Liens inédits entre les premiers orfèvres du Québec
web Robert DEROME

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Michel Levasseur le premier orfèvre professionnel du Québec

Michel Levasseur, Écuelle, 1700-1709, argent, Québec Ursulines (photo RD dans Trudel 1974a, p. 240).

En 1974, l'écuelle ci-dessus était demeurée anonyme sous la seule identification de son poinçon LV qui, auparavant, avait été erronément attribué à Louis Varin dit Lapistole qui n'était pas orfèvre mais tonnelier (Derome 1974b et Derome 1980e). Cela n'est pas étonnant, puisque dans la colonie française de la Nouvelle-France il n'existait aucun contrôle sur les ouvrages en métaux précieux : ni corporation qui enregistrait les poinçons des maîtres reçus ; ni contrôle de la qualité du métal ou fiscal via les poinçons de jurande, charge et décharge en vigueur dans la métropole.

Un demi-siècle plus tard, grâce à de nouvelles données, on peut désormais identifier ce poinçon LV au premier orfèvre professionnel établi au Québec depuis sa mêre patrie française, Michel Levasseur, via les lettres de son nom qui peut se décomposer en deux parties : Le Vasseur. Notons la rupture de ce modèle colonial de poinçon avec celui de la mère patrie : uniquement deux initiales, dans un cartouche polylobé, sans couronne, ni fleur de lys, ni grains de remède, ni différent sous forme d'un attribut figuré.

Poinçon LV sur l'écuelle des ursulines reproduite ci-dessus (photo RD dans Derome 1974b, p. 119).

On ne sait pas depuis quand l'orfèvre Michel Levasseur est actif à Québec lorsqu'il répare et nettoie les vases sacrés de l'église Notre-Dame en 1700, activité réitérée en 1703, 1704, 1705, 1706 et 1708. De son mariage avec Marie-Madeleine Devillers, 7 enfants sont baptisés à l'église Notre-Dame de Québec, entre le 20 juin 1700 et le 9 mai 1710, dont trois sont inhumés à L'Ancienne-Lorette, entre le 17 juin 1708 et le 8 février 1712 (PRDH). Divers autres documents attestent de son activité à Québec jusqu'en 1709. Celui de mai 1703 dévoile d'intéressantes transactions en matériau précieux. L'orfèvre s'engage à fabriquer 12 cuillers et 12 fourchettes d'argent à la mode pour la veuve de Pierre de Joybert de Soulanges et de Marson (1644-1678 DBC), avec comme témoin le comte de Vaudreuil, à partir de ces matériaux reçus : 4 marcs, 3 onces, 2 gros, de vieil argent incluant 6 vieilles cuillers et 6 vieilles fourchettes ; 96 livres monnaie de France ; une vieille épée d'argent qu'il a vendue 5 livres du pays. De 1705 à 1709, Levasseur est appelé à titre d'expert au procès Blondeau pour examiner les pièces en litige dans une affaire de recel d'orfèvrerie et de falsification de poinçons qui avaient été limés et remplacés par de nouvelles inscriptions (Morisset 1947.09b). On convoque également cet orfèvre pour diverses autres expertises*. Le contrat d’apprentissage exclusif, conclu en faveur de Pierre Gauvreau, est rompu en 1708 par l’intendant Raudot, afin que ce maître puisse en former un second dans l’intérêt de la colonie, soit Jacques Pagé dit Quercy. (Voir Derome 1974b, p. 113-117, pour les références à tous les documents connus sur cet orfèvre,)

Derome 1974b, p. 115, note que Michel Levasseur expertise de l'orfèvrerie à Montréal en 1705. Corrigeons cette erreur de lecture paléographique qui ne concerne pas cet orfèvre. À cet « Inventaire du s.r le Bé » les biens sont estimés par Michel Lepallieur huissier, incluant « six cuilleres & six fourchettes a quatre branches dargent pesant deux marcs six onces fait a quebec a quarante livres le marc pour la somme de cent dix livres cy 110# » (greffe Antoine Adhémar, 11-16 mai 1705, n° 7096, web ou pdf). Ces couverts ayant été fabriqués à Québec, il est cependant possible qu'ils aient été l'oeuvre de Michel Levasseur.

L.P. Vallerand d'après l'original de Gaspard Chaussegros de Léry, Plan de la ville de Québec (détail), 1720, BANQ.

Le 10 juillet 1706, Levasseur loue pour deux ans, de Pierre Normand Labrière, « la moittie dune cave une chambre et deux cabinets ayant veüe dun costé à la Rue de Sous Le fort dautre costé Sur La Rue du culdesac, une chambre et un cabinet audessus avec un garnier et La moittie dune Cour » (Greffe Jacques Barbel, 10 juillet 1706, BANQ, web ou pdf). Cette maison serait donc une de celles marquées en vert sur le plan ci-dessus et dont on peut estimer l'apparence et l'emplacement par rapport à la haute et basse ville sur la vue ci-dessous.

Attribué à Jean-Baptiste Scotin, Québec (détail), gravure dans Bacqueville 1722, vol. 1, p. 232. Voir aussi : Québec 1700.

Longchamps (Paris), Plan de Rochefort bâtie en 1669 (détail), carte, 54 x 36 cm, BNF GE D-4325.

Vers 1708, la population de la ville de Québec, alors en déclin, est d'environ 2 000 habitants (web ou pdf). C'est donc un marché fort limité pour un orfèvre. On comprend donc que Levasseur, après dix ans d'activité au Canada, veuille rejoindre une ville comme Rochefort, avec une population dix fois plus nombreuse, dotée d'une activité économique en pleine expansion, suite à la volonté de Louis XIV d'y établir des manufactures royales pour la marine. Mais, en 1711, les orfèvres de cette ville font des difficultés à son projet de s'y établir (Derome 1974b p. 113-117).

Claude-Joseph Vernet, Vue du port de Rochefort prise du Magasin des colonies (détail), 1763, huile sur toile, 1,65 x 2,63 m, Louvre INV 8306.

Michel Levasseur, Cuiller à potage, 1700-1709, argent, Musée des Hospitalières de l'Hôtel-Dieu de Montréal 1984.X.474 (photo Judith Houde).

Une cuiller à potage de Michel Levasseur, qui jusqu'ici était demeurée non identifiée et inconnue, est tout à fait semblable à celle de son apprenti Pierre Gauvreau, tout comme l'assemblage du cuilleron à queue de rat, ainsi que le style du lettrage de leurs inscriptions respectives. Or, celle de Gauvreau provient également de la même communauté religieuse de Montréal, tel qu'en fait foi le relevé qu'en a fait Gérard Morisset pour son IOA !

Poinçon LV sur la cuiller ci-dessus (photo Judith Houde).

 

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Pierre Gauvreau un armurier apprenti orfèvre

Pierre Gauvreau, Cuiller à potage, 19,2 cm, Musée national des beaux-arts du Québec 1960.284.

L’IOA de Gérard Morisset a effectué les relevés de cette cuiller de Pierre Gauvreau dans les collections de l'Hôtel-Dieu de Montréal où elle ne se trouve plus. Ils correspondent à celle aujourd'hui conservée par le Musée national des beaux-arts du Québec : sa longueur de 7"1/2 ou 19,2 cm ; le poinçon dont on ne connaît pas d'autre exemplaire ; l’unicité exceptionnelle de son énigmatique inscription « S-R-G-T ».

Or, cette cuiller a été acquise pour ce musée par le même Gérard Morisset en 1960. Elle faisait alors partie de la collection de Louis Carrier dont il avait déjà fait l'éloge (Morisset 1946.07.20). Aurait-elle été achetée auprès de la communauté directement par Louis Carrier ou par un antiquaire intermédiaire ?

Morisset la qualifiait de « collection d'argenterie la plus complète du Canada et peut-être des États-Unis ». Ce commentaire paraît aujourd'hui quelque peu exagéré puisqu’elle était principalement constituée d'ustensiles et de quelques objets plus importants, alors que la collection Birks, qui était alors en formation depuis 1936, est beaucoup plus considérable et importante.

Louis Carrier, par ses recherches généalogiques sur les orfèvres, a beaucoup collaboré avec Morisset à l'attribution de plusieurs de ces poinçons d'orfèvres du Québec dont on retrouvait des spécimens dans sa collection.

IOA, Montréal, Hôtel-Dieu.

Poinçon PG sur la cuiller ci-dessus (Derome 1974b).

Pierre Gauvreau (vers 1676-1717) est surtout désigné comme maître armurier ou arquebusier. Mais il a été apprenti de l'orfèvre Michel Levasseur, tout comme Jacques Pagé dit Quercy, figurant donc parmi les premiers orfèvres nés en Nouvelle-France. Gauvreau refait le pied d'un ciboire à l'église Notre-Dame de Québec en 1711, attestant ainsi de son activité en orfèvrerie, mais toutefois très limitée comparée à celle de Pagé. À son décès, certains de ses outils échoient à l’orfèvre François Chambellan. Il était également lié à l'orfèvre Jean-François Landron (Derome 1974b).

Le poinçon de Gauvreau, aux formes rectangulaires échancrées en position verticale, est tout à fait inusité pour le Régime français en Nouvelle-France où ceux répertoriés imitent habituellement celui de Paris avec une fleur de lys et une couronne. Toutefois, la forme archaïque du cuilleron de cette cuiller, avec sa queue de rat, est tout à fait typique de cette période primitive. C’est le seul poinçon connu de cet orfèvre, conférant donc à cette cuiller une très grande importance documentaire pour notre histoire de l’art.

 

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Jacques Pagé dit Quercy orfèvre talentueux

L'IOA de Gérard Morisset avait également inventorié à l'Hôtel-Dieu de Montréal une autre cuiller à potage du second apprenti de Michel Levasseur, Jacques Pagé dit Quercy (1682-1742), dont la carrière, le poinçon (Derome 1974b) et plusieurs œuvres de grande qualité sont bien connues (Trudel 1974a, p. 240). Mais, cette cuiller n'y a pas été retrouvée ! Où pourrait-elle donc bien se trouver aujourd'hui ?

Cuillers de Jacques Pagé dit Quercy. — Musée de la civilisation : • 1991.1051 (AC ou MC). — Musée des beaux-arts de Montréal : • 1947.Ds.21 A, two X's one above the other, D F , X, stamped on back of shank (AC). — Musée des beaux-arts du Canada : • 27190 (1 et 2). — Musée national des beaux-arts du Québec : • 1960.455.01 François de Chavigny Lachevrotière (AC ou MNBAQ) ; • 1967.123 (AC ou MNBAQ). Parmi les quelques cuillers portant le poinçon de Pagé, celle portant le numéro 1967.123, au Musée national des beaux-arts du Québec, porte un chiffre aux initiales PD tout comme une fourchette inventoriée par l'IOA de Morisset à l'Hôtel-Dieu de Montréal. Lorsque cette photo a été prise par l'IOA, la cuiller se trouvait aux Archives du Québec, mais portait déjà un numéro du Musée du Québec. Il est fort probable qu'elle ait transité via la collection Carrier où l'IOA avait également photographié deux fourchettes anonymes du début du XVIIIe siècle alors attribuées à Pagé et provenant également de l'Hôtel-Dieu de Montréal.

L'outillage constituant un bien précieux, sa possession était essentielle. Plusieurs documents évoquent les divers mécanismes de leur transmission. Ceux du premier orfèvre d'importance formé au Québec, Jacques Pagé, furent acquis par convention lors du contrat d'apprentissage avec Le Vasseur. En effet, le père de l'apprenti s'était engagé à acheter les outils du maître à son départ de la colonie (Derome 1993). Le talentueux Pagé s'en est fort bien servi dans ses oeuvres sophistiquées dont l'écuelle illustrée ci-dessous. La maison que Jacques Pagé a laissé à son décès en 1742 était celle d'un bourgeois. On y trouvait plusieurs chambres, ainsi qu'un cabinet logeant sa bibliothèque. Ses nombreux et sophistiqués outils d'orfèvrerie et d'horlogerie étaient logés dans une chambre à l'étage. Cette maison abritait également une brasserie près de laquelle un appartement contiguë contenait « un vieil Etably pour orphevrerie », ainsi que divers matériaux et outils (Derome 1993).

Jacques Pagé dit Quercy, Écuelle, argent, 4,4 x 30,5 x 17,8 cm, armoiries non identifiées, Musée national des beaux-arts du Québec 1985.13 (photos RD).

Les trois cuillers à potage, autrefois réunies chez les religieuses hospitalières de Saint-Joseph à Montréal, illustrent bien les liens entre ce trio d'orfèvres composé du maître Michel Levasseur avec ses deux apprentis Pierre Gauvreau et Jacques Pagé dit Quercy. D'autres rares et énigmatiques pièces d'orfèvrerie permettent de leur allier un quatrième protagoniste, l'orfèvre Guillaume Chevreul dit Duval.

 

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Cuvettes à laver et poinçons GC

Jacques Pagé dit Quercy, Cuvette à laver, 1711-1742, 26,3 cm, chiffre « GVY », Musée national des beaux-arts du Québec 1960.454.

Guillaume Chevreul dit Duval, Cuvette à laver, 1714-1715, argent, Musée des Hospitalières de l'Hôtel-Dieu de Montréal 1985.X.1673.

Guillaume Chevreul dit Duval, Cuvette à laver (une de deux identiques), 1714-1715, argent, Église Notre-Dame de Montréal.

Examinons tout d'abord les termes utilisés pour ces trois objets domestiques semblables. Ils sont tous vagues, indifférenciés et inappropriés, car recouvrant un trop large éventail de catégories et de possibilités : « plateau » pour celui de Québec ; « plateau » (IOA, Montréal, Hôtel-Dieu) ou « jatte ronde à côtes (plat) » (Chassey) pour celui des hospitalières ; « dish » (Traquair 1940, p. 162 n° 37) ou « plat » (Trudel 1974a) pour celui de Notre-Dame.

« Cuvette n.f. Petit vaisseau en forme de cuve, fait de cuivre, d'argent, de marbre, &c qu'on met dans les lieux où on mange auprès d'un buffet, pour y jetter les eaux sales & superfluës & pour tenir le lieu propre [Furetière 1690, vol. 1, p. 738, avec la graphie moderne pour les anciens ſ long]. »

Tel que défini à la fin du XVIIe siècle, ce type d’objet correspond plutôt à une cuvette, nommée « cuvette à laver » dans le magistral ouvrage Objets civils domestiques, Vocabulaire typologique (Arminjon 1984, p. 112-114), soit le bassin (Genêt 1974, p. 42) accompagnant habituellement une aiguière, objets en argent d’une typologie rare en Nouvelle-France (IAD). Ce sont donc des œuvres somptuaires dignes d’une grande attention. Le nom donné influence la perception et oriente l’interprétation des usages et fonctions. Le choix du mot cuvette se base sur la terminologie en usage à l’époque où ces objets ont été fabriqués. Le vocabulaire courant actuel, tant en archéologie qu’en orfèvrerie, utilise trop souvent le mot jatte, hérité depuis sa grande diffusion au XIXe siècle pour désigner de nombreux objets forts différents, alors que les anciennes étaient plus profondes.

« 560. Jatte ; faïence de Saint-Omer. XVIIIe s. Musée de l'Hôtel-Sandelin, Saint-Omer [Arminjon 1984, p. 113]. »

« 1544. Pot à eau et cuvette à laver assortie ; faïence . XVIIIe s.
Musée de Louviers [Arminjon 1984, p. 313]. »

« 559. Modèles de jattes. Tarif de la Manufacture de Sèvres. Vers 1840. Archives de la Manufacture de Sèvres [Arminjon 1984, p. 113]. »

Chassey avance que le christogramme « IHS », surmonté d'une croix, a été gravé au centre de la cuvette des hospitalières lors de sa fabrication. Or, rien n’est moins sûr. On ne connaît ni la date de l’arrivée de cet ancien objet domestique civil dans cette communauté, ni comment et par qui il y est parvenu, ni la date où cette inscription lui a été ajoutée. Ce christogramme atteste toutefois de sa transformation depuis sa fonction civile vers le service religieux. Il est alors probable qu’il ait servi en tant que cuvette accompagnée d’une aiguière dans les différents rites reliés à l’utilisation de l’eau.

L'objet est également marqué des initiales « RL ». Seraient-ce celles « d'un premier propriétaire » comme le propose Chassey ? Mais elles auraient tout aussi bien avoir été ajoutées plus tard par un autre propriétaire !

Guillaume Chevreul dit Duval, Cuvette à laver, 1714-1715, argent, Musée des Hospitalières de l'Hôtel-Dieu de Montréal 1985.X.1673.

IOA, Montréal, Hôtel-Dieu.

Le poinçon de Jacques Pagé dit Quercy étant bien connu, l'attribution de la cuvette à laver de Québec ne semble donc pas poser de problème. Ce qui n'est pas le cas des deux autres ! Les poinçons sur les pièces d’orfèvrerie sont très utiles pour en identifier les auteurs et les dater. Toutefois, leur interprétation est souvent loin d’être évidente et il arrive régulièrement qu’ils puissent faire débat et donc être sujets à mésinterprétations. C’est exactement le cas avec la cuvette des hospitalières, identifiée par l’IOA de Gérard Morisset à l’orfèvre parisien Germain Chayé, reçu maître en 1755. Un dessin schématique de poinçon peut en présenter tous les éléments rassemblés, bien en place, à partir de plusieurs observations ou descriptions, mais il peut également en trahir certains. Il existe de rares spécimens d’une qualité exceptionnelle. Mais, le plus souvent, ils sont abîmés ou déformés. Les autres poinçons utilisés en France à cette époque peuvent alors corroborer la date ou le lieu de fabrication. Celui-ci paraît seul sur l’objet, ce qui est souvent le cas en colonie, qu’elle soit française ou britannique. L’attribution à l’orfèvre parisien Germain Chayé doit donc être écartée à la lumière de ses poinçons dessinés et photographiés.

Frégnac 1965, p. 319 et 322.

Tabatière française Louis XV en or par Germain Chayé (web ou pdf).

Tire-moëlle et pelle à sel, avec son étui 1758-1759 au Louvre (web ou pdf).

Cuillère à saupoudrer 1766 (web ou pdf).

Silver Sugar Sifter Spoon (web ou pdf).

Guillaume Chevreul dit Duval, Cuvette à laver, 1714-1715, argent, Musée des Hospitalières de l'Hôtel-Dieu de Montréal 1985.X.1673.

Chassey avance que le poinçon de la cuvette des hospitalières présente « comme différent un calice surmonté d'une hostie couronné [sic] ». Cette assertion est pour le moins discutable lorsqu’on examine cette partie se situant entre les initiales G et C et que l’on ne possède aucun autre exemplaire du même poinçon pouvant lui être comparé, ni aucune description liée à son insculpation auprès d’une corporation ou dans un acte notarié ! Or, de toutes autres interprétations ressortent en coloriant ces symboles ! EN ROUGE : une rayure provoquée par l’usure qui provoque une apparente scission dans un motif unique. EN BLEU : le symbole unique séparant les lettres G et C, chacune surmontée d’un grain de remède* EN VERT. La figure qui en ressort est une fleur de lys stylisée avec le prolongement de sa tige et de son feuillage, dont deux plus petites dans le bas, un symbole original se déployant, de façon inusitée, sur toute la hauteur du poinçon. Mais le choix de ce symbole est loin d’être exceptionnel, car la fleur de lys figure sur la majorité des poinçons des orfèvres de la Nouvelle-France** ! Le poinçon sur cette cuvette à laver des hospitalières peut donc se décrire ainsi : une fleur de lys stylisée, sur sa tige avec son feuillage, séparant les initiales G et C, chacune surmontée d’un grain de remède.

* Les deux grains de remède figurent souvent sous une couronne sur les poinçons de maîtres français d’Ancien Régime. Leur présence symbolise les calculs de la très technique marge d'erreur admissible dans l'alliage du métal précieux. On ne les retrouve donc habituellement pas dans les poinçons des orfèvres de Nouvelle-France, sauf sur celui de Jean-François Landron (Derome 1974b, p. 99), car aucune autorité n’y vérifie la qualité du métal des objets fabriqués par les orfèvres. Si ce poinçon GC était celui d’un orfèvre de Nouvelle-France, ce serait donc seulement le deuxième exemple connu portant de tels grains de remède !

** Par exemple, ceux illustrés dans Derome 1974b : François Chambellan p. 25, Michel Cotton p. 35, Jean-Baptiste Deschevery dit Maisonbasse p. 57, Jacques Gadois Mogé (Mauger) p. 71, Paul Lambert dit Saint-Paul p. 95, Jean-François Landron p. 99, François Lefebvre p. 109, Joseph Maillou p. 125, Jacques Pagé dit Quercy p. 139.

Guillaume Chevreul dit Duval, Cuvette à laver, 1714-1715, argent, Musée des Hospitalières de l'Hôtel-Dieu de Montréal 1985.X.1673.

Guillaume Chevreul dit Duval, Cuvette à laver (une de deux identiques), 1714-1715, argent, Église Notre-Dame de Montréal.

Tout comme il l'avait fait pour la cuvette des hospitalières, Chassey attribue le poinçon de celles de Notre-Dame, portant les mêmes initiales mais d'un dessin fort différent, à l'orfèvre Guillaume Chevreul. Il y voit comme « différent une tête de chevreuil », assertion imaginative appelant les mêmes réserves que celles exprimées pour son interprétation de l'autre poinçon. Pourrait-il s'agir de la projection d'une graphie du nom de l’orfèvre, souvent orthographié « Chevreuil », sur ce symbole mal défini figurant entre une couronne et les initiales GC séparées par un tout petit point ? Ces deux poinçons sont uniques et on ne leur connaît aucun autre exemple comparable. Ils figurent seuls sur ces deux objets, n’étant pas accompagnés des nombreux autres poinçons obligatoirement insculpés sur ceux fabriqués en métropole, ce qui constitue un élément indicatif pouvant permettre de les attribuer à un orfèvre de Nouvelle-France. Celui des cuvettes de Notre-Dame n'avait pas été auparavant identifié et on l'attribuait à un orfèvre français demeuré anonyme (Traquair 1940, p. 162 n° 37 ; Trudel 1974a, p. 95). Or, en France, l'enregistrement des poinçons des maîtres est contrôlé par les corporations où ils sont insculpés et accompagnés de descriptions détaillées que l'on retrouve aussi dans les archives notariales. Rien de tout cela n’existe en Nouvelle-France. Leur attribution repose donc sur plusieurs facteurs circonstanciels étayés par des documents d’archives ou des payements concernant les objets fabriqués. Ce qui n'est pas le cas pour ces deux cuvettes dont les porvenances et commandites demeurent inconnues. Il est donc impossible de déterminer un quelconque ordre chronologique, comme le fait Chassey, entre un 1er ou un 2e poinçon qui auraient pu être utilisés par cet orfèvre.

Guillaume Chevreul dit Duval, Cuvette à laver (une de deux identiques), 1714-1715, argent, Église Notre-Dame de Montréal.

Armoiries de Saint-Vincent de Narcy (Hozier 1696-1710, vol. 10, Champagne, p. 125).

Grâce aux nouvelles recherches et publications disponibles, on peut désormais identifier les armoiries des deux cuvettes de Notre-Dame. Il s’agit de celles de Saint-Vincent de Narcy. L'histoire de cette famille, publiée en 1946, débutait avec leur description dont la source n'est pas donnée, mais qui correspond à celle de Rietstap et à l’ancien dessin d’époque tiré de l’armorial d’Hozier, hormis le boeuf qui est clariné d'azur et les deux sauvages en support. Notons la gravure très schématique des boeufs bancaux, ce qui pourrait indiquer une oeuvre coloniale plutôt que métropolitaine.

« St.-Vincent barons de Narcy — Lorr., Champ., Pays Basque. Ec: aux 1 et 4 d'or à un boeuf pass. de gu., clariné du même, au canton sen. d'azur ch. d'une croix potencée et alésée d'or ; aux 2 et 3 d'or à une cloche de gu. Cq. cour. C : le boeuf, iss., entre deux bannières aux armes du 2. T. : deux sauvages. » (Rietstap 1884, vol. 2, p. 654.)

« Armes : Ecartelé : aux 1 et 4, d'or, à un boeuf de gueules, clariné du même, au canton sénestre d'azur à la croix potencée d'or ; aux 2 et 3, d'or à la cloche de gueules. Couronne de marquis. Supports : Deux sauvages. » (BRH 1946.02. Drolet 2019, p. 713, reprend la même description en la donnant à Massicotte 1915 et Massicotte 1918 où on ne la retrouve pas.)

Mais, que diable, comment ces objets civils domestiques somptuaires sont-ils parvenus dans ces établissements religieux ? Et à quel membre de la famille Saint-Vincent de Narcy les deux cuvettes armoriées auraient-elle pu appartenir ? Pierre (1661-1743) est au Canada en 1706, lieutenant en Acadie, puis capitaine dans les troupes de la Marine (1714), chevalier de Saint-Louis, décédé à Québec en 1743. Son fils Henri-Albert se marie à Québec en 1719 où ses enfants sont baptisés jusqu'en 1733 ; lieutenant dans les troupes de la Marine, puis dans les Volontaires d’Afrique, capitaine à la Martinique (1769), puis commandant en second à Saint-Domingue (1776) (Drolet 2019, p. 713 ; PRDH). Si Guillaume Chevreul dit Duval est celui qui a fabriqué ces cuvettes, il faudrait que ce soit dans sa seule courte période d’activité d'une année où il se déclare orfèvre à Montréal en 1714-1715. L’orfèvre et le commanditaire étant militaires, auraient-il pu se connaître dans l’armée ? Mais Chevreul aurait-il pu exercer sa profession à Québec avant de déménager à Montréal ?

 

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Guillaume Chevreul (Chevreuil) dit Duval soldat et orfèvre voyageur

Roissy del.t Leborne Exc.t, St. Lö (Manche) (détail), XIXe siècle, gravure, à Paris chez Benard passage Vivienne N° 49.

Chassey avance que la cuvette des hospitalières a été « fabriquée à Montréal par l'orfèvre Guillaume Chevreul en 1715. » Il le fait naître à « St. Lô en Normandie vers 1680 ». Or il est né quatre années plus tard, le « 11-mai-1684 ST-OUEN, BAUDRE, EV. COUTANCES, NORMANDIE (AR. ST-LO, MANCHE) [PRDH] ». Il est le fils de Michel Chevreul (Chevreuil), docteur en médecine à Saint-Lô, et de Jeanne Duval, demeurant dans la paroisse de Saint-Ouen le Baudre. Chassey avance qu’il « a été formé sur place avant de s'engager dans l'armée. » Or, pour Saint-Lô, on ne trouve qu’un seul nom d’orfèvre pouvant se rapprocher du sien, soit celui de Jean-Baptiste Chevrel, apprenti 6 ans chez son beau-frère Jacques Dubosq, reçu maître en 1718 avec le poinçon IBC sous une licorne couronnée, puis documenté en 1720-1721. Chez les orfèvres de Saint-Lô, on ne trouve aucune mention de Chevreul, ni de Duval, ni dans les autres biographies d'orfèvres où il aurait pu apprendre ce métier, ou dans d’autres publications concernant les orfèvres de Normandie (Cassan 1980, p. 100-109, voir aussi Cassan 1978.01, Cassan 1980.01, Cassan 1981).

Contrat de mariage, 1707.11.23 (greffe L. Chambalon).

Sur ses deux signatures connues, cet orfèvre orthographie très clairement son nom « Chevreul ». Par contre, la majorité des documents le concernant alors qu'il est absent l'orthographient « Chevreuil ». Suivant sa volonté, nous l'identifions donc avec la graphie qu'il a choisie dans ses signatures.

Voici les éléments documentés par des pièces d’archives probantes le concernant (Derome 1974b, p. 29-30, Parchemin, PRDH, archives Robert Derome). « G. Chevreul » signe à Québec, le 23 novembre 1707, son contrat de mariage avec « Louise angelique ca tomingo » (Louise Angélique Thomaingo, Tomingo, Domingo, Daumingau, dit Carabi, Caraby, 1686-1769) célébré le lendemain à l'église Notre-Dame. Il est alors sergent de la compagnie du Sieur de « Gernesay », également orthographié « Gemeray ». Leur fille Marie-Anne-Angélique (1708-1793) est baptisée à Montréal le 14 septembre 1708, ville où Cheveul signe un bail en 1714 en se déclarant orfèvre. Leur fille se marie et décède dans cette même ville, tout comme sa cadette Marie-Charlotte-Antoinette (vers 1710-1802, Derome 1974b, p. 29-30 ; PRDH).

Derome 1974b.

Bail à loyer, 1714.10.26 (greffe M. Lepailleur).

Anonyme, Veue de la Ville des trois Rivieres en Canada Nouvelle France 1721,
du Fort de Chambly, de la Ville du Montréal, du Saut de Niagara, de la Ville de Quebec
(détail),
pen-and-ink and watercolor, sheet 564 x 739 mm, The Newberry Library, Ayer MS map 30 sheet 106.

Le 10 juillet 1719, « louise Caraby » signe de cette orthographe une requête, adressée au lieutenant général de la juridiction royale de Montréal, visant à obtenir une séparation de la communauté de biens avec son mari l’orfèvre Guillaume Chevreul dit Duval. Elle habite alors chez le sieur Beauvais, cabaretier sur la Place d’Armes, sise derrière les bâtiments C (séminaire) et D (paroisse) sur le dessin ci-dessus, place marquée en vert sur le plan ci-dessous. Elle habite donc au coeur du Montréal religieux et commercial de cette époque. Cette cause, entendue du 10 au 14 juillet, fournit des informations inédites sur la carrière et les comportements de Chevreul que l’on peut qualifier de joueur, dépensier et profiteur. Les documents lui sont signifiés à son dernier domicille connu : à l'enseigne des Trois Pigeons tenue par la veuve Cusson dont l'emplacement et la rue ne sont pas indiqués. Chevreul ne s’étant pas présenté à l’audience, car étant toujours en France, le jugement est accordé par défaut et il est condamné à payer les dépens s’élevant à 32 livres, 13 sols, 4 deniers. (BANQ, pdf, transcriptions.)

Reconstitution du plan de Montréal en 1725 (Adhémar).

Gaspard-Joseph Chaussegros de Léry, Plan du Fort Frontenac ou Cataracouy (détail), 1720, Newberry Library Collection (web).

Louise Caraby témoigne n’avoir vécu qu’environ deux ans avec son mari qui l’abandonne sans subvenir à ses besoins et à ceux de ses deux filles. Grâce à la bonté de monsieur de Vaudreuil, elle gagne considérablement d’argent au fort Frontenac, alors appelé Cataracoui, site de l’actuelle ville de Kingston en Ontario, à quelques 300 km au sud-ouest de Montréal. Vers 1710, Louise Caraby oeuvre donc comme marchande à Cataracoui avec des ouvrages faits de ses mains, dont on ne connaît ni la teneur, ni la spécificité. Pourrait-il s’agir de pièces d’orfèvrerie pour la traite des fourrures ? Ce qui en ferait une rare femme orfèvre ! Elle témoigne en outre que son mari a dépensé tout son argent à son retour de voyage en France !

Témoignage et signature de Jacques Gadois Mogé (Mauger), 1719.07.12 (BANQ, pdf, transcriptions).

Appelé comme témoin, le marchand Jacques Charbonnier corrobore le témoignage de Caraby. Mais celui de l’orfèvre Jacques Gadois Mogé (Mauger), âgé de 32 ans ou environ lors de sa comparution le 12 juillet 1719, clair et articulé, démontre une connaissance assidue des activités de la plaignante et de son mari.
Gadois témoigne donc avoir une « Connaissance parfaite que pû apres Le mariage du dt Duval et La dt Caraby, Il passa En France ayant Laisse Sa femme a Cataracouÿ, et ne Repassa en ce pais que quatre ans apres — quil [Resta] Icy Tres peû de têms pendant Lequel Il ne travailla guères de Sa profession dorphevre, et Estoit de grosse depense qu’il a même ouÿ dire qu’Estant a La Rochelle Lors du dt premier voyage Il avoit Joué Tout ce quil apportait de France, et qu’il Est Encore une Seconde fois passé en France il y aura quatre ans cette automne Sans avoir donné Ses nouvelles a la dt Caraby Suivant ce qu’elle Luy En a dit Chaque année ».

Pierre Mariette (1634-1716), La Rochelle capitalle du païs d'Aunix (détail), vers 1657-1716,
eau-forte coloriée, feuille 31,9 x 48,4 cm, plaque 31,6 x 43,5 cm, INHA VO Fra L1.

Chevreul séjourne dans la cité portuaire de La Rochelle, en France, pendant 4 ans, soit de 1710 à 1714, où il perd tous ses acquis en les jouant ! Cette ville est sise à une trentaine de kilomètres de celle de Rochefort où Michel Levasseur a voulu s’établir comme orfèvre en 1711 ! Y aurait-il eu des échanges à ce sujet entre eux ? Pourrait-il y avoir appris l’orfèvrerie ? À son retour à Montréal, alors que la guerre de Succession d'Espagne vient de prendre fin, Chevreul se déclare orfèvre lorsqu’il loue pour un an, le 26 octobre 1714, une maison rue Saint-François. « L taumingot Duval » déclare que son mari Chevreul est en France lorsqu'elle signe, le 22 octobre 1717, une obligation pour 2 066# 13s 4d de marchandises obtenues à Québec du marchand Claude Barolet (greffe Florent de La Cetière). En poursuvantt sa carrière de marchande, « louise domingo » déclare toujours son mari absent, lorsqu'elle loue un petit magasin, rue Saint-Paul à Montréal, le 4 décembre 1719, bail renouvelé le 15 juillet 1720 en signant « louise Caraby femme de Duval » (greffe M. Lepailleur). En juillet 1719, Gadois atteste que cela fera 4 ans à l'automne que Chevreul est repassé en France, sans indiquer son lieu de séjour. Gadois observe également que, durant son court laps temps passé à Montréal, Chevreul n’a guère travaillé à sa profession d’orfèvre. C’est donc durant cette seule période d'une année, en 1714-1715, que Chevreul aurait pu produire des pièces d'orfèvrerie pour le marché local.

 

LevasseurGauvreauPagéCuvettesChevreulGadoisNouvelle-OrléansConclusionNotes
Jacques Gadois Mogé (Mauger) armurier orfèvre et marchand prospère

Chevreul et Caraby étaient donc bien connus de Jacques Gadois Mogé (Mauger). Cet orfèvre a été en contact avec quelques autres. Devenu un marchand prospère, il effectue quantité de transactions dont plusieurs avec des orfèvres qui fournissent son magasin. Outre Chevreul, mentionnons le grand orfèvre Ignace-François Delezenne, mais également le cordonnier devenu orfèvre Michel Cotton avec lequel Gadois a eu de truculents démêlés juridiques. La biographie de Gadois (Derome 1974b) serait entièrement à revoir à la lumière de l’étude détaillée des très nombreux actes notariés repérés par la base de données Parchemin. On retrouve plusieurs oeuvres de cet orfèvre dans le catalogue de l'exposition L'orfèvrerie en Nouvelle-France (Trudel 1974a). Voici d'autres photos inédites de ses deux exceptionnels encensoirs fabriqués pour l'église Notre-Dame de Montréal. Il ne portent pas son poinçon, mais sa signature telle qu'il la formulait sur les actes notariés, soit « I G M O G E », lettres poinçonnées en haut de chaque côté des ornements en S des cheminées magnifiquement ornées d'ajours de fleurs de lys, références à la royauté française. La base de celui de gauche a été grossièrement refaite ainsi que la frise supérieure de la cheminée ; ce qui n'est pas étonnant puisque ces objets chauffés pour y brûler l'encens et bousculés au bout de leurs châines devaient souvent être réparés. Il fut un temps, aujourd'hui révolu, où on pouvait facilement les admirer dans le trésor de cette église. En espérant que les inacceptables restrictions actuelles d'accès pourront être levées au bénifice de la contemplation et de l'étude ce patrimoine irremplaçable.

Gadois naît en 1686 dans une famille d'armuriers : son oncle Jean-Baptiste (1641–1728 fils de Pierre Gadoys), mais surtout son père Pierre Gadois (1632-1714), membre de la Saint-Éloi, la corporation des armuriers (Massicotte 1917a). Jacques y devient donc familier avec le travail des métaux et le commerce. À son mariage, en 1714, il se déclare orfèvre, profession souvent pratiquée par les armuriers à la fin du XVIIe siècle (Derome 1974b ; Bouchard 1978). Alors âgé de 26 ans, il avait certainement déjà quelques années de pratique derrière lui, ayant terminé son apprentissage entre 21 et 25 ans selon les statistiques connues à cet égard (Derome 1993 ou pdf). Il a donc pu commencer à produire des pièces d'orfèvrerie dès 1707-1711. Sur la base de sa signature Mogé Gadois, on lui attribue le magnifique et original poinçon MG insculpé sur ce tastevin, d'une matière généreuse, d'un grand format et d'un travail tout à fait remarquable avec son anse en forme de coquille Saint-Jacques subtilement galbée et ciselée. Bien sûr, ce coquillage a été beaucoup utilisée pour les pélerinages en contexte chrétien. Mais, depuis l'Antiquité, il est aussi un symbole de renaissance, d'amour, de fécondité et d'avenir favorable. Associé aux plaisirs de Bacchus, il orne régulièrement les anses de tastevins comme celui-ci. Ce qui est tout à fait approprié pour le cabaretier identifié par les inscriptions, qui devait l'utiliser quotidiennement, suspendu à son cou grâce à son anneau.

Les inscriptions identifient son propriétaire : Louis Leroux dit Lachaussée (1664-1747), cabaretier aubergiste à Montréal. En 1739, à l'âge de 75 ans, il lègue tous ses biens à la Congrégation de Notre-Dame (identifiée par l'inscription C+, web ou pdf), ainsi que diverses rentes sur ses propriétés, afin d'être nourri et logé jusqu'à son décès, incluant son service funèbre et sa sépulture. Les tastevins pouvaient alors être fabriqués en étain, céramique, bois ou verre (Arminjon 1984, p. 186-187). Mais celui-ci est plus précieux par son matériau d'argent utilisé en quantité généreuse. On peut donc imaginer ce cabaretier à la longue carrière y mirer et goûter les vins avant de les servir à ses clients.

Michel Levasseur, Cuiller à potage, 1700-1709, argent, Musée des Hospitalières de l'Hôtel-Dieu de Montréal 1984.X.474 (photo Judith Houde).

Pierre Gauvreau, Cuiller à potage, 19,2 cm, Musée national des beaux-arts du Québec 1960.284.

Notons finalement plusieurs similitudes dans la technique de gravure des inscriptions entre ces oeuvres de Gadois, Levasseur et Gauvreau. Serait-ce uniquement le fruit du mimétisme entre praticiens ? Ou bien de relations professionnelles ?

 

LevasseurGauvreauPagéCuvettesChevreulGadoisNouvelle-OrléansConclusionNotes
Décès de l'orfèvre Chevreul à la Nouvelle-Orléans

François-Gérard Jollain, Le Commerce que les Indiens du Mexique font avec les François au Port de Mississipi, 1717,
estampe, 45,5 x 83 cm, BNF QB-1 (1717)-FOL

Chevreul se rend dans les contrées éloignées de la Louisiane, aux confins sud de la Nouvelle-France. Il est l'un des nombreux aventuriers attirés par les perspectives de richesses attisées par une intense période de bulle spéculative bien illustrée par cette idyllique publicité gravée dont le long texte est révélateur et dont voici la transcription intégrale.

Le Royaume de la Loüisiane est d'une plus grande étendüe que celui de france. il est traversé dans toute sa longueur par le fleuve de Missisipi nommé aujourdhuy la riviere de St. Louis qui tire sa source d'un païs Sauvage appelé issati ; son lit surpasse en largeur tous les fleuve de l'Europe. et apres un cours de plus de 800 lieues, il se decharge dans le golfe du Mexique. Les françois decouvrirent ce païs et y formerent quelques habitations avec lan 1540. on en voit encore des restes dans les debris de quelques vieux forts comme du fort Charles baty par Ribault proche l'isle des chiens, et du fort Carolin a 8 lieues de Pensacola que Charles IX, Roy de France fit elever environ lan 1554. Ceux qui voyagent dans ce païs voyent les forts du vieux et nouveau Louis et les autres edifices, reconnoissent facilement que ce Royaume n'a pas été inconnu a nos peres dans les siecles passez. Les guerres frequentes, que les françois ont eu a soutenir de puis la decouverte de ce Royaume, ont eté causes qu'on a negligé pendant quelque tems dy envoyer de nouvelles colonies, et ce ne fut qu'en 1681, que Louis XIV Roy de france connoissant de quelle importance il etoit de ne pas abandonner ce païs fit embarquer plusieurs personnes pour travailler a la culture des terres, en 1717, sa Majesté etablit la compagnie des indes, a qui elle ceda tous ses droits

Pour le commerce des indes, permit aux associez de cette compagnie de prendre telles mesures qu'ils jugeront a propos pour faire peupler et cultiver ce païs y conduire les colonnies necessaires, faire bâtir des forts pour la defens des habitans. Le climat y est fort doux et temperé, on y respire un bon air, et on y joüit dun printems perpetuel c'est ce qui contribu beaucoup a la fertilité du païs qui a bonde en toutes choses. les prairies arrosées par le Missisipi font les pâturages excellens ou en engraisse les Vaches, Boeufs, Moutons, et autres bestiaux utiles aux habitans, on en tire aussy les fourages necessaires pour les Chevaux. les arbres sans être greffez ny cultivez porte naturellement des fruits d'un goust exquis, et on trouve dans les herbages des plantes de toute sorte tant potageres que medicinales, on a trouvé le moyen d'aprivoiser les Oiseaux les Volailles dont on tire des apresent une grande utilité. les terres et les vignes pour peu quelles soient cultivez rapportent des bleds et du Vin en abondance on voit au haut du Missisipi des montagnes remplies d'Or, d'Argent, de Cuivre, de Plomb et de Vif argent qui favoriseront le commerce ; car les sauvages se sont si fort apprivoisez avec les colonnies francoises qu'ils trafiquent ensemble de

bonne foy sans se defier ny rien craindre de part ny dautre comme l'or et l'argent est tres commun, et que les sauvaiges n'en connoissent pas la valeur, ils troquent des morceaux d'or ou d'argent pour des marchandises d'Europe comme couteaux, marmites de fer, hache a couper du bois, souvent même pour un petit miroir, un peu deau de vie ou quelquautre chause semblable de leur gout. Les françois font entre eux des échanges de toiles, indiennes, fil, chanvre, peaux, laines et êtofes comme il se pratique en Europe. on a dressé le plan d'une nouvelle ville qui aura une lieue de circuit ; elle sera la Capitale de la Loüisiane, on l'appele a present la nouvelle Orleans. il y a desja plus de six cent maisons commodes pour ceux qui les habitent, a chacun des quels pour droit de bourgeoisie on a attaché un don gratuit de cent vingt arpens de terre a leur bien seance qu'ils peuvent faire cultiver a leur profit. comme cette Ville est située sur le bord du fleuve de Missisipi et qu'elle nest pas eloignée de la Mer, ce sera le centre du Commerce son Port est magnifique d'une etendüe et d'une proportion convenable pour renfermer les Vaisseaux qui

y abondent de toutes parts. on a bàti des lieux propres a resserrer les Marchandises et les mettre a couvert des iniures de lair, la police sy observe pour les poids, mesures, et aulnages, et on y trouve toutes les commoditez de transport par eau ou par terre pour l'avantage des negocians.

La Religion Catholique fait de grands progres par le zèle infatigàble des missionnaires, les instructions frequentes qu'on fait aux catecumenes jointes aux bons exemples de nouveaux convertis attirent les indiens idolàtres a la foy de Jesus Christ, qui demandent avec empressement a recevoir le Bapteme. on prend un grand soin de l'education des enfants : enfin le bon ordre rêgne par tout par lattention et les soins des Chefs ou principaux officiers de la Compagnie.

A Paris Chez F. Gerard Jollain rue St. Jacques a l'Enfant Jesus.

Plan de la ville de la Nouvelle Orléans en l'état quelle étoit le 30 may 1725,
carte, 44,5 x 64 cm, BNF Collection d'Anville 08826 ter.

Détail du cimetière
sur le plan ci-contre.

Louise Caraby déclare Chevreul absent à plusieurs reprises. En 1734, elle obtient confirmation de son décès à l'automne 1725 à la Nouvelle-Orléans. Cette ville, alors toute récente, avait été fondée en 1718 par Jean-Baptiste Le Moyne de Bienville. Joseph Godin de la Huliere, maître tailleur à Montréal, atteste le 30 octobre 1734 « a la Réquisition Et présence de dam.ellle louise Carabie veuve de Guillaume Chevreuil dit Duval vivant me orphevre » que « Sr chevreuil duval Estant venu a la nouvel orléans sous la concession de Mons.r méssiere, ou Etoit alors lui qui déclare Et [y est] mort lautomne de lannée mil Sept Cent vingt Cinq Et fut inhumé dans le Semitière des Capussins le pere Raphael Estant alors Curé du dt lieu ; et que luy dit gaudin de la huilliere party lannée Suivante pour ce rendre en Ce pais » (greffe F. Lepailleur).

Dumont de Montigny,
Fort St. Loüis ou Nouveau Billoxy, 3eme etablissement, vers 1720,
carte, 168 x 224 mm, Newberry Library Ayer MS 257 map 5 (NLO).

Plan du terrain qu'occupe les concessions de messieurs les Marquis de Mézières et des Marches aux nouveaux Biloxy a la Louisiane, vers 1722, carte (web).

La concession des marquis de Mézières aurait été créée en 1719 et incendiée en 1732 (web ou pdf). On la retrouve au numéro 4, sur la carte ci-dessus, présentant le troisième emplacement du Fort Saint-Louis au « Nouveau Billoxy ». Aujourd'hui, cette ville de Biloxi se trouve à environ 140 km à l'est de la Nouvelle-Orléans. Mais, difficile d'évaluer quel peut y avoir été le rôle de Chevreul qui s'y était exilé ! Y aurait-il travaillé de son métier de soldat ou bien de celui d'orfèvre ? Parmi plusieurs autres officiers et ouvriers spécialisés énumérés sur le plan de ce domaine. Ce plan de la concession de Mézières et des Marches, « aux nouveaux Biloxy a la Louisiane », identifie : un hôpital et une chapelle ; de multiples baraques pour les chirurgiens, aumoniers, officiers, ouvriers, propriétaire, administrateur ; les boutiques des serruriers et taillandiers ; les installations et services de magasin, four, cuisine, poudrière, étable aux vaches, soue à porc, poulailler, piroques ; forêts environnantes avec plusieurs essences aromatiques et médicinales.

Attestation du décès de Cheveul, 1749.09.18 (greffe J.-B. Adhémar de Saint-Martin).

Le 18 septembre 1749, « louise domingo veuve de feu gillaume chevreuil duval » requiert une nouvelle attestation du décès de son mari à la Nouvelle-Orléans, « il y a environ vingt six ans », via le témoignage de trois anciens voyageurs des Pays d'en haut : le forgeron Antoine Duranceau, l'aubergiste François Bureau dit Bourbonnais et Joseph Lorain (greffe J.-B. Adhémar de Saint-Martin). Le 8 octobre 1750, plusieurs bourgeois montréalais, dont l'orfèvre Ignace-François Delezenne, signent un certificat et attestation en faveur de « l de daumingo caraby veuve che[...] Duval » à l'effet que « de tous tems il a été de notorieté publique, cerrtain, et constant, que les deux noms de Domingo, et de Carabi ne sont, et n'appartiennent qu'à la même personne, qui est la dite demoiselle Louise angelique domingo veufve de feu s.r guillaume chevreuil duval, laquelle avouee quelle signe ordinairement Carabi » (greffe G. Hodiesne). Elle décèdera dans cette même ville en 1769.

« Guillaume Chevreuil dt Duval — Lan 1726. le 8 9.bre ay inhumé le Corps de Deffunt Guillaume Chevreuil dt Duval orphevre de sa proffession habitant de cette ville decede le 7 du mois. » (État civil, Nouvelle-Orléans, 1726, ANOM, p. 46, vue 7, web ou pdf.)

Les Archives nationales d'outre-mer en ligne révélent la véritable date du décès de Chevreul : le 7 novembre 1726. Étant né le 11 mai 1684, il avait donc 42 ans, 5 mois, 3 semaines et 6 jours. Son inhumnation atteste qu'il travaillait comme orfèvre à la Nouvelle-Orléans. Ce qui est corroboré par des documents judiciaires ultérieurs où quelques intervenants réclament des payements à maître Rossard, l'administrateur de sa succession vacante, donc sans héritiers légaux. Dans son testament, évoqué ci-dessous mais non retrouvé, il avait donc fait table rase de son épouse et de ses filles pourtant citoyennes de la même administration légale des colonies françaises en Amérique même si elles habitaient à des milliers de kilomètres.

La pièce de 8 réaux du réal espagnol ou real español, également nommée pièce de huit, peso de plata, real de a ocho, piastre d'argent, dollar ou peso espagnol, spanish dollar, piece of eight ou pillar dollar à cause des colonnes aux phylactères illustrées au revers la pièce qui ont donné naissance au signe du $.

Monnaie royale de Madrid,
Pièce de 8 reales ou piastre
, 1710,
27 g d'argent à 917 ‰,
41 x 2 mm (web ou pdf).

Avers
PHILLIPVS V D G M J 8
armoiries couronnées d'Espagne.

Revers
HISPANIARVM REX 1710
croix avec châteaux et lions
dans les angles d'un octolobe.

Une requête judiciaire du 10 février 1727 fait état que dans son testament l'orfèvre Duval reconnaissait devoir à François de Noyan 6 piastres argent d'Espagne et à Jean Dulude 3 piastres, plus 2 autres piastres 5 réaux dans un morceau de papier cacheté au nom de Dulude (total de 11 piastres 5 réaux). Cette monnaie d'argent lui avait été remise « pour leur faire à chacun deux goblets d'argent » (web ou pdf). Dans leur requête du 18 mars 1727, Dulude et Noyan attestent avoir remis à Duval Chevreul 12 piastres moins deux réaux argent d'Espagne (total de 11 piastres 6 réaux ou 9,75 piastres) pour faire « au premier un gobelet et au dernier deux d'argent ». Comme seulement 2 piastres et 6 réaux ont été remises à Dulude, on demande à Rossard, procureur des biens vacants de cette succession, de remettre 3 piastres restantes à Dulude et 6 piastres à Noyan (web 03 et 04 ou pdf 03 et 04). En se référant à notre étude détaillée de la valeur de la piastre d'Espagne, son poids moyen de 27,06 g (McCullough 1987, p. 253) donne un total de 317,955 g pour les 9,75 piastres fournies pour ces 3 ou 4 gobelets. Le gramme d'argent métal valant 1,5679 $ canadiens au 7 juin 2025, cela représente donc 498,52 $ canadiens à cette date. Pour leur travail de fabrication, les orfèvres doublaient ce montant, soit une contrat total de 997,04 $. Les poids, décors et dimensions de ces objets de luxe varient considérablement de l'un à l'autre.

22 g — 4 cm

Gobelet à liqueur, XVIIIe siècle,
argent, 22 g, 4 cm (web ou pdf).

51 g — 6,9 cm

Timbale gobelet dit curon, XVIIIe siècle,
argent, 51 g, 6,9 cm (web ou pdf).

225 g — 12 cm

Michel Maillard, Gobelet, 1752, argent,
225 g, 12 cm, Louvre OA 9843 (web ou pdf).

Jean-Pierre Lassus, Veüe et Perspective de la Nouvelle Orléans, 1726,
dessin à la plume aquarellé sur papier, 150,5 x 48 cm, FR ANOM 04DFC71A.

D'après cette vue de la Nouvelle-Orléans, en 1726, l'agglomération comptait un nombre suffisant d'habitations pour soutenir le travail d'un orfèvre comme Guillaume Chevreul dit Duval, sans compter les nombreuses riches concessions aux alentours, comme celle des Mézières et des Marches, qui devaient posséder de somptueux inventaires en métal précieux. La succession de cet orfèvre révèle en outre d'autres intéressants documents le concernant. Le 13 mai 1727, le journalier Michel Roger réclame 76 livres qu'il avait prêtées à Duval Chevreul tel que déclaré dans son testament (web ou pdf). Le 25 septembre 1727, le chirurgien Michel Brosset réclame les sommes dues par le défunt suivant ses billets des 12 mai et 31 octobre 1726, de 340 et 125 livres, plus 32 livres, pour soins et médicaments durant sa maladie (web ou pdf). Le 3 octobre (web ou pdf) et le 20 novembre (web ou pdf), le capitaine des troupes Dutisné réclame 201 livres dues par la succession selon une obligation du défunt. Quels pouvaient être les liens de cet orfèvre avec d'autres personnes documentées dans cette ville portant le même nom ? En 1730, François Duval dans le cadre de la succession de Jacques Delachaise (web ou pdf). Marie Chevreuil, épouse de P. Fonne, réclame en 1739 la valeur d'un esclave noir de la succession Coustillas ou Coustilhas (web ou pdf). Simon Chevreuil en 1753 (web 04, 05, 07, ou pdf 04, 05, 07).

Détail du dessin ci-dessus de la Nouvelle-Orléans en 1726 par Lassus.

 

LevasseurGauvreauPagéCuvettesChevreulGadoisNouvelle-OrléansConclusionNotes
Conclusion

Reconstitution par Gérard Lavallée d'un atelier d'orfèvre aujourd'hui démantelé.

Les cuvettes à laver des hospitalières et de Notre-Dame sont tout à fait semblables à celle de Jacques Pagé dit Quercy conservée à Québec. Né à Québec, Pagé a été formé par le premier orfèvre français actif en Nouvelle-France, Michel Levasseur. Le contrat d’exclusivité conclu par l’arquebusier Pierre Gauvreau avec Michel Levasseur pour apprendre l’orfèvrerie, non retrouvé dans les archives notariales et donc probablement passé sous seing privé, serait demeuré inconnu sans la contestation qui en a été faite auprès de l’intendant Raudot par Pagé qui, soit dit en passant, avait auparavant déjà commencé à pratiquer l’orfèvrerie en autodidacte. Dans ce contexte, Chevreul aurait pu, lui aussi, apprendre son métier à Québec, sans contrat officiel notarial, tant auprès de Levasseur que de ses deux apprentis, Gauvreau et Pagé, dans ses temps libres comme militaire avant son mariage en 1707 et son déménagement à Montréal en 1708. Mais Chevreul aurait tout aussi bien pu faire comme Pagé avant de devenir l’apprenti de Levasseur, s’auto-former à l’orfèvrerie en autodidacte ! Ou bien, apprendre son métier à La Rochelle durant son séjour dans cette ville en 1710-1714 !

Jacques Pagé dit Quercy, Cuvette à laver, 1711-1742, 26,3 cm, Musée national des beaux-arts du Québec 1960.454.

Guillaume Chevreul dit Duval, Cuvette à laver, 1714-1715, argent, Musée des Hospitalières de l'Hôtel-Dieu de Montréal 1985.X.1673.

Guillaume Chevreul dit Duval, Cuvette à laver (une de deux identiques), 1714-1715, argent, Église Notre-Dame de Montréal.

Les formes, styles et décors de ces cuvettes sont similaires. Ce sont des objets relativement simples à fabriquer, puisque modelés à partir d’une feuille d’argent dont les bords ont été remontés, repoussés en godrons, puis ornés d’une simple moulure. Mais, leur taille et leur poids en métal précieux, en font des objets de luxe rares en Nouvelle-France.

Reste donc à déterminer si celles des hospitalières et de Notre-Dame sont des œuvres d'un orfèvre inconnu français ou celles de l’évanescent Chevreul, à la très courte carrière coloniale, dont ces deux seuls objets portant des poinçons différents semblent être issus.

Plusieurs éléments circonstanciels plaident en faveur de cette dernière et nouvelle hypothèse. Chose certaine, ce type d’objet provenait de la mère patrie métropolitaine, comme l’illustre par exemple celle fabriquée à Dunkerke en 1716, modèle que Michel Levasseur a pu apporter de France pour le transmettre à ses apprentis.

Adrien Deman, Dunkerke, Cuvette à laver, 1716, argent (web ou pdf).

 

LevasseurGauvreauPagéCuvettesChevreulGadoisNouvelle-OrléansConclusionNotes
Notes et mises à jour

Arnaud de Chassey (1932-2010 web ou pdf)

« Une jatte ronde à côtes (plat) en argent fabriqué [sic] à Montréal par l'orfèvre Guillaume Chevreuil en 1715. L'œuvre porte son 2e poinçon avec comme différent un calice surmonté d'une hostie couronné [sic] (deux jattes semblables se trouvent au grand séminaire des sulpiciens [plutôt à l'église Notre-Dame de Montréal] avec son premier poinçon : différent une tête de chevreuil). Cet orfèvre est né à St. Lô en Normandie vers 1680 d'un père médecin, il a été formé sur place avant de s'engager dans l'armée. En 1707 il est sergent d'une compagnie d'infanterie de marine à Québec où il se marie, démobilisé peu de temps après il ouvre une boutique d'orfèvre à Montréal. En 1725 il meurt à la Nouvelle-Orléans. Le plat a été marqué IHS au centre à cette époque et porte les initiales RL d'un premier propriétaire (probable donateur initial). » (Correspondance manuscrite, 2005-2006, Musée des Hospitalières de l'Hôtel-Dieu de Montréal, dossier de l’objet 1985.X.1673.)

 


Mises à jour

2025.06.28 Michel Levaseur n'a pas expertisé d'orfèvrerie à Montréal en 1705.

2025.06.27-28 Ajout du tastevin de Jacques Gadois.

2025.06.24 Publication du site.

 

Liens inédits entre les premiers orfèvres du Québec
web Robert DEROME