Médaille Fouencamps-Bourgeoys.
web Robert DEROME

Introduction

Fouencamps

Montaigu

Bourgeoys

Vierge mère

Bon-Secours

Graveur

Marguerite Bourgeoys.

       ◊ De Troyes à Ville-Marie.
     ◊ Dévotions, statuette miraculeuse et médaille.

De Troyes à Ville-Marie.

Charles Fichot, Troyes, Les églises Saint-Etienne et Saint-Jacques, L'abbaye Notre Dame-aux-Nonnains et le Palais des Comtes de Champagne, Vue prise de l'Église Saint-Urbain (D'après un Dessin de 1790) (détail), 1852, Lithographie, Album pittoresque et monumental du département de l'Aube, Tome I, Mediatheque du Grand Troyes, Mitantier B.1.11.

En 1640, à Troyes, Marguerite Bourgeoys (1620-1700) décide d'entrer dans la congrégation externe de Notre-Dame sous l'influence de la Vierge, telle qu'elle le relate dans ses écrits.

« En 1640, le dimanche du Rosaire, j'aillai à la procession aux Jacobins [Dominicains], où il [y] avait grand monde ; et comme le cloître ne suffisait pas on traversa une rue et on repassa devant le portail de [l'abbaye de] Notre-Dame [aux-Nonnains] où il y a, au-dessus de la porte, une image de pierre [de la Vierge]. Et, en jetant la vue pour la regarder, je la trouvai très belle et, en même temps, je me trouvai si touchée et si changée que je ne me connaissais plus. Et retournant à la maison, cela paraissait à tous [Simpson 1999, p. 13, 14 et 29, référence à Bourgeoys 1964, p. 234]. »

« Premièrement, en 1640, à la procession du Rosaire, qui m'a semblé depuis être la première année que l'on est venu à Montréal, j'eus une forte touche en regardant une image de la Sainte Vierge. Et, en ce même temps, la soeur de Monsieur de Maisonneuve [Louise de Chomedey], religieuse de la Congrégation [de Notre-Dame], donna une image à son frère où était écrit en lettres d'or : "Sainte Mère de Dieu, pure Vierge au coeur loyal, gardez-nous une place en votre Montréal" [Simpson 1999, p. 14 et 28, référence à Bourgeoys 1964, p. 203-204, projet de lettre à Louis Tronson, 1695]. »

« C'est au XIIIe siècle que fut construite l'Abbaye Notre Dame aux Nonnains, qui faisait face au second Palais des Comtes de Champagne, en lieu et place de l'actuelle préfecture. Son église Saint Jacques était célèbre pour son portail, et lui valut le nom de "Saint Jacques au Beau Portail". [...] L'abbaye et l'église furent partiellement détruites à la révolution, et laissèrent place à une première préfecture, dont le corps central utilisait les murs de l'ancienne abbaye. En 1892, un incendie détruisit le bâtiment, qui fut reconstruit sur le même plan pour laisser place à la préfecture que l'on connaît aujourd'hui. » (Hervé Grosdoit-Artur, "Notre Dame aux Nonnains et Eglise St Jacques", Site du Vieux Troyes qui n'est plus accessible.)

« La statue qui surmontait le portail de Notre-Dame-aux-Nonnains, comme l'ensemble du monastère, n'a pas survécu à la révolution [...] Mais plusieurs autres statues de Marie, remontant à l'époque de Marguerite, exitent encore dans les églises de Troyes où on les a replacées après la Révolution. Chaque statue n'a peut-être pas été replacée dans l'église d'où elle avait été enlevée, mais les anciennes églises de Troyes sont situées à proximité les unes des autres, de sorte que les statues devaient toutes être connues du peuple [Simpson 1999, p. 31-32 et 213 note 68). »

Pierre Le Ber, Portrait de Marguerite Bougeoys après son décès le 12 janvier 1700,
huile sur toile entièrement repeinte au XIXe siècle puis restaurée au milieu du XXe siècle (Gagnon 1976),
Site historique Marguerite-Bourgeoys.

Marguerite Bourgeoys arrive à Ville-Marie en 1653 en compagnie de Paul Chomedey de Maisonneuve avec qui elle partage le quotidien pendant cinq années. Lors d'un pèlerinage au site de la croix du Mont-Royal, érigée le 6 janvier 1643, Marguerite retrouve l'image donnée par Louise Chomedey fixée sur la croix abattue par des Iroquois. Elle relatera ces événements en établissant un lien entre ces deux images de la Vierge qui ont marqué son entrée dans la Congrégation de Notre-Dame et orienté ses pas vers Montréal :

« [l'image] se trouva en pauvre état. Il y avait, écrit en lettres d'or, à l'entour de l'image : Sainte Mère de Dieu, pure Vierge au coeur royal [sic], gardez-nous une place en votre Montréal. Et, cette même année [1640], j'avais eu une touche par la vue d'une image qui est au-dessus du portail de Notre-dame, à Troyes, à la procession du Rosaire [Simpson 1999, p. 14 et 60, référence à Bourgeoys 1964, p. 37-38]. »

Le thème de la Vierge mère à l'enfant Jésus emmailloté est donc tout à fait approprié à Marguerite Bourgeoys. Tout d'abord, par sa vénération à Notre-Dame dont sa communauté porte le nom. Mais aussi, parce qu'une de ses oeuvres principales sera l'éducation des enfants qui a pu être influencée par l'omniprésence du thème iconographique de l'Éducation de la Vierge dans les oeuvres d'art qu'elle avait sous les yeux dans les églises de Troyes (Simpson 1999, p. 30-35).

« À son arrivée à Ville-Marie, Marguerite Bourgeoys ne trouve pas d'enfants d'âge scolaire, à cause de la mortalité infantile : "On a été environ 8 ans que lon ne pouvoit point élevé danfants" [DBC]. »

En vert, approximation de l'emplacement des ruines de la première église par rapport à l'actuelle d'après des fouilles archéologiques (Google Maps ; Simpson 2001, p. 45 ; Lauverbec 2006, p. 10, fig. 1).
Ruines de la première église Notre-Dame-de-Bon-Secours (Facebook).
Alain Rozières, Site archéologique, dessin, Site historique Marguerite-Bourgeoys (Facebook).
Vers 1655-1657 débute la corvée de la construction de la chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours, première église de pierre à être bâtie à Montréal : on en jette les fondations et on construit un appentis de bois. Le projet avait été approuvé par le jésuite Claude Pijart (1600-1683), curé de Montréal de 1653 à 1657, qui avait également choisi le nom de cette chapelle de pèlerinage, Notre-Dame-de-Bon-Secours (Simpson 2001, p. 36)... « [...] très approprié à la situation toujours précaire de la petite colonie. [...] Un missionnaire jésuite, Simon Le Moyne [1604-1665], passant par Montréal à cette époque, posa la première pierre et le major Lambert Closse, qui remplaçait le gouverneur [Paul Chomedey de Maisonneuve] durant son séjour en France, fit graver une plaque de cuivre [Simpson 1999, p. 127-128] ».

« Le Père Pijart la nomme Notre-Dame-de-Bon-Secours. Le Père Le Moyne met la première pierre. Monsieur Closse fait graver sur une lame de cuivre avec l'inscription nécessaire et les maçons commencent. Mais la même année, Monsieur de Queylus [Gabriel Thubières de Lévy de Queylus (1612-1677) DBC, fondateur et premier supérieur en 1657 du séminaire de Saint-Sulpice à Montréal] est arrivé de Québec et je lui ai écrit pour cette bâtisse. Et a fait tout arrêter jusqu'à son arrivée à Montréal et il a demeuré à Québec toute l'année [Bourgeoys 1964, p. 56] »

Cette « lame de cuivre » serait-elle la même plaque que attribuons à Pierre Chevrier, baron de Fouencamps, ou bien une autre ? Lambert Closse n'a pas possédé d'armoiries telles que celles retrouvées sur la plaque actuelle (Massicotte 1915 et 1918, Drolet 2019, Drolet-Larin 2019, DBC). S'il avait fait graver une plaque de cuivre aussi sophistiquée, il n'aurait certes pas pu le faire ni à Ville-Marie, ni en Nouvelle-France, car aucun artisan n'y était capable de réaliser une oeuvre de ce calibre et de cette complexité artistique ! D'ailleurs, les armuriers qui pratiquaient parfois l'orfèvrerie, ou les orfèvres, n'ont commencé leurs activités professionnelles en Nouvelle-France que bien après 1657 : Jean-Baptiste Villain et Jean Soullard à Québec en 1666, Guillaume Baudry à Trois-Rivières en 1682, René Fézeret à Montréal en 1692 (Derome 1974a, Derome 1974b) !

En 1658, Marguerite Bourgeoys avait accueilli ses premiers écoliers avant de retourner en France : « dans le desain d'amener quelques filles pour maider a recorder les enfants », soit Edmée Châtel, Marie Raisin et Anne Hiou. De toute façon, cette « lame de cuivre », qui devait présenter seulement du texte, ne dut pas survivre à la dispersion des matériaux de la chapelle telle que constatera Marguerite Bourgeoys après son retour en 1659.

« À mon retour de France [en 1659], je [Marguerite Bourgeoys] trouvai les matériaux qui avaient été disposés pour la chapelle tous dispersés [Bourgeoys 1964, p. 172]. »

« Quand je me trouvais en peine, je m'adressais à la très Sainte Vierge et lui promettais que je lui ferais bâtir une chapelle ; aussitôt, je trouvais ce qui m'était nécessaire, et cela, par plusieurs fois [Huet 1995, p. 23, référence à Bourgeoys 1964, p. 172-173). »

 

Dévotions, statuette miraculeuse et médaille.

Des documents d'époque évoquent les processions, pèlerinages, miracles et dévotions à la chapelle Notre-Notre-Dame-de-Bon-Secours, à la fin du XVIIe siècle, depuis la construction de l'appentis de bois vers 1655-1657 avant celle de la chapelle.

« Deux ans après son arrivée dans Ville-Marie, en l'année 55, elle [Marguerite Bourgeoys] eut la pensée de bastir une chapelle en l'honneur de la Ste Vierge. Elle fit amasser du bois et de la pierre sur la place où est aujourd'hui la chapelle Notre Dame de Bonsecours, et quand tous ces matériaux furent prêts, Monsieur l'abbé de Quélus qui arrivait de France [en 1657 d'après le DBC], ne trouva pas à propos qu'elle passât outre pour des raisons qui nous sont cachées, ce qu'elle fit sans répliquer, ni Monsieur de Maisonneuve qui lui aidait par ses libéralités ; elle laissa son entreprise jusqu'à 9 ou 10 ans après qu'elle fit faire un petit bâtiment de bois, mais si dévôt que le peuple y alloit comme à un asile assuré pour tous ses besoins ; il s'y fit plusieurs guérisons qu'on a cru miraculeuses tant pour l'ame par la force et le courage qu'on y a obtenu de Dieu pour sortir du péché que pour le corps par la guérison de plusieurs maladies considérables [Morin 1921, p. 85]. »

Dans un deuxième voyage en France, en 1670-1672, Marguerite Bourgeoys obtient du roi, en 1671, des lettres patentes pour les « filles de la Congrégation ». Elle visite Paul Chomedey de Maisonneuve chez les Pères de la doctrine chrétienne. Et, c'est à Saulseuses que le baron de Fouencamps la reçoit en avril 1672.

« A quelques années de là [avril 1672], Sr Bourgeois alla en France où Monsieur le baron de Fancamp luy donna un crucifix de grand prix et une image miraculeuse de la très Sainte Vierge soubs le nom de Notre Dame de bon secours avec cent escus pour estre employés à agrandir, ou orner la chapelle susdite ou devoit reposer son image [Morin 1921, p. 85). »

Marie Morin confond deux oeuvres par le recouvrement de leurs caractéristiques : l'iconographie de Notre-Dame de Bon-Secours sur la médaille donnée par le baron de Fouencamps et la statuette de Notre-Dame de Montaigu. Elle nous apprend toutefois le don d'un objet supplémentaire par le baron de Fouencamps à Marguerite Bourgeoys, celui d'un « crucifix de grand prix », qui pourrait être le Christ janséniste conservé à la Maison Saint-Gabriel.

Anonyme France, Crucifix, XVIIe siècle, bois ivoire peinture vernis métal, 44,9 x 21,5 x 4 cm,
Site historique Marguerite Bourgeoys MSG1994.167 (web ou pdf).

L'année 1672 est en effet bien documentée. Le 15 avril, Pierre-Denys et Louis LePrestre donnent leur statuette de Notre-Dame de Montaigu à Pierre Chevrier baron de Fouencamps. Le 30 avril, son certificat de miracle fait état de ses trois voeux : publier partout les bontés de la Vierge ; procurer de tout son pouvoir le bâtiment de la chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours ; et « pour la commencer » offrir la somme de trente pistolles pour la construction de la chapelle. En mai-juin, il réalise ses trois voeux : il fait fabriquer à Paris cette médaille sous forme d'une plaque de gravure afin de publier partout les bontés de la Vierge ; il donne la statuette de Notre-Dame de Montaigu à Marguerite Bourgeoys avec une niche qu'il lui fait fabriquer ; il donne une somme de trente pistolles pour la construction de la chapelle.

Le 2 juillet Marguerite Bourgeoys quitte la France et arrive à Québec le 13 août. Le 17 octobre, elle quitte Québec pour se rendre Montréal, apportant avec elle les certificats de LePreste et Chevrier concernant la statuette de Notre-Dame de Montaigu, la somme de trente pistolles pour « commencer » à construire la chapelle, ainsi que la médaille du baron de Fouencamps.

Claude Chauchetière — On bâtit la première chapelle.

Légende.

1673, fin mai ou début juin, « dans l'octave du St. Sacrement » [célébrée le jeudi de la Sainte Trinité, après la Pentecôte et avant la Fête-Dieu] — Par ordre du curé de Montréal, Gilles Pérot, Marguerite Bourgeoys place la statuette de Notre-Dame de Montaigu dans l'appentis de bois fermé en forme de chapelle sur l'emplacement où sera construite celle en pierre. Il était facile de l'y accrocher au moyen de l'anneau à l'arrière de la niche que Fouencamps lui avait spécialement fait fabriquer. En mai-juin 1673, on a donc déjà une tradition d'une quinzaine d'années de pèlerinages et de dévotions dans ce lieu consacré à la Vierge. On y expose la Notre-Dame de Montaigu « miraculeuse » donnée par les LePrestre et le baron de Fouencamps, tous deux de très importants membres de l'ancienne Société de Notre-Dame. Il paraît également approprié d'y exposer, peut-être sur son revers gravé d'un cadran solaire, la « medaille de cuivre de la Ste Vierge » portant les armoiries du baron de Fouencamps et réalisée d'après ses voeux de guérison prodiguée par la statuette miraculeuse de Montaigu.

Un autre événement, interprété comme un miracle, stimula les dévotions à la chapelle.

« Quand on maçonnait les marches de la porte [de la chapelle], nous avions un engagé qui ne voulait point aller servir les maçons. Ma Soeur Sommillard avait alors, dans la tête, un abcès qui la faisait beaucoup souffrir, jusqu'à l'empêcher de se baisser et à l'obliger même de se mettre à genoux lorsqu'elle voulait balayer sa chambre. Néanmoins, elle alla incontinent au travail et servit les maçons, environ deux ou trois heures, avec la force d'un homme, et comme sans faire réflexion à son état. Or il est à remarquer que, depuis ce moment, elle cessa pendant un an entier d'éprouver aucune douleur à la tête. Il se faisait plusieurs merveilles par les prières que l'on faisait dans la chapelle [Bourgeoys 1964, p. 173-174) ».

29 juin 1675 — « Et ledt Jour et An feste de St Pierre Et de st Paul, la procession s'est faite audt Lieu designé, a l'Issue des Vespres, avec concours de peuple, ou ledt Sr Soüart audt Nom de Superieur a planté la Croix, pour l'absence dudt Sr Perot Curé incommodé ». (Montréal, Archives de l'Église Notre-Dame, Registre des délibérations des marguilliers, p. 69-71.)

30 juin 1675 — « Et le Lendemain 30e et dernier Jour dudt Mois de Juin pareille procession s'est faite audt Lieu avec concours de peuple, a l'Issue des Vespres de paroisse, ou le dt Sr Souart au Nom et pour l'absence dudt Sr de fancamp, a posé la premiere Pierre dans le milieu du rond point de la dt Chapelle ». (Montréal, Archives de l'Église Notre-Dame, Registre des délibérations des marguilliers, p. 69-71.)

La « medaille de cuivre de la Ste Vierge » cultive un lien privilégié avec la statuette miraculeuse de Notre-Dame de Montaigu, puisqu'elle doit son existence à la réalisation du voeu du baron de Fouencamps. Ce lien permet de conclure qu'elle fut exposée dans cet appentis de bois en forme de chapelle en même temps que la Vierge sculptée dans le chêne de Montaigu. Mais, comment pouvait-on alors l'exposer dans cet appentis ? Tout simplement en la clouant aux murs de bois ! En la montrant sur son revers gravé d'un cadran solaire. Et ce, plutôt plusieurs fois qu'une !

Claude Chauchetière — On fait les processions du Saint Sacrement.

« Depuis quelques années [en novembre 1678 d'après Simpson 2001, p. 47] elles [les dames de la congrégation] ont volontairement cédé à la paroisse Nostre Dame de Ville-Marie, le droit qu'elles avois sur cette chapelle [Notre-Dame-de-Bon-Secours] avec bien de la générosité ; on y dit tous les jours la sainte messe, mesmes plusieurs quelques fois en un jour pour satisfaire à la dévotion et confiance des peuples qui est grande envers Nostre Dame de Bon Secours. On y alla aussy en procession pour les besoins et calamités publiques avec bien du succès ; c'est la promenade des personnes dévotes de la ville qui vont tous les soirs en pellerinage, et il y a peu de bons catholiques qui ne fassent des voeux et des offrandes à cette chapelle, dans tous les périls où ils se trouvent, de tous les endroits du Canada, qui est bien grand. Ceci soit dit, mes Soeurs, pour vous faire connaître l'origine de cette dévotion qui est la piété et le zèle de la Sr Bourgeois pour faire honorer la très digne Mère de Dieu dans sa ville Marie. Elle a fait cet ouvrage comme les autres avec les secours que sa confiance en Dieu luy a mérité ; car elle n'avait rien pour faire toutes ces choses ; aussy elle n'a manqué de rien dans toutes ses entreprises [Morin 1921, p. 86). »

Les deux plaques de fondation en plomb ont été trouvées dans la maçonnerie de la chapelle accompagnant cette médaille dont le matériau est défini comme le « cuivre » (Lapalice 1930), ce qui correspond aux techniques de gravure en taille-douce pratiquées à Paris à la fin du XVIIe siècle, compatibles avec la tache noire, un résidu d'encre qui a servi à imprimer des images afin de publier « partout » les bontés de la Vierge. En Nouvelle-France, il n'y avait aucune presse d'imprimerie ; elles n'y seront permises qu'après le Traité de Paris suite à la Conquête par l'Angleterre. Sur place, on n'avait donc aucune utilité pour cette plaque de gravure qui ne pouvait plus servir. D'ailleurs, n'avait-on pas alors en main des images imprimées rendant inutile la plaque de gravure ?

Plaque de fondation, 1675.
Plaque de fondation, 1771.
Le 30 juin 1675 la « medaille de cuivre de la Ste Vierge » est posée « au nom et place de Messire Pierre le Chevrier, Baron de Fancamp » dans les fondations de la chapelle avec la plaque de plomb gravée. Ces cérémonies démontrent l'importance du baron de Fouencamps qui est le personnage officiel choisi pour y présider in absentia. Il y est cependant symbolisé à plusieurs niveaux : le texte de la plaque de fondation en plomb ; les archives de l'église Notre-Dame où on retranscrit tout le processus incluant les certificats liés à Notre-Dame de Montaigu des LePrestre et de Fouencamps apportés en Nouvelle-France ; son rôle d'« ancien Seignr et iadis proprietaire de cette Is[le] » ; son rôle de co-fondateur de la Société de Notre-Dame ; son rôle actif à aider cette colonie même après la dissolution de la Société de Notre-Dame en 1663 ; et, finalement, la « medaille de cuivre de la Ste Vierge » sur laquelle figurent son monogramme et ses armoiries. Cette médaille fut enfouie dans la maçonnerie des deux chapelles Notre-Dame-de-Bon-Secours pendant près de trois siècles. Ce n'est donc pas durant ces très longues périodes de temps qu'elle fut abîmée, puisque cachée à tous les gestes et regards. Cette tradition des capsules spatio-temporelles se poursuit encore de nos jours, puisqu'on scelle toutes sortes d'objets commémoratifs qui sont enfouis avec la pierre angulaire ou de fondation de monuments ou d'immeubles.

Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours vers 1680
reconstitution hypothétique (web ou pdf).

Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours vers 1710
reconstitution hypothétique (web ou pdf).

La riche inscription sur cette médaille est quasiment une signature des oeuvres de Marguerite Bourgeoys, de ses dévotions et de ses voyages à travers les mers pour le bienfait de la communauté de Ville-Marie. Ce texte fait aussi appel à une forme de mysticisme magique, à un idéal chevaleresque où la femme combattante vainc des monstres illustrés sous la forme d'un « dragon ». Mais il fait aussi appel à un esprit épique d'aventure de celle qui parcourt les vastes mers houleuses pour sauver les indigents. À la lecture de l'inscription sur cette médaille, il est donc tout à fait usité de penser qu'on l'ait enfouie dans les fondations de la chapelle afin que la Vierge la protége des oeuvres des « monstres » dont elle porte l'iconographie. L'esprit du baron de Fouencamps traversait ainsi « les mers », par l'entremise de sa mandataire Marguerite Bourgoys, afin de lutter contre les « monstres » et donner à « l'indigent » sa « main droite secourable ». C'est d'ailleurs ce qu'elle fit à Ville-Marie par ses oeuvres de charité et d'éducation des enfants. L'esprit de ce texte illustre donc parfaitement le choix de la dédicace de la chapelle à Notre-Dame-de-Bon-Secours choisie par Claude Pijart vers 1655-1657.

• Bonsecours Church, gravure (Bosworth 1846, p. 100). •• Félix Martin, Notre-Dame de Bonsecours avant les réparations, vers 1844, Archives des jésuites au Canada 0900-0027.3.4. ••• John Henry Walker (1831-1899), Église Notre-Dame-de-Bonsecours, Montréal, 1850-1885, Encre sur papier monté sur papier, 15,5 x 13,2 cm, McCord M930.50.8.243.
Cette médaille ne fut accessible que durant trois périodes : d'octobre 1672 à juin 1675 ; de 1754 à 1771 ; depuis 1945. La question est donc de savoir à laquelle de ces périodes cette médaille a ainsi été détériorée ? Aucun élément justificatif ne permet d'attibuer aux périodes récentes ces perforations par des clous. Ils datent donc de la période de trois années qui va de son installation dans l'appentis de bois, après son arrivée à Ville-Marie en octobre 1672, jusqu'à son enfouissement dans la maçonnerie de la chapelle le 30 juin 1675. Il paraît tout à fait approprié que cette médaille ait été intimement liée au mortier et aux pierres de la chapelle. Elle partage à plusieurs titres le nom et la vocation de la chapelle : son iconographie est celle d'une Notre-Dame de Bon-Secours ; elle a été créée suite aux voeux du baron de Fouencamps secouru par la Vierge ; le texte du phylactère, il parcourra les mers houleuses, évoque sans ambages le patronage maritime lié à cette chapelle ; Marguerite Bourgeoys a placé la gouverne de la Congrégation de Notre-Dame qu'elle a fondée sous le patronage et les Bons Secours de la sainte Vierge choisie comme première supérieure qui la protégeait lors de ses nombreuses traversées des mers et en plusieurs autres occasions lorsqu'elle se plaçait sous la gouverne de la Vierge de miséricorde.

• Henry Richard S. Bunnett (1845-1910), La vieille église Bonsecours, Montréal, 1886, huile sur toile, 73,3 x 55,6 cm, McCord M653. « L'ancien baldaquin de Notre-Dame de Montréal, transporté à Notre-Dame de Bonsecours en 1830. » (Vailancourt 1920, photo Edgar Gariépy, frontispice.) •• Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours avant 1885 (web ou pdf).

Henry Richard S. Bunnett (1845-1910), La vieille église Bonsecours (détail), Montréal, 1889, Aquarelle sur papier, 15,5 x 19,5 cm, McCord M978.71.47.

Il est donc tout à fait usité de penser que l'on ait enfoui cette médaille dans les fondations de la chapelle homonyme afin de protéger cette même chapelle des oeuvres des « monstres » dont la médaille porte l'iconographie. L'esprit du baron de Fouencamps traversait ainsi les mers houleuses avec celui de Marguerite Bourgeoys. Selon le sens premier de ce mot, cette médaille voulait donc commémorer ou illustrer les bontés de la Vierge de Bon-Secours qui avaient guéri miraculeusement le baron de Fouencamps, mais aussi le souvenir de l'événement majeur pour Ville-Marie que fut la construction de sa première église en pierre, un événément crucial pour Marguerite Bourgeoys et les dévots qui avaient voué leur vie à l'établissement de cette mission en pleine forêt amérindienne.

Elena Khomoutova, Magie de Notre Dame de Bonsecours (web ou pdf).

 

Médaille Fouencamps-Bourgeoys.
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Montaigu

Bourgeoys

Vierge mère

Bon-Secours

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