Marie Morin
(1649-1730), dans ses annales écrites en 1697, trace
un portrait joyeux de Paul Chomedey de Maisonneuve. Elle le
décrit comme un homme du monde « en
aparance, car il était vraiment religieux en
pieté, devotion ». Morin tire entre autres
ses informations des témoignages de Marguerite
Bourgoys qui arrive à Ville-Marie en 1653 en
compagnie de Paul Chomedey de Maisonneuve avec qui elle
partage le quotidien pendant cinq ans. « [...]
il n'avèt q'un seul serviteur dans sa maison pour
faire sa cuisine, qui estoit toujours bonne a son
goust [...] Son habit estoit comme ceux des
plus simples habitans, un capot de serge grisse a la mode du
peys. La sur Marguerite Bourgeoys l'a servy et
demeurèt dans sa maison les cinq premieres annee
qu'elle fut en Ville Marie, elle avoit soin de son linge et
de son mesnage de chambre et de tous ces interest. Luy n'an
avoit point du tout, ne ce souciant non plus d'argent que de
fumier, ce qui a paru a tout le monde bien
visiblement. [...] » « Il estoit
sans pareil en constance dans l'adversité. Ce qui
auroit atristé un autre ou mis en colere ne
fesèt que le faire rire et mieux divertir, trouvant
des advantages, a ce qu'il disèt, dans ces disgraces
qu'on ne savèt pas. Quand il avoit des sujets de
chagrin, il randèt visites a ma sur de Bresoles
ou a la sur Bourgeoys afin de rire a plaisir. Elles
riiès aussy avec luy et luy montrois grand joie de
ces peines, ce qu'il amoit beaucoup. Monsieur de Souart
[Gabriel Souart sulpicien (1611-1691),
médecin et maître d'école] estoit
aussy de ces amis dans ces occasions. Je les ay veu rire des
heures antieres pour samblables sujet, &c.
[...] Son confesseur luy dit
un jour de ce marié a cause de certeines peines
d'esprit qu'il soufrèt. Luy, bien en peine, ne
savèt commant s'y prandre, et y santant des
repugnances horible, un jour, il le dit a la sur
Bourgeoys qui luy conceilla au contrere de faire veu de
chasteté perpetuelle, ce qu'il fit apres avoir
esté consulter le Pere Jerosme Lalement, Jesuitte,
qui estoit a Kebec, qui fut du mesme advis, ce qui luy donna
la paix de l'ame, et de la en avand alla deux fois chaque
annee voir ce bon Pere et le consulter pour sa conduitte
spirituelle, qui passèt pour un directeur fort
eclairé. (Morin
1979,
p. 68-72). » Portrait de
Marguerite Bougeoys peint par Pierre LeBer le 12 janvier
1700, immédiatement après la mort de la
religieuse. Reconstitution des
vêtements des premiers montréalais par Francis
Back. « Coiffé d'un bonnet rouge, l'homme
à gauche porte un pourpoint et des hauts-de-chausses
de serge grise. Son compagnon est en vêtements
d'hiver : justaucorps et longue cape ou manteau
(Landry
1992,
p. 120-124). »