Le luthiste Robert Carron

Legs testamentaires de Maisonneuve en liquidités 8 septembre 1676

Le légataire stipule que ce legs devra être remis au luthiste Robert Carron par le « R.P. Charles provincial desdits R.P. de la Doctrine chrestienne ».

« voulant touteffois que sur le total dudit restant il soit pris la somme de deux cens livres une fois payées qu'il donne et lègue au sieur Robert Carron Me joueur de luth »

Un Robert Caron, joueur de luth, demeurant rue des Fossés-Saint-Germain, paroisse Saint-Sulpice, est présent à un baptême le 21 mai 1643. Ce « bourgeois de Paris » demeure toujours au même endroit lorsqu'il atteste avoir reçu, le 25 novembre 1676, le legs de 200 livres des mains de Philippes de Turmeynies, l'exécuteur testamentaire de Maisonneuve.

Le 23 juin 1677 Caron se déclare « ami du dit Louis Fin », le serviteur domestique de Maisonneuve, lorsque ce dernier épouse Françoise Coin (veuve en premières noces de maître Jean Barbazon officier de la Reine, et en secondes noces de Jean Maignon tailleur des filles d'honneur de feu son altesse royale Madame la Duchesse douairière d'Orléans). Est également présent tout un réseau de dévots, dont Philippes de Turmeynies et Nicolas Raisin. Nicolas, avocat au Parlement de Paris, est le frère de Marie Raisin qui partit de Troyes en 1659 avec Marguerite Bourgeoys pour fonder la Congrégation de Notre-Dame à Ville-Marie ; elle héritera d'ailleurs de la fortune de son frère en 1687. Les Raisin sont originaires de Troyes. Ils comptent parmi eux un organiste (Edme décédé vers 1664) et plusieurs comédiens qui ont côtoyé Molière.

Caron a pu croiser l'organiste de sa paroisse Saint-Sulpice, Guillaume-Gabriel Nivers, dont les compositions seront apportées à Montréal par Jean Girard l'organiste de Notre-Dame. Caron a pu croiser l'un ou l'autre des luthistes Gallot qui habitaient la même paroisse, soit Jacques (dit l'ancien) ou son neuveu Pierre.

PROGRAMME : Pièces de luth en la mineur Jacques Gallot (La Psyché - La Grenouillière - L'Amant malheureux)

Robert Caron, non affilié à la cour, était vraisemblablement un luthiste « ordinaire ». Ceux-ci sont relativement nombreux dans le Paris du temps de Mazarin (1602-1661). Par contre, un annuaire de Paris de 1791 (Abraham du Pradel) ne mentionne plus qu'un seul luthiste en ville : Mouton. C'est alors le chant du cygne pour cet instrument en France.

On se perd actuellement en conjectures sur les relations entre le luthiste Robert Caron, Paul Chomedey de Maisonneuve et les Pères de la doctrine chrétienne, représentés par le père Charles Gautherot qui est recteur provincial du couvent Saint-Charles à Paris en 1675-1678, puis général recteur des Pères de la doctrine chrétienne en 1678-1682.

Le luthiste Robert Caron aurait-il pu travailler pour les Pères de la doctrine chrétienne, où habitait son ami Maisonneuve, en occupant des fonctions similaires à celles que le grand luthiste Charles Mouton remplissait chez les Jésuites comme maître de luth ?

S'agit-il d'une forme de mécénat musical accordé par le sieur de Maisonneuve à ce musicien qu'il devait bien apprécier ?

Ou bien est-ce des arrérages sur des leçons de musique pour un retraité qui veut meubler ses loisirs ?

Ou bien des compositions originales inconnues ?

Ou bien d'autres liens amicaux, familiaux, professionnels ou financiers ?

Ou bien des jeux musicaux à deux luths ?

Doit-on plutôt imaginer Chomedey délaissant la pratique de son instrument, étant donné qu'il est malade, au profit de son audition sous les bons offices de Robert Carron ?

Chomedey aurait-il imité Louis XIII, le plus dévôt des rois de France qui apprit à pincer le luth avec Robert II Ballard ? À l'agonie, le roi commanda en effet à monsieur de Nyert d'aller prendre son luth et il chanta les louanges de Dieu comme lauda anima mea Dominum. Il fit chanter par d'autres des airs qu'il avait fait sur les Paraphrases des Psaumes de Godeau. Il ne fut alors chanté que des airs de dévotion et même que le Roi chanta quelques-unes des basses avec le Maréchal de Schomberg.

Merci à notre collaboratrice à Paris, l'historienne Corinne VAAST,
pour ses recherches et trouvailles exceptionnelles.

index