TEKAKWITHA. |
1900 Thwaites consacre l'attribution du portrait à Chauchetière.
Thwaites 1896-1901, vol. 62, ill. face à la p. 176. |
En 1900, Thwaites publie la « Lettre Du P. Claude Chauchetiere touchant la mission des Iroquois du Sault St. Francois Xavier proche Montreal Au Sault St. Fr. Xauier ce 14e. Octob. [1682.] » dans ses Jesuits Relations (Thwaites 1896-1901, vol. 62, p. 166-189, « original MSS. preserved in the archives of l'École de Ste. Genevieve, Paris [p. 23 et 269] ») où il attribue formellement ce portrait à Chauchetière dans la légende sous l'illustration.
« Catherine Tegakwita, the Lily of the Mohawks. [Photographic facsimile of oil painting made in 1681 by Claude Chauchetiere, S J.] »
Les deux seules illustrations de cet ouvrage représentent d'ailleurs Tekakwitha.
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Une note biographique de Tekakwitha réitère l'attribution de ce portrait à Chauchetière.
« Catherine Tegakwita was one of Lamberville's converts at the Mohawk village of Gandaouagué, where she received baptism in 1675. Two years later, she left her own country, and went to make her abode at the Iroquois mission of St. Francois Xavier du Sault. There her great industry in toil, with continual austerities and mortifications, gradually reduced her strength, until a protracted illness caused her death, April 17, 1680. Her virtues and sanctity were regarded as so unusual that her grave became a place for pilgrimage, where miracles have been ever since recorded ; and various efforts have been made to secure her canonization. Father Claude Chauchetiere wrote her biography, and painted her portrait ; we give herewith an engraving made from the latter [Thwaites 1896-1901, vol. 62, p. 275-276 note 18]. »
Quelles sont les raisons pour lesquelles Thwaites attribue ce portrait à Chauchetière ? Serait-ce à cause d'un passage de cette lettre où le missionnaire évoque ses travaux picturaux ?
« ce qui me soulage cest que je designe sur le papier Les veritez de L'Euangile et Les pratiques de la vertu Jnuentéés par Mr. de Nobletz. Un autre Liure Contient Les Ceremonies de la messe en peinture appliquéés a la passion de nostre seigneur. Un autre Contient Les peynes de L'enfer en Jmages, un autre La Creation du monde Les sauuages y Lisent auec plaisir et auec fruit, et ces Liures sont Leurs docteurs muets, un de nos Catechistes faict auec les liures de grands sermons et j'eus bien du plaisir hier quand J'en trouuay une troupe a la porte d'une cabane qui saprenoient a Lire dans ces sortes de Liures [Thwaites 1896-1901, vol. 62, p. 172]. »
La source qui permet à Thwaites de dater ce portrait de 1681 est la la biographie de Tekakwitha par Chauchetière telle que publiée par Walworth en 1887 où sont également évoquées les illustrations utilisées par le missionnaire aux fins d'évangélisation, mais surtout les circonstances où il a peint son portrait.
La reproduction du portrait de Tekakwitha par Thwaites fait face à ce texte rappelant ses mortifications et pénitences extrêmes.
« Nous y voyons tous les Jours des merueilles operées par son Jntercession Elle sappelloit Catherine TegasKouita ; durant sa vie elle auoit fait societé auec une autre pour se faire souffrir l'une l'autre par ce quelle estoit trop foible pour L'executer elle meme a raison de ses maladies Continuelles, Elle auoit prié sa compagne de luy faire la Charité de la bien maltraitter de Coups de fouets, ce quelles ont fait durant un an sans que personne en sceut rien, et pour cela elles se retiroient tous les dimanches dans une Cabanne qui est au milieu du Cimetiere, et la prenant des oziers, elles mesloient Loraison auec La penitence, enfin une des deux, voyant que sa compagne estoit tombée malade au bout de Lan, fut presséé de scrupule de decouurir L'affaire et de demander sy elle n'auoit point peché en cela [Thwaites 1896-1901, vol. 62, p. 176]. »
Thwaites franchit donc un pas important par rapport à ses prédécesseurs. En 1887, Walworth avait mis en évidence les nombreux travaux picturaux de Chauchetière. En 1891, elle avait fait référence au « très vieux » portrait de Tekakwitha à Caughnawaga, mais elle ne l'avait pas attribué à Chauchetière. Quant à Burtin, bien qu'il en ait publié une gravure sur bois en 1894, il n'avait établit aucun lien avec les pratiques picturales de Chauchetière.
L'attribution formelle à Chauchetière de ce portrait à l'huile est donc le fait de Thwaites qui n'en justifie pas les raisons. Nonobstant, ce monument incontournable des Jesuits Relations allait faire autorité dans toute l'historiographie qui ne remettrait pas en cause la faiblesse de ses fondements. Dommage ! Car cette reproduction réductrice, qui élémine deux larges bandes de la composition à gauche et à droite, détruit ainsi la nature cette composition où domine le paysage en la transformant en une image pieuse...
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