Jacques BOULERICE
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Calendrier de l'Avent 2024 nourri de métiers mal connus.

— 0 Avant l’Avent — 1 CIREUR DE CHOSES SÛRES — 2 BERGÈRE DE MOUTONS DE MER — 3 GARDIENNE DE FARS — 4 REDRESSEUR DE TORTS — 5 L'AIGUILLEUSE DE RÊVES — 6 PEINTRE DE PEURS BLEUES — 7 L’AIGUISEUR DE LAMES DE FOND — 8 RACCOMMODEUSE DE COEURS BRISÉS — 9 PUISATIER DE PENSÉES CREUSES — 10 DOMPTEUR DE LAPINS — 11 SOUFFLEUR/SOUFFLEUSE DE VERS — 12 JOUEUR DE SONNETTE — 13 BOULANGÈRE DE CROISSANTS DE LUNE — 14 JARDINIER DE QUATRE‑SAISONS — 15 FACTEUR D'OGRES — 16 LE PASSEUR DE SAPINS — 17 FILEUSE DE MAUVAIS COTON — 18 MAQUILLEUR/MAQUILLEUSE DE FACE DE CARÊME — 19 TOURNEUR/RETOURNEUR DE COMPLIMENTS — 20 ÉTEIGNOIR DE PROJETS — 21 PIQUEUSE DE CURIOSITÉ — 22 LE LISEUR ENTRE LES LIGNES — 23 ÉMERVEILLEUSE — 24 ENJOLIVEURS DE NOËLS —

D'après une photo de
Madeleine Ghys à Bruges.

Avant l’Avent

Les petits-enfants de ma nombreuse descendance réclament chaque année à cor et à cri un calendrier de l’avent personnalisé.

Grâce à un appareil auditif perfectionné par l’IA, leur demande parvient maintenant amplifiée aux oreilles enfardochées de pépère.

Depuis belle lurette, cette progéniture a passé l’âge des friandises cachées derrière les volets cartonnés vendus chez Jean Veutu. Plusieurs de ces petits arrivent à l’heure des décisions concernant leur avenir. Une photo de famille en témoigne ici de façon on ne peut plus éloquente.

Il importe donc d’allumer au plus tôt leur lanterne pour qu’ils et elles puissent faire un choix éclairé parmi la panoplie des activités professionnelles possibles. Dans ce contexte, ils auront droit cette année à un calendrier nourri de métiers mal connus sur lesquels ils pourront jeter leur dévolu.

P.-S. En vérité, à travers ces présentations illustrées par un beau-fils inspiré, pépère espère trouver de quoi sourire encore dans un monde en grimaces.

À demain donc pour le premier métier de la série : celui de CIREUR DE CHOSES SÛRES.

Vraie de vraie photo de famille.
Une shop artisanale.

CIREUR DE CHOSES SÛRES

Chevilles ouvrières des foires d’empeigne, les mauvaises langues prétendent que le métier de cireur de choses sûres n’a rien de reluisant. Rien n’est plus faux.

Ces semeurs et semeuses à la mauvaise alène ont beau ne pas se lacer de battre la semelle pour nous tanner le cuir, leur désinformation n’altère pas une vérité inusable: même dans ses petits souliers, le cireur de choses sûres sait ressemeler une société qui marche sur les œufs du doute.

À l’heure où l’IA multiplie les leurres, le cireur de choses sûres constitue une valeur refuge où poser le pied sur du solide. Sans talon d’Achille, cet artisan garde l’œillet ouvert. À l’approche du temps des fêtes, il invite ses paires à ne pas tomber dans le cirage.

Bon mois de décembre, les amis, les amies, les enfants, les petits.

Illustration de Mathias Lessard.

BERGÈRE DE MOUTONS DE MER

La bergère de moutons de mer veille à son troupeau particulièrement par mauvais temps. Sous sa houlette, même la houle des mers démontés n’arrive pas à disperser brebis et agneaux. On ne dira jamais assez l’impact salutaire de son métier sur les familles.

Combien de déjeuners se tiennent le matin dans le calme, grâce à la bergère des moutons de mer? Cette harmonie autour de la table tient souvent au sommeil réparateur des enfants, sommeil assuré par les nombreux moutons disponibles la veille, à l’heure du dodo.

Si possible précédé d’un conte lu par une voix aimée, la présence guillerette des moutons en ligne à la clôture du jour est une bénédiction. Elle assure une approche en douceur du marchand de sable sur la grève des petites peines où les flots accueillent en confiance les rêves à réaliser plus tard.

Quant à lui, pépère n’oublie pas ce qu’il doit à la bergère des moutons de mer et aux voix conteuses de contes merveilleux qui l’ont bercé jadis.

Illustration de Mathias Lessard.

GARDIENNE DE FARS
(Fars : dictionnaire breton français. Spécialité culinaire bretonne.)

Sans en faire tout un plat, l’usage s’accorde à dire que le féminin de GARDIEN DE PHARE est bien GARDIENNE DE FARS.

Si cette acception ne fait pas recette chez les fines bouches, la langue du peuple sait à quelle table s’installent Gwen et Tanguy.

Les linguistes enfarinés auront beau lancer du celte par-dessus l’épaule ou casser du sucre sur le dos de la gardienne de fars en mère, cette dernière ne perd pas de temps à leur crêper le chignon.

Voyez-là plutôt ouvrir les pages de son précieux cahier parfumé par des générations de galettes avant de poser sur son flan de travail les ingrédients du dessert.

  • 250 g de farine et voici qu’elle songe aux pierres à moudre et aux menhirs dressés sous le silence des étoiles.
  • 30 g de beurre et voici qu’elle se demande où est passé la baratte des vielles mains qui veillaient à ne pas laisser le beurre prendre goût de tinette.
  • 150 g de sucre et voici qu’elle se souvient que le mot sucre se dit aussi douceur dans certaines familles québécoises.
  • 1 litre de lait et voici qu’elle résiste à la tentation de tirer un trait du verre de
    rhum dans lequel vont macérer une vingtaine de pruneaux.

La gardienne de fars mélange ensuite le tout au Faouët.

Depuis le temps qu’elle éclaire la maisonnée, gardant ses mousses à l’abri des écueils, elle ne craint pas de faire un four.

Les pruneaux sont dans le phare, dit l’illustrateur Mathias Lessard.

REDRESSEUR DE TORTS

L’espérance de vie du redresseur de torts diminue année après année comme peau de chagrin (en cuir de taure). Ce métier risqué a rendu marteau les meilleurs et les meilleurs marteaux.

Les canailles qui hurlent à la une et les filous qu’il prend en filature ont beau l’accabler sous l’acronyme de RETORS, le justicier continue de marcher droit en s’en remettant à son saint patron Juste pour les traduire en justice dans les deux langues officielles du pays, soit l’anglais et le Google translation.

Au profit d’une éventuelle relève, rappelons que le dangereux métier de redresseur de torts requiert trois qualités : la patience, la patience et la patience. La raison tient de l’évidence : le tort tue et c’est armé de patience que le redresseur affronte le tordu.

Pour chanter convenablement les louanges du redresseur, il convient de ne pas faire usage de croches sur la portée de son travail.

Sur la photo : un redresseur de tort et sa monture.

L’usine du temps a voilé une partie de son visage pour en préserver l’anonymat.

La famille qu’il vient de remettre sur les roues est littéralement en voiture.

L'AIGUILLEUSE DE RÊVES

Si les aiguilleurs du ciel ou des chemins de fer accomplissent un travail essentiel pour contrôler le trafic aérien et ferroviaire, l’aiguilleuse de rêves se consacre à une oeuvre de haut vol autrement plus planante.

Se coucher tard nuit et sans l’aiguilleuse de rêves, le plomb du sommeil a tôt fait d’enchâsser dans les caboches fatiguées des images venues sur un train d’enfer.

Complice des chats si doux aux jeunes paupières endormies, c’est jusqu’à l’arrivée de potron-minet que l’aiguiseuse veille aux chimères à queue de dragon. Sans trêve ni grève, elle assure un contrôle sur des vilains rêves qui se présentent en cauchemarchant sans visas jusqu’aux frontières du sommeil.

Contrant la bousculade diurne des images en toc sans qu’on tique, l’aiguilleuse de rêves veille à détourner les monstres dans les donjons de la mémoire. Sans elle, les cauchemars déchirent la nuit pour en laisser l’encre noircir les étoiles qui brillent dans les yeux des petits.

Illustration de Mathias Lessard.

PEINTRE DE PEURS BLEUES

Peu d’artistes sont plus piteux que le peintre de peurs bleues.

Avant même l’apparition de ses palettes, cet enfant dédié à la Vierge et son manteau d’azur faisait vraiment forte impression, surtout au soleil levant.

Ses parents racontent que leur poupon prodige finissait à peine de beurrer le ciel de son moïse qu’il en remettait une couche sur les bords avec un cyan de son cru.

Ses productions se vendirent comme des petits pinceaux jusqu’à ce que des galeristes trouvent ses créations par trop fleurs bleues.

Ses parents en eurent alors l’estomac si barbouillé qu’ils firent de la toile. Eux qui avaient imaginé très tôt leur artiste en herbe sur les tréteaux de la renommée cessèrent aussitôt de l’encadrer.

La suite du tableau se dessine aisément : l’enfant qui rêvait d’une période rose s’est retrouvé à broyer du noir chez Sicosicoparci/Sicosicoparla, producteur de peintures à numéros.

Pour gagner sa croûte, l’artiste en est réduit aujourd’hui à travailler sur des échantillons de bleu pétrole et de gros bleu laids à faire peur.

Illustration de Mathias Lessard.

L’AIGUISEUR DE LAMES DE FOND

Rendus amers suite à l’érosion de leurs berges (plusieurs passent la soixantaine), certains marins d’eau douce remettent en question l’existence de l’aiguiseur des lames de fond.

Trumpés par le chat de GPT (Gros Prétentieux à Toupet), certains thomas vont jusque’à douter de la réalité même des lames de fond. Les familles Houle et Durivage poussent à cet égard des rouleaux d’arguments qui restent vagues.

Dans les cas de dénis amarrés à des bittes douteuses, les autorités maritimes, véritables huiles de mer, étalent leurs preuves et la jouent sans filets. Ils sont appelés à trancher.

Toutes sirènes dehors devant des pécheurs qui s’en fichent, ils s’amènent sur la jetée pour une criée de questions que les complotistes préfèrent évidées.

Si cet aiguiseur n’existe pas, comment expliquer le morfil des lames et leurs barbes sur les moules ?

Comment expliquer l’entretien des requins-scies toujours affutés et les couteaux bivalves, acérés, plantés dans le sable ?

Même chavirés par la déferlante de ces évidences, les conspirationnistes s’arêtent à croire aux licornes de mer plutôt qu’à l’aiguiseur qui assure pourtant le repassage de leurs cornes.

Illustration de Mathias Lessard.

Illustration de Mathias Lessard.

RACCOMMODEUSE DE COEURS BRISÉS

Pour obtenir les services de la raccommodeuse, la marche à suivre s’effectue en deux temps trois mouvements.

Dessinez d’abord en rouge vif le coeur brisé sur du papier pelure.
Acceptez d’échapper quelques larmes sous l’image.
Laissez sécher sous le coeur abimé.
Écrivez le prénom de la personne qui a cassé, l’a cassé, s’est cassée.
Jetez au besoin l’anathème sur son patronyme.
Enroulez délicatement le papier pelure retenu par un élastique.
Signez d’une main tremblante de rage ou de peine.
Ajoutez en dessous de la signature la date complète: jour, mois, année.
Glissez le tout dans une enveloppe adressée à
Raccommodeuse de coeurs brisés
Poste restante
Glissez le tout dans un coffret.
Rangez le coffret sur une tablette.
Attendez.
Attendez en regardant souvent par la fenêtre, idéalement au soleil, à la place du chat.
Allez marcher au soleil si le chat s’est lové sur l'allège avant vous.
Attendez.
L’intervention de la guérisseuse varie avec le temps et la profondeur de la blessure, mais tôt ou tard elle finit par passer.
Mettez les enfants au parfum de ce beau métier.

P.-S. Une cicatrice plus ou moins profonde peur subsister après le passage de la raccommodeuse.

PUISATIER DE PENSÉES CREUSES

Illustration de Mathias Lessard.

J’aime les REELS
Les reels sont de courtes vidéos follement amusantes sur tout et surtout sur rien
J’aime les reels.
Les reels sont offerts jour et nuit ici pour les grands et les petits
Les reels sont distrayants
Pas le RÉEL.

Je ne me creuse plus la tête
Je ne creuse plus la terre.
Je fouille les reels jusqu’à plus soif.
Je voudrais épuiser la réserve de reels
Je me penche sur la margelle des puis sans fond
Un puis n’attend pas l’autre

puis j’ai vu tout plein de poissons qui frétillaient dans un filet
puis d’autres encore mais je ne sais plus ce qu’ils faisaient.
puis un homme a glissé dans une piscine
puis un bateau a foncé sur un quai.
puis une femme courait sur un trottoir flottant
puis de grosses vagues ont fait fuir des touristes
puis des femmes en maillots ont dansé sur une plage
puis des hommes ont essayé d’attraper des cochons dans la boue
puis des plongeurs ont dépris une tortue entortillée dans un filet
puis un crocodile s’est battu sur un rivage contre trois lions
puits la même femme que dans le reel d’avant courait sur le même trottoir flottant
puis je me suis demandé vite fait pourquoi le mot PUITS d’où on tire l’eau s’écrivait toujours avec un S
puis je n’ai pas eu le temps de creuser la question ni de corriger la faute
puis à cause de ça j’ai échappé la suite des reels qui couraient après l’aqueux
puis une autre série s’est présentée avec des chats
puis là j’en suis à les suivre
puis toute la nuit des chats gris en chagrin va y passer toute la vie
et puis

parole de puisatier noyé dans ces puis.

Illustration de Mathias Lessard.

DOMPTEUR DE LAPINS

Avant de pratiquer son art avec succès, le magicien en herbe doit explorer plusieurs métiers loin d’être accessoire bien qu’ils reposent sur la maîtrise d’accessoires.

La partie la moins poilante de la formation d’un prestidigitateur (mot qui sert de test en l’absence d’ivressomètre) arrive en fin d’apprentissage avec le dressage du lapin. Surtout le lapin en saison chaude.

  • Après être passé par la chicane des chapeaux haut-de-forme en forme de tuyau de poêle ;
  • après la fascination du nœud papillon de nuit à réveiller chaque soir après le spectacle ;
  • après avoir dégoté la redingote rayée du riding coat ;
  • le magicien doit arriver à bien accommoder le lapin qui sortira de son chapeau.

Des générations d’ensorceleurs se sont entrainés sur des colombes en paix avec leur cirque jusqu’à y laisser des plumes. Elles battent aujourd’hui de l’aile et sont menacées de disparition.

En relève aux colombes et aux tourterelles attristées, le lapin s’avère moins facile à duper que l’oiseau apparenté aux pigeons. S’il n’est pas adéquatement dressé, le petit mammifère se fait même fort de poser un lapin à son dompteur.

Le lapin maltraité ne supporte pas les pruneaux. Nonobstant ses pattes porte-bonheur, l’animal peut porter au cou du dresseur le coup fatal qui porte son nom.

Le métier de dompteur de lapins ne s’apprend pas sur un coup de baguette.

SOUFFLEUR/SOUFFLEUSE DE VERS

Illustration de Mathias Lessard.

Souffleuse ou souffleur, l’une et l’autre travaillent en silence sur des riens dans un monde qui fait grand bruit de tout.

C’est à peine si on entend leurs inspirations.

Étranges et familiers, leurs mots chantent avant de donner à voir et brûlent au creuset des jours.

Entre quantique et cantique, ils voyagent dans le temps, s’amusent du mot muse dans le verbe précédent et trouvent leur égérie jusque dans les remous de l’oubli.

Ils arrivent à créer du doux avec le rugueux, de la révolte sur l’indifférence, du chaud avec la neige et des présences au cœur même de l’absence.

Leurs mots en soufflés s’écrivent même dans la merveilleuse banalité des diners ordinaires, jusque dans un cœur tracé à la mine sur une coquille d’œuf.

Sonnet à deux jaunes
ou
Poème en cœur sur coquille d’œuf

Pour ma belle Madeleine

C’est dans le cours des jours que tu m’offres l’arrim
L’arrimage à l’amour un midi en passant
Comme un sourire laissé sur le comptoir du temps
Un clin d’œil pour diner avec tes mots en prime

Coquetier sur la table, je vois sur la coquille
Un cœur tant dessiné au crayon de routine
Que je craque pour lui et ses traits qui maquillent
Les moues du quotidien en instants millésimes

Puis le soleil installe sur la nappe à carreaux
Le couvert pour nous deux parce que tu lui manques
Il regarde en silence l’horloge qui demande

L’heure de ton retour et quel est cet oiseau
Qui pond au nid des œufs tatoués de figures
En forme de folie et de bonheur cuit dur.

JOUEUR DE SONNETTE

Aux oreilles des chantres de la musique sacrée, la tessiture du joueur de sonnette de porte s’étend à peine du sol au chant branle.
     — Sornettes !

Un critique musical ne lui accorde que de mauvaises notes. Un autre, mal accordé aux technologies, lui tourne carrément le dos. Un tiers propose même de le mettre au violon.
     — Des fats !

Le joueur de sonnette classique a beaucoup élargi sa gamme depuis ses premiers concerts pratiqués ado.

Dignes d’un don, plusieurs joueurs sont passés des balais de la rue à la musique de chambre. Même aux grands vents, ils ne faussent pas dans le décor.

Un autre son de cloche ? Demandons aux voix dissidentes combien de ménages en triangle furent sauvés par le gong. Sans doute une batterie ! Une parmi celles qui font jaser.

Alors, plutôt que de laisser à la porte les joueurs de sonnette, la guilde des musiciens devrait leur composer un abri tempo. Ce geste aurait une grande portée tout en mettant un bémol à la clef.

Illustration de Mathias Lessard.

BOULANGÈRE DE CROISSANTS DE LUNE

Illustration de Mathias Lessard.

La boulangère de croissants de lune se lève à ta brunante pour mettre la table au point du jour
La boulangère de croissants de lune attache à sa taille un tablier qui fleure l’enfance en bras bercée
La boulangère de croissants de lune est vieille comme le monde et jeune comme l’aube de chaque matin
La boulangère de croissants de lune étend sur sa table assez de rêves pour la prochaine fournée du mois

Elle garde toujours un peu de farine pour le visage de Pierrot
Elle ne travaille pas à l’emporte-pièce et prend le temps d’écouter les loups à la pleine lune
Elle glisse dans les replis de la pâte un viatique pour les pèlerines et les pèlerins qui ne voient pas la fin du chemin
Elle pétrit et prie en observant la silhouette de son bonhomme parti retrouver Pierrot
C’est pour eux qu’elle fait des croissants et qu’elle chante la chanson que l’on sait
Pour eux et pour les petits qui tournent et tournent dans leur lit sans trouver le sommeil.

La lune douce
La lune se la coule douce
Sans sable dans son sablier
Qui n’a que la mer à hisser
Et l’écume des mois sans mousse.

Elle n’a qu’un jour à compter
Au grand boulier des étoiles
Et parfois la nuit sous un voile
Quelques chandelles retrouvées.

La lune sur fond de silence
Chante la chanson de Pierrot
En plume en rêve et en échos
Entre ses rondes de nuits blanches.

JARDINIER DE QUATRE‑SAISONS

Le jardinier de quatre-saisons est un vieux garçon qui fait pousser dans son jardin des vieux-garçons, des soucis et des pensées.
Il a une sœur jumelle aussi jardinière, mais qui ne pratique pas le même métier que son frère.
C’est une jardinière de quatre saisons. Elle cultive des immortelles.
À première vue, on pourrait les croire identiques, mais une observation fine révèle qu’un trait les distingue.
Un signe, une lettre s’ajoute ou s’absente du code et voici que tout change.
On passe du nom d’une fleur aux tracas de tous les jours.
Je me souviens d’un rêve où ma mère m’a confié ce secret.

Maman cesse de regarder les pensées qui poussent dans le gravier de l’entrée d’auto à notre chalet de l’Acadie. Elle lève la tête vers moi. Tu sais, me dit-elle, les pensées qui fleurissent dans le gravier en arrachent. Je me suis souvent fait du souci pour elles. Mais c’est fini. Maintenant, je ne cultive plus les soucis ni les quatre-saisons. Je suis la jardinière de cinq saisons. Les immortelles fleurissent dans la cinquième. Si tu reviens demain on parlera encore de jardinage. On parlera de l’eau qu’il faut pour arroser le jardin. On parlera du soleil ou de la pluie cachée dans les mots. Par exemple, tu connais le mot rain en anglais ? Tu le prends et pour faire pleuvoir, tu ajoutes un G au début. Là, ça devient un grain. Tu vas voir qu’il va mouiller. Si tu reviens demain, je te dirai d’autres secrets.

Je suis souvent retourné dans les rêves où maman apparaît. Elle garde en elle le secret pour ne plus se faire de soucis avec les pensées qui poussent dans le gravier. Elle m’a quand même ouvert son jardin et fourni de quoi faire un beau métier.

Illustration de Mathias Lessard.

FACTEUR D'OGRES

Dans le grand jeu des sons qui sifflent sur nos têtes, le vieux serpent de facteur d’ogres vient une case avant les facteurs d’orgues dont la célèbre maison s’enracine à Saint-Hyacinthe. Géographiquement parlant, nous serions portés à croire que le fabricant de personnages voraces pratique entre Saint-Thomas d’Aquin et la Providence. Que les habitants de ces quartiers soufflés par ce sous-entendu mettent la pédale douce : le facteur d’ogres rôde uniquement dans la contrée des contes de fées.

Si les facteurs d’orgues font la fierté des Maskoutains et des Maskoutaines, il en va tout autrement du facteur d’ogres.

D’une part, non genré et généreux, l’orgue donne rarement un seul tuyau. Ainsi, touchées par plusieurs, les grandes orgues placent leurs amours dans des jubés pour goûter les délices d’un clerc en chaire. Quant à lui, le facteur d’ogres ne connaît que la mesure binaire, faisant des pieds et des mains pour assouvir son singulier appétit de chair fraiche.

Le plus détonnant pour les oreilles sensibles, c’est d’entendre la barbarie de l’ogre jouer dans les contes merveilleux en compagnie des croque-notes et des massacreurs. Pour mémoire, rappelons que les contes merveilleux laissent le petit Poucet abandonné par ses parents au milieu de la forêt, la grand-mère du Chaperon rouge mangée par un loup et Cendrillon rentrer chez elle à moitié chaussée (on se calme), sans parler de sa marâtre et de ses sœurs jalouses à jamais déçues de leurs pieds meurtris, trop grands pour enfiler les souliers de verre.

Si ces souliers avaient été faits de vair, toute l’histoire aurait pris une autre pointure. Et nous porterions sur les écureuils un regard déférent. Ainsi va la vie.

P.-S. Deux clins d’œil en passant. Un premier à la maison Casavant Frères, réputés facteurs d’orgues. Un second aux contes transmis par la tradition orale, bien avant le polissage.

Illustration de Mathias Lessard.

LE PASSEUR DE SAPINS

Le temps est venu d’acheter un sapin. Ce joyeux magasinage ramène dans son sillage des senteurs de l’enfance.
Pendant qu’un beau parleur vante sa marchandise, une musique minimaliste quitte en douce les haut-parleurs du marché. Nous avons cru y reconnaître le son pincé d’un clavecin, mais c’était une épinette.
Il ne faut pas voir de mauvais présages partout, me dit Dulcinée.

Le virginal nous entraîne sur l’air du Sentier de neige si pur et si doux, mais le vendeur fait peu de cas du classique des Classels et nous ramène à son refrain.
Le bonhomme connait sa salade et la vend d’un seul souffle.
Il sait distinguer les fragrances des différentes variétés de sapin :
le sapin commun sent la semaine ;
le sapin Douglas est particulièrement odorant le dimanche après la messe ;
le sapin Fraser émet une odeur de blues et le sapin baumier laisse ses effluves en suspension dans l’air longtemps après les fêtes,
dixit le bonhomme étourdissant de compétence.

Une fois notre choix arrêté sur le baumier, le type se fait fort de nous mettre au parfum de l’essence de l’arbre. Il semblerait que la nature grégaire du baumier supporte mal la solitude. Achetez-en trois pour le prix de deux, dit-il, et embaumez votre espace en profondeur bien après le temps des fêtes.
C’est combien ? Sans la TPS ? Bingo ! Tope là !
Et nous voilà en route avec trois sapins.

Au bout du compte, ce vendeur envoûtant ne nous a pas menti.
Accrochés au rétroviseur et aux pare-soleil, nos trois petits sapins embaument l’auto même en plein hiver, les vitres baissées.
Le bonheur nous étouffe.

Illustration de Mathias Lessard.

FILEUSE DE MAUVAIS COTON

Ce n’est pas rien que de figurer dans un tableau de Vincent Van Gogh. Ça s’est passé en 1988. Enfin, je crois. Peut-être 1989.

En réalité, je marche dans le jardin de l’ancien hôtel-Dieu d’Arles. L’impression d’être dans le tableau intitulé Le jardin de l’hôpital d’Arles, de Van Gogh. La ville a réaménagé la cour intérieure comme Van Gogh l’avait peinte cent ans avant. Le peintre avait été admis à l’hôpital après s’être coupé l’oreille gauche.

Au cours de la conversation engagée avec un couple dans les allées du jardin, je me dis que Vincent filait un mauvais coton, un mauvais coton de naissance. J’ai dû le murmurer assez fort pour que le couple à mes côtés l’entende. La femme renchérit : certaines âmes naissent avec un vilain nuage au-dessus de leur tête, un nuage qui ne les quitte plus. Elles filent un mauvais coton toute leur vie. On ne peut que prier pour que le nuage disparaisse. C’est d’autant plus triste pour Van Gogh, ajoute madame Mireille, que les beaux tissus de coton comme l’indienne ne manquent pas à Arles.

La scène m’est revenue la semaine dernière à l’oratoire Saint-Joseph alors qu’une guide entrainait mon groupe dans une visite des lieux. Près du bassin où un clerc puise l’huile qu’achèteront les fidèles, une boîte reçoit des intentions de prières. Je ne sais plus trop qui prier, une fée, Dieu ou le père Noël, mais j’ai pensé écrire un mot pour ceux et celles qui filent un mauvais coton de naissance ou de passage.

On en voit assis sur les trottoirs ou recroquevillées dans le métro. Je formule un vœu pour remplacer le vilain nuage sur leur tête par un métier, un métier pour y tisser un bon coton, du drap avec des fleurs imprimées dessus, du drap que madame Mireille appelle de l’indienne.

Chandelles votives à la flamme vacillante, des centaines de lampions brûlent tout près. Plus loin, accrochés aux murs, des ex-voto remercient en silence pour des vœux exaucés. Des fidèles y verront peut-être avant Noël du mauvais coton suspendu entre les béquilles. On peut rêver.

Illustration de Mathias Lessard.

Pour obtenir une vraie face de carême, il convient de procéder méthodiquement.

D’abord le fond de teint. On va choisir quelque chose qui éteint le teint. Allons-y avec du lait évaporé Carnation juste assez sucré pour les beaux becs du temps des fêtes. Beurrez épais après le barattage.

Vient ensuite la délicate application du cache-cernes. Le brossage avec du vinaigre si efficace pour les cuvettes n’est pas recommandé pour le visage. Choisissez plutôt d’étaler à la truelle du plâtre de Paris.

La poudre ici n’est pas de celle qu’on jette aux yeux. À condition de ne pas balayer l’excédent avec un pinceau, la poudre appliquée généreusement donne aux joues un teint de pêche et met en valeur leur duvet apparu sous la houlette.

L’ombre à paupières quant à elle sera avantageusement remplacée par une paupiette appliquée sur les membranes. L’effort demandé ensuite pour les battements sera salutaire pour réveiller des muscles endormis.

Le crayon pour les yeux s’avère inutile. La nature fait si bien les choses que les yeux sont toujours placés en face des trous. Le souligner à grands traits tiendrait de la redite.

MAQUILLEUR/MAQUILLEUSE
DE FACE DE CARÊME

Illustration de Mathias Lessard.

Le mascara, comme son nom l’indique, constitue quant à lui une insulte à peine masquée. Par solidarité, toute la gent trotte menue devrait s’en dissocier publiquement.

Le crayon à sourcils ne doit pas faire sourciller. Il compense pour le clairsemé des poils que les années ont épilés. Il creuse aussi dans la glabelle des ravines qui prolongent les plis du front, lui donnant ainsi un air sévère qui persévère.

Le fard à joues joue un rôle essentiel. Il ajoute aux pommettes un cramoisi de fraises écrasées qui rend superfétatoires les promenades au froid. On peut rester bien au chaud, mais pas trop près du foyer, car le fard y fond.

Le crayon et le rouge à lèvres, pour un effet optimal, devront être utilisés dans le noir. Leur application enflammée donnera de l’éclat depuis les commissures jusqu’au menton. Pour prolonger la résistance au temps, appliquez au pinceau de quatre pouces avec poils de soie.

La crème anti-âge complètera merveilleusement l’opération à condition qu’elle soit appliquée comme tout le reste directement sur le miroir.

P.-S. Devant l’image dessinée sur le miroir où il se regarde, un maquilleur de calendrier reste avec ses rides, sa nostalgie de l’enfance, son vertige au temps des fêtes et sa tentative pour arracher un sourire à sa psyché.

Illustration de Mathias Lessard.

TOURNEUR/RETOURNEUR DE COMPLIMENTS

— « Tu as de beaux cheveux »
J’ai bien entendu ce qu’elle vient de me dire, mais je lui fais répéter.
— « Tu as de beaux cheveux. J’aime tes cheveux. »

Quand on est vieux ou vielle, cela devient plus difficile de faire un compliment, plus difficile aussi de le formuler convenablement. On ne sait plus trop comment le tourner sans se sentir mal à l’aise. Je ne sais pas pourquoi, mais c’est comme ça.

Comment retourner le compliment à celle qui répète que j’ai de beaux cheveux ?

Depuis les années qu’on se connaît (à tout le moins que l’on croit se connaître), elle ne m’a jamais dit qu’elle aimait mes cheveux ou mes yeux ou mes mains. En vérité, elle ne m’a jamais fait de compliments avant cette déclaration au sujet de mes cheveux.

Et moi, grand dadais, je ne sais trop quoi lui répondre ni quoi ajouter à mon petit merci murmuré, surpris, ému, fragile.

Je la prends par la main. Je lui dis que ses mains sont restées jeunes. Je lui dis merci, maman. Tu es gentille. Tu me fais plaisir.
Je la serre dans mes bras.
C’est ma mère.
Elle souffre d’alzheimer.
Je ne suis pas certain qu’elle sache bien à qui sont ces cheveux qu’elle trouve beaux.
Mais ce n’est pas très grave. Moi, je sais que c’est maman.
Ce fut un beau moment.

ÉTEIGNOIR DE PROJETS

Illustration de Mathias Lessard.

Il a quinze ans. Il arrive avec un plan détaillée pour fabriquer un instrument de musique assez rare : une vielle à roue et un projet de vie.
— Ben voyons donc mon petit-garçon, c’est pas un peu compliqué pour toi ça ? Et puis qu’est-ce que tu vas faire pour gagner ta vie avec ça ?
(page tournée)

Conversation autour d’une table.
— À part ça, qu’est ce que tu fais de bon ?
— On est en train de monter une distillerie.
— Wow ! Il y en a qui ferment. Moi, ça m’inquièterait. Pas toi ?
(page tournée)

— J’aimerais devenir médecin. J’aimerais pratiquer plus tard avec Médecins sans frontières.
— C’est beau rêver ma fille, mais sais-tu que c’est pas facile d’entrer à la faculté de médecine, que c’est contingenté au possible ? Faudrait avoir les yeux en face des trous.
(page tournée)

— Mon avenir, je le vois comme intervenant social ou en politique.
— C’est ça. Tu vas te retrouver à la rue ou dans une fosse aux lions. Bonne chance, mon gars !
(page tournée)

— Moi vraiment ce que j’aimerais faire dans la vie, c’est pianiste.
— Écoute ma fille, c’est beau la musique comme passe-temps, mais tu vas plutôt faire des études sérieuses pour gagner ta vie. Tu nous remercieras plus tard.
(page tournée)

La petite Émilie arrive de l’école. Elle est en première année. Avec nos garçons, elle arrête à la maison où sa mère est venue jaser. Ils ont dans leur sac le résultat d’un travail avec les commentaires de l’enseignante qui en souligne les forces et les faiblesses. La maman d’Émilie jette un coup d’œil rapide sur la feuille que sa fille lui présente en souriant.
— Oupelaï, ma chouette, je pense que tu ne feras pas bien mieux que ta mère à l’école. On va se faire à l’idée.
(Livre fermé)

PIQUEUSE
DE
CURIOSITÉ

Celle qui pique notre curiosité pratique son métier en silence. Contrairement à ce que colporte la croyance populaire, la piqueuse de curiosités ne suscite pas l’intérêt à partir de ce qu’elle dit, mais plutôt de ce qu’elle accomplit.

Au risque de trahir son modus operandi, à l’instar de la Belle au bois dormant, je me pique ici sur le fuseau de la vérité en espérant révéler, avant de sombrer dans le sommeil, un pan du métier de piqueuse de curiosités.

Dans un premier temps, la piqueuse repère un cabinet de curiosités. Cela va de soi. Le plus grand et le plus riche cabinet d’objets tient sa galerie à l’enseigne des RÉALITÉS.

La piqueuse y entre sous les traits de monsieur et madame Toul’monde. Le code pour y avoir accès est un code génétique enregistré au plus profond d’elle-même.

Une fois à l’intérieur, la piqueuse s’y promène, y baguenaude, y musarde tout son soul. C’est la condition essentielle pour identifier des curiosités de toutes natures : des pierres à feu feu joli feu, des herbiers de sous-bois, des coquillages avec enregistrements de chants de baleines, des médailles à deux côtés du même bord, des vases d’ennui percés, des pendrilloches de sourires...

Quand la piqueuse a choisi les plus précieuses curiosités de sa tournée, elle laisse au grand jour et à la portée de tout le monde sa courtepointe de beautés.

La piqueuse de curiosités est la commissaire du plus merveilleux musée à ciel ouvert. On ne la remerciera jamais assez.

Illustration de Mathias Lessard.

Illustration de Mathias Lessard.

LE LISEUR ENTRE LES LIGNES

Lire entre les lignes s’apprend tôt. Généralement à la petite école, voire au jardin d’enfants. Cet apprentissage se fait concurremment à celui de l’écriture qui se pratique aussi entre les lignes. Cela va de soi et le commun des mortels est en droit de se demander pourquoi on fait grand cas de ceux qui pratiquent le métier. Leur réputation serait-elle surfaite ? Pourquoi invitons-nous le pauvre monde à « lire entre les lignes » comme un défi difficile à relever ?

La réponse est simple : le liseur entre les lignes n’exerce pas son métier en traduisant en clair des messages encodés dans le blanc du papier. Le liseur homologué pratique son art dans des sphères de la connaissance qui défie l’herméneutique et la littératie.

Les plus terre à terre lisent entre les lignes de bus.
Ceux qui tentent de s’élever quittent le plancher des vaches pour s’attacher aux lignes de téléphone.
D’aucuns parcourent les boutiques de fringues et se spécialisent dans les lignes de vêtements à rayures.
Les sportifs de haut niveau s’attaquent aux lignes de Martin Saint-Louis, l’entraineur de la sainte Flanelle effilochée.
Les méditatifs se consacrent aux lignes d’horizon alors les liseurs aériens arrivent à lire entre les lignes laissées dans le ciel par les avions de ligne.
Lors de remises en question, les ceusses qui doutent de l’avenir vont consulter le liseur qui lit entre les lignes de la main.

Les plus sensibles lisent la vie à rebours jusqu’aux promesses de l’enfance, lisent dans les rides, entre les lignes tracées par le temps dans les plis du visage.
Un pli. C’est bien ainsi qu’on nomme une enveloppe chargée de messages. Je viens de vérifier.
C’est une ligne de conduite que je me suis fixée.

ÉMERVEILLEUSE

Illustration de Mathias Lessard.

Les émerveilleuses ne courent pas les rues. Elles marchent plutôt lentement sur les trottoirs et dans l’espace que le temps leur alloue. J’en connais quelques-unes. Et, ô merveille, je vis avec l’une d’elles.

Au moment où j’écris ces lignes, elle siffle une chanson de Noël en cousant des tabliers qu’elle offrira en cadeau. J’entends ses ciseaux qui taillent le tissu et glissent en sourdine sur le bois de la table. Elle siffle sur l’air de la chanson Promenade en traineau qui joue à la radio.

Au déjeuner, ce matin, elle m’a promis une petite surprise.
Sa surprise m’a sauté aux yeux et elle n’a de minuscule que son format, ses dimensions : ce sont des traces de pas de lutin !

Ces traces traversent une feuille blanche posée sur mon bureau. En prime, un portrait dudit farfadet sourit sous son bonnet. Il est reconnaissable, le petit drôle ! C’est celui que j’avais convoqué hier soir au coucher. En réalité, je l’invite chaque soir à se mettre au travail. Mieux, je le somme de commencer pendant la nuit un texte que je verrai à compléter le lendemain.

Le petit diable noctambule ouvre un sentier sous la lune. Il me reste à le suivre au soleil. Sa présence compte plus que jamais depuis que le calendrier de l’avent commande son dû chaque jour que décembre pond au point du jour.

Habituellement, ce complice à bonnet obtempère et noircit de gribouillis le cahier laissé ouvert sur ma table de chevet. Mais ce matin, tintin. Nulle trace. Niet. Que dalle. Aucune marque, aucun signe de mon lutin dont j’ai aussitôt déploré la flemme.

Mes doléances et ma détresse exprimées (en même temps qu’un demi-pamplemousse) ne sont pas restées lettre morte. Mon émerveilleuse a su retracer ce fripon de lutin.

Je n’ai eu qu’à suivre ses traces. Bien visibles sur la page, elles me conduisent là où j’apprends que LES ÉMERVEILLEUSES NE COURENT PAS LES RUES. ELLES MARCHENT PLUTÔT LENTEMENT SUR LES TROTTOIRS… Vous connaissez la suite.

Merci, ma belle Madeleine.

Illustration de Mathias Lessard.

ENJOLIVEURS DE NOËLS

Quelques haïkus comme enjoliveurs de Noël.
Quelques haïkus et un souhait pour clore ce calendrier de l’avent 2024.

TROIS BOULES DE NEIGE
DEUX BOUTONS UNE CAROTTE
NOËL CLÉS EN MAIN

LUTINS ARTHRITIQUES
RENNE BOITEUX BERGER BORGNE
NOËLS RÉSILIENTS

EN RUBANS TOURNÉS
VINGT CLÉMENTINES PELÉES
NOËL AUX AGRUMES

Il y a quelques années, lors d’un repas de famille au temps des fêtes, Alexandre a formulé un vœu fort touchant, reprenant les paroles de Frédéric Mistral, poète provençal :
À l’année prochaine, si nous ne sommes pas plus nombreux, que nous ne soyons pas moins.

J’y pense avec émotion à chaque repas de Noël et du Nouvel An.
Que ce souhait accompagne chacune de vos tablées.
Merci à ceux et celles qui ont tourné avec nous les pages de ce calendrier.
Merci à Mathias Lessard pour ses géniales illustrations.
Joyeux demain!

 

Violet liturgique pour l'Avent — • Chasuble. •• Tissu. ••• Chasuble, manipule, bourse, voile du calice.

Merci à la sensible et magnifique poésie de Jacques BOULERICE, confrère du 55e cours au Séminaire de Saint-Jean alors que j'étais du 57e. En tant que webmestre, je n'ai pu m'empêcher d'ajouter à ses « métiers mal connus » quelques outils tout aussi méconnus. Ils proviennent de l'émerveillement vécu lors de ma visite, le 16 novembre 2007 dans la magnifique ville de Troyes, du musée plus qu'imaginaire de la Maison de l'Outil et de la Pensée Ouvrière. Ils sont brièvement illustrés dans cette courte sélection des photos prises en collaboration avec ma douce Johanne Lacasse artisane tisserande. L'enseigne sur fond bleu ciel provient cependant de l'une des rues de Sézanne visitée la veille.

Ne pas oublier non plus, dans cette ville ayant vu naître notre Marguerite Bourgeoys, les jouissances proposées par cet autre métier gustatif, celui pratiqué par l'AAAAA (Association Amicale des Amateurs d'Andouillette Authentique), dont on ne retrouve malheureusement pas le même enchantement de ce côté de l'Atlantique.

Plaque commémorative de Marguerite Bourgeoys.

L'andouillette de Troyes AAAAA (web ou pdf).

Calendrier de l'Avent, Troyes, La Champagne tourisme (web ou pdf).

 

Calendrier de l'Avent 2024 nourri de métiers mal connus.

 

Jacques BOULERICE
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web Robert DEROME