TEKAKWITHA.
Nouveaux regards sur ses portraits.
« Elle approche, elle meut quelque chose en avant. »

   

1975-2017 Gagnon : solide documentation sur Chauchetière
mais ambivalences sur le portrait à l'huile.

François-Marc Gagnon dans La conversion par l'image, un aspect de la mission des Jésuites auprès des Indiens du Canada au XVIIe siècle (Gagnon 1975), consacre le chapitre V, « La peinture et la mission iroquoise », à « l'oeuvre du père Claude Chauchetière ». On y trouve une très solide documentation historique fondée sur plusieurs transcriptions de documents d'archives. Il s'attarde particulièrement aux portraits de Tekakwitha dont les informations et interprétations sont largement utilisées et discutées sur ce site.

Gagnon est le premier à publier, dans Premiers peintres de la Nouvelle-France (Gagnon 1976, t. 1, p. 29-54), de petites reproductions de tous les dessins de Chauchetière qui, malheureusement, ne sont pas d'une grande qualité. Son analyse jette de solides bases de leur interprétation, s'appliquant principalement à identifier les sujets illustrés et les éléments ethnographiques représentés. On retrouve par la suite ces images dans plusieurs autres ouvrages, par exemple Le Grand Héritage (QMQ 1984c).

Quant à l'huile sur toile, le portrait de Tekakwitha à Kahnawake, Gagnon demeure ambivalent. Il propose de la dater vers 1845, en tant que copie anonyme, tout en laissant ouverte la possibilité qu'il puisse s'agir d'une oeuvre de Chauchetière ! Mais, sous sa reproduction en noir et blanc, il la donne « Anonyme [...] Ni signée, ni datée [Gagnon 1975, p. 96-97 et fig. 27]. » Il cultive cette ambiguïté jusque dans ses dernières publications.

Extraits concernant le portrait Tekakwitha (Gagnon 2017).

p. 11 — le père Claude Chauchetière (1645- 1709) utilisa son talent pour peindre le portait de Kateri Tekakwitha ou des représentations des peines de l’Enfer et autres sujets édifiants pour convertir les Iroquois de la mission Saint François-Xavier au Sault-Saint-Louis (Kahnawake, près de Montréal). Le Portrait de Tekakwitha – l’original étant attribué à Chauchetière tandis qu’une copie est conservée aujourd’hui dans l’église de Kahnawake – est plus tardif et d’un auteur demeuré anonyme.

p. 21 — Le seul autre portrait fait en Nouvelle-France d’un individu autochtone est celui de sainte Kateri Tekakwitha, peint en 1690 par le père Claude Chauchetière (1645-1709). Ce missionnaire jésuite, comme le père Jean Pierron (1631-1700), utilisait son talent artistique pour tenter de convertir les Autochtones de la mission Saint François-Xavier à Sault-Saint-Louis (Kahnawake, Québec). Renommée pour sa piété exceptionnelle, Kateri avait été victime de la petite vérole quand elle était enfant, ce qui lui avait défiguré le visage. Chauchetière écrit que lorsqu’elle mourut à l’âge de vingt-quatre ans, ses cicatrices disparurent miraculeusement et son visage retrouva sa beauté naturelle. On ne croit plus aujourd’hui que le portrait de Kateri qui est dans l’église de Kahnawake soit le tableau original de Chauchetière. Il est plus vraisemblable que ce soit une copie de date plus tardive. [Illustration] Anonyme, Portrait de Kateri Tekakwitha, s. d., huile sur toile, 91,4 x 76,2 cm, mission Saint-François-Xavier, Kahnawake, Territoire mohawk, Québec.

p. 50 — Les dix-neuf pages consacrées par Louis Nicolas dans le Codex canadensis à la représentation et à la description des peuples autochtones qu’il rencontra durant ses voyages missionnaires sont un précieux compte-rendu de la vie des premiers peuples à la fin du dix-septième siècle. Ces images se veulent moins des « portraits » au sens étroit du mot que la représentation de certains « types » d’Autochtones rencontrés par Nicolas, à l’exception de celui d’Iscouakité, représenté en page 14, le chef Outaouais borgne qui avait encouragé ses gens à la « prière ». Ce portrait est, avec celui de Kateri Tekakwitha, le seul portrait connu d’individu autochtone fait en Nouvelle- France.

p. 82 — [Illustration] Portrait de Kateri Tekakwitha, s. d., anonyme. Collection de la mission Saint-François-Xavier, Kahnawake, Territoire mohawk, Québec. Courtoisie de Wikicommons.

 

   

TEKAKWITHA.
Nouveaux regards sur ses portraits.
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