TEKAKWITHA. |
1896 Rénovation de l'iconographie par Joseph Sibbel.
Joseph Sibbel (1850-1907) poursuit sur la lancée des modifications profondes amorcées par Walworth et Lang quelques années plus tôt. Sa magnifique création rompt avec la tradition et métamorphose l'iconographie de Tekakwitha commanditée par le Saint Joseph’s Seminary (Dunwoodie Yonkers New York) lors de sa construction en 1891-1896 (web ou pdf).
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« I feel great pleasure in testifying that the Statues of Saint Turibius and Saint Rose of Lima, of the martyrs Father Jogues, S.M. [sic : devrait être S.J.], and the saintly Indian maiden, Catherine Tegawitha, [sic] made by Mr. Joseph Sibbel for St. Joseph 's Seminary, Dunwoodie, have given complete satisfaction and are admired by all who see them as works displaying great artistic merit. They represent the builder of the earliest Seminary in America, the first Canonized Saints of New York, and the first convert of the Indian race who attained distinction for her holiness of life.
M.A. Corrigan, Archbishop of New York
Mr. Sibbel has been most happy and successful in his conception and admirable representation of these great models of Christian virtue (302).
(302) Sibbel, Joseph, Religious Sculpture of Joseph Sibbel.
(164) Sibbel, Joseph, Religious Sculpture of Joseph Sibbel, an anniversary booklet published by the artist to mark the twenty-fifth anniversary of Joseph Sibbel Studio, 1906. Copy available through the Diocese of Brooklyn Archives, 310 Prospect Park West, Brooklyn, NY, 11215 [Tallerico 2011, p. 149, notes 302 et 164]. »
PANORAMA : collaboration Michael Daum.
Le programme iconographique des sculptures, installées au mois d'août 1896 (Tallerico 2011, p. 149 et note « (300) The Inter Ocean, "The Saints of America," August 11, 1896 »), a été minutieusement planifié. En arrivant par la porte d'entrée centrale, on fait face aux escaliers et à la chapelle. Isaac Jogues et Toribio de Mogrovejo (1538-1606) appraissent au début des corridors latéraux, Rose de Lima (1586-1617) et Tekakwitha leur faisant face. Toutes les sculptures regardent vers le centre du vestibule d'où le panorama a été effectué. Deux hommes sur le même mur, l'un d'Amérique du Nord, l'autre du Sud, qui regardent vers deux femmes des mêmes hémisphères. Un équilibre donc, entre les deux Amériques et les deux sexes, mais où les hommes occupent le mur dominant, paraissant également légèrement plus grands. Hommes et femmes, sur leurs murs réciproques, dénotent une volonté de symétrie dans leurs postures et attributs ; à cet égard, la torsion du torse de Tekakwitha en rapport avec ses pieds est la plus accentuée. Notons également la variété des fonctions et ethnies : le martyre jésuite Jogues, d'origine française, regarde en direction de l'autochtone ; l'archevêque de Lima, né en Espagne et qui a été un grand défenseur des populations autochtones péruviennes, regarde en direction de la première sainte née au Nouveau Monde dans son diocèse.
Isaac Jogues. Photo : collaboration Michael Daum. Voir aussi cette autre page sur Jogues. |
Toribio de Mogrovejo. Photo : Fr Lawrence Lew, O.P.. |
Tekakwitha. Photo : collaboration Michael Daum. |
Rose de Lima. Photo : collaboration Michael Daum. |
Joseph Sibbel (1850-1907), 1896, Saint Joseph’s Seminary, Dunwoodie Yonkers New York (web ou pdf). |
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Le socle de l'actuelle Tekakwitha est le seul à présenter un décor en façade, une frise de lys, qui est absente de la photo publiée en septembre 1896 où, en sus, figure la signature « J. Sibbel N.Y. », que l'on retrouve également sur la photo publiée en 1900. Le matériau y est beaucoup plus rugueux, surtout sur la base. Il s'agit donc d'une maquette préliminaire qui présente quelques variantes avec la sculpture finale en marbre (cheveux, décor, pieds, etc.). Cette iconographie de Tekakwitha est aussi novatrice que celle de Jogues. Sibbel lui fait serrer, de la main gauche, sa croix sur sa poitrine et ajoute, dans sa main droite, son nouveau symbole littéraire et iconographique : « Lily of the Mohawks ». La représentation est à l'image de l'église de cette période : rayonnante et triomphante. Tekakwitha, altière, se drape de certaines caractéristiques autochtones, coiffure et grand manteau. Cette sculpture occupe une place importante dans l'iconographie de Tekakwitha. Outre le fait qu'elle est vue à tous les jours par le clergé formé dans ce séminaire, occupant la place centrale de l'immeuble, sa photographie, publiée en 1900 dans l'ouvrage monumental Jesuit Relations, en assure en outre une très large diffusion. |
« FATHER ISAAC JOGUES, S.J. First Apostle of the Iroquois. », Messenger 1896, August, p. 618. Voir aussi Pilgrim 1885-, August 1896, p. 248-249 ou pdf. |
« CATHARINE TEGAKWITHA, The Lily of the Mohawks. », Messenger 1896, September, p. 706. Voir aussi Pilgrim 1885-, August 1896, p. 248-249 ou pdf. |
« Catherine Tegakwita. [Statue for St. Joseph's Seminary Hall, Dunwoodie, N.Y., by Joseph Sibbel, sculptor.] », Thwaites 1896-1901, vol. 62 (1900), frontispice. |
Saint Joseph's Seminary. Photo : collaboration Michael Daum. |
(Google Maps).
Harry McCarthy, successeur à l'atelier Sibbel, réalise des copies en ciment de Tekakwitha (1923) et Jogues (1922) pour l'ancien portail d'entrée, sur la route 5S, de Our Lady of Martyrs Shrine à Auriesville (Tallerico 2011, p. 270 et note 466).
LM 1946.03 — (p24) « In Memoriam To the prayers of the members of Tekakwitha League we recommend the soul of Mr. Harry McCarthy, who died February 3. As owner of the Sibbel Studio he made the statue of Tekakwitha which stands at the entrance to the shrine at Auriesville, her birthplace. It is modeled on the statue that face one in the the vestibule of Dunwoodie Seminary, fashioning Kateri as a princess since her father and uncle were notable chieftains of her people, the Mohawks. Its unveiling was the occasion of a notable ceremony. It is one of four statues that stand at the entrace to the site of the martyrdom of Father Jogues and his companions, Goupil and Lalande, now Saints. May Kateri soon be declared like them a Saint! »
« Erected: 1923 Entrance to the shrine of North American Martyrs, Auriesville », Gridley 1966, p. 58. |
Cette typologie de l'autochtone, mise de l'avant par Sibbel dans sa Tekakwitha, est dans l'air du temps. Par exemple dans le monument à Joseph Brant de 1886, soit au fur et à mesure de leur extinction par la progression des blancs vers l'ouest. Certains des paramètres définis par Sibbel seront adoptés, plus mièvrement, dans les imageries ultérieures, plus particulièrement dans une série de gravures originant des Canadian Messenger - Messager Canadien. Percy Wood (1860-1904), Brant Memorial Brantford Ont. (détail), 1886, photo par Hannah Maynard, Park & Co., OBAC MIKAN 3559483. Kateri Tekakwitha, document iconographique collé sur un carton (MAVM BM1-5P0356). |
TEKAKWITHA. |