TEKAKWITHA. |
1884- La croisade des Walworth.
Ellen Hardin et son oncle le révérend Clarence Augustus.
Ellen Hardin Walworth (1858-1932) est la fille de Mansfield Tracy Walworth (1830-1873) et de Ellen Hardin Walworth (1832-1915). On l'appelait familièrement Nelly, afin de ne pas la confondre avec sa mère qui portait le même nom. On doit donc se méfier des mélanges et méprises ! Nelly vit dans un milieu nanti provenant de deux grandes souches familiales dont elle porte les patronymes. Ellen mère naît à Jacksonville (Illinois) dans l'éminente famille Hardin d'avocats et de politiciens. À 19 ans, cinq ans après le décès de son père, elle migre à Saratoga Springs NY où sa mère épouse, en 1851, l'honorable Reuben Hyde Walworth (1788-1867), le dernier chancelier de cet État. Elle y habite le domaine familial Pine Grove où elle se convertit au catholicisme, comme plusieurs membres de cette famille, sous l'influence de l'aîné des garçons Walworth, le révérend Clarence Augustus (1820-1900) prêtre catholique d'Albany (1866-1892). Portrait d'Ellen Hardin Walworth mère (1852-1915). Source : web ou pdf. |
Pine Grove Mansion home of the Walworth family, Saratoga Springs, source. Ellen mère épouse en 1852, à l'âge de 20 ans, le cadet de sa belle-famille, Mansfield Tracy Walworth (1830-1873) dont naissent huit enfants. Elle se sépare à quelques reprises de cet homme violent : en 1861 pour aller vivre sur une ferme à Louisville (Kentucky), puis en 1868 à Washington (DC) où elle occupe un poste de fonctionnaire au gouvernement. C'est donc dans ce contexte que vit la jeune Nelly à compter de sa naissance, le 2 octobre 1858. |
E. & H.T. Anthony (Firm), Walworth Mansion, vers 1863-1875, stereoscopic photography, 10 x 18 cm or smaller, Views in and about Saratoga Springs, Robert N. Dennis collection of stereoscopic views, New York Public Library MFY Dennis Coll 91-F144 No. 8475. |
À l'âge de 14 ans, en juin 1873, Nelly quitte l'école du couvent du Sacré-Coeur, à Kenwood près d'Albany, pour accompagner son oncle, Clarence Augustus Walworth alors au début de la cinquantaine, dans un voyage d'un an autour du monde (Écosse, Irlande, Angleterre, Londres, Belgique, Allemagne, Suisse, Italie, Milan, Vérone, Venise, Bologne, Florence, Rome, Naples, Égypte, Canal de Suez, Mer Rouge, Océan Indien, Chine, Japon, Océan Pacifique, de San Francisco à Saratoga). Ce type de voyage est dans l'air du temps, puisqu'il suit un itinéraire semblable à celui du Tour du monde en quatre-vingts jours publié par Jules Verne en 1872 ! Ses longues lettres de voyage, d'abord publiées dans le Albany Sunday Press, sont réunies dans un livre abondamment illustré édité en 1877 après deux étés de travail sur le manuscrit incluant deux chapitres par son oncle. Ce voyage lui permet donc de s'éveiller aux grandes civilisations et oeuvres d'art de ce monde, tel qu'en fait foi le titre de son récit : An old world, as seen through young eyes, or, Travels around the world. Elle y fait preuve de vivacité d'esprit dans un style alerte, par exemple dans cette conclusion bien emportée accompagnée de cette illustration.
Le début de ce voyage coïncide avec un événement tragique : l'assassinat de son père par son frère Franck, le 3 juin 1873, mettant ainsi fin aux harcèlements de celui-ci auprès de sa mère, même après leur divorce de 1871. Par la suite, la mère met tout en oeuvre pour défendre son fils et obtient sa libération en 1877. Pour subvenir aux besoins de sa famille, elle gère, pendant une quinzaine d'années (1873-1888), un pensionnat pour filles dans le domaine familial qui se mute en hôtel durant l'été. Ce qui n'est sûrement pas étranger à la carrière choisie par Nelly qui se consacre à l'enseignement, d'abord à Saratoga Springs, puis à Albany (Walworth 1897, p. 151). Donc, très différente de l'intense vie sociale de sa mère, souvent au conseil d'administration de diverses sociétés dans plusieurs secteurs d'activité (littérature, arts et sciences, arts décoratifs, éducation, féminisme, géologie, droit et parlementarisme, histoire et archives, préservation et mise en valeur du patrimoine, associations caritatives : James 1971, vol. 3, p. 537-538). |
Walworth Homestead, Saratoga Springs, |
Nelly publie plusieurs ouvrages majeurs suite à l'intérêt pour les autochtones suscité par son oncle : une transcription du manuscrit de Chauchetière sur La Vie de la B. Catherine Tegakoüita, dite à présent la saincte sauvagesse (Chauchetière 1887) ; sa monumentale monographie The life and times of Kateri Tekakwitha, the Lily of the Mohawks (Walworth 1891 et 1893) ; puis Life sketches of Father Walworth, with notes and letters (Walworth 1907). Sa forte personnalité marque l'historiographie, entre autres par le nouveau prénom Kateri, conféré à Tekakwitha, qui fait désormais autorité.
|
Clarence Waldworth (1820-1900), Walworth 1907, p. frontispice.
|
1887 Walworth publie la biographie manuscrite de Chauchetière.
C'est Ellen Hardin Walworth (1858-1932) qui publie, anonymement en 1887, la biographie manuscrite de Tekakwitha écrite par Chauchetière (Chauchetière 1685-1695).
Cet ouvrage contient une note liminaire de Félix Martin.
Il a été édité par un de ses émules, John Gilmary Shea (1824-1892). Francophile, ses presses sont un clin d'oeil aux Cramoisy, très importante famille d'imprimeurs libraires du XVIIe siècle liée aux jésuites.
|
Chauchetière 1887, p. titre. |
1717 LeÉd 1717 v12 PJCB p118. |
1722 Bacqueville 1722 PJCB v1p351. |
1723 Bacqueville 1723 PJCB v1p351. |
1724 Urtassum 1724 PJCB 11797. |
1741 LeÉd 1741 v12 AAUM p118. |
1753 |
1781 LeÉd 1781 v06 PJCB p040. |
1810 LeÉd 1810 v06 OUO p033. |
1819 LeÉd 1819 v04 BNF p025. |
Gravures : Lettres édifiantes et Bacqueville de La Potherie.
Contrairement à ce que l'on avait cru jusqu'à maintenant, les gravures anciennes de Tekakwitha diffèrent considérablement l'une de l'autre. Le modèle pour celle reproduite ici, en frontispice, peut être reconnu par ses proportions et caractéristiques comparables à celles de l'exemplaire publié en 1723 par Bacqueville. On n'y retrouve que de subtiles variantes par rapport à la gravure originale française du XVIIIe siècle telle que revue par son copiste américain du XIXe siècle !
Cette édition de luxe, tirée à seulement 100 exemplaires, est une belle imitation de celles du XVIIe siècle que veut émuler « la Preffe Cramoisy de Jean-Marie Shea ». Il fait appel à d'excellents artistes pour les gravures non signées, bandeaux, lettrines et culs-de-lampe.
La page titre de cet ouvrage présente cette gravure énigmatique qui se retrouve également sur d'autres publications de cet éditeur. Le pélican s'ouvrant le ventre pour nourrir son rejeton est devenu un symbole du sacrifice et du dévouement. Étant donné le caractère très religieux des publications de Shea, cet historien qui voulait être jésuite, le petit village illustré pourrait-il être une référence à la Palestine où vécut le Christ ? Et que penser du symbolisme ésotérique du logo présentant les lettres « S » et « G » ? Seraient-ce les initiales pour Shea et Gilmary, le serviteur de Marie ? Elles s'inscrivent dans ce qui semble être deux olives ou amandes reliées en forme de coeur, surmontées d'une lance ou d'une flèche de girouette, le tout coiffé de ce qui pourrait être le chiffre 4 suivi de la lettre « X », peut-être un christogramme...!? |
![]() |
Un passage de cet ouvrage est souvent cité à l'appui d'une attribution à Chauchetière de l'huile sur toile conservée à Kahanawaké.
« Catherine mefme laquelle me porta dans une uifion a faire des peintures pour linftruction des fauuages et a m'en feruir pour exhorter ceux et celles quelle uouloit attirer au ciel après elle [Chauchetière 1887, p. 11-13], »
Ce texte recoupe celui de la Narration... pour 1683.
Il y avoit un an qu'on commença à instruire par les peintures, ce qui pleut fort aux sauvages. On a mesme fait venir (f23v) toute la vie de Nostre Seigneur dont on a fait de petits livres que les sauvages portent avec eux à la chasse et s'instruisent eux mesme. On leur a mis ainsy par écrit les sacremens, les sept péchés capitaux, l'enfer, le jugement, la mort et quelques dévotions comme du rosaire, les cérémonies de la messe. (f24r)
Un autre missionnaire, Jean Pierron (1631-1700) dont le nom est cité par Chauchetière (f06v), utilisait également l'art à des fins d'évangélisation (voir aussi Gagnon 1975 et Gagnon 1976).
« et a mefme temps ie fis des iournaux qui puffent feruir a ma propre conduitte [Chauchetière 1887, p. 11-13], »
Les journaux sont les textes manuscrits de Chauchetière qui vont de pair avec ses dessins.
« ie mis donc la main a loeuure auec des peines incroyables, ayant quelques fois enuie de tout quitter, et ayant tout abandonné, il m'en uenoit des fcrupules etranges ne pouuant uiure en repos et ne trouuant la paix qu'en obeiffant a ce que Catherine demandoit de moy [Chauchetière 1887, p. 11-13] »
Chauchetière avait une personnalité angoissée qui exprime souvent ses peines et tourments. Ce qui l'a amené à ne pas toujours terminer ce qu'il avait commencé. Tekakwitha apparaît donc comme une figure tutélaire salvatrice.
« le premier ouurage que ientrepris fut les peines de l'enfer defigné par un allemant et qui m'auoit efté enuoyé par Mr. de bellemont cet ouurage plût fort aux fauuages et les miffionaires mefmes m'en demenderent copie [Chauchetière 1887, p. 11-13] »
François Vachon de Belmont (1645-1732) est un sulpicien arrivé au Québec en 1680. Difficile de retracer la gravure allemande citée par Chauchetière comme modèle de son dessin qui fut copié pour d'autres missionnaires. Un tableau, conservé chez les sulpiciens, donne une bonne idée de ce genre d'iconographie utilisée en Nouvelle-France. Anonyme, d'après la composition de Claude François dit frère Luc (1614-1685) gravée par Pierre Landry (vers 1630-1701), Le Purgatoire (Stimulus Poenitentium), vers 1650-1750, huile sur toile, 60,5 x 84,3 cm, en bas à droite de l'image « Wabamichin ej animissiyân ichkuteng ! / missake tiyan gaie kin ki/ pôn pimatissin, eka songa / nanckatchihitizossiwân nonguin megwatch pema / tissin wakit-akkanit [Regarde-moi ; vois comme je souffre dans le feu. Tu souffriras la même chose à ta mort si tu ne te convertis pas. Souffre pendant ta vie ; courage pendant que tu es encore sur la terre.] », Univers culturel de Saint-Sulpice, Oka, 2002.0274. |
« cette peinture ayant paru agréer au monde me donna courage d'entreprendre le portrait de Catherine qui eftoit lunique peinture que ie fouhaittois faire pour accomplir ce qui mauoit efté fi fort infpiré pour ma confolation et pour celle des autres ; ie l'entrepris un an après sa mort uoyant que ie n'auois pas dautre perfonne a qui ie puffe m'addreffer qu'a moy mefme [Chauchetière 1887, p. 11-13] ; »
C'est donc en 1681 que Chauchetière entreprend son portrait de Tekakwitha. Il utilise l'expression « l'unique peinture ». Dans le contexte de cette longue phrase, le mot « unique » doit être interprété dans ce sens : le portrait de Tekakwitha est l'unique oeuvre d'importance qu'il désire réaliser, toutes les autres n'étant qu'accessoires. Il serait étonnant qu'il ait été utilisé pour décrire une activité différente de ses autres travaux picturaux qui sont des dessins à l'encre sur papier.
Peut-on conclure que cette « peinture » de Tekakwitha puisse référer à une huile sur toile ? Le dictionnaire de Furetière 1690 décrit bien la polysémie de ce terme. Le peintre est celui qui emploie les couleurs avec art pour représenter toutes sortes d'objets. La peinture est la couleur qui sert aux peintres à enduire ou colorer ; c'est aussi l'art d'appliquer les couleurs, la science du peintre ; se dit aussi des tableaux, des ouvrages de l'art de peinture ; mais aussi, figurément, des choses morales ou d'une description d'une chose. Le tableau est une image ou représentation de quelque chose par un peintre avec son pinceau et ses couleurs ; les tableaux peints sur toile sont plus commodes pour le transport. D'après Furetière, il serait donc étonnant que Chauchetière réfère ici à une huile sur toile.
Par ailleurs, le missionnaires ne se fait pas d'illusions sur ses capacités d'artiste, car il aurait préféré confier le travail à quelqu'un de plus doué que lui ! Tous ses dessins sont à l'encre, plume et lavis. Avait-il vraiment tout ce qu'il fallait à sa disposition pour se lancer dans un tableau à l'huile sur toile ? Ou devrait-on comprendre ce texte de façon plus générale, au sens d'un projet de description picturale de Tekakwitha, indépendamment du support ou matériau avec lequel il est fait ?
« ie fis les images que plufieurs ont entre les mains dans des feuilles uolantes ; mais celles la eftant trop petites et moins propres a eftre ueües de loing fi on les expofoit dans un grand lieu ou fi on les mettoit dans les cabanes elles estoint aulfy toft remplies de fumées [Chauchetière 1887, p. 11-13]. »
Ce passage, plus concret que le précédent, réfère directement à de petites images sur des feuilles volantes. Donc à de petits dessins très certainement semblables à ceux de la Narration.
« ie me refolus de trauailler a cette grande image qui efl encor aprefent dans leglife du Sault pour feruir dinftruction aux Sauuages de la uie et des moeurs de Catherine ; enfin en eftant uenu about après beaucoupt de peine, elle y fut mife auec les quatre fins de lhomme quon y uoit et les peintures morales de Mr. le noblets [Chauchetière 1887, p. 11-13]. »
Ce portrait, une « grande image », est dans la chapelle du Sault au moment où Chauchetière rédige ce manuscrit en 1696. Il s'agit donc de celle de Kanatakwenke où la mission réside de 1696 à 1716 et dont il ne reste plus rien. Cette chapelle temporaire, très certainement en bois, devait être semblable à celles dessinées par Chauchetière, soit celle de La Prairie, mais surtout à celles de Kateritsitkaiatat là où Tekakwitha a vécu. Si cette image était sur papier, il n'est pas assuré qu'elle ait survécu au delà des deux décennies passées dans cette chapelle de mission ! |
Le format et la composition de cette « grande image » laissent perplexes. Surtout dans le contexte de ce texte très elliptique. Il devait s'agir d'une composition assez différente de ses dessins habituels, puisque Chauchetière n'en est venu à bout qu'après beaucoup de peine. Mais cette complainte est un couplet lancinant revenant souvent dans ses écrits ! Nonobstant, on doit y prêter ici une attention particulière.
En effet, cette « grande image » était destinée à l'instruction des autochtones sur la vie et les moeurs de Tekakwitha. On est donc ici dans une intention pédagogique toute différente de l'huile sur toile conservé à Kahnawake qui est plutôt d'ordre contemplatif et commémoratif ! Cette intention pédagogique se trouve renforcée par deux autres références : d'abord aux quatre fins de l'homme, ensuite aux peintures morales de Michel Le Nobletz. Ces éléments faisaient-ils également partie de cette « grande image » ou figuraient-ils à part ? Doit-on alors imaginer une composition toute différente de celle du portrait à l'huile sur toile conservé à Kahnawake où n'apparaissent nullement ces éléments des peintures morales !
Michel Le Nobletz (1577-1652), missionnaire en Bretagne, a innové en inventant des tableaux de missions à des fins pédagogiques, des cartes peintes par sa soeur Marguerite et par Alain Liestobec, qu'il utilise à compter de 1614 pour évangéliser les populations peu instruites. Ce procédé se répand et est utilisé par les missionnaires en Nouvelle-France CITATION DE GAGNON. Nombre de ces cartes sont peintes et copiées. Elles se présentent comme un jeu où l'objectif est de gagner le paradis ou d'apprendre, tout au long du parcours ludique, divers éléments de la doctrine chrétienne.
« Pour faciliter lexplication de ce grand tableau ie fis un petit liure dans lequel toutes les actions de Catherine font peintes et toutes les guerisons des malades et les deuotions qu'on a coutume de faire a fon tombeau [Chauchetière 1887, p. 11-13] »
On comprend mieux alors pourquoi Chauchetière a préparé un petit livre visant à faciliter l'explication de ce « grand tableau ». Cette précaution était nécessaire afin d'assurer une bonne compréhension du parcours complexe de « la vie et des moeurs de Catherine », illustrés dans le cadre d'une « peinture morale » avec les « quatres fins de l'homme ». Chauchetière réitère ici l'importance des dévotions au cénotaphe de Tekakwitha où une croix est toujours érigée.
Une biographie de Tekakwitha, accompagnée d'un portrait, est citée dans une lettre de Chauchetière à son frère, datée du 7 août 1694 à Ville Marie.
« Catherine dont je vous envoyais la vie l'an passée, je ne say si vous l'avez reçüe parce qu'un de nos navires se perdit retournant en France, et peut-estre ces papiers estoient-ils dedans, car vous ne m'en parlez pas, j'y avais mis son portrait [Gagnon 1975, p. 90, note 19 se référant à Jes. Rel. vol. 64, pp. 122-124]. »
Chose certaine, Chauchetière a fait de nombreux portraits de Tekakwitha. Mais, force est de constater qu'aucun d'entre eux n'a traversé le miroir du temps. La mise en contexte de ces sources permet de jeter une grande ombre sur l'attribution à Chauchetière de l'huile sur toile conservée à Kahnawake !
1891 Un double nouveau baptême par Walworth : Kateri et Lily of the Mohawks.
C'est Ellen Walworth qui a rebaptisé Tekakwitha en imposant le prénom Kateri afin d'accentuer son identité autochtone. Il provient de la prononciation, par un anglophone, du français Catherine après transformation par un accent iroquois.
« Nelly Walworth, anxious to eliminate the blatantly European "Catherine" from her title, was using a Mohawk mispronunciation of an Italian saint's name, linked to a French approximation of a Mohawk name, to clothe her heroine in an identity designed to look immaculately aboriginal. The gambit was a complete success; ever since, Tekakwitha / Catherine has been known around the world as "Kateri Tekakwitha [Greer 2005, p. 197]." »
C'est également elle qui lui donne son surnom, très fréquemment utilisé par la suite, et dont la source demeure de la nature du on-dit dans cet ouvrage : « She grew up, says one who knew her, "like a lily among thorns [Walworth 1891, p. 5]." » Par contre, elle en connaissait bien l'origine, pour en avoir elle-même effectué l'édition en 1887.
|
Dans la préface de ce livre, elle évoque sa rencontre avec Félix Martin à Paris.
|
Les interprétations de Walworth à propos de portraits de Tekakwitha sont intéressantes à mettre en perspective [Walworth 1891, p. 287-288].
« Pictures of Kateri were painted by Chauchetifere shortly after her death, and were distributed in many directions [Walworth 1891, p. 287-288]. »
Ces informations proviennent des écrits de Chauchetière analysés ci-dessus.
« They were first engraved and sent to Europe by order of Madame de Champigny in the year 1695. One or more of these reached the French Court, which was then at its most brilliant period under Louis XIV. The powdered and befrilled ladies of that time looked with wonder on the rough cut sent to them of a little squaw in blanket and moccasins, holding in her hand a cross, and worthy, they were told, to be held up as a model for the Christians of Europe. She had indeed lived as a light in the wilderness, and was looked upon by all who knew her as a lily of purity and star of faith [Walworth 1891, p. 287-288]. »
Il n'y avait aucun graveur ni presse de gravure en Nouvelle-France en 1695 (Martin 1980, Martin 1990). Madame de Champigny n'a donc pas pu les faire graver ici avant de les envoyer en Europe ! Walworth ne cite aucune référence permettant de retrouver la source de cette information.
Marie-Madeleine de Chaspoux, dame de Verneuil et Du Plessis-Savari, épouse de Jean Bochart de Champigny (1645-1720), sieur de Noroy et Verneuil, chevalier, intendant de la Nouvelle-France, 1686–1702. Rochemonteix 1895-1896, contient beaucoup de renseignements sur les relations que Champigny eut avec les jésuites, mais cette information n'y figure pas.
« Les maladies que les remedes ordres ne soulagent point on avale de l'eau ou dans du boüillon un peu de la poussière de son tombeau [celui de Catherine]. Mr De Champigny Intendant en Canada avoit perdu la voix pendant un an au bout duquel madame l'Intendante ayant fait dire une neuvaine il recouvra tres parfaitement la voix. Il a fait faire plus.rs petits tableaux de cette bonne fille Sauvage qu'il distribue et qu'on garde par estime qu'on a de La s.té de cette vierge iroquoise qui a conservé son Innoncence parmi tous les libertinages [Gagnon 1975, p. 90-91, se référant à Affaires canadiennes, 1696, Jes. Rel., vol. 65, p. 30] »
« Tout le monde sait aussi au Canada la dévotion de Mme de Champigny pour Catherine et avec quel zèle elle s'emploie à la faire honorer et que c'est ce zèle qui l'a portée à la faire tirer pour la première fois et qu'enfin ne se contentant pas d'en faire distribuer des copies dans le Canada, elle en a envoyé en France aux premières personnes de la cour [Gagnon 1975, p. 91 et note 23, se référant à Cholenec « Cité dans la Positio sur les vertus de Kateri (Rome, 1938), p. 234 » ; voir Cholenec 1696, repris dans Positio 1940, p. 326-327, dans Kateri 1962.12-EV15N01p10-13, puis dans Kateri 1963.03-06-F013p14-17] ».
Il ne s'agit pas ici de gravures. Dans un premier temps on se réfère à plusieurs petits tableaux (voir les définitions ci-dessus) faits à l'instigation de M. de Champigny. Dans un deuxième temps, on précise que la dévotion de Mme de Chapigny l'a portée à « faire tirer pour la première fois » le portrait de Tekakwitha. Cette information est pour le moins surprenante, car toute la colonie n'est pas sans savoir que c'est Chauchetière qui, le premier, a tiré le portrait de Tekakwitha après son décès en 1680 ! On est donc, alors, très probablement en présence de plusieurs versions différentes des portraits de Tekakwitha, produites en assez grand nombre vers 1696 (d'après la source citée ci-dessus par Gagnon). On peut donc légitimement présumer qu'elles n'étaient pas toutes de la main du missionnaire !
« There is a very old, full-length portrait of Kateri Tekakwitha still hanging in the sacristy at Caughnawaga, P. Q. [Walworth 1891, p. 287-288] »
| Walworth se contente de signaler que ce portrait est « très vieux », sans l'attribuer directement et formellement à Chauchetière, mais le contexte pourrait le suggérer. |
« Others are to be seen at St. Mary's Church, Albany, [Walworth 1891, p. 287-288] »
Clarence Walworth (1820-1900) devient pasteur de St. Mary en 1866 et c'est lui qui construit la nouvelle église. Son intérêt pour Tekakwitha s'est perpétué dans cette statuette très notablement inspiré du modèle de Nealis, donc sculptée après 1927. Anonyme d'après Nealis, Tekakwitha, après 1927, « These four carved wooden statues (carved in South America) which rest on St. John's Altar represent the three Saints and Blessed Kateri Tehawitha who had some historical connection with St. Mary's Parish [Albany, NY]: St. Elizabeth Seton, Blessed Kateri Tehawitha, St. John Neumann and St. Isaac Joques [source]. » |
![]() |
« and in the possession of the Jesuits at Troy, New York [Walworth 1891, p. 287-288]. »
« As early as 1891, rumors (true) that the provincial was going to withdraw the Society from St. Joseph’s in Troy, N.Y. [...] by the end of 1900 the 50+ year ministry of the [Jesuits] Society in Troy came to an end. [...] Jesuits still operated the Martyrs’ Shrine and the Tertianship at Auriesville, and they had run a parish in Troy for the second half of the 19th century [web ou pdf, p. 13-14 et 41]. »
À moins que l'oeuvre ait été conservée à l'église St. Joseph à Troy, difficile donc de retracer ce portrait de Tekakwitha qui a pu se retrouver par la suite dans divers emplacements jésuites.
« An ideal portrait of her by Mr. Lang, completed in the early part of the year 1889, is by far the best representation of her now in existence [Walworth 1891, p. 287-288]. »
Cet autre passage, dans le même ouvrage, se rapporte au même artiste.
|
« The same artist has also painted her, in a landscape of great beauty, as just moving away from her favorite place of prayer near the mission cross on the St. Lawrence [Walworth 1891, p. 287-288]. »
La description de cette autre oeuvre de Lang par Walworth permet d'attribuer à cet artiste une autre oeuvre qui a marqué un jalon important dans l'évolution iconographique de Tekakwitha. Elle a d'ailleurs été reprise par Wynne en 1922 avec une attribution erronée à Chauchetière ! Cette pieuse image a même été réutilisée, incrustée comme une relique, sur la croix surmontant le cénotaphe de Tekakwitha, telle que photographiée en 1948. |
« A Sister in the Hôtel Dieu at Montreal has a quaint colored print, representing her very much as she appears in the rude, uncolored engraving which accompanies the account given of her in "L'Amérique Septentrionale" by De la Potherie [Walworth 1891, p. 287-288]. »
On pourra se faire une idée de cette image alors en possession de l'une des religieuses hospitalières de Saint-Joseph, en consultant les gravures publiées par Bacqueville de la Potherie qui sont discutées sur la page Gravures.
« Sur l'iconographie récente de Catherine Tekakouitha, voir, entre autres, le portrait qu'en a fait Mère M.H. Nealis, R.S.H.J., reproduit dans Lecompte, op. cit., 1930 et dans T.J. Campbell, op. cit., face à la p. 303 ; la sculpture de J. Sibbell, reproduite dans Thwaites, Jes. Rel., vol. 62 en frontispice. Cette statue se trouve au St. Joseph's Seminary Hall de Dunwoodie, New-York, etc... [Gagnon 1975, p. 93 note 28] ».
« The illustration in Chauchetière's life of her, published in quaint style by John Gilmary Shea, in 1887, is not unlike these two [Walworth 1891, p. 287-288]. »
C'est Walworth qui a édité cet ouvrage, tel que discuté ci-dessus. Cette gravure est analysée sur la page Gravures et/ou celle sur Légaré ???
Walworth ne cite pas, dans cet ouvrage, la copie effectué par Martin à Bordeaux de la Narration... Elle ne connaissait donc pas ces dessins de Chauchetière. Deux publications de cette Narration... sont effectuées à la fin du XIXe siècle, mais sans les images, par Camille de Rochemonteix en 1895-1896 (Chauchetière 1895-1896), puis par Reuben Gold Thwaites en 1900 (Chauchetière 1900), ce dernier utilisant principalement la transcription manuscrite de Martin, mais aussi celle publiée par Rochemonteix.
« SOURCE: The original MS., in the incomplete form in which we give it, rests in the city archives of Bordeaux France. We follow an apograph thereof, made by Father Martin in 1881, and now preserved in the archives of St Mary's College, Montreal; we have, however, in a few instances, made emendations from the version given in Rochemonteix's Jésuites, t. iii., pp. 641-678 [Chauchetière 1900, p. 139]. »
1908 « Our little sister Kateri Tekakwitha, The Lily of the Mohawks ».
Cet article de l'Indian Sentinel (Walworth 1908) reprend les grandes idées déjà énoncées par Walworth. Il est surtout intéressant par son iconographie. Kelly ou Killy présente Tekakwitha avant son baptême dans une composition classique rappellant l'esprit des littératures et hagiographies du XIXe siècle. Son romantisme présente le personnage dans une nature digne de Rousseau ou de Chateaubriand. Le costume théâtral et la gestuelle reprennent les excès lyriques des grands opéras tragiques où le regard et les bras se tournent vers le ciel dans une imploration déchirante. Que penser de ce bol tenu dans sa main gauche ? Une sébile vide quêtant l'eau purificatrice du baptême !
Elle se met également à jour dans l'évolution des dévotions impliquant son principal objet d'études dans ces photographies montrant les pèlerins affluant à Auriesville ainsi que la croix commémorative qui y est érigée en l'honneur de Tekakwitha. |
TEKAKWITHA. |