Rébellions et loyalisme (1815-1840)

La fin du blocus économique napoléonien (1815) rétablit la circulation des personnes, des biens et des idées et accélère l'essor de la littérature, de la peinture et de la musique. Rapidement, les livres affluent dans les librairies Bossange et Fabre à Montréal. Avec les tableaux Desjardins, les oeuvres d'art traversent à nouveau l'Atlantique. Ces facteurs favorisent la publication, durant la décennie 1830, d'une poésie patriotique et, en 1837, de deux romans de moeurs : L'influence d'un livre de Philippe Aubert de Gaspé fils et Les Révélations du crime ou Cambray et ses complices de François-Réal Angers, ainsi que d'une pièce de théâtre, Griphon ou la Vengeance d'un valet, de Pierre Petitclair. L'opposition à « l'oligarchie » coloniale et, bientôt, à la métropole est plus ou moins radicale : John Neilson et Denis-Benjamin Viger ne suivent pas nécessairement Louis-Joseph Papineau, Ludger Duvernay ou Napoléon Aubin, qui paraissent moins radicaux qu'Édouard-Étienne Rodier ou Louis Bourdages. L'effervescence politique et idéologique rejoint même le collège des sulpiciens de Montréal et le Séminaire de Saint-Hyacinthe, alors que plusieurs personnalités politiques fréquentent les couloirs du Séminaire de Québec où étudie le jeune Cyprien Tanguay. Quant à Mgr Jean-Jacques Lartigue et à Edward Ellice, beau-père de Katherine Jane Ellice, ils représentent l'opposition loyaliste la plus solide aux idées et aux entreprises du Parti patriote.

  

Le chef des Patriotes et son épouse

Antoine Plamondon (1804-1895), Julie Papineau née Bruneau (1795-1862), et sa fille Ézilda (1828-1894), 1836, huile sur toile, 121,8 x 107 cm, Ottawa, Musée des beaux-arts du Canada, 17920, acheté en 1974. Reproduction photographique.

La musique jouée par Ézilda Papineau

Antoine Plamondon (1804-1895), Louis-Joseph Papineau (1786-1871), 1836, huile sur toile, 122 x 106,5 cm, Ottawa, Musée des beaux-arts du Canada, 17919, acheté en 1974. Reproduction photographique.

Commander le portrait d'un époux ou d'une épouse, voire de toute une famille, correspond à une pratique assez répandue au sein de la moyenne bourgeoisie. La robe, le foulard de mousseline, les bijoux, le drapé rouge, les fleurs confèrent à ce tableau une prestance sociale imposante. La partition musicale, le piano et la lyre accrochée au mur associent la musique à l'iconographie de la femme. Exposé publiquement, le diptyque que forme le portrait des Papineau participe en outre d'une stratégie politique que ne manquent pas de relever les journaux de l'époque : ceux-ci se plurent même à ridiculiser l'ornement de la chevelure de madame en l'assimilant à une couronne royale prématurée !

On a gravé plusieurs portraits différents de Papineau qui étaient diffusés chez les libraires et les imprimeurs. Majestueux et ambitieux, ce tableau se situe à l'apogée des carrières de Papineau et de Plamondon. Ses ors, ses bruns sombres, son drapé rouge, le blanc du jabot et du rabat auréolent de prestige le leader du Parti patriote et l'Orateur (Président) de la Chambre d'assemblée du Bas-Canada. Il est ainsi représenté avec les attributs des deux grandes formes de la culture lettrée du XIXe siècle : l'éloquence et l'écrit. Papineau semble préparer un discours ou une intervention en Chambre, assis devant son bureau, la main sur un document, tout près de son riche écritoire et de sa plume. Il trouve son inspiration chez des auteurs grecs et latins, anglais et français, qui fondent sa pensée politique : Cicéron, Aristote, Démosthène, Montesquieu, Jefferson et Fox.