Marguerite
Bourgeoys et Jeanne Le Ber,
commanditaires d'orfèvrerie parisienne au XVIIe
siècle.
© Robert Derome, professeur, Université du Québec à Montréal
Nous remercions Michèle Bimbenet-Privat de son aide et des informations communiquées sur les orfèvres français et sur leurs oeuvres conservées en France, ainsi que les religieuses de la Congrégation Notre-Dame qui ont eu l'amabilité de nous recevoir et de nous donner accès à leurs trésors. Cet article a été réalisé à l'occasion de l'exposition Jeanne Leber, artiste et mystique (1662-1714) tenue au Musée Maison Saint-Gabriel de la Congrégation de Notre-Dame durant l'été 1995. Édition web 22 novembre 1997 ; révisée et augmentée 26 juin au 9 juillet 2023.
Bourgeoys à Troyes |
Bourgeoys en Nouvelle-France |
Don de Jeanne Le Ber |
Fondues et refaites |
|||||||
1693-95
|
||||||||||
Marguerite Bourgeoys à Troyes (1620-1653) puis en Nouvelle-France (1653-1700).
Pierre Le Ber, Portrait de Marguerite Bougeoys après son décès le 12 janvier 1700,
huile sur toile entièrement repeinte au XIXe siècle puis restaurée au milieu du XXe siècle (Gagnon
1976),
Montréal Musée Marguerite-Bourgeoys.
| On observe souvent le XVIIe siècle avec une visière obscurie par les siècles ultérieurs. Le portrait original de Marguerite Bourgeoys (1620-1700), peint par Pierre Le Ber le frère de Jeanne Le Ber, a été entièrement repeint au XIXe siècle pour correspondre à de nouveaux critères esthétiques et idéologiques. Puis, au milieu du XXe siècle, ce cataplasme a été enlevé pour retrouver l'original oblitéré ! | Il en va de même avec l'orfèvrerie de la Congrégation Notre-Dame établie en Nouvelle-France par cette protraiturée. Le XIXe siècle a ajouté des inscriptions sur les objets anciens. Parfois en détruisant les traces qui permettraient de mieux les dater, les connaître et les interpréter. Parfois, en détruisant complètement l'original pour le remplacer par un autre. |
Henri Boutiot del., Muller lith., Lith. Dufour Bouquot, Vue de l'ancienne église de Notre-Dame-aux-Nonnains de Troyes, fin XIXe siècle, gravure.
| Marguerite Bourgeoys rejoint la congrégation externe de Notre-Dame, à Troyes, sous l'influence de la Vierge : « En 1640, le dimanche du Rosaire, j'aillai à la procession aux Jacobins [Dominicains], où il [y] avait grand monde ; et comme le cloître ne suffisait pas on traversa une rue et on repassa devant le portail de [l'abbaye de] Notre-Dame [aux-Nonnains] où il y a, au-dessus de la porte, une image de pierre [de la Vierge]. Et, en jetant la vue pour la regarder, je la trouvai très belle et, en même temps, je me trouvai si touchée et si changée que je ne me connaissais plus. Et retournant à la maison, cela paraissait à tous. » [Simpson 1999, p. 13, 14 et 29, référence à Bourgeoys 1964, p. 234, "écrit en 1697, à l'âge de soixante-dix-sept-ans".] | Afin d'illustrer cette vision mystique et idyllique, une critique des sources s'avère indispensable, ce que certaines publications historiques ignorent parfois. Le monastère sur lequel figurait la Vierge qui a tant marqué notre mystique a été détruit par la Révolution française. L'image ci-dessus en est une reconstitution, de la fin du XIXe siècle, par Henry (Henri) Boutiot qui participa aux cinq volumes sur l'histoire de Troyes publiés par son père Théophile (Boutiot 1870-1880). Henry publia, une décennie plus tard, un ouvrage sur Troyes et ses environs, souvenirs artistiques (Boutiot 1891). |
Attribué à Pierre-Louis Morin (1811-1886), gravé chez Photo Electrotype Engraving Company New-York, Portrait fictif de Paul Chomedey de Maisonneuve, 1882-1884, Gravures dans l'Histoire des Canadiens-Français de Benjamin Sulte et Pierre-Louis MORIN (1811-1886), créateur d'images archéologiques mythiques. |
Marguerite Bourgeoys (1620-1700) arrive en Nouvelle-France à l'âge de 33 ans, en 1653, en compagnie de Paul Chomedey de Maisonneuve, dont le portrait fictif a été inventé au XIXe siècle, avec qui elle partage le quotidien pendant cinq années. |
Le co-seigneur de l'Île de Montréal de 1640 à 1663 (Oury 1992b), Pierre Chevrier baron de Fouencamps, commandite pour Marguerite Bourgeoys, en mai-juin 1672, une « médaille » qui est enfouie lors de la construction de la chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours. Son iconographie présente plusieurs affinités avec le patronyme de cette chapelle, tout en constituant un portrait mystique de sa récipiendaire. |
Deux pièces d'orfèvrerie, conservées par la Congrégation de Notre-Dame que Marguerite Bourgeoys a établie en Nouvelle-France, datent de cette époque : un ciboire de 1677-1680 et un calice de 1679-1680. Par ailleurs, un plat plus ancien, qui date de 1648-1649, bien avant son arrivée à Ville-Marie, oblige l'élaboration de diverses hypothèses quant à son origine ! |
Bourgeoys à Troyes |
Bourgeoys en Nouvelle-France |
Don de Jeanne Le Ber |
Fondues et refaites |
|||||||
1693-95
|
||||||||||
Plat de 1648-1649.
Anonyme, France, Paris, CD. Plateau. 1648-1649. Argent. 28,3 x 20,8 cm. Au revers : Maître Orfèvre parisien, C, un symbole, peut-être D ; Maison Commune de Paris D de 1648-1649. Sur un écusson soudé sur le marli : « Soeur / Marguerite Bourgeoys / fondatrice et 1ère supérieure / de la Congrégation de Notre-Dame de / Montréal / 1695 ». Sur le marli : « C + S ». Au centre : « IHS ». Montréal Congrégation Notre-Dame Centre Marguerite Bourgeoys.
Ce plat civil a été converti au service religieux. Son caractère d'origine a été défiguré par l'ajout récent, au XIXe ou XXe siècle, de l'inscription « IHS » surmontée d'affreux supports à burettes assemblés grossièrement, ainsi que d'un cartouche rudimentaire soudé sur le marli et portant une inscription gravée mécaniquement.
Le « C » et la croix peuvent être identifiés à la Congrégation de Notre-Dame. Mais qu'en est-il du « S » ? Plus petit que les deux autres marques, serait-il d'une main et d'une époque différente ? Pourrait-il se référer à la sacristie où il était utilisé ? Ou aux sulpiciens ? Car, à la fin du XVIIe siècle, les religieuses habitèrent les tours du fort des Messieurs de Saint-Sulpice, construit par Vachon de Belmont, où elles entretenaient une mission ! |
Ce plat est orné d'une frise de feuilles en faisceau de forme demi-jonc. Le très joli décor du marli, d'un relief accentué, est à mi-chemin entre le style auriculaire de Von Viennen, orfèvre à Utrecht, et les feuilles de style cosse de pois de Légaré. Très abîmés, ces motifs ont été doublés par endroits d'une plaque d'argent afin de les consolider.
Les poinçons de ce plat indiquent qu'il a été fabriqué à Paris en 1648-1649, ce qui le classe parmi une quinzaine des plus anciennes pièces d'orfèvrerie parisienne conservées au Québec, soit celles antérieures à 1650. L'orfèvre reste anonyme même si nous connaissons ses initiales « CD ». Au revers : Maison Commune de Paris D de 1648-1649. Au revers : Maître Orfèvre parisien, C, un symbole, peut-être D. |
Cette nouvelle datation soulève plusieurs nouveaux problèmes d'ordre historique, car ce plat est antérieur de près d'un demi-siècle au don de Jeanne Le Ber ! Dans ces circonstances, il n'est pas aisé de trouver le commanditaire original de ce magnifique objet dont l'histoire, tout autant que l'état de conservation, sont lourdes de stratifications multiples. |
Le père de Jeanne était Jacques Le Ber (vers 1633-1706), homme d'affaires et riche marchand tenant magasin à Montréal. Il possédait un service d'assiettes en argent évaluées à 2 140#. Il avait épousé Jeanne, sœur de Charles Le Moyne de Longueuil et de Châteauguay, célèbre famille également propriétaires de riches orfèvreries. Il est donc possible que ce plat puisse provenir de ces collections familiales. (Vadeboncoeur 1994, Le Moyne 1994, Zoltvany 1969 ; Maison Leber-Lemoyne à Lachine. BANQ, notaires A. Adhémar 1703/12/29 et B. Basset 1685/03/27, 1691/02/06, 1691/03/16, 1692/01/15, 1693/12/01.) |
Mais, comme l'inscription récente l'indique, il pourrait également provenir de la famille de Marguerite Bourgeoys qui aurait pu le lui offrir avant son départ pour la Nouvelle-France en 1653, ce qui est tout à fait compatible avec leur statut social et la date de fabrication de ce plat.
|
![]() |
Bourgeoys à Troyes |
Bourgeoys en Nouvelle-France |
Don de Jeanne Le Ber |
Fondues et refaites |
|||||||
1693-95
|
||||||||||
Ciboire de 1677-1680.
Anonyme, France, Paris. Ciboire. 1677-1680. Argent blanc. H. totale 18,5 cm environ ; H. au niveau de la coupe 13,9 cm ; D. du pied 9,9 cm ; D. de la coupe 7,9 cm. Sous le pied : peut-être des traces des poinçons de Maître Orfèvre, Charge et Maison Commune. Sur la bate : Décharge de Paris de Martin Du Fresnoy 1677-1680 une couronne fermée. Sous le pied, au burin mécanique : « CE CIBOIRE A ÉTÉ DONNÉ DU VIVANT DE LA VÉN. M. BOURGEOYS / À LA CONG. DE N. D. DE LA VICTOIRE, / FONDÉE LE 2 JUILLET 1658 ». Montréal Congrégation Notre-Dame Centre Marguerite Bourgeoys. |
Sous le pied du plus ancien ciboire, on trouve les traces des poinçons d'orfèvre, de charge et de jurande, mais ils ont été effacés par polissage afin de faire place à une inscription récente exécutée au burin mécanique. Seul le poinçon de décharge sur la bate a survécu. Il date de 1677-1680, ce qui corrobore le texte de l'inscription : « CE CIBOIRE A ÉTÉ DONNÉ DU VIVANT DE LA VÉN. M. BOURGEOYS | À LA CONG. DE N.D. DE LA VICTOIRE, | FONDÉE LE 2 JUILLET 1658 ». |
Cette datation très précise permet de relier ce ciboire à l'établissement, vers 1678, d'une mission au village sauvage de la Montagne, et du troisième voyage en France de Marguerite Bourgeoys, en 1680, où elle rencontre à Paris une riche bienfaitrice, Mme de Miramion (Bernier 1966, p. 120). La datation du premier calice, en 1679, permet également de le rattacher aux mêmes circonstances. La coupe de ce ciboire a probablement été repolie et reconsolidée ; la collerette supérieure a été remontée et le pas de vis refait ; le pas de vis inférieur a peut-être été refait. |
|
Bourgeoys à Troyes |
Bourgeoys en Nouvelle-France |
Don de Jeanne Le Ber |
Fondues et refaites |
|||||||
1693-95
|
||||||||||
Calice de 1679-1680.
Le calice de 1679-1680 ne porte pas de poinçon d'orfèvre. Il est l'exact contemporain du premier ciboire et peut donc être relié aux mêmes événements historiques par rapport à Marguerite Bourgeoys. La patène qui accompagne ce calice lui est postérieure car elle date du XVIIIe siècle.
La coupe est moderne, peut-être du XXe siècle : elle ne porte pas de poinçon ; elle est fabriquée d'un métal bien plus épais que le pied et d'une teinte différente ; elle s'orne des traces d'un très beau travail de martelage. |
Anonyme, France, Paris. Calice. 1679-1680. Argent blanc. H. 26 cm ; D. pied 15,7 cm ; D. coupe 9,4 cm. Maître Orfèvre : pas de poinçon. Sous le pied : Charge de Martin Du Fresnoy 1677-1680 ; Maison Commune de Paris, K avec son différent de 1679-1680. Sur la bâte de la collerette : Décharge de Paris de Martin Du Fresnoy 1677-1680. Coupe : aucun poinçon. Sur le pied : calvaire gravé avec les clous. Montréal Congrégation Notre-Dame Centre Marguerite Bourgeoys. |
Bourgeoys à Troyes |
Bourgeoys en Nouvelle-France |
Don de Jeanne Le Ber |
Fondues et refaites |
|||||||
1693-95
|
||||||||||
Don de Jeanne Le Ber 1693-1695.
La donation par Jeanne Le Ber(1662-1714) (Jaenen 1969) à la Congrégation de Notre-Dame illustre bien les embûches d'ordre chronologique dans l'interprétation des circonstances de commande, de fabrication et de conservation des pièces d'orfèvrerie ancienne. Heureusement, les archives en documentent les circonstances en 1693-1695 : « Mademoiselle Le Ber nous a fournies La sôme de quatre mille Livres pour nous aider à La Batisse de nôtre Eglise dont La dépence Est marquée Cy a Costé. Plus Elle a donné Le tabernacle, Le Ciboire, Le soleil, La Lampe, Et L'encensoir qui Reviennent a douze Cent Livres, plus un Calice deux burette Et un plat d'argent dont je ne scait pas Le prix [Montréal Congrégation Notre-Dame, Archives, Dépence faite pour nôtre Eglise depuis Le mois de décembre 1693 jusqu'au mois de Septembre 1695, 3A/05, p. 2]. » Cette donation est corroborée par un acte notarié stipulant que Jeanne Le Ber « a fourny la somme de quatre mil livres pour la plus grande partye de la despence qui à esté faite pour la Construction d'une Chapelle dans L'Enclos de la Communauté des dittes Soeurs », et « ensemble ce qu'elle pourra y mettre pour sa décoration, ornement et habit [Notaire Bénigne Basset, 4 août 1695 web ou pdf] ». Ces pièces d'orfèvrerie ont donc été données à la communauté en 1693-1695. On conserve aujourd'hui ces objets du XVIIe siècle qui font partie de ce don : calice de 1687-1694, ciboire de 1694-1695, ostensoir de 1694-1695et peut-être le plat de 1648-1649. Tous ces objets ont été fabriqués à Paris. Leur datation, attribution et historique, ont pu enfin être éclaircies grâce aux recherches effectuées à l'automne de 1994. Au XIXe siècle, le besoin impérieux de « voir » Jeanne Le Ber amène l'invention de son portrait fictif dans une scénographie pseudo-historique uchronique. Cette même volonté de « reconstruire » le passé amena les religieuses à ajouter diverses inscriptions sur les orfèvreries provenant de son don, tout comme on avait complètement repeint le portrait de Marguerie Bourgeoys, quitte à détruire l'original par une version plus idyllique de la conception qu'on se faisait alors de la mythique origine de la communauté au XVIIe siècle. Imp. Dien, 32 r. Hautefeuille, Paris, La soeur Le Ber pour honorer Jésus-Christ résidant au très Saint Sacrement de l'autel, se consacre à lui comme adoratrice, et lui voue une perpétuelle réclusion (Faillon 1852m, p. 366). |
Bourgeoys à Troyes |
Bourgeoys en Nouvelle-France |
Don de Jeanne Le Ber |
Fondues et refaites |
|||||||
1693-95
|
||||||||||
Calice de 1687-1694.
Ce calice est identifié par une gravure récente sur le pied : « Donné par Mlle Leber ». Ses poinçons indiquent que la base date de 1687-1691 et la coupe de 1691-1697. Il s'agit donc d'un objet fabriqué avant 1691, puis réparé à Paris par la suite, forcément avant sa venue au Québec puisque l'orfèvre Adrien Davault, dont le poinçon est apposé sur la coupe, est décédé en 1693-1694. C'est le seul objet dont le nom de l'orfèvre est connu. La dorure a été refaite au XIXe siècle et une plaque a été ajoutée sous le socle. La patène qui l'accompagne date de 1689. Davault, Adrien, France, Paris (Me 1655 †1693-1694). Calice. 1687-1691, 1691-1694. Argent doré. H. 24 m ; D. coupe 8,6 cm ; D. pied 13,5 cm. Sous le pied : pas de poinçon visible. Sur le rebord des acanthes du pied : Décharge de vaisselle montée Jacques Léger 1687-1691. Sur la coupe : Maître Orfèvre « fleur de lys, 2 grains et deux palmes entre un A et un D » insculpé en juillet 1680 ; Décharge de vieille vaisselle Pierre Pointeau 1691-1697. Sur le pied : « Donné par Mlle Leber » ; un calvaire gravé. Montréal Congrégation Notre-Dame. |
Premier poinçon d'Adrien Davault insculpé le 17 décembre 1755 : « fleur de lis un A et un D fermez de deux branches de laurier ». Provient de la première oeuvre décrite à droite. |
Arnoul, Jacques, France, Paris (Me 1640). Davault, Adrien, France, Paris (Me 1655 †1693-1694) [coupe]. Calice et patène. 1648-1649, 1655-1679 [coupe]. Argent. Calice : H. 31 cm ; D. base 18,6 cm ; D. coupe 10,7 cm. Patène : D. 19,8 cm. Sous le pied : Maître Orfèvre, IA et au milieu une hermine ; Maison Commune de Paris D de 1648-1649. Sur la coupe : Maître Orfèvre « fleur de lis un A et un D fermez de deux branches de laurier » insculpé le 17 décembre 1755. Sur le calice : « IHS » dans un cercle autour duquel on peut lire « TU PARS MEA IESUS IN ETERNUM ». « une croix PK » pour paroisse de Kébek. Sur la patène : « une croix PK » pour paroisse de Kébek. Québec Église Notre-Dame. |
Davault, Adrien, France, Paris (Me 1655 †1693-1694). Ciboire. 1673-1674. Sillery. |
Davault, Adrien, France, Paris (Me 1655 †1693-1694). Lambert dit Saint-Paul, Paul, Québec (1691 ou 1703 - 1749, actif 1729-1749) [coupe]. Ciboire. 1675-1676. Wendake. |
Davault, Adrien, France, Paris (Me 1655 †1693-1694). Huguet dit Latour, Pierre 1, Montréal (1749 - 1817, actif 1781-1817), ou Pierre 2, Montréal (1771 - 1828, actif 1788-1828) [fausse-coupe]. Calice. 1676-1677 [base et tige], 1781-1828 [fausse-coupe]. Québec, Musée du Québec, dépôt de la fabrique de Boucherville. 75.08.01. |
Quatre objets portent le premier poinçon de Davault déclaré en décembre 1655 : « un A et un D fermés de deux branches de laurier ». Huit autres portent le second poinçon postérieur à la réforme de 1680 : « fleur de lys, 2 grains et deux palmes entre un A et un D ». Hormis ces traces strictement corporatives, les sources sont muettes sur sa vie personnelle et l'importance de son commerce. Pourtant, c'est l'un des orfèvres parisiens les plus présents au Canada puisqu'on relève 12 pièces marquées de son poinçon, dont une nouvelle coupe ajoutée entre 1656 et 1680 au « vieux » calice de Jacques Arnoul à l'Église Notre-Dame de Québec, un petit orfèvre parisien spécialisé dans le religieux.
Second poinçon d'Adrien Davault insculpé en juillet 1680 : « fleur de lys, 2 grains et deux palmes entre un A et un D ». Provient du calice de la présente notice. |
Davault, Adrien, France, Paris (Me 1655 †1693-1694). Calice. 1686-1694. Montréal, Église Notre-Dame. |
Davault, Adrien, France, Paris (Me 1655 †1693-1694). Patène. 1687-1688. Québec, Musée du Québec, dépôt de la fabrique de Sainte-Foy. 76.31.02 |
Davault, Adrien, France, Paris (Me 1655 †1693-1694). Calice. 1687-1688. Trois-Rivières, Ursulines. |
Davault, Adrien, France, Paris (Me 1655 †1693-1694). Patène. 1687-1688. Québec, Monastère des Augustines de l'Hôtel-Dieu. |
Davault, Adrien, France, Paris (Me 1655 †1693-1694). Loir, Alexis, France, Paris (Me 1670 †15 avril 1713). Ciboire. 1687-1688. Québec, Monastère des Augustines de l'Hôpital général. |
Davault, Adrien, France, Paris (Me 1655 †1693-1694). Lafrance, Ambroise, Québec (1847 - 1905, actif 1868-1905) [coupe]. Calice. 1691-1694. St-François, Ile d'orléans ? |
Davault, Adrien, France, Paris (Me 1655 †1693-1694). Calice. 1692-1693, 1691-1698 [veille vaisselle], 1700-1799. Ottawa, Musée des beaux-arts du Canada. |
Le calice de l'Église Notre-Dame de Montréal (1686-1687) est une pièce splendide, sobre et très précise dans sa ciselure (Trudel 1974a, p. 87, n° 26). Ces qualités suffiraient pour nous permettre de classer Davault parmi les grands orfèvres, mais nous savons aussi qu'il a travaillé pour le roi de France puisque le Musée du Louvre possède de lui une chapelle en vermeil aux armes de Louis XIV (crucifix, chandeliers, calice, ciboire, ostensoir, burettes et plateau), datée de 1672-1676 et donc antérieure de dix ans, dans laquelle nous retrouvons la même élégance et la même précision.
Davault, Adrien (1694), Orfèvre, Chapelle aux armes de France, 1672-1676, 28,3 cm, vermeil, Louvre, OA 10363 (web).
Bourgeoys à Troyes |
Bourgeoys en Nouvelle-France |
Don de Jeanne Le Ber |
Fondues et refaites |
|||||||
1693-95
|
||||||||||
Lampe de sanctuaire de 1693-1695.
| La lampe de sanctuaire donnée par Jeanne Le Ber n'a pas été conservée, ce qui n'est pas étonnant puisqu'on ne connaît que très peu d'exemples anciens de ce type d'objet. Soit, pour tout le Québec, trois lampes du XVIIe siècle en argent qui permettent de reconstituer mentalement un Musée imaginaire de ce patrimoine disparu grâce aux photographies ci-dessous. |
Boursier, Claude, France, Paris (poinçon déclaré le 13 août 1647 - encore actif en 1698). Lampe de sanctuaire. 1668-1669. Argent H 24,7 cm. MO : une fleur de lys couronnée, deux grains, une grappe de raisin entre C et B. MC : Z de 1668-1669. Armoiries. Famille de Courcelle. Québec, Monastère des Augustines de l'Hôtel-Dieu. Photos RD. Voir d'autres photos sur le Répertoire du patrimoine culturel du Québec.
« "Monsieur de Courcelle, gouverneur general, ayant demeuré sept ans en Canada, s'en retourna en France en 1672. [...] C'est luy qui nous a fait present d'une lampe d'argent pour nôtre église ou sont ses armoiries." [...] Ce sont effectivement ses armoiries "d'hermine, à écusson de gueules" [Trudel 1974a, p. 82-83, n° 22, se référant à Jamet 1939, p. 174 ; voir aussi Juchereau 1716 et Massicotte 1918, p. 19]. »
| Cette magnifique lampe de sanctuaire constitue un exemple remarquable de ce type d'objet en Nouvelle-France. Elle porte les armoiries de son commanditaire, Daniel de Rémy, sieur de Montigny, de La Fresnaye et de Courcelle, seigneur de Rouvray et Du Bourg (1626-1698), qui fut gouverneur de la Nouvelle-France de 1665 à 1672. Le poinçon de Maison Commune « Z » permet de dater cette production de 1668-1669. | Cette lampe porte le poinçon de l'orfèvre parisien Claude Boursier (attribué à Claude Ballin par Trudel 1974a, p. 82-83, n° 22) qui fut déclaré le 13 août 1647 : « CB et au milieu une grappe de raisin ». Il vivait dans l'Île de la Cité, près de Notre-Dame, ce qui peut expliquer son répertoire essentiellement religieux. On connaît peu de chose sur la carrière de cet artisan modeste. En juin 1698, il est condamné par la Cour des Monnaies de Paris parce qu'il ne tient pas ses registres d'achats et de ventes, ce qui est illégal. |
Anonyme, France. Lampe de sanctuaire, Église Notre-Dame de Québec (1672, 1698) (Traquair 1940, p. 103, n° 5) |
| La lampe de sanctuaire de l'Église Notre-Dame de Québec (1672, 1698) (Traquair 1940, p. 103, n° 5) est Anonyme et porte les traces de plusieurs réparations. | La lampe de sanctuaire de Wendake (1673-1687) (Barbeau 1957b, p. 70) est Anonyme. Abîmée lors d'incendies, elle porte les cicatrices de plusieurs réparations. Son décor partage le même style que celui du bénitier (Trudel 1974a, p. 129, n° 61) de Jean Thibaron (France, Paris Me 1717 †1760) dans la même collection. |
Bourgeoys à Troyes |
Bourgeoys en Nouvelle-France |
Don de Jeanne Le Ber |
Fondues et refaites |
|||||||
1693-95
|
||||||||||
Encensoir de 1693-1695.
| L'encensoir donné par Jeanne Le Ber n'a pas été conservé, ce qui n'est pas étonnant puisqu'on ne connaît que très peu d'exemples anciens de ce type d'objet. Soit, pour tout le Québec, deux encensoirs du XVIIe siècle en argent qui permettent de reconstituer mentalement un Musée imaginaire de ce patrimoine disparu grâce aux photographies ci-dessous. |
| L'encensoir français Anonyme du XVIIe siècle chez les ursulines de Québec a été fortement remanié par François Ranvoyzé et Laurent Amiot au début du XIXe siècle. | L'encensoir qui a été donné par « Jean Dennemarche » en 1641 aux Augustines de l'Hôtel-Dieu de Québec, en même temps qu'un ciboire et un plat, est plus intéressant : il porte le poinçon de Rouen et non pas de Paris (Trudel 1974a, p. 57, n° 1). |
Bourgeoys à Troyes |
Bourgeoys en Nouvelle-France |
Don de Jeanne Le Ber |
Fondues et refaites |
|||||||
1693-95
|
||||||||||
Ciboire de 1694-1695.
Le second ciboire conservé par la communauté est identifié par une inscription récente comme ayant été « Donné par Mlle Le Ber », ce qui est corroboré par son poinçon de 1694-1695. L'objet n'a pas de poinçon de maître orfèvre, mais il porte ceux du fermier Pierre Pointeau, à la fois ceux de vieille vaisselle de 1691-1697, sur le bord de la coupe, et d'objets nouveaux : il aurait donc été fabriqué et remanié durant cette même période. Anonyme, France, Paris. Ciboire. 1694-1695. Argent doré, matériau très épais. H. totale 23,5 cm ; H. au niveau de la coupe 17,5 cm ; D. du couvercle 11 cm ; D. du pied 12 cm. Sous le pied : Maison Commune de Paris A de 1694-1695 ; Charge de Paris des ouvrages bruts de Pierre Pointeau 1691-1697. Au bord de la coupe : poinçon de vieille vaisselle de Paris de Pierre Pointeau 1691-1697. Sur la croix du couvercle : Décharge de vaisselle montée de Pierre Pointeau 1691-1697. À l'intérieur du couvercle : Maison Commune de Paris A de 1694-1695 ; Charge de Paris des ouvrages bruts de Pierre Pointeau 1691-1697. Sous le pied ? : « Donné par Mlle Leber ». Montréal Congrégation Notre-Dame |
Bourgeoys à Troyes |
Bourgeoys en Nouvelle-France |
Don de Jeanne Le Ber |
Fondues et refaites |
|||||||
1693-95
|
||||||||||
Ostensoir de 1694-1695.
Au XVIIe siècle l'ostensoir était appelé « soleil » par allusion métaphorique à sa morphologie. Les collections québécoises sont riches d'une dizaine d'ostensoirs parisiens du XVIIe siècle, malgré la fragilité de ce type d'objet dont la fabrication en métal précieux est accessoire par rapport à ses fonctions liturgiques. Les initiales du poinçon du maître orfèvre se trouvant sur la croix sont effacées, mais les autres poinçons permettent de le dater précisement de 1694-1695, ce qui correspond parfaitement avec cette inscription.
Plusieurs des inscriptions se trouvant sur les autres objets de cette collection pourraient avoir été gravées à la même époque. La communauté conserve le verre de la lunule fondu lors de cet incendie. Abîmé, le pied a alors été réparé, de petites boules ont été ajoutées sous le socle et l'objet a été redoré par galvanoplastie. Son pied rectangulaire est typique des renouveaux stylistiques apportés à la fin du XVIIe siècle. Celui-ci porte un très intéressant médaillon illustrant une dernière cène. Anonyme, France, Paris. Ostensoir. 1694-1695. Argent doré H. totale 48,5 cm. H. sans croix 45,5 cm. L. socle 12,5 x 19 cm. Sur le socle : Charge des ouvrages bruts de Paris de Pierre Pointeau 1691-1697, 2 fois ; Décharge de Paris couronne ouverte de Pierre Pointeau 1691-1697 ; Maison Commune de Paris A de 1694-1695, 2 fois. Sur la croix : Maître Orfèvre parisien dont les initiales sont illisibles ; Charge des ouvrages bruts de Paris de Pierre Pointeau 1691-1697 ; Décharge de Paris de Pierre Pointeau 1691-1697 ; Maison Commune de Paris A de 1694-1695. Sur le socle : « Don de Melle Jeanne Le / Ber aux Soeurs de la C. N.-D. 6 août 1695 Réparé après / l'incendie du 8 juin, 1893. » Montréal Congrégation Notre-Dame. |
Bourgeoys à Troyes |
Bourgeoys en Nouvelle-France |
Don de Jeanne Le Ber |
Fondues et refaites |
|||||||
1693-95
|
||||||||||
Burettes de 1728-1754.
Paradis, Roland. Burettes.
Il est dommage que ces burettes aient été traitées de façon irréversible au rhodium, ce qui interdit tout accès à la patine ancienne de l'argent sous-jacent. Les lettres « A » et « V », pour l'eau (Aqua) et le vin (Vinum) utilisés pendant la messe, ont été ajoutées récemment et défigurent également l'aspect original de ces charmants petits objets. Elles portent des inscriptions également récentes : « Don de Mlle Jeanne Le Ber aux Soeurs de la C.N.D. » sur celle marquée « A » ; « Pour la Premiere Messe dite dans l'Eglise de la C.N.D. le 6 aout 1695 » sur celle marquée « V » (Trudel 1974a, p. 212, n° 145, ill.). |
Ces burettes portent les poinçons de l'orfèvre de Nouvelle-France Roland Paradis (Derome 1974b, p. 151-157). Né à Paris vers 1696, il est le fils de l'orfèvre Claude Paradis demeurant sur le Pont au Change. Roland pratique son métier à Québec à compter de 1728, puis à Montréal de 1733 jusqu'à son décès en 1754, soit bien longtemps après le décès de Jeanne Le Ber en 1714. Aurait-il pu fondre et refaire les anciennes burettes données par Jeanne Le Ber ? De nombreuses inscriptions aux livres de comptes des paroisses nous révèlent que c'était là pratique courante, surtout pour ce genre d'objets très utilisés, donc exposés au bris, dont on conserve d'ailleurs peu d'exemples du Régime français (Morisset 1980). |
Bourgeoys à Troyes |
Bourgeoys en Nouvelle-France |
Don de Jeanne Le Ber |
Fondues et refaites |
|||||||
1693-95
|
||||||||||