La résidence de Maisonneuve à Paris

À Paris Maisonneuve habite en 1666 rue Saint-Martin, paroisse Saint-Médéric. En 1671 Marguerite Bourgeoys lui rend visite à son domicile définitif :

« Je fais en sorte de trouver Monsieur de Maisonneuve qui était logé sur le Fossé de Saint-Victor, proche les Pères de la doctrine chrétiennne. Et j'y arrivai assez tard ; et il n'y avait que quelques jours qu'il avait fait garnir une petite chambre et y faire une cabane à la façon du Canada afin de loger quelques personnes qui viendraient de Montréal. Et en frappant à sa porte, il descend, car il logeait au second et troisième étages avec Louis Frin et m'ouvre la porte avec une joie très grande (CHM 1996, p. 43). »

Reconstitution moderne d'un lit cabane, Québec, Musée des Ursulines, photo L. Leblanc (Landry 1992, p. 141).

Le logis de Maisonneuve chez les R.P. de la doctrine chrétienne à Paris n'était pas grand selon les descriptions et calculs établis d'après les tapisseries de Bergame trouvées à son inventaire après décès dans sa chambre-cuisine, soit approximativement 18 mètres carrés. Sa vue ne donnait pas sur le jardin et le verger comme le supposait Armour Landry, mais sur la cour et le fossé.

Jouvin de Rochefort, Plan de Paris, 1672, Bibliothèque historique de la ville de Paris (CHM 1996, p. 49).

Maisonneuve aurait pu jouer du luth dans la petite salle basse où il recevait ses invités dont Marguerite Bourgeoys en 1671. Il aimait bien rire de longues heures avec ses bons amis et boire du vin en leur compagnie qu'il allait acheter personnellement même s'il avait un valet tel qu'en témoigne Marie Morin. Cette pièce était meublée d'une table de bois de sapin, de six petites chaises à dossiers couverts de tapisserie de gros point et de deux autres chaises paillées, de quatre tableaux peints, de deux douzaines de gravures et de quelques morceaux de tapisserie. Il aurait pu leur servir à manger dans ses douze assiettes et huit plats avec ses trois couverts en argent façon de Paris. La soirée aurait pu s'y terminer avec des musiques de son luth qu'il serait allé quérir à l'étage supérieur où il était rangé dans sa chambre à coucher. L'éclairage était assuré par un chandelier de gros cuivre et deux petits flambeaux d'étain.

Son luth était à l'étage supérieur près de son lit à hauts piliers garni de plumes, de soieries et de fourrures, de son coffre de bahut couvert de cuir qui contenait ses vêtements, de son cabinet fait d'ais de sapin et de son étagère à tablettes où se trouvaient ses livres de musique avec sa bibliothèque, ses papiers et son écritoire.

Connay d'après Huret, La nuit, XVIIe siècle, estampe, tirée de Album Malciet, Paris, Bibliothèque des Arts décoratifs.

Bonnetière ayant appartenue à Marguerite d'Youville, XVIIIe siècle, H. 6'6", L. 2'3", P. 1'2"3/4, [198,1 x 68,6 x 37,5 cm] Montréal, Hôpital général des sœurs grises (Palardy 1963, n° 92).

ANONYME, Hollande, HOMME ASSIS A SON BUREAU, 1ère moitié 17e siècle, huile sur bois, 67,5 x 51, 5 cm. Inscription : H. DE VA..., FECIT 162... (SIGNATURE EN PARTIE GRATTEE). Paris, musée du Louvre.

Écritoire, XIXe siècle, bois recouvert de velours et métal argenté, Saint-Denis, Musée Bouilhet-Christofle (Arminjon 1984, p. 526-532).

Malle ou coffre de bahut, milieu XVIIe siècle, bois recouvert de cuir et clouté, Dijon, Musée Perrin de Puycousin.

S'il jouait de son luth conservé dans sa boîte et garni de ses cordes à cet endroit, il s'asseoyait sur un siègle pliant à proximité du foyer où cuisinait son valet Louis Fin, sous la protection d'une vierge tenant un petit jesus de terre cuitte façon de marbre.

Giuseppe Maria Crespi dit « Lo Spagnolo » (1665-1747), Bologne Italie, Femme jouant du luth, vers 1700-1705, huile sur toile, 121.3 x 153.0 cm (47 3/4 x 60 1/4 in.), Boston, Museum of Fine Arts, Charles Potter Kling Fund, 69.958.

Le Blond d'après A. Bosse, Le Bal (détail), 1ère moitié du XVIIe siècle, estampe, Paris, Bibliothèque nationale.

Chaise pliante en X latéral, XVIIe siècle, Lyon, Musée de Gadagne.

Aujourd'hui il ne reste plus rien du couvent Saint-Charles des Pères de la doctrine chrétienne, ni de la résidence qu'y a occupée Paul Chomedey de Maisonneuve, hormis deux plaques commémoratives, un grand jardin propriété d'un hôtel, le cimetière de l'ancienne chapelle retrouvé par les archéologues dans l'actuelle école élémentaire et où Maisonneuve a été enseveli, de même que des vestiges d'anciens murs.

Une plaque commémorative a été posée en 1968 au 73 Cardinal Lemoine ; elle aurait avantage à être resituée au 77 ou 79 Cardinal Lemoine.

L'ancienne cour du couvent Saint-Charles des Pères de la doctrine chrétienne est aujourd'hui occupée par le magnifique jardin de l'Hôtel des grandes écoles, au 75 Cardinal-Lemoine, ce qui lui confère quiétude et distinction.

La maison où habitait Chomedey, qui n'existe plus aujourd'hui, était bâtie à l'emplacement des actuels numéros civiques 77 ou 79 Cardinal Lemoine, immeubles bâtis au XIXe siècle au coin de la Rue Rollin vue ci-dessus en perspective.

L'arrière de la maison au coin des rues Rollin (côté sud) et Cardinal-Lemoine (côté est) laisse voir les traces d'anciens murs. Serait-ce les remparts de l'ancien couvent Saint-Charles des Pères de la doctrine chrétienne visibles sur le plan dressé par Jouvin de Rochefort en 1672 ?

Au 14 rue Rollin une plaque commémore le lieu où habita René Descartes.

Conformément à ses dernières volontés testamentaires, Chomedey a été inhumé « en l'église desdits R.P. de la Doctrine chrestienne de la maison de St Charles (Le Blant 1959.09, p. 278) ». Cette chapelle n'existe plus aujourd'hui. Une autre plaque commémorative a donc été posée en 1995 au 10 rue Rollin, dans le 5e arrondissement de Paris (CHM 1996), à l'entrée de l'école qui occupe l'ancien emplacement de la chapelle.

 

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