La représentation de la lecture

L'usage plus ou moins intensif d'un livre ou des livres, suggéré par un certain désordre de la bibliothèque, n'est pas encore la lecture. Le portrait avec livre représente divers moments privilégiés de la lecture. Le livre, déposé sur une table, peut être devant le personnage, qui en suggère de façon plus ou moins impérative la lecture (David-Augustin Hubert, de Heer, 1788). Le plus souvent, le portraituré tenant un livre à la main laisse croire qu'il a été interrompu dans sa lecture pour la pose ; il lui faut donc placer l'index à la page à laquelle il retournera. Le moment de lecture est encore plus prégnant lorsque le personnage représenté lève les yeux vers le peintre mais laisse son livre ouvert, retenant la page avec le pouce (Sarah Salomon, Dulongpré, 1818 ; Frances Moore Brooke, Read, vers 1771). Le sulpicien Roque est assis devant un livre ouvert, mais son regard en est détaché en faveur d'un moment de méditation. C'est aussi le cas de l'étudiant Cyprien Tanguay (Plamondon, 1832), appliqué à faire ses devoirs, différemment de son collègue de la Famille Woolsey (Berczy, 1809), qui lit dans le salon familial, un peu distrait par ses frères et soeur qui jouent de la flûte, au cerceau ou avec un chien.

La seule représentation de lecture réelle avant 1840 est celle de la jeune femme lisant au manoir de Chateauguay (The InteriorS, Ellice, 1838). Son regard est sur le livre et non en direction du peintre. Peut-être parce la peintre, Katherine Jane Ellice, qui y est chez elle, fut aussi cette jeune femme lisant, quelque temps auparavant. Lectrice pouvant se représenter parce que peintre, de surcroît. La lecture réelle paraît d'autant plus possible dans ce milieu où les signes du temps à soi et du loisir se multiplient : lecture, livre sur une table, boîte d'aquarelle, guitare ou violoncelle, homme au pianoforte dans la pièce voisine, le tout dans un espace éclairé et d'une agréable fraîcheur.

Cette gratuité et cette poétique de la lecture, manifestes chez Sarah Salomon et chez cette jeune femme lisant, renvoient certes au milieu bourgeois mais elles correspondent aussi au fait que les femmes, beaucoup plus que les hommes, sont alors les lectrices du roman, de la fiction et de la poésie.

Fin XVIIIe siècle.

Anonyme, Portes du retable qui mènent à la Sacristie, fin XVIIIe siècle, bois polychromé, Montréal, Église du Sault-au-Récollet.

Un prêtre lit un livre près de l'église dans un village.

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Glen-Groarke 1979.

1809

William Berczy (1744-1813), La famille Woolsey, 1809, huile sur toile, 59,9 x 86,5 cm, Musée des beaux-arts du Canada, 5875, Allodi 1991, p. 123, ill. coul. pl. XI, ill. p. 218, cat. 84.

William Darley Woolsey (1799-1825), jeune homme de 10 ans en habit de collégien, probablement d'une école irlandaise de Québec.

Trudel 1976, p. 10.

1808

William Berczy (1744-1813), Pierre-Amable De Bonne, 1808, huile sur toile, 81 x 65 cm, QMQ, Allodi 1991, ill. p. 212, cat. 79.

Adversaire honni du parti canadien, De Bonne se fait représenter de manière flatteuse avec le célèbre ouvrage de Charles de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu (1689-1755), L'esprit des lois, paru en 1748. Montesquieu s'y montre un libre penseur libéral dont les idées sur les libertés et leurs garanties constitutionnelles, notamment la séparation des pouvoirs, sont dictées par un profond respect de la personne humaine et le goût des réformes équitables. Il partage ce choix de lecture avec son adversaire politique Louis-Joseph Papineau.

1838

Katherine Jane Ellice (?-1864), The interior of the seigniory house at Beauharnois, Lower Canada, 1838, aquarelle, 6 1/2 x 8 3/4 pouces, Ottawa, Archives nationales du Canada, I-6

Bell 1973, ill. coul. p. 13.

Voir aussi le portrait miniature de Jane Ellice, 1841, aquarelle sur ivoire, 4,7 x 3,9 cm, Ottawa, Archives nationales du Canada, 1987-97-1 (Burant 1991, fig. 53).

1er janvier 1839

Painted by E. T. Parris, engraved by A Dick, printed by J. Neale, Her Majesty the Queen, January 1, 1839, gravure, papier monté sur tissu, image x cm,, feuille x cm, Montréal, Musée du Château Ramezay, dossier Reine Victoria.
Signature et inscription. b.g. « PAINTED BY E. T. PARRIS, ESQ., Historical Painter to Her Majesty Queen Adelaide », b.d. « ENGRAVED BY A. DICK / Printed by J. Neale », b.c. « HER MAJESTY THE QUEEN. / Engraved for the New-York Albion, January 1, 1839. ».
Conservation. Déchirures, h.g., h.d. et b.g.. Papier jauni et sec, brûlures et pertes b.d..
Numérisation. Robert Derome.