Le luth en Nouvelle-France

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1534

1612

1642

1665

1680

Mythes

web Robert DEROME

Mythes et portraits.

     ◊ 1700-1715 Charles de Glandelet.
     ◊ 1874 Joseph L'Hérault.
     ◊ 1882-1884 Pierre-Louis Morin.
     ◊ 1895 Louis-Philippe Hébert.
     ◊ 1899 Albert Ferland.
     ◊ XXe siècle, Anonyme, Ozias Leduc, Albert Decaris.
     ◊ 1966 Gustave Lanctôt.
     ◊ 1967 Léo-Paul Desrosiers.
     ◊ 1975 Neuville-sur-Vanne.

Fortement influencées par les contingents d'historiens religieux, la redécouverte et de la réinterprétation de notre passé et de nos origines idéalise les héros en les célébrant, y injectant toutes les dimensions des mythes fondateurs de notre culture et identité. On ne connaît aucun portrait authentique de Paul de Chomedey de Maisonneuve, militaire luthiste fondateur de Montréal. Mais on recense un abondant foisonnement de portraits fictifs, tant littéraires que picturaux. En voici quelques-uns parmi les plus notables.

 

1700-1715 Charles de Glandelet.

Un des plus anciens portraits littéraires de Maisonneuve a été dressé par l'abbé Charles de Glandelet (1645-1725 DBC) après le décès de Marguerite Bourgeoys dont il écrit la biographie en 1700-1715.

« Ce fut dans ce temps-là [vers 1652, à Troyes, avant sa venue à Ville-Marie] qu'elle [Marguerite Bourgeoys] eut le songe suivant : "Il lui sembla voir saint François avec un jeune homme beau comme un ange, et un autre homme chauve, habillé simplenent comme quelque prêtre qui va en campagne, et qui n'était guère savant." Le lendemain, elle raconte son songe, et quelques jours après, on lui mande de venir au parloir où était Monsieur de Maisonneuve, de l'arrivée duquel elle n'avait point eu connaissance. En entrant : "Voilà, dit-elle, mon Prêtre que j'ai vu en songe." [Simpson 1999, p. 60, référence à Glandelet 1993, p. 46] »

Patricia Simpson, dans l'introduction de sa biographie sur Marguerite Bourgeoys, décrit et évalue le courant historiographique et hagiographique dans lequel Glandelet situe ce portrait littéraire de Paul de Chomedey de Maisonneuve.

« Charles de Glandelet fut son premier biographe ; c'était un prêtre attaché au Séminaire de Québec depuis 1675, qui l'avait rencontrée et qui avait peut-être même été, à l'occasion, son directeur spirituel. Il avait en sa possession des lettres qu'elle avait écrites et des notes fournies par les soeurs qui l'avaient connue, ainsi que d'autres documents, aujourd'hui disparus. La biographie de Glandelet a été rédiége en deux étapes : Le vray esprit de l'institut, en 1700-1701, immédiatement après la mort de Marguerite, et La Vie de la Soeur Bourgeoys dite du Saint-Sacrement, en 1715. Des recherches effectuées au cours des cinquante dernières années ont montré l'inexactitude de plusieurs des faits présentés par Glandelet à propos du début de la vie de Marguerite à Troyes. Il convient toutefois de rappeler que Glandelet ne s'intéressait pas principalement aux événements de la vie de Marguerite ni à leur insertion dans le contexte historique de Montréal et de la Nouvelle-France. Son intention était plutôt de transmettre ce qu'il comprenait de sa spiritualité et de sa sainteté. Glandelet savait que Marguerite Bourgeoys était généralement considérée comme une sainte. Inévitablement, il est porté, dans une certaine mesure, à lui donner les traits qui, selon ses propres critères, devraient être ceux d'une sainte. Comme plusieurs de ses contemporains et contemporaines, il cherche "les signes et les prodiges", tel que des visions et révélations extraordinaires ou des pénitences exceptionnelles. Pour lui comme pour certains de ses premiers biographes, Marguerite était, de ce point de vue, un peu déroutante [Simpson 1999, p. 7-8]. »

En outre, Patricia Simpson évalue plus directement ce portrait littéraire de Maisonneuve tel que revisité par Glandelet d'après les rêves de Marguerite Bourgeoys.

« Ce récit ressemble aux histoires merveilleuses qui se rattachent à la fondation de Montréal [...] Des faits connus concernant Marguerite Bourgeoys et Maisonneuve donnent du crédit à certains des détails : saint François d'Assise est le seul saint non relié à la Bible ou aux apocryphes auquel Marguerite fait référence dans ses écrits, et Marie Morin souligne que Maisonneuve n'était jamais vêtu avec ostentation. Il est évidemment assez vraisemblable qu'à l'époque où Marguerite mûrissait sa grande décision, elle en ait retrouvé des éléments dans ses rêves [Simpson 1999, p. 60-61]. »

Johann Christian Hoffmann, Luth, 1720, érable bois épicéa ébène, 1277 mm, Paris Musée de la musique E.529.

 

1874 Joseph L'Hérault.

Joseph L'Hérault (actif de 1874 à 1895), publié par J.C. Marquis prêtre chez Roberts & Cie lithographes, rue Saint-Jacques, Montréal, Détail du portrait fictif de Paul de Chomedey de Maisonneuve, Épiscopat de la Province Ecclésiastique de Québec, Souvenir du premier octobre 1874, 1874, lithographie, 99 x 82,5 cm (Martin 1988, p. 15).

D'après Karel 1992 (p. 515), « Jos. L'Hérault », actif de 1874 à 1895, aurait publié dans L'Opinion Publique, du 23 octobre 1874, un « tableau des Évêques Canadiens depuis Mgr de Laval jusqu'à nos jours », périodique où, vérification faite, on ne le retrouve pas ! Nonobstant, cette première apparition du portrait de Chomedey se retrouvera inversé chez Sulte une décennie plus tard ! Il est tout aussi fictif que ceux de Christophe Colomb, Jacques Cartier et Samuel de Champlain figurant aux trois autres coins de cette composition.

 

1882-1884 Pierre-Louis Morin.

Le dessinateur topographe, portraitiste, professeur de dessin, architecte et chantre Pierre-Louis Morin (1811-1886) œuvre à Montréal à compter de 1838. Il est chargé de mission en France, en 1842 et 1853, par les autorités gouvernementales pour effectuer des recherches historiques et iconographiques (Karel 1992). Plus tard, il publie un atlas intitulé Le vieux Montréal, 1611-1803 (Morin 1884) qui contient des dessins et plans reconstituant le fort de Ville-Marie qui seront réutilisés par de nombreux historiens, sévèrement critiqués par les uns, justement apprécié par d'autres (Robert 1994, p. 30-31, et p. 159, note 103 ; voir aussi Lahaise 1980, p. 30-31). Plusieurs ouvrages récents les utilisent sans en citer l'auteur...!

Attribué à Pierre-Louis Morin (1811-1886) d'après Joseph L'Hérault (actif de 1874 à 1895), gravé chez Photo Electrotype Engraving Company New-York, Portrait fictif de Paul de Chomedey de Maisonneuve, vers 1882, gravure, Sulte 1882-1884, pour la référence voir la table de concordance.

Le prototype le plus répandu du portrait de Chomedey a été publié par Benjamin Sulte en 1882-1884 et a servi de modèle à de multiples versions (Martin 1988, p. 105-109). Un état antérieur en avait cependant été diffusé dès 1874 par Joseph L'Hérault sur un grand tableau historique illustrant les évêques de la province ecclésiastique de Québec (collaboration Patrice Groulx le 20 août 2001, référence à Martin 1988, p. 15). Plusieurs artistes ont copié ce portrait qui n'est pas signé, mais qui s'est imposé comme l'une des iconographies de ce personnage. Une recherche inédite permet d'attribuer cette oeuvre à l'artiste québécois méconnu Pierre-Louis Morin (1811-1886) et d'identifer l'éditeur de Sulte, Thomas L. Wilson, qui a fait imprimer ce galvanotype à New-York chez Photo Electrotype Engraving Company.

« Dans une lettre du secrétaire de Wilson à Sulte du 30 octobre 1882 (Archives de l'Université Laval, fonds Malchelosse), le portrait de Maisonneuve est signalé comme étant "In Electrotype Corp [Corporation] Hands" en même temps que ceux de plusieurs autres personnages : l'honorable Morin, de Vallières, Lotbinière, Pierre Boucher, Colbert, juge Baby, Cauchon, Bourgeoys, Madame Mance, Dauversière, Plessis, en plus de Maisonneuve. L'hypothèse que d'autres gravures aient été faites par cette compagnie se confirme donc [collaboration de Patrice Groulx le 6 août 2001]. »

L'analyse des illustrations signées publiées dans Sulte 1882-1884 permet de poser des jalons dans l'identification de l'auteur du portrait fictif de Paul de Chomedey de Maisonneuve. L'attribution à Pierre-Louis Morin permet de lui comparer d'autres œuvres qui ont occupé ses travaux de recherche et de création : la reconstitution très hypothétique de son Fort à Ville-Marie, mais aussi le mythique « Château Maisonneuve » qui était, en fait, le premier séminaire des sulpiciens où Maisonneuve a peut-être résidé (et joué du luth ?) avant son départ définitif de Montréal (Lahaise 1980, p. 224-227). Toutes ces oeuvres sont de pures créations de l'imagination de l'artiste et n'ont que peu ou prou à voir avec la véracité historique ! Elles ont cependant eu une influence considérable et durable !

À ce titre, l'oeuvre de cet artiste devrait faire l'objet d'une étude approfondie. Le fonds Pierre-Louis Morin conservé aux Archives nationales du Canada (R6391-0-9-F) serait certainement utile, car il contient des dessins originaux, des notes et de la correspondance, incluant une lettre de Benjamin Sulte (1883) au sujet des erreurs relevées chez l'abbé Cyprien Tanguay et « des falsificateurs » de l'histoire du Canada !

Montréal vu à vol d'oiseau de 1645 à 1650.

Plan de Montréal de 1650 à 1672.

Résidence, Château Vaudreuil, L'Intendance.

Montréal 1725.

RECONSTITUTIONS HYPOTHÉTIQUES.
Dessins de Pierre-Louis Morin (1811-1886) gravés par George Bishop & Co. photo-litho-graveur (vers 1838 - après 1894) (Morin 1884).

Ces planches dessinées par Pierre-Louis Morin à la fin du XIXe siècle sont trop souvent utilisées pour décrire les réalités de la Ville-Marie de Paul de Chomedey de Maisonneuve. Or, il s'agit de reconstitions où certaines données sont très hypothétiques. Le Fort de Ville-Marie y est certes une très intéressante création artistique, mais non fondée sur des éléments de preuves du XVIIe siècle. Quant à la Résidence de Maisonneuve (interprétation reprise dans Souvenir Maisonneuve 1894, p. 11 en lavis), il s'agit de l'ancien séminaire des sulpiciens sur la rue Saint-Paul (coloré en vert), construit avant celui sur la rue Notre-Dame et avant la première église.

 

1895 Louis-Philippe Hébert.

Louis-Philippe Hébert (1850-1917), Monument Maisonneuve, 1895, bronze et pierre, H. 9,15 m, Montréal, Place d'Armes face à l'église Notre-Dame (photos RD).

Au sujet du portrait de Maisonneuve sculpté par Louis-Philippe Hébert pour son magnifique monument dressé face à l'église Notre-Dame de Montréal, on « rapporte que l'historien Benjamin Sulte, ami du sculpteur, servit de modèle pour cette figure énergique, dont Hébert accentua l'idéalisation (Martin 1988, p. 109). » Sulte est donc à l'origine de la double iconographie de Maisonneuve créée à la fin du XIXe siècle : la gravure romantico-médiévale parue dans son Histoire des Canadiens-Français (Sulte 1882-1884) et ses traits idéalisés pour la sculpture épique par Louis-Philippe Hébert !

(Photo RD).

Studio de photographie Notman & Sandham (1877-1882), Benjamin Sulte, 1880-12-08, photographie, Musée McCord II-59018.1.

(BANQ, Fonds Massicotte 4-165-d.)

 

1899 Albert Ferland.

Robert Le Blant porte un jugement sévère sur le portrait de Maisonneuve par Albert Ferland d'après celui de Pierre-Louis Morin.

« Quelques autres obscurités des procès-verbaux [dressés après le décès de Maisonneuve] sont plus ennuyeuses pour qui serait désireux d'entreprendre la critique d'un portrait reproduit par un de nos plus éminents prédécesseurs, donnant au gouverneur quelque peu l'apparence d'un chevalier du Moyen âge [Le Blant 1959.09, p. 269, se référant à Le Jeune 1931]. »

Le Blant proposera un autre portrait littéraire de Maisonneuve beaucoup plus convaincant tiré des informations consignées à son inventaire après décès qui fournit des informations de première main sur la place du luth dans la vie du premier gouverneur de Montréal.

 

Albert Ferland (1872-1942) d'après Pierre-Louis Morin (1811-1886) d'après Joseph L'Hérault (actif de 1874 à 1895), Portrait fictif de Paul de Chomedey de Maisonneuve, [1899] (Le Jeune 1931, p. 218).

 

XXe siècle Anonyme, Leduc, Decaris.

Anonyme, Portrait fictif de Paul de Chomedey de Maisonneuve, XIXe ou XXe siècle, photographie rehaussée de fusain et de gouache, 97 x 84,2 cm, Montréal, Musée des Hospitalières de Saint-Joseph 1988.X.962.

Ozias Leduc (1864-1955), Portrait fictif de Paul de Chomedey de Maisonneuve, XXe siècle, huile, Montréal, Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours.

Albert Decaris (1901-1988, Vernouillet, Yvelines, France), Portrait fictif de Paul de Chomedey de Maisonneuve, XXe siècle, gravure, Montréal, Collection Maurice da Silva (photo Archives nationales du Québec, Collection initiale, P600,S5,PGN62,03-Q).

Ces trois portraits sortent des sentiers battus par Pierre-Louis Morin. Celui d'Albert Decaris (1901-1988) est utilisé dans la publicité touristique sans être identifié. Cette version plus romantique s'apparente à celle de Louis-Philippe Hébert, mais reprend les traits et attitudes de Jean Marais dans l'un de ses films de cap et d'épée. « Albert Decaris, né à Sotteville-les-Rouen le 6 mai 1901, est originaire d'une famille qui compte parmi les plus anciennes de Vernouillet. Lui-même a d'ailleurs fait toutes ses classes primaires à l'école du centre. La charmante maison de ce fidèle conservateur des traditions Vernolitaines offre aux regards des visiteurs de nombreuses œuvres du Maître. Elève de l'école Estienne, il a étudié ensuite, à l'école des beaux-arts de la rue Bonaparte. Premier prix de Rome de gravure à dix huit ans. Membre de l'Académie des beaux-arts depuis 1943, il en a été Président pour l'année 1960. Considéré comme le grand maître du burin, il en a exploré toutes les possibilités et sa fécondité est légendaire. Il a illustré entre autre son fameux Don Quichotte qui comporte deux cents planches. C'est notre plus célèbre graveur de timbres [CREMIV - Centre de Rencontres Micro-Informatique de Vernouillet, Projet BEATEP]. »

 

1966 Gustave Lanctôt.

Gerrit van Honthorst (1590-1656), Femme jouant du luth, vers 1624,
huile sur toile, 0,82 x 0,68 m, Louvre INV 1368.

Gerrit van Honthorst (1590-1656), Femme jouant de la guitare, vers 1624,
huile sur toile, 0,82 x 0,58 m, Louvre INV 1369.

Au récit romanesque et fantasque de Desrosiers, publié l'année suivante, on peut opposer la sobriété de Gustave Lanctot. Dans son portrait uniquement littéraire de Maisonneuve, il puise aux sources connues, mais pas du tout aux fictifs portraits picturaux ou sculpturaux alors répandus. On peut cependant reprocher à Lanctot, ainsi qu'au notaire ayant inventorié l'instrument de Bizard, de confondre luth et guitare, tels qu'illustrés en 1624 dans ces deux oeuvres picturales de Gerrit van Honthorst conçues comme pendants, soit pour être vues côte à côte. La guitariste donne la note, tandis que la luthiste accorde son instrument ; toutes deux se regardent, l'une sourit et l'autre rit, prélude à quelque duo gaiement exécuté.

« Fils d'une famille de noblesse ancienne, Paul de Chomedey, sieur de Maisonneuve était né à Neuville-sur-Vanne en février 1612. De ses antécédents on sait fort peu de faits authentiques. Très jeune, selon l'usage du temps, à treize ans, il aurait joint les rangs de l'armée et servi dans plusieurs campagnes notamment celle de Hollande. C'est ainsi qu'il acquit la pratique de la discipline et l'expérience du commandement. Ayant quitté le régiment à l'âge de vingt-neuf ans il se trouvait libre de toute attache. [...] "Homme de grande oraison" il possédait un fonds de sympathie humaine, un esprit de profonde justice et un jugement solide. De plus il ne désirait pas les honneurs et ne recherchait ni les avantages ni la richesse. Au contraire il donnait généreusement du revenu de ses biens personnels. D'une bravoure froide et d'une fermeté inébranlable il se révélera le chef qui refuse de céder devant les Iroquois, les gouverneurs malveillants et les autorités théocratiques. Ces qualités de l'homme d'action s'accompagnaient dans la vie quotidienne d'une humeur aimable, animant la conversation de réflexions piquantes. Il professait un goût marqué pour la musique et se plaisait, aux heures de loisir, à jouer du luth, la guitare du temps [Lanctot 1966, p. 33-34, 38 et note 11 se référant à : Casson [Dollier 1992], p. 16-19. Sœur Morin [Morin 1921 et Morin 1979], Annales de l'Hôtel-Dieu, Montréal 1921, p. 81 et 84. Daveluy [Daveluy 1965], Marie-Claire. La Société de Notre-Dame de Montréal, p. v21 [sic, voir p. 121]. »

Vihuela ou guitare baroque.

La vihuela, bombée au dos, était davantage apparentée au luth même si elle ressemblait à la guitare vue de face. Elle est bien illustrée, en 1536, dans le traité du fabuleux Luis de Milán, dont la musique est également souvent interprétée au luth. Ici, c'est le légendaire poète et musicien Orphée qui en joue.

El grande Orpheo primeri inventor Por quien la vihuela pareſce enel mundo Si el fue primero no fue ſin ſecundo Pues dios es de todos de todo bazedor. Le grand Orphée, premier inventeur, Par qui la vihuela apparaît dans le monde. S'il fut le premier, il ne fut pas sans un second. Car Dieu appartient à tous, à tout créateur.

Luis de Milán ca.1500-ca.1561, Libro de musica de vihuela de mano, intitulado El Maestro el qual trahe el mesmo estilo y orden que un maestro..., Impresso en ... Valencia por Francisco Diaz Romano, 1536, VI, [96] h., Fol. (Biblioteca Virtual Andulucia).

 

1967 Léo-Paul Desrosiers.

Attribué à Pierre-Louis Morin (1811-1886) d'après Joseph L'Hérault (actif de 1874 à 1895), gravé chez Photo Electrotype Engraving Company New-York, Portrait fictif de Paul de Chomedey de Maisonneuve, vers 1882, gravure, Sulte 1882-1884, pour la référence voir la table de concordance.

« D'après sa sœur aînée, Louise, et Dollier de Casson qui recueillait les récits de Jeanne Mance, le jeune Paul de Chomedey aurait commencé une carrière militaire à l'âge de treize ans. Il aurait servi dans les armées du nord, en Hollande, pendant la Guerre de Trente ans, contre la maison d'Autriche 6 D'après un livre intitulé : Conduite de la Providence dans l'établissement de la Congrégation de Notre-Dame, par Louis Gaspard-Bernard [sic], Pont-à-Mousson. Richelieu avait momentanément contracté alliance avec les Luthériens, leur fournissant vivres, subsides, quelques milliers de volontaires, c'est-à-dire de mercenaires avides de pillage, de carnage et de beuveries. Sa sœur Louise rend un témoignage direct : "La frange de ses cheveux, coupés à la façon des ecclésiastiques, lui donne l'air d'un croisé, et, sous sa tente, il aime à jouer du luth, pour tromper la monotonie des soirs brumeux" [Desrosiers 1967, p. 36-37 et note 6 se référant à Bernard 1732]. »

Ce témoignage de Louise de Chomedey serait tout à fait exceptionnel s'il ne s'agissait pas d'une citation fabriquée ! Léo-Paul Desrosiers (1896-1967) était certes devenu historien, mais il évait avant tout journaliste et romancier. Il met dans la bouche de Louise une description du portrait fictif de son frère fabriqué deux siècles plus tard ! Tout en admettant, candidement, que l'appareil scientifique historique lui répugnait et même le dérangeait dans la fabrication de la trame de son récit présenté sous forme de roman historique, un genre littéraire dominant depuis le XIXe siècle.

« Un problème se posait : fallait-il répéter les références de Faillon, de Massicotte, de Marie-Claire Daveluy, de Gustave Lanctôt, de sœur Mondoux ? Reproduire des séries de documents déjà reproduits, y compris Les Véritables Motifs si chers aux montréalistes ? Donner l'origine de citations que l'on trouve dans presque tous les volumes d'histoire ? S'attarder dans les Relations feuilletées chaque jour par les gens du métier ? Dresser une liste d'ouvrages lus qui ressemblerait comme une sœur à d'autres listes déjà connues ? L'auteur aurait ajouté une cinquantaine de pages à un manuscrit déjà long et sans être bien convaincu de leur utilité. Il a donc préféré réduire au minimum tout cet appareil historique qui a servi maintes fois [Desrosiers 1967, p. 8]. »

Desrosiers nous prive donc de la source de ce portrait littéraire de Paul par sa sœur Louise ! En effet, il ne se trouve pas dans l'ouvrage de Bernard 1732, dont Desrosiers cite mal le véritable nom ! Après vérification de toutes les pages de cet énorme ouvrage du début du XVIIIe siècle, les seules mentions concernant Louise de Chomedey se trouvent au tome 2 (p. 186-187 et 197-200).

On doit donc chercher ailleurs la source de ce portrait de Paul par sa sœur Louise. Leymarie 1926 a publié un court texte sur Louise de Chomedey que Daveluy 1965 affirme être la source la plus importante sur ce personnage. Leymarie 1926 reproduit des extraits de Bernard 1732 augmentés de corrections, d'annotations et autres documents, mais le portrait littéraire cité par Desrosiers ne s'y trouve pas !

« C'est la célèbre Mere de Chomedey, connue dans la religion sous le nom de Louise de sainte Marie, Religieuse du Monastère de Troyes, qui a procuré ces établissemens [de la Congrégation Notre-Dame en Nouvelle-France], & qui doit en être regardée comme la mère. [...] elle vint à bout de persuader à un frere unique qu'elle avoit, de mépriser tous les avantages qu'une famille noble & ancienne dont il étoit issu, & des biens considérables qu'elle possedoit, lui présentoient dans le siècle, pour aller au de-là des mers travailler à éclairer ces peuples [Bernard 1732, t. 2, p. 198] ».

« L'acte de baptême de Louise de Chomedey n'a pu être retracé. Mais M. Leymarie cite dans Nova Francia (année 1925, p. 26), un acte où Louise de Chomedey apparaît comme marraine. L'acte est daté de 1614. Louise deviendra plus tard Mère Louise de Sainte-Marie de la Congrégation de Notre-Dame, à Troyes. C'est elle qui présentera à son frère Paul, en 1652, Marguerite Bourgeoys, préfète de la Congrégation des Externes. Léo Leymarie a consacré un petit article documenté à la sœur aînée de Maisonneuve, dans une livraison de Nova Francia, année 1926, p. [28]-32. On ne connaît point la date de décès de Mère Louise de Sainte-Marie [Daveluy 1965, p. 120, note 6] » [...] « nous savons toutefois qu'elle survécut à son frère Paul, comme en témoigne le legs qu'il lui fit dans son testament du 8 septembre 1676 [DBC]. »

Féraud 1787, t. 1, p. 325, se référant au Journal de Genève.

Le texte de cette soi-disant citation ne ressemble ni au vocabulaire, ni au style épistolaire du XVIIe siècle. Prenons-en pour témoin le mot « brumeux » dont l'utilisation n'est attestée que depuis 1787 (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales, web ou pdf, se référant à Féraud 1787), soit un siècle et demi plus tard que le moment où Louise de Chomedey aurait pu écrire ce texte ! Ainsi donc s'écroule l'authenticité de l'image littéraire médiévo-romantique de Desrosiers à propos de Maisonneuve qui, tel un « croisé », la « frange de ses cheveux coupés à la façon des ecclésiastiques », jouait du luth sous la tente « pour tromper la monotonie des soirs brumeux » !

Conservateur de la bibliothèque municipale de Montréal (web).

1947.09 Ouverture de la première succursale de la bibliothèque municipale de Montréal en l'édifice Shamrock (BANQ).

1966.12.15 (BANQ).

Desrosiers s'est laissé emporter par la plume et la rhétorique dans un contexte de roman historique de type hagiographique. Au lieu de se référer à une véritable source d'époque, peut-être une hypothétique lettre signée par Louise de Chomedey, il a succombé à la tentation, toute littéraire romanesque et uchronique, de lui faire décrire le portrait de Maisonneuve publié depuis 1882, sans en faire la critique et sans se rendre compte qu'il ne s'agissait pas d'un portrait authentique du XVIIe siècle mais d'une fabrication de la fin du XIXe siècle ! Littérairement, cette description était d'autant plus intéressante mise dans la bouche de Louise de Chomedey !

Cette hypothèse d'une « mise en scène » romanesque par Desrosiers, pour ne pas utiliser les mots de « fraude historique », peut s'avérer vraisemblable surtout dans le contexte du décapage en profondeur sur cette question des Portraits des héros de la Nouvelle-France, Images d'un culte historique, tel que réalisé par Martin 1988, et que Desrosiers ne pouvait pas connaître 21 ans plus tôt ! Voir également : Léo-Paul Desrosiers ou le récit ambigu (Gélinas 1973).

« Je ne saurais trop m'accorder avec cette analyse d'une citation truquée par Desrosiers à propos du portrait de Maisonneuve en ecclésiastique. Il a dû se demander dans la bouche de qui je devrais mettre le portrait de Maisonneuve que tout le monde a vu dans son Histoire du Canada à l'école ? Et l'illumination s'est faite : sa soeur Louise, bien sûr [collaboration François-Marc Gagnon, 10 juillet 2000] ! »

Le reste du récit romanesque de Desrosiers est à l'avenant et rapporte des inventions douteuses, loin d'être démontrées, entremêlées à des documents d'archives.

« Il possède un goût pour la musique puisqu'il pince le luth à ses heures de désoeuvrement. Il en emportera un à Ville-Marie. C'était la guitare du temps. Mais il l'oubliera à son départ, les Sulpiciens le retrouveront et l'utiliseront dans les cérémonies religieuses. À Paris, il s'en procurera un autre qu'on retrouvera dans l'inventaire de ses biens ; parmi les legs indiqués par son testament, il y en aura un pour l'un des maîtres en cet art [Desrosiers 1967, p. 37]. »

Desrosiers n'aurait-il pas pu s'inspirer, en l'élaguant de plusieurs détails et mises en garde, de la description du portrait telle que donnée par Pierre Rousseau, en 1886, dans sa biographie de Maisonneuve ?

« Si le portrait qui nous a été conservé de lui est le véritable, sa taille s'élevait au-dessus de la moyenne, il portrait les cheveux taillés comme les ecclésiastiques, le front large, les sourcils légèrement arqués, l'oeil bien dessiné, le nez droit et fort accentué ; la lèvre supérieure est fine, le menton accuse de la fermeté, et l'ovale allongé de sa tête est fermement assis sur la colonne du cou. La figure respire l'intelligence, mais surtout la bonté et le calme d'une vertu que n'ont jamais troublée les passions. Il y a là un charme qui attire la confiance et le respect, c'est le reflet d'une âme pure, modeste, timide peut-être dans les rapports de société qu'elle redoute [Rousseau 1886, p. 27-28, également cité par Martin 1988, p. 106-107]. »

Attribué à Pierre-Louis Morin (1811-1886) d'après Joseph L'Hérault (actif de 1874 à 1895), Portrait fictif de Paul de Chomedey de Maisonneuve (Rousseau 1886, p. 2).

 

1975 Neuville-sur-Vanne.

(Google Maps)

(Collaboration Édith et Nicolas de Lavalade.)

« Paul de Chomedey sieur de Maisonneuve né à Neuville sur Vanne le 15 février 1612 fondateur de Montréal Québec Canada le 18 mai 1642 mort à Paris le 9 septembre 1676 [Édith de Lavalade-Lapaine, « Monument - Neuville-sur-Vannes », Geneanet, web ou pdf] »

Buste dans un médaillon, large chapeau, cheveux longs ondulés, portion d'armure au torse, mais surtout un regard inspiré regardant résolument vers le ciel et l'avenir.

Inscription concernant Jérôme Le Royer de la Dauversière.
(Collaboration Édith et Nicolas de Lavalade.)

Inscription concernant Jeanne Mance et Marguerite Bourgeoys.
(Collaboration Édith et Nicolas de Lavalade.)

(Collaboration Michel Cardin, 12 juillet 2001.)

« LE MEMORIAL Ce monument dû à l'initiative des comités Chomedey de Maisonneuve de Neuville sur Vanne et de Montréal, a été inauguré le 22 juin 1975 par MM. Robert Galley, ministre du gouvernement français et Denis Hardy, ministre des Affaires culturelles du Québec, en présence de MM. Jean Raby, maire de Neuville, Maurice da Silva, président de la Sté Historique de Montréal et Armour Landry, représentant Jean Drapeau, maire de Montréal. Conception et maquette : Patrick Dhiel [Patrick Philippe Diehl] et Francis Cornette. Réalisation : marbrerie Mogavéro frères [« 555 à Neuville-sur-Vannes (10) », Petit Patrimoine, web ou pdf]. »

Patrick Diehl (journal du 17 février 1975) et sa maquette.
(Collaboration d'Édith de Lavalade : pdf présentant plusieurs documents tirés d'une exposition sur ce monument).

Patrick Diehl et Francis Cornette, Mémorial Paul de Chomedey de Maisonneuve, projet, plans et maquettes, [1973], 6 p.
(Collaboration d'Édith de Lavalade : pdf présentant plusieurs documents tirés d'une exposition sur ce monument).

Le monument Chomedey à Neuville-sur-Vanne / Historique (collaboration Viviane Huyghe).

(« 555 à Neuville-sur-Vannes (10) », Petit Patrimoine, web ou pdf)

Projets non retenus.
(Collaboration d'Édith de Lavalade : pdf présentant plusieurs documents tirés d'une exposition sur ce monument).

 

Le luth en Nouvelle-France

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Mythes

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