Un portrait littéraire trafiqué par Léo-Paul Desrosiers
journaliste, romancier, historien

« D'après sa sœur aînée, Louise, et Dollier de Casson qui recueillait les récits de Jeanne Mance, le jeune Paul de Chomedey aurait commencé une carrière militaire à l'âge de treize ans. Il aurait servi dans les armées du nord, en Hollande, pendant la Guerre de Trente ans, contre la maison d'Autriche. Richelieu avait momentanément contracté alliance avec les Luthériens, leur fournissant vivres, subsides, quelques milliers de volontaires, c'est-à-dire de mercenaires avides de pillage, de carnage et de beuveries. Sa sœur Louise rend un témoignage direct : "La frange de ses cheveux, coupés à la façon des ecclésiastiques, lui donne l'air d'un croisé, et, sous sa tente, il aime à jouer du luth, pour tromper la monotonie des soirs brumeux". » (Desrosiers 1967, p. 36-37.)

Aucune source historique attestée ne fait référence à des lettres originales de Louise Chomedey. Desrosiers a donc créé de toutes pièces une fausse citation historique romancée qui n'a rien des écrits du XVIIe siècle, mais tout du vocabulaire romantico-poétique empruntée au XIXe siècle, par exemple le mot « brumeux » dont l'utilisation est attestée seulement depuis 1787.

En 1967 Desrosiers a édulcoré les mises en garde du portrait littéraire dressé par Pierre Rousseau en 1886 d'après celui gravé et publié la première fois par Sulte en 1882-1884 d'après les dessins originaux attribués à Pierre-Louis Morin :

« Si le portrait qui nous a été conservé de lui est le véritable, sa taille s'élevait au-dessus de la moyenne, il portrait les cheveux taillés comme les ecclésiastiques, le front large, les sourcils légèrement arqués, l'oeil bien dessiné, le nez droit et fort accentué ; la lèvre supérieure est fine, le menton accuse de la fermeté, et l'ovale allongé de sa tête est fermement assis sur la colonne du cou. La figure respire l'intelligence, mais surtout la bonté et le calme d'une vertu que n'ont jamais troublée les passions. Il y a là un charme qui attire la confiance et le respect, c'est le reflet d'une âme pure, modeste, timide peut-être dans les rapports de société qu'elle redoute (Pierre Rousseau, 1886, cité par Martin 1988, p. 106-107). »

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