
La représentation de la bibliothèque se prête bien au portrait d'une bourgeoisie en ascension. Symbole du savoir, elle accompagne, en fond de scène, d'autres attributs de cette bourgeoisie : l'avoir, illustré par la richesse des costumes, des bijoux, des accessoires, des reliures, et le pouvoir, suggéré par les fonctions professionnelles occupées par les personnages.
Rappel de l'idée même de la représentation et d'une certaine mise en scène, le drapé en-deçà duquel la bibliothèque est souvent donnée à voir, exprime encore la culture des bourgeois en évoquant un décor classique. Ce motif, qui n'apparaît qu'à la fin de cette époque, sera largement exploité après 1840.
La bibliothèque apparaît aussi comme l'un des attributs de la bourgeoisie montante. Si, sur le tableau, elle s'ajoute à la richesse des vêtements et des parures, elle est souvent accompagnée d'objets qui sont connexes au savoir : les accessoires de l'écriture (écritoire, plume d'oie) et le document manuscrit ou imprimé (papier couvert ou non d'écriture).
La bibliothèque comprend un nombre varié de livres, au format tout aussi varié et dans une position suggestive des usages qui en sont faits. Avant 1840, l'homme bourgeois est représenté plus souvent avec une bibliothèque qu'avec un livre à la main ; l'une et l'autre présentation ne s'excluent pas, mais la première domine. Cette bibliothèque est plus ou moins imposante et le format des livres, habituellement important, suggère le sérieux professionnel des traités de Droit ou des Journaux de la Chambre d'Assemblée.
William Berczy (1744-1813), Homme à la bibliothèque, vers 1798-1804, aquarelle et gouache sur mine de plomb sur papier vélin, 27 x 21,6 cm, Toronto, Musée royal de l'Ontario, Fonds Sigmund Samuel, 968.298.2. Voir reproduction photographique dans Allodi 1991, ill. p. 183, cat. 53.Ce portrait par Berczy réfère explicitement à la bibliothèque qui couvre l'ensemble de la composition en arrière-plan. Il s'agit de l'oeuvre d'un artiste attentif à la famille bourgeoise, à son intérieur domestique et à ses loisirs. Ce bibliophile pourrait représenter William Warren Baldwin, médecin, avocat et homme politique. Deux volumes sont identifiés à Francis Bacon (1561-1626), philosophe, homme d'État, avocat et écrivain anglais. |
L'ordre ou le désordre relatif des livres suggère leur usage plus ou moins récent ou intensif. À l'ordre de la bibliothèque toute verticale correspond aussi le désordre de livres en position oblique ou posés à l'horizontal sur les livres debout. Le peintre pense alors son sujet en activité, dans son activité propre et quotidienne plutôt que dans la seule verticalité de la pose.
Sauf pour le portrait de Mgr Gaulin (1838) par Roy-Audy et celui du sulpicien Roque (1835) par le même peintre, qui sont tous deux représentés avec une bibliothèque - riche dans le cas du premier (évêque), modeste dans le cas du second - le clergé est plutôt représenté avec un livre à la main.
Inventaires après décès et catalogues manuscrits ou imprimés lors de vente à l'encan permettent de connaître plus ou moins précisément le contenu de certaines bibliothèques personnelles. Quant à l'identification possible de certains titres, elle est abordée dans la section sur le livre.