Jacques BOULERICE
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web Robert DEROME

 

Pieux programme de calendrier pour l'Avent de 2022.

 

AVERTISSEMENT

Ces textes ne sont pas dévotionnels !
L'humour et la parodie pourraient paraître offensant·te aux véritables dévots·tes.
Si c'est le cas, prière de vous abstenir.

 

 

Pieux programme pour décembre.

Trop de saints restent sur la touche et trop de saintes demeurent méconnues. Pensons à la sainte Frousse, au saint Plifié, à saint P’taume [ou saint P’tôme] et à la sainte Paix, pour ne citer que ces noms. Affirmons-le en canon avec La Palice : ce sont-là des lacunes qui manquent.

Afin de remplir les niches de ces vénérables oubliés et de combler du coup les adeptes de Facebook, une équipe d’hagiographes chevronnés a décidé de rendre justice aux auréoles tombées en disgrâce. Les fidèles qui fréquentent religieusement cette page y verront défiler du premier au vingt-quatre décembre un florilège de saintes et de saints dont les œuvres ne peuvent qu’élever la masse nonobstant sa lourdeur.

Parfois enrichi d’illustrations édifiantes, ce complément d’une légende dorée dépolie remplacera à titre gracieux un calendrier de l’avent tellement meilleur avant.

 

Mathias Lessard, Boîte en carton,
décorée de papier vert à motifs d'angelots répétés,
ouverte et vide sur une surface de bois,
éclairée d'une auréole branchée à une prise électrique
.

 

 

Saint Gapour (Premier décembre).

S’il est un saint difficile à situer pour le commun des mortels, c’est bien saint Gapour. Il est en effet de ces saintes et de ces saints dont la réputation a franchi les frontières sans que personne sache de quelles frontières il s’agit. Une lettre de saint Gapour aux Malais et aux Malaises fait le point sur la situation. Nous nous contenterons d’en rapporter ici un bref extrait.

Malais et Malaises passagers du grand voyage, Les impies à l’abri des impôts levés pour la gloire du Comptable céleste auront beau vous bouder et préférer la dent de Bouddha aux reliques des apôtres du paradis fiscal, ils n’échapperont pas à la puissance de vos offrandes propitiatoires. Je vous exhorte à ne pas perdre pied devant l’inflation galopante des brailleurs de fonds. Je vous prie de répondre œil de perdrix pour œil de bœuf et dent de sagesse pour dent de scie. Sus aux adorateurs du veau d’or, à genoux devant la herse des lampes votives allumées par des mains sacrilèges sans papiers ni Visa. Aux quatre bits coins de la cité où le riche à flux, rassemblez veaux pieux et vaches à lait en vous servant du foin enfoui dans le tronc des enclos paroissiaux. (…)

Ce bref extrait débouche sur une admonestation de saint Gapour, un sérieux avertissement aux Malaises dont les envies entachent l’appeau des catéchumènes soucieux d’appeler dans leur cœur les oiseaux du paradis. Nous ne pouvons cependant taire la propension de saint Gapour à reprocher aux buveuses et aux buveurs de cocktail (homonyme et apocryphe) une gourme qu’il aurait peut-être dû jeter lui-même dans sa jeunesse à rides. (C'est demain la fête de sainte Étizeure. À noter.)

 

 

Sainte Étizeure (2 décembre).

Bien avant d’accéder à la béatification et même avant d’être vénérable, Étizeure avait voix au chapitre dans les assemblées de sages. Prépubère précoce (phénoménale) et restée telle, Étizeure mua brutalement un matin de pop un peu tarte partagée avec son frère Octave qui n’en crut pas ses oreilles.

Les propos tenus au moment de la mue eurent pour effet de diminuer Octave qui s’est senti atteint jusque dans sa tessiture. Étizeure tenta en vain de mettre un bémol sur son désir de suivre les voies du Seigneur en prenant le voile. C’est la voix assourdie par la rage qu’Octave menaça sa sœur de l’enfermer à clé dans une chambre au sol en terre battue. Étouffé par la colère, il fut alors pris d’une quinte de toux qui le mena de vie à trépas dans un bref intervalle. La scène fut notée par les parents éplorés, aphones.

Sur cette portée, Étizeure se retira et devint novice dans un couvent où le chant grégorien la consola d’avoir pratiquement réduit son frère au silence. C’est dans ce contexte que des visions surnaturelles et des hallucinations auditives se manifestèrent. Chaque fois, Octave y apparaissait jouant d’un instrument de musique différent dont Étizeure pouvait imiter le son à perfection. À l’écoute de leur novice, les religieuses, en accord avec le canon, décidèrent de remplacer l’orgue essoufflé et dissonant de leur chapelle par le don de sainte Étizeure. Des bardes ont pris la mesure de cette geste et l’ont heureusement chantée afin qu’elle parvienne jusqu’à nos oreilles.

Mathias Lessard, Sainte Étizeure.

 

 

Saint Jerie (3 décembre).

Suiveur d'Abraham Teniers, Singes jouant aux cartes (détail), milieu XVIIe siècle, photo Wikipédia.

Jamais n’a-t-on lu dans les bulles papales quelque allusion que ce soit à la famille Jerie ni au saint de cette smala ? En tout respect pour la papauté, de tout temps (selon Paul), les Grands Bergers coiffés de la tiare ont guidé sous leur houlette un troupeau de moutons à travers des édits au ton austère. Ce trait éloigna naturellement les galéjades de saint Jerie, prénommé Berthold et familièrement appelé Ber comme son oncle du côté paternel, pasteur de brebis égarées. Cette exclusion à la limite de la disgrâce n’a rien pour surprendre quand on connait l’ostracisme que subit le saint dans sa prime jeunesse. Ses mimiques et sa propension à grimacer devant l’abêtissement généralisé de son époque contribuèrent à en faire le rejet des écoles de petits drôles aux sacres faciles. Bien malgré lui, la mode fit de saint Jerie un standup avant la lettre dont les cris stridents et les simagrées annoncèrent de loin le succès des comiques adulés qui l’ont pris comme guide et modèle. Tout le monde en parle le dimanche.

 

 

Saint Patick (4 décembre).

Cyril Maitre, Neurosciences en dessins, Système nerveux sympathique et parasympathique, YouTube, 20 décembre 2017.

S’il est un saint que les hagiographes ne se lassent pas de couvrir de louanges*, c’est bien saint Patick qui exigeait qu’on l’appelât familièrement Pat, lui qui saluait les gens en présent ciel. Aujourd’hui, nous devons cependant à la vérité de rappeler que saint Patick n’accomplit pas de grandes choses dans sa vie. Ni d’ailleurs après sa canonisation, exceptionnellement accordée sans qu’on lui reconnaisse un seul miracle. À ce jour, le cas reste unique. Choqués par cette anomalie, des pointilleux de l’auréole songent à poser une hypothèse qui, si elle s’avérait, déboulonnerait le statut de ce saint sans faits d’armes. En regard des icônes représentant le saint arborant un sourire béat, les diffamateurs de saint Patick allèguent que c’est uniquement ce sourire qui constitua la porte d’entrée du saint vers la béatitude. Auquel cas, selon ceux-là, ce Pat par trop d’adon devrait trouver un avocat du diable sur son chemin afin d’ouvrir un nouveau procès sur sa sanctification. Cet avocat à la peau épaisse tirera à boulets rouges sur Patick en regard du droit canon. Mais avant qu’au jugement dernier le grand manitou de la parousie ne vienne juger les Huns et les autres, nous clamons haut et fort que les détracteurs de saint Patick ont tout faux dans leur supposition. La vérité à son sujet est démodée au point qu’elle passe inaperçue : cet heureux homme était si discret que son nom apparaît rarement sur les réseaux sociaux. Malgré les efforts de notre équipe d’hagiographes pour lui offrir une certaine vitrine, il risque de se retrouver bientôt dans les limbes. *Prières de ne pas confondre avec l’artiste musical. P.-S. Nous célébrerons demain la fête de saint Ternette, particulièrement vénéré par la gent trotte-menu. Souriez souris !

 

 

Saint Ernette (5 décembre).

Même les plus érudits parmi les collègues hagiographes ignorent pourquoi on invoque aujourd’hui ce saint de façon obsessionnelle, en espérant chaque fois éradiquer la teigne la plus tenace : la teigne des écrans. Vulgatement parlant, nous pouvons dire qu’il y a là un os sur lequel les plus affamés de vérité se sont cassé l’Adam.

Quoi qu’il en soit, l’invocation acharnée de saint Ernette semble produire une action salutaire dans l’éradication du parasite logé aux phalanges des enfants envoûtés, en proie aux TOCS et sous l’emprise du malin TIK TOK.

Le fait que saint Ernette n’ait trouvé que tout récemment sa place dans la liste des vénérables ouvre une fenêtre sur les nombreuses informations qui circulent parmi ses chantres. Pressés de rendre un culte à leur maître, plusieurs passent des heures à faire leur beurre de ses gageures dont plusieurs sont des leurres. Dans ce contexte, il est difficile de distinguer les défis relevés par le saint des bobards partagés sur l’autoroute de la Bonne Nouvelle où tout n’est pas parole d’évangile.

Afin d’en savoir plus sur les réseaux qui le glorifient ou le vilipendent, nous consacrons plus que jamais nos efforts à identifier les gazouillis des oisillons de malheur. Une fois l’anathème jeté sur les faux prophètes, il ne restera que le chant des anges et l’huile à oindre le front des enfants atteints. Il s’agit ni plus ni moins que de faire une mise à jour de saint Ernette.

Mathias Lessard, Saint Ernette.

 

 

Saint Gleton (6 décembre).

C’est vraiment la saint Nicolas. J’y reviens après le sourire du jour.

D’entrée de jeu, notre équipe d’hagiographes déplore en chœur la tendance actuelle à prononcer à l’anglaise le nom de saint Gleton. On entend alors Singueul Tonne ou Sans Gueule Tône. Cette déformation change évidemment la donne lorsqu’on veut présenter la singulière couleur et la carte maîtresse du saint sans la ternir. Avec pareille licence, comment se servir de la mystérieuse musique de son patronyme invoqué à haute voix comme atout pour recruter des contributeurs à l’œuvre pie de saint Gleton ? Ce dernier n’est pas devenu le patron des croupiers par hasard. Toute sa vie publique fut consacrée à dérouler le tapis vert devant le pas ou le trépas des lessivés à leur sortie du tripot de la mauvaise Fortune. Mal ou bien nés, les infortunés toujours trouvèrent ce troubadour du bon jeton au bout de son râteau avec des numéros perdants et des deux de piques. Les parias des pernicieux paris qui ont misé avec succès sur sa liste noire pour s’affranchir de la roulette du grand Tentateur lui doivent un fier lampion. Si notre saint du jour opérait à la carte, tous les témoins de ses interventions lui ont accordé le crédit qui lui revient : saint Gleton était tout un as. P.-S. Une définition en prime ce matin. SINGLETON : carte d’une couleur différente des autres dans la main d’une joueuse ou d’un joueur après la donne. Une réflexion crève-cœur en ce matin de la Saint-Nicolas, pour de vrai. Il y a 33 ans, le 6 décembre 1989, quatorze jeunes femmes avaient en main toutes les cartes d’un bel avenir. Un dérangé les a tuées dans une salle de cours de l’École polytechnique parce qu’elles étaient des femmes. Certains jours, on trouve difficilement le côté ensoleillé de la rue, « la faille par où entre la lumière » dont parlait Léonard Cohen. On voudrait qu’un saint Nicolas ait redonné la vie à ces victimes comme la légende prétend qu’il l’a fait pour trois enfants. Je pense à ces quatorze femmes et même si je ne sais plus trop bien prier, je prie ce matin pour qu’elles restent dans nos mémoires et qu’elles y survivent.

 

 

Saint Gulier·e (7 décembre).

Andrea Bensaid, « L'écriture inclusive, c'est quoi et comment s'en servir sur le web ? », Eskimoz Studio, 23 juin 2021.

Katja Baud-Lavigne, « Écriture inclusive : panique chez les puristes », 360, 4 mai 2021.

Les saintes, les saints et tous les béatifié·es en attente de l’auréole ont inévitablement parcouru un chemin à part, loin des sentiers battus par le commun des mortels. Saint Gulier·e demeure l’exemple type de ces parcours accidentés qui demandent du courage. Peut-être saint Gulier·e est-iel le prototype de ces modèles ?

Le fait est que la personnalité sans pareille de Gulier·e est apparue dès sa naissance. Vieilles expérimentées des parturientes et sages femmes à l’accueil affirmèrent d’une même voix que ce premier bébé sorti du ventre de sa mère, est apparu avec l’index de la main droite bien dressé vers le ciel. Il appert aussi que le père eut la surprise de sa vie en constatant que ce fils, sur sa foi, visiblement était aussi cette fille.

À ce stade, le feu clignotant à droite de quelques censeurs nous recommande la plus grande prudence dans le traitement du sujet. Si nous rapportons la particule et la particularité du genre, c’est à dessein et en tout respect : le premier mot que l’enfant articula fut le mot CIEL qu’il prononça en escamotant la sifflante.

La voie était d’ores et déjà toute tracée pour l’avenir de saint Gulier·e qui gravit le mont-de-piété dès l’âge d’oraison. La suite de sa vie faite de salutaires transformations en tout genre ne s’explique pas autrement que par les saines opérations de son esprit ceint d’un bandeau dont la combinaison des signes LGBTQ++ -- resta impénétrable pour ses contemporaines et ses contemporains.

Heureusement comprise et mieux reçue de nos jours, sa devise AUTRES MŒURS, AUTRES CODES, traduit l’évolution des morses et autres balourds de l’inquisition.

Lionel Meney, « Une critique de la "rédaction épicène" et de l’"écriture inclusive" [de Guy Laflèche] », Carnet d'un linguiste, 30 août 2020.

 

 

Saint Serre (8 décembre).

Serre vécut à une époque de grandes perturbations sociales. Toutes les couches de la société étaient atteintes d’une maladie sournoise : la crisie. Dans sa période d’incubation, le virus était difficilement détectable, mais une fois repéré, il était trop tard pour intervenir. Le principal symptôme de la crisie devenait alors gênant : les malades se fabriquaient des masques, répliques fidèles de leur visage, qu’ils portaient derrière la tête.

Sans antidote connu, les visages à deux faces se multiplièrent tant et si bien que la population finit par s’en accommoder. Tous, sauf Serre. Sous des traits ingrats, Serre se retirait régulièrement dans un monaustère où il méditait sur sa devise : veritas dicere pompitibus versare. Ce qui signifie littéralement : conte ça aux pompiers, ils vont t’arroser.

Dévoués à la vérité, ses sermons devinrent à ce point brûlants que des contemporains en sueurs s’acharnèrent à décrire le saint en traits peu flatteurs dans les marges de leurs crédits. A contrario, des cantilènes présentent ces moqueurs comme des tartufes qui grossissaient la meute atteinte de la maladie sous sa forme extrême : l’hypo crisie.

Serre accéda à la sainteté après qu’il eut opéré un miracle auprès d’un grand malade qui, une fois guéri, prit l’habitude de vider à tout moment un sac dont le contenu embarrassait ses pairs.

Quelques observateurs et plusieurs chroniqueuses des temps présents affirment que le virus de l’affection détient plus d’actifs que jamais. Certains parmi les plus atteints auraient choisi de se soustraire aux regards dans des limousines aux vitres teintées de mauvaise foi. Ils auraient troqué leur ange gardien pour des gardes du corps et les sanctuaires de leur enfance pour des temples de la finance. Imploré en vue de leur guérison, saint Serre apparaît toujours un peu défait ici et las.

Mathias Lessard, Saint Serre.

 

 

Saint Quantaine (9 décembre).

Notre équipe d’hagiographes s’est longuement penchée (on parle ici de décennies plus que de lustres) sur le cas de saint Quantaine afin de trouver les termes qui caractérisent le mieux ce saint à la fois étrange et familier. Tout prévisible qu’il soit, saint Quantaine crée pourtant la surprise à chacune de ses apparitions. La difficulté de le retenir au passage tient au fait de sa volatilité, si tant est que ce qualificatif puisse s’appliquer à ce qui creuse la glabelle entre deux soucis et durcit les durillons avant la pousse des oignons. Quoi qu’il en soit, prévisible et fugace, attendu et intrus, saint Quantaine fut de tout temps vénéré pour avoir affronté le démon du midi. Célébrant ses victoires, les plus récentes versions des récits relatant ses combats le présentent avec vingt cœurs en émoticônes. Lorsque, à l’occasion de défaites essuyées à son corps défendant, les épopées le présentent en vaincu, une saine réserve doit faire fi des émoticônes que certains mécréants mal embouchés seraient tentés de lui coller. Les biographes les plus expérimentés peuvent affirmer sans hésiter que quiconque n’a pas encore vu saint Quantaine apparaître dans son miroir ne doit pas s’inquiéter : ce n’est qu’une question de temps. Si sa bouille ravinée peut surprendre et même effrayer, rien ne sert de s’alarmer : il ne fait que passer.

 

 

Sainte Frousse (10 décembre).

Catherine Daloze, « Les vertus de la frousse », En marche, 17 avril 2014.

Stivo, Frousse, 10 décembre 2020.

Sainte Frousse n’est pas devenue sans raison la patronne des monstres menacés, tremblants et tapis sous le lit des enfants endormis. Aussitôt qu’elle fut capable de descendre de son moïse, la petite Frousse chercha à se glisser sous son berceau. Ce penchant lui permit de fréquenter les bêtes imaginaires et d’en apprendre sur leur vie d’enfer.

Au lendemain de la retraite de Frousse qui choisit la vie recluse, la supérieure du couvent, qui ne bâillait pas aux cornettes, découvrit dans la malle de la jeune moniale des cahiers remplis de notes explicites et de dessins attendrissants. L’histoire naturelle des monstres, griffons horribles et gorgones « vite de ouine » relatée dans ces cahiers en dit long sur la compassion dont sainte Frousse a fait preuve à leur égard.

Grâce à son témoignage, nous connaissons aujourd’hui l’origine de la peur qui finit par glacer d’effroi les dragons cachés sous le lit des angelots nourris de jeux de guerre. Au temps des contes merveilleux, le preux chevalier encouragé par la Pythie venue en mangeant s’occupait d’occire les serpents à sept têtes qui retardaient naturellement l’endormissement des marmots et des marmottes.

Or, sous l’influence des trumpettes de l’apocalypse, les tout petits se sont vu accorder dès leur sortie de la pouponnière un équipement de combats virtuels avec vidéos d’entrainement. Dès lors, ils n’eurent rien de plus pressant que de faire eux-mêmes la chasse aux monstres en vue de les éliminer sans ménagement ni aucune considération pour services rendus dans le passé.

Depuis ce temps, les bêtes imaginaires en hobbits de camouflage, dissimulés tant bien que mal sous les meubles, n’ont qu’une seule crainte : que les enfants se réveillent et les débusquent. Les rares créatures imaginaires qui ont échappé à la vindicte des petits ont raconté à sainte Frousse des histoires à faire dresser les cheveux sur la tête.

Plusieurs psychanalystes expliquent ainsi la permutation des rôles traditionnellement endossés par les monstres et les bouts de chou. Quant à la disparition de sainte Frousse dans la vie des matamores de maternelle, la croyance populaire veut que son empathie pour les chimères ait fini par l’emporter au paradis.

 

 

Sainte Office (11 décembre).

Sainte Office enquêta toute sa vie sur les cas de possession de la vérité ouvrant pour chaque ensorcellement des dossiers contencieux sur papier bible, les classant par ordre d’apparitions. Il n’est pas exagéré de dire qu’elle fut toute sa vie fonctionnaire impeccable avant même que cette fonction existe. Ce fait d’âme impose le respect.

En bonne partie consacrée à l’écriture non genrée à l’époque du pape Hiruss, elle veilla scrupuleusement à ce que le Saint-Siège fasse preuve d’ouverture et cesse de se réfugier dans sa bulle.

Ce n’est pas le moindre succès de l’élue vieillissante que d’avoir fait éclater au grand jour les cas d’hérésie qui se cachaient sous le cachet des étalons de l’incurie romaine.

Sans aller jusqu’à vouer aux gémonies les apostats du non binaire, imbus de leurs droits acquis, notre canonisée leur indiqua d’un index admoniteur le chemin vers des ateliers de rééducation.

Après des années déplumées, les brigades de la vertu cardinale que sainte Office a formées veillent plus que jamais au grain. La vie est bien faite. Le vit beaucoup moins.

Il reste aux fidèles de la glorieuse un projet de chant choral : composer en son honneur une fervente oraison jaculatoire tout en épicènes.

Mathias Lessard, Sainte Office.

 

 

Saint Tom (12 décembre).

Le Caravage, L'Incrédulité de Saint Thomas (détail), 1603, Galerie de l'Image, Potsdam, Allemagne, photo Wikipédia.

Moins connu sous son patronyme complet de Thomas De Foy-Du Doutt, saint Tom était né Du Doutt, côté paternel et de la digne famille De Foy, du côté de la mère. Très tôt, Tom dut composer avec des parents qui tiraient à hue et à dia. À hue dans la Gazette des vedettes publiée par les Du Doutt, bricoleurs d’idoles, et à dia par les De Foy, importateurs de scapulaires fabriqués en Chine.

À la longue, les campagnes de salissage menées par les Du Doutt au sujet de l’authenticité des scapulaires finirent par plonger les De Foy dans la dèche. La chose était prévisible, le diable ne tarda pas à se présenter devant Thomas pour que ce dernier lui tire la queue selon la coutume dans pareilles circonstances.

Or, Thomas fit preuve d’un sang-froid peu ordinaire devant Lucifer frais sorti de l’enfer.

« As-tu ton passeport vaccinal, Satan de mes deux, lança Thomas ? Le permis de mal te conduire ? Une carte d’identité avec photo récente ? »

Devant le silence embarrassé d’un Belzébuth baba et la face comme une forsure, les observateurs de la scène comprirent que Thomas venait de mettre en boîte le malin.

Les bras m’en tombent, dit un témoin qui se retrouva aussitôt amputé d’une partie de ses membres.

Témoignons ! Témoignons ! Entonnèrent les autres :

« À n’en pas douter, ce Tom est un saint homme ».

L’ambiguïté ainsi créée fit déraper bon nombre de croyants jusque dans le champ sémantique.

Depuis lors, le profane ayant envahi le sacré, on sert ce saint à toutes les sauces.

 

 

Saint Plaie (13 décembre).

Loin d’être unique, le cas de saint Plaie reste toutefois remarquable parmi les innocents qui ont accédé à la sainteté. Disons-le crûment : avant la reconnaissance solennelle des pontifes, la famille du saint le considérait simplement comme la manifestation concrète de leur patronyme : une plaie.

Dernier-né négligé d’une fratrie plutôt froide, l’ultime rejeton s’est réfugié dans la lecture des Écritures en jetant son dévolu sur Matthieu et plus précisément sur le verset 3 du chapitre 5 de son évangile. En réalité, il avouera sur sa paillasse de mort (en feuilles de maïs) n’avoir rien lu d’autre que ce passage trouvé par hasard dans un almanach fait main par un aïeul relieur.

Entre les prévisions météo pour la saison, un portrait de Louise cafardeuse avant de prendre ses comprimés Midol, une réclame de Painkiller, la photo de JG Templeton apothicaire inventeur des TRC du même nom et un rappel pour faire les semis à la fête de Saint-Joseph, un extrait des Béatitudes sauta aux yeux de Plaie et transfigura sa figure en un perpétuel sourire béat : « Heureux les simples d’esprit, car le royaume des Cieux est à eux. »

Les siens eurent beau l’exhorter à changer d’air, saint Plaie se raidit et refusa de couper la poire en deux. Son obstination entraîna la culture de ce fruit connu depuis sous le nom de bon-chrétien. De nos jours encore, les bons-chrétiens peuvent servir de base à la production d’un alcool en esprit. La foi opère parfois ce genre de retour à l’essence.

Fernandel, Simplet, film et chanson.

 

 

Saint Galette (14 décembre).

La Saint-Galette, rappelons-le, se célèbre plus spécifiquement dans les hôpitaux, les boutiques d’apothicaires et autres établissements destinés aux prompts rétablissements.

Résumons en quelques lignes le parcours du jeune Hans Galette, fils d’Urs et d’Ursula Galette, née Sarrasin. Originaire de Saint-Gall, du canton du même nom, Hans vécut toute sa vie en haute Suisse. D’un père allemand et d’une mère elle-même, le petit Hans se retrouva très tôt sur les tréteaux des mystères joués sur le parvis de l’église où son père était suisse.

Urs se sentait terriblement à l’aise dans le rôle de garde suisse. Terriblement. Un jour de grande première, après avoir vérifié deux fois plutôt qu’une les vertus du vin de messe, Urs manœuvra fâcheusement sa hallebarde. Cela s’entend : le tranchant de l’arme faucha Hans assez pour que sang saigne.

Les mères d’enfant unique qui lisent ces lignes comprendront l’empressement et le cri d’Ursula effrayée, alarmée, en larmes à la vue de la scène. Elle accourut au secours d’Hans en arrachant un pan de sa robe de mousseline pour épancher la chair de sa chair. Le pansement improvisé remit Hans si prestement sur pied que la foule crut au miracle qui se jouait devant leurs yeux. La stupéfiante cicatrisation de la plaie tenait-elle à la nature vierge de Hans ou à celle du tissu appliqué sur la blessure ? Dès ce jour, les prescriptions de saint Galette en compresses de mousseline opérèrent des guérisons avérées.

Mathias Lessard, Saint Galette.

 

 

Saint Glant (15 décembre).

L’amoureuse de l’hagiographe signataire a émis récemment l’hypothèse que son conjoint serait possédé du démon.
À défaut d’exorcisme devenu trop cher pour le budget familial, elle allume force lampions sur large herse pour que le malin sorte du corps ensorcelé.
(Photo Jacques Boulerice.)

Hormis leur auréole et les miracles homologués qui en font des êtres à part, les saintes et les saints présentent de petits défauts et quelques travers comme tout un chacun. Certains affichent même, à l’occasion qui fait le lardon, un mauvais caractère affirmé. Ce fut le cas de saint Glant. En effet, ce dernier n’hésitait pas à houspiller vertement, et en termes crus du cru, les indécents et les indécentes de son entourage. Une curiosité lui colle encore aux reliques : il en avait contre les tenues négligées de ceux et celles qui n’attachaient pas leurs sandales assez serrées. Pour une raison restée obscure, saint Glant ne supportait pas le bruit du cuir des lanières claquant aux talons. Il est possible qu’un saint québécois, adepte des bingos s’en soit inspiré. Mais nous dérapons ici honteusement sur une huile locale dont la famille était si pauvre qu’elle faisait son beurre de missel. Ne cassons pas plus de sucre sur le dos des gens bons. Confessons-le : aucun biographe, aussi consciencieux soit-il, n’est à l’abri d’un faux pas. Quoi qu’il en soit, bien avant sa canonisation, l’humble frère-portier, né Bessette, sermonnait sans ménagement les créatures qui frappaient à son huis en tenue qu’il jugeait obscène. La prude mère d’un de nos hagiographes en a fait les frais et malgré sa considération pour le frère scrupuleux, elle a longtemps eu ce reliquat sur le cœur. Que cet aparté regrettable ne nous éloigne cependant pas de saint Glant, toujours capable d’une intervention acerbe dans le genre : « Malheur à tous et à toutes par qui la sandale arrive ! »

 

 

Saint Bioz (16 décembre).

Marc-André SELOSSE et Jacques JOYARD, « Symbiose et parasitisme », Encyclopédie de l'environnement, 11-02-2022.

Nous n’apprendrons rien aux membres de l’Église militante en rappelant que saint Bioz est le patron des couples fusionnels. Nos hagiographes ayant un souper des fêtes à préparer, la rubrique du jour se contente de rappeler que saint Bioz avait la peau du corps couvert de cœurs piqués, gravés en chair au nom de sa bien-aimée Éva Sandhir. L’amour immuable de son âme sœur repose sur une devise qui a toujours cours : « Je suis tout tatoué ».

 

 

Saint P’tôme (17 décembre).

Les apparitions de saint P’tôme furent si souvent auscultées que plusieurs clercs se rendirent malades à les colliger.

Aujourd’hui, les spécialistes les mieux formés à diagnostiquer les commotions causées par le saint trouvent sur lui plus d’informations dans des codex que dans la Légende dorée. Cette anomalie tient au fait que sa naissance appliqua un baume sur la plaie vive de vieux parents qui se croyaient stériles. Les langes du poupon se posaient comme une pommade sur les relents de leur souffrance.

Cependant, les signes avant-coureurs d’une vertu morbide apparurent à fleur de peau dès la prime enfance de P’tôme, prénommé Petit du nom de son parrain. Tôt atteint de la teigne et envahi par la gale, Petit ne se grattait jamais, se contentant de grimacer en plissant des zygomatiques.

Sa mère aimante, Emma, l’aima au point de n’y voir que du feu. Son père Esculape fut le premier à soumettre le cas de Petit P’tôme aux docteurs de l’Église. Pendant qu’iceux se penchaient sur son dossier, P’tôme opérait à travers champs et plain-chant, cueillant l’asclépiade et les plantes médicinales dont il concoctait des potions destinées aux plus malades que lui.

Jamais il ne songea à soulager d’abord ses démangeaisons, bien que ses lésions furent légion. À peine sorti d’une adolescence scrofuleuse, il fonda la congrégation des Frères apothicaires dont la devise Famelicus précor est répandue aujourd’hui sous la bannière Famélique prie.

Mathias Lessard, Saint P'Tôme.

 

 

Saint Taxe (18 décembre).

« Syntaxe beurk ou syntaxe chouette ? », L'ortho en (plus) Claire, 16 octobre 2020.

« La Fédération canadienne des contribuables dénonce la taxe kilométrique », La Relève, 2 novembre 2022.

Saint Taxe était analphabète. Néanmoins, son verbe puissant en imposait à l’entourage, particulièrement à ceux et celles qui payaient un large tribut pour boire ses paroles. Travaillant à son compte autant qu’au profit du tronc des abbayes où il se recueillait, saint Taxe a su conjuguer toute sa vie avec les deux démons qui le tiraillèrent sans répit : l’appât du gain et le dénuement.

L’ABC de la pauvreté passait selon lui par le refus du moindre gramme de grammaire. Il se réclamait de Socrate et du Christ qui refusèrent de laisser derrière eux tout écrit. Exception faite pour le Nazaréen qui traça quelques mots dans le sable devant la femme adultère. Les exégètes n’ont cessé de poser depuis toutes sortes d’hypothèses sur ses mots que le vent et le temps ont effacés.*

* Les lectrices et les lecteurs charitables peuvent soumettre ici des hypothèses à ce sujet. Nos hagiographes les passeront au crible de l’espérance.

Pour revenir à nos moutons, les règles qui dictaient la conduite ambivalente de saint Taxe tenaient en deux phrases : Da taxi quod est Taxis et Dura lex sed lex. La première ouvrait ses sermons et la seconde en posait le point final. Notons que chacune révèle l’ambiguïté qui tourmenta le saint. Donnez à Taxe ce qui revient à Taxe affirmait-il d’entrée de jeu pour justifier ses tarifs élevés de prêcheur sur gage. La loi est dure, mais c’est comme ça illustre d’autre part la proposition principale d’une personnalité trempée au feu de la première vertu théologale.

 

 

Saint Plifié (19 décembre).

Pendant qu’il poursuit sa quête, observons ici un malheureux biographe à la recherche d’un saint ou d’une sainte dont on a perdu la trace ou dont la flamme vacille. Au bout du rouleau, il est réduit à faire la manche en le tenant d’une main tremblante. Devant lui, une élue refuse de contribuer à la dime du dimanche et serre ses fleurs sur son cœur plutôt que d’en envoyer à l’hagiographe à la gêne.

Saint Plifié aurait pu combler les attentes de notre quêteux, mais la niche de ce saint disert est déserte depuis belle burette. Aucune chapelle à son nom. Pas d’autel ni même de reposoir à sa mémoire. Rien ne reste des rubriques écrites à son sujet. Saint Plifié s’est volatilisé dans les limbes des vertus alitées.

Déconcerté, notre chercheur visiblement sonné est pourtant digne d’un don. Ouvert à toute proposition, il consentirait à se rabattre sur une bienheureuse piteuse ou un bienheureux Pie II. Troublé au point de déparler, le pauvre homme répète qu’il ne saint plus à quel sait se vouer.

Jacques Boulerice quêtant.

 

 

Saint Trey (20 décembre).

On a souvent reproché à saint Trey ses goûts vestimentaires.

À une époque où tous et toutes portaient amples drapés et faux pli sur plis flottants, saint Trey se promenait en justaucorps exhortant la foule à en découdre avec les robes et les toges griffées.

Il faut dire que dans sa prime jeunesse l’enfant avait servi de modèle à une mère couturière qui en pinçait pour les vêtements ajustés.

Pendant que le père H.Tray brûlait de petites combines, l’épouse, telle une fée au métier, faisait de son fils un patron étriqué à défaut de serrer cilice à sa taille.

Au bout de quelques années passées à s’ajuster, saint Trey tissa des liens solides avec des marchands de bonne étoffe, tant et si bien qu’il finit par imposer à tout son équipage le port de la bure en laine brute.

On lui attribue à bon droit la fondation de la congrégation Burengro.

Mathias Lessard, Saint Trey.

 

 

Saint Doux (21 décembre).

Nous devons à la vérité de rappeler que les vieux de saint Doux étaient devenus des huiles de la finance en graissant la patte de tout un chacun. À l’adolescence, leur fils unique aussi entier qu’intègre, les cuisina jusqu’à la panne et leur fit lâcher le morceau. Redonnant le pain quotidien aux pauvres qu’ils avaient affamés, les parents Doux se firent des amis croute que croute. Ils ouvrirent une petite pâtisserie et se réalisèrent dans la pâte brisée dont ils firent leur beurre. La légende veut qu’ils aient inventé le chapelet à 9 grains. À la suite de ces merveilles, la renommée de saint Doux crût jusqu’à ce qu’il devienne le patron des pâtissiers. S’il pâtit aujourd’hui de la mauvaise réputation des grâces saturées, il n’en est pas cuit pour autant et n’est pas prêt de passer à la casserole. Ses disciples connaissent toutes sortes de recettes pour le faire lever. Les plus ferventes et les plus chauds le décrivent avant tout comme une bonne pâte d’homme.

 

 

Sainte Paix (22 décembre).

Souvent recherchée, rarement trouvée, maintes fois appelée, parfois accueuillie puis repoussée, implorée, trafiquée, ramenée et malmenée : telle est la destinée de cette sainte qui n’aura fait que de brèves apparitions depuis les balbutiements de la martyrologie, cette branche de l’histoire aujourd’hui associée à tort aux irritants des corvées domestiques.

Sainte Paix l’a eue autrement plus difficile. Née dans une famille dysfonctionnelle d’un père suisse fabricant d’arbalètes et d’une mère pomicultrice, la jeune Alézan Paix mit du temps à se tailler une place dans la maisonnée. Sa sœur Foumoilla et son frère Calumède ont pratiqué dès l’enfance des jeux qui auraient dû alerter des géniteurs trop souvent à couteaux tirés pour être attentifs à leur progéniture. Ce n’est qu’au jour funeste où la flèche de Calumède rata la pomme déposée sur la tête de sa sœur puinée que les parents remarquèrent le rôle et l’importance de celle qui allait devenir la sainte Paix.

Si la prise de conscience est arrivée un peu tard pour Foumoilla, il n’en demeure pas moins que la sainte put jouir pendant quelque temps d’une certaine accalmie. Trop peu de temps, hélas ! En effet, sitôt Foumoilla dans le caveau, Calumède réclama la part d’héritage de sa sœur pour ainsi dire restée sur le carreau. La chicane échauffa les esprits de plus belle.

L’abbé Sebille appelé en renfort ne fit qu’amplifier le conflit. La pomme tombée de la tête de Foumoilla fut à juste titre désignée comme pomme de discorde. Depuis ce jour, la pomme de discorde est cultivée par ceux qui tirent profit des pépins et qui font leur jus de leur toxicité. Leurs diableries font toujours fuir la sainte Paix.

Mathias Lessard, Sainte Paix.

« Calumède Paix » !?

Louis Nicolas, Calumet de paix, fin XVIIe siècle, dessin, détail de la planche
« Capitaine de La Nation des Illinois, Il est armé de sa pipe, et de son dard »,
Codex Canadiensis, p5, f9, photo Wikipédia.

 

 

ABsainte (23 décembre).

De l’avis unanime des consulteurs du Saint-Office, la vie de cette sainte affligée de la goutte n’en finit pas d’enivrer par son aura énigmatique.

Décriée par les uns comme vertement toxique, élevée par d’autres sur l’autel des voyageurs, le vertige que sa dévotion procure rend ses détracteurs amers de jalousie.

En vue de la liquider du calendrier, ces derniers engagèrent même un avocat du diable qui, sous prétexte de vider la question, a épongé jusqu’à la dernière goutte leur réserve de vin de messe.

Les adeptes qui invoquent régulièrement l’ABsainte affirment haut et fort sur un mode lyrique à la limite des convulsions qu’elle leur livre un éblouissement en transparence ouvert sur le beau de l’air.

Certains, au bar des larmes, recommandent aux gentils qui voudraient se convertir d’y aller par petites doses.

Mathias Lessard, ABsainte.

 

 

Sainte Nuit (24 décembre).

Au chapitre des petits miracles, c’est sans contredit sainte Nuit qui détient la palme. Bien qu’elle perde du galon au fil des ans, elle n’en demeure pas moins volontaire pour nous réconforter à chaque solstice d’hiver. Vos hagiographes veulent croire de tout cœur qu’elle répand ses bienfaits sur tout un chacun et particulièrement sur les enfants, le soir du 24 décembre.

C’est sainte Nuit qui fredonne une comptine avec la maman qui berce son bébé.

C’est elle qui fait défiler les photos numérisées du nourrisson dont la grand-mère s’applique à mémoriser le prénom.

C’est elle qui fournit les moutons paresseux aux enfants trop excités pour dormir.

C’est elle qui carde, file et tricote l’air entre les fibres de la laine pour garder au chaud les petites mains.

C’est elle qui console les laissés pour compte dans les cours d’école.

C’est elle qui remplace l’étoile des bergers par les cellulaires allumés sur des radeaux bondés d’enfants à la recherche d’un endroit où crécher à l’abri.

C’est elle qui allume les lampes votives dans les églises, les lampions dont la flamme vacille devant une crèche où l’espoir respire malgré tout.

Cette sainte Nuit chante l’amour et la compassion d’une si petite voix que seule la neige parle plus bas.

P.-S. Fin du calendrier de l’avent 2022 en hagiographies bidon pour se bidonner un peu. Merci d’en avoir tourné les pages avec nous (Jacques B pour les textes et Mathias L pour les illustrations). Que ces saintes et ces saints vous gardent de bonne humeur. Passez un Noël tout simple avec des pelures de clémentines dans le sapin et un chat à vos pieds.

Photo Jacques Boulerice.

 

 

Nativité (Adoration des bergers).

Par Robert Derome.

Anonyme, Nativité, Adoration des bergers (détail), Archives des jésuites du Canada, photo Répertoire du patrimoine culturel du Québec.

Noël - Christmas - Weihnachten - Navidad - Natale - Jul

Musiques de Noël hors des sentiers battus : Moyen-Âge, Renaissance et Baroque. Quelques grands succès Américains. Plusieurs autres traditions internationales. Un peu de folklore, jazz et orgues. Nombreux inédits méconnus de la Bibliothèque nationale de France. Quelques oeuvres raffinées des XIXe et XXe siècles.

 

 

Saint Têt (l'après AVENT).

Par Robert Derome, palimpseste inspiré de l'ordo de Jacques Boulerice :-).

Fidèle disciple de saint Jerie, saint Têt Nguyên Dán se morfondait à savoir si, à Saint-Gapour, on ne pourrait pas oecuméniquement prolonger ce pieux programme de l'Avent jusqu'à sa propre fête du calendrier lunaire d'une autre observance ?

Saint Têt confessait les stygmates d'un cilicieux saint P’tôme, hérité de sainte Frousse, à l'effet que cette cause, qui avait tout de saint Gulier·e, ne puisse être bénie par sainte Office avant la saint Quantaine. Pour s'exorciser, il entreprit une saint Patick neuvaine qu'il chanta en saint Bioz avec sainte Étizeure, en exhortant saint Taxe de tout saint Plifié.

Saint Têt s'abreuvait au flux du saint Doux, qu'il vénérait scrupuleusement aux laudes, none et autres complies, afin de favoriser l'aboutissement de la cause de sainte Étine, miraculeusement fécondée par saint Glant dans une saint Serre virginité d'esprit, ce qui damnait saint Thomas De Foy-Du Doutt.

Saint Têt abhorrait le purgatoire de saint Gleton, pourtant issu d'une lignée pieuse, mais édulcorée par l'arrivée du mécréant Père barbu à l'habit rouge que saint Trey n'avait pas réussi à convertir. Ce pansu, en mettant sacrilègement fin aux dévotions de l'Avent, renvoyait saint Têt aux limbes des téteux où il risquait l'excommunication en y fraternisant avec ABsainte. Mais, sainte Nuit, qui veillait, le sauva de cette géhenne !

Dans l'attente de partager l'expansion du royaume des cieux grâce à la théophanie de la fève de la sainte Galette des Rois, lointaine parente de saint Galette, qui n'arriverait que deux semaines plus tard, saint Têt évitait saint Plaie et suppliait le spirituel hagiographe saint Jacques, meilleur conteur que le divin Massi, d'encenser la procession de son inclusion au reposoir du sanctuaire.

IMAGES DÉVOTES — • Saint Têt et l'après AVENT. • Scapulaire de saint Thétik : biberon Robert à l'acception miraculeusement transmutée en sein robert.

Avec l'espoir d'un chapelet de miracles, saint Têt vous souhaite, en copain-seinsation, d'étancher votre payenne soif au calice du biberon naturel AVENT, de la religieuse boutique en ligne de saint Philips, dévote image et relique grâce-yeusement prodigué·e par saint Ernette, puis artificiellement modifié·e par sein robert, en pieuse mémoire de la propagande, en forme de scapulaire joint de saint Thétik, illustrant naguère un autre célèbre apôtre et prophète.

Alézan Paix Les Damnés de la Terre, saint Tom, sainte Fem et autres espérant hériter du [c]iel.

Treize apparitions favorisées par saint Ernette : Têt — prière des heures — géhenne — théophanie — biberon AVENT — sein robert — propagande — scapulaire — Les Damnés de la Terre — iel — palimpseste — ordo — Avent 2022.

 

               

Santons (en guise d'Épilogue).

Par Robert Derome.

Ces santons, si bien chantés par Alibert, auraient pu
sortir de la boîte en carton
de Mathias Lessard
illustrant le Pieux programme de Jacques Boulerice.

Au centre, ceux de Suzanne Carreau, conjointe de feu Gérard Lavallée : La fameuse tenant des pommes rouges, La femme de ménage du curé avec son plumeau et son torchon, ainsi que notre ineffable Sol de douce mémoire, se focalisent sur L'enfant Jésus étendu au sol. Il sont entourés, à gauche et à droite, de ceux acquis à Marseille : le Couple au parapluie ; Bartoumieu, Pistachié ou Canissoun portant ses victuailles ; le Coup de mistral.
Autour de L'enfant Jésus, des vestiges archéologiques retrouvés en creusant lors de travaux sous mon ancienne résidence victorienne de Montréal érigée en 1882 : une soupière et un chat provenant des jeux de poupées ; une tête de figurine ; un encrier à l'extrême droite. De part et d'autre de ses pieds et de sa tête, un coquillage et un galet aimés lors de visites sur les plages de notre belle planète. Quant au petit ourson, il s'agit probablement d'une espèce en voie de disparition. Au fond, deux anges à suspendre décoraient les sapins que je ne fais plus. Ils sont encadrés de trois poteries allemandes : à gauche la chope à bière de mon grand-père Omer ; à droite le pot à sirop d'érable de ma grand-mère Rosa ; au centre le litre de bière dégusté au Hofbraühaus de Munich lors de mon premier voyage en Europe, peu de temps après ma sortie du Séminaire de Saint-Jean où j'avais connu l'illustre hagiographe diplômé du 55e cours.

 

               

Mises à jour.

11 janvier 2023 — Ajout d'images à Saint Gulier·e.

5 janvier 2023 — Description de l'image du Pieux programme.

4 janvier 2023 — Ouverture au public. Images de Saint Gulier·e.

 

Pieux programme de calendrier pour l'Avent de 2022.

 

Jacques BOULERICE
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