; l'architecture, avec la colonne dont le chapiteau s'orne de feuilles d'acanthe ; la peinture, avec la palette du peintre et son bâton ; le dessin, avec le compas et la règle ; la musique, avec la lyre.

Robert Sproule et Adolphus Bourne, Allégorie des arts (littérature, architecture, peinture, dessin et musique), 1832, lithographie parue dans le Montreal Museum or Journal of Literature and Arts, Printed for the Proprietor by Ludger Duvernay, Montréal décembre 1832, vol. 1, n° 1 à février-mars 1834, mensuel, 22 cm, Montréal, Université McGill, département des Livres rares et des collections spéciales, Collection de Canadiana Lawrence Lande. Photo Robert Derome.