Certains auteurs ont prétendu que Maisonneuve comptait revenir à Montréal et qu'il y aurait laissé son luth à son départ en 1665...!...? Cette interprétation romanesque n'est pas documentée et semble reposer uniquement sur le fait que Vachon de Belmont trouvera un luth à Montréal une vingtaine d'années plus tard...! Plusieurs autres personnes auraient pu apporter ou envoyer un luth à Montréal durant ces deux décennies...!
« Mais à Ville-Marie, en septembre 1665, une pénible nouvelle abattait les courages et atteignait en plein cur les Montréalistes. M. de Maisonneuve, leur bon gouverneur, ce juge intègre de tous leurs différends, venait de recevoir de Tracy l'ordre de retourner en France pour un congé indéfini. Fut-il étonné de recevoir un pareil ordre, lui qui comptait pourtant 24 années de services héroïque ? Il ne le fut certes pas autant que nous le croyons. Depuis quelques années, il n'avait point joui de la faveur des gouverneurs généraux. M. de Saffray de Mézy, surtout, s'était montré d'une intolérance et d'une morgue vraiment regrettables. Il faut lire les récits de sur Morin, dont l'indignation est à peine voilée, pour s'en convaincre. Âme supérieure, M. de Maisonneuve supporta tout avec une dignité admirable. Il partit à l'automne 1665, emportant les regrets de son fidèle petit peuple. Il s'en alla vivre à Paris, retiré, humble, discret toujours (Daveluy 1966, p. 226). »« Il [...] disposa toutes choses pour s'an aller en France la mesme annee. Ce qu'il executa non pas pour aller s'y plaindre du mauvais treitements qu'on luy avoit fait isy [les abus de pouvoir d'Augustin de Saffray de Mésy, gouverneur en 1663-1665] et revenir triomphans, comme il l'auroit pu faire s'il avoit voulu, mais pour y vivre / petit et humble, agissant comme un homme du commeun, n'ayant qu'un seul vallet qu'il servèt plus qu'il n'an estoit servy, allant luy mesme acepter ces vivres au marché. Une personne de merite m'a asuré que l'estant allé voir a Paris, elle l'avoit trouvé dans les mesmes pratiques et santimens qu'an Canada. et que l'ayant fait manger avec luy, il alla luy mesme querir une bouteille de vin dans une auberge, ce qui la surprit plus qu'on ne soroit dire, ne creyant pas q'un homme qui avoit encorre l'habit du monde, mais tres simple et modeste, ut assé de courage de faire des actes pareils au milieu de la ville de Paris et de faire litiere de l'honneur sy publiquement. [...] Morin 1979, p. 68-72) »
Même s'il était parti précipitemment, il serait tout à fait normal, donc plausible, que Maisonneuve ait donné des consignes pour que ses biens personnels soient emballés et expédiés. Nous ne sommes pas convaincu de l'interprétation non documenté qui veut que Maisonneuve ait laissé son luth à Montréal, tant à cause du coût de l'instrument que de la place de cette musique dans sa vie. Hormis qu'on lui ait expressément demandé de laisser son luth à Montréal pour l'accompagnement musical des services religieux ? Mais encore aurait-il fallu disposer d'un luthiste capable d'en jouer et l'existence d'une telle personne reste à documenter...! Par ailleurs, le luthiste Michel Cardin atteste que cet instrument fragile se détériore très rapidement, en l'espace de cinq années, s'il n'est pas entretenu. Après 20 ans d'inactivité le luth hypothétiquement laissé à Montréal par Chomedey de Maisonneuve aurait pu alors devenir complètement inutilisable si personne n'en jouait !
Il serait étonnant que Chomedey ait laissé son instrument à Montréal pour s'en procurer un autre à Paris, car on retrouve un luthiste à son testament et un luth à son inventaire après décès. Tout musicien s'attache à son instrument personnel, il apprend à le connaître et à le maîtriser, ce qui rend peu probable qu'à la fin de sa vie Maisonneuve ait voulu en changer. Quoiqu'il en soit, il demeurera gouverneur en titre de Montréal jusqu'en 1669 même s'il n'y est jamais revenu.
Le luthiste Michel Cardin atteste également que l'instrument était fort répandu à la fin du XVIIe siècle, si bien que dans la ville de Prague un témoin prétend qu'on aurait pu construire un toit au-dessus de la ville avec tous les luths qui s'y trouvaient...!!! Dans ce contexte, il n'est pas étonnant de trouver plusieurs luths à Montréal au XVIIe siècle, soit ceux de Maisonneuve, de Bizard et de Vachon de Belmont, et peut-être d'autres dont les traces restent à être repérées...