Le poinçon du grand orfèvre montréalais Salomon Marion
sur une énigmatique plaque commémorative en étain.
web Robert DEROME
web Robert DEROME

 

Les poinçons de Salomon Marion.

Plaque commémorative en étain portant le poinçon de Salomon Marion et la date 1830,
Montréal religieuses hospitalières de Saint-Joseph 1984.X.358 (photos collaboration de Judith Houde).

Il est très étonnant de trouver le poinçon de l’orfèvre Salomon Marion, fabricant d'objets en métal précieux, insculpé sur une plaque d’étain commémorative, un métal non précieux, le 29 septembre 1830, peu avant son décès le 31 octobre de la même année, ce qui classe cet objet parmi les tout derniers de son illustre carrière.

Salomon Marion (1782-1830, Derome 1987e ou web) devient apprenti de Pierre Huguet dit Latour en 1798.

Il côtoie, dans cet important atelier, les orfèvres Faustin Gigon, François Blache, Joseph Tison et Paul Morand.

Son contrat expire en février 1803, le jour de son vingt et unième anniversaire.

Les objets sur lesquels il a pu travailler portent alors le poinçon de son maître.

Pierre Huguet dit Latour, Encensoir, Argent, 25 cm, P un point H rectangle (2), Fabrique de Saint-Marc sur Richelieu, Photo RD.

Date Nom
Associé
Engagé
Apprenti
1781-1782 BEAUGRAND Simon
Orfèvre
1781-1782 LARSONNEUR François
Orfèvre
1785-1789 LÉTOURNEAU Michel
Orfèvre
1788-1828 HUGUET dit LATOUR Pierre fils
Orfèvre
1791-1797 LAGRAVE Augustin
Orfèvre
1795-1802 GIGON Fraustin
Orfèvre
1797-1802 BLACHE François
Orfèvre
1798-1803 MARION Salomon
Orfèvre
1801 TISON Joseph
Orfèvre
1802-1805 MORAND Paul
Orfèvre
1803
Construction d'un atelier (Derome 1993, p. 263)
1806-1817 MORAND Paul
Orfèvre
1810-1816 FRASER Alexandre
Orfèvre
1810 MARION Salomon
Orfèvre
 
Totaux
1
4
8

Robert Cruickshank, Pierre Huguet dit Latour, Pierre Jean Desnoyers et autres orfèvres, Broches ou couettes d'orfèvrerie de traite, vers 1780-1820, Argent, Excavées en 1900 près de Cross Village (Emmet County Michigan), ancienne collection de Walter C. Wyman (vers 1851-1927) collectionneur et antiquaire de Chicago, acquises par George Heye en 1907, National Museum of the American Indian 1/2134 (web ou pdf).

En octobre 1804, Marion se dit maître orfèvre lorsqu’il loue une maison rue du Saint-Sacrement à Montréal. En mai, il s’était engagé pour un an envers le négociant Dominique Rousseau ; il travaille à sa profession et recueille la moitié des profits nets, tandis que Rousseau doit fournir « l’ouvrage d’orfèvrerie suffisamment pour l’Employer », de même que la boutique et les outils.

Connaissant l’intérêt de Rousseau dans le commerce des fourrures, on peut supposer que les objets fabriqués sous ce contrat étaient principalement des pièces d’orfèvrerie de traite, type d'objets qui étaient également fabriqués dans l'atelier de Huguet. Cette production d'orfèvrerie de traite par Marion devait alors porter le poinçon de Huguet, bien connu, ou celui de Rousseau qui n'a pas encore été retrouvé ni identifié.

Salomon Marion, Croix de procession, Archevêché de Montréal (collaboration de Caroline Tanguay et Julien Huron).

Le statut de Marion évolue sensiblement comme l’indique un marché fort différent conclu en juin 1810 avec son ancien maître Huguet. Il a la permission de travailler chez lui, mais seulement pour « les chaines de lampe, d’encensoir et porte chaine » ; par contre, pour les fins de ce marché, il utilise l’atelier de Huguet qui s’engage à fournir « l’argent, le charbon et les outils ». Les ouvriers nécessaires sont à la charge de Marion, qui doit en outre travailler « au moins quatre jours régulièrement par chaque semaine ». C’est en ces termes qu’il s’engage pendant une année, à fabriquer, pour une somme totale de 2 568#, au moins 27 pièces majeures d’orfèvrerie religieuse, dont certaines avec une décoration fort élaborée.

Avant même la signature de ce contrat, Marion avait livré à Huguet quelques objets du même type. C’est probablement la raison pour laquelle ce document détaille de façon aussi précise toutes les étapes et techniques de fabrication, les prix ainsi que les conditions de travail. Une clause d’exclusivité démontre clairement l’emprise de Huguet sur Marion qui « ne pourra faire chez lui, ni y faire faire ni ailleurs aucun ouvrage en argent pour les Églises, pour aucune autre personne quelconque ». On comprend dès lors pourquoi plusieurs objets qui portent le poinçon PH ressemblent à s’y méprendre à ceux portant celui de Marion !

Salomon Marion, Croix de procession, Archevêché de Montréal (collaboration de Caroline Tanguay et Julien Huron).

Salomon Marion, Service à thé, argent, Musée national des beaux-arts du Québec :
pot à crème, 10,8 x 16,8 x 10 cm, 1967.176 ; sucrier, 12 x 21,3 x 10 cm, 1967.175 ; théière, 17,3 x 34 x 10 cm 1967.174.

L'année 1816 marque l'émancipation professionnelle de Marion, alors âgé de 34 ans, documentée par une annonce dans les journaux à l'effet « qu’il se propose d’exercer sa profession d’ORFÈVRE sur un plan plus étendu que ci-devant, c’est-à-dire dans toutes ses branches ». Aux pièces d’orfèvrerie religieuse qu’il fabriquait déjà, il ajoute « Des meubles de Tables dans le dernier gout, Bijouteries, dorures, Gravures, et une infinité d’autres articles ». Peut-on alors penser qu’il employait l’horloger Hugh McQuarters, établi dans sa maison en 1815 ? Son carnet de commandes lui permet, en 1817, d'épouser Sophie Lafrenière et d’engager Hilaire Seguin comme apprenti.

Après le décès de Huguet, Marion travaille pour les fabriques tout en fréquentant les orfèvres Joseph Auclair, son beau-frère, et Nathan Starns. Est-il toujours actif dans le domaine de l'orfèvrerie de traite ? Comme semble le laisser supposer qu'il devienne le procureur de François Loran, « chef dans le Département Sauvage, résidant à St-François », lieu de commerce de ces objets. Il prend deux nouveaux apprentis, Jean-Baptiste Guimont en 1822 et André-Zéphirin Grothé en 1826. Après son décès, en 1830, sa veuve liquide les objets déjà fabriqués. Par une clause de son testament, elle léguait à sa sœur, épouse de l’orfèvre Joseph Auclair, tous les outils d’orfèvrerie en sa possession à son décès.

Salomon Marion, Ostensoir de Châteauguay, 53 x 22,2 x 13,3 cm, Musée national des beaux-arts du Québec 1969.367.

Spectateur canadien 10 juin 1826 (web)

Nous conseillons à ceux qui s’intéressent au progrès des arts dans ce pays, et surtout au succès de leurs compatriotes en ce genre, d’entrer chez Mr. MARION, orfèvre de cette ville. Ils y verront un morceau d’ouvrage de sa façon qui mérite l’attention des connaisseurs, et qui ne peut manquer d’être admiré par toutes les personnes de goût. C’est une lampe d’église en argent. Des guirlandes de feuillages, de fleurs et fruits en relief en font l’ornement. Des têtes d’anges avec leurs ailes masquent les premiers anneaux de la chaîne qui soutient la lampe. Le tout est de la plus grande beauté.

Salomon Marion, Lampe de sanctuaire de l'église de Saint-Laurent, argent,
Musée des métiers d'art du Québec (photo Gérard Lavallée).

La virtuosité de Salomon Marion s'exprime admirablement bien dans sa très exceptionnelle sculpture très bien documentée de la Vierge Marie en 1818 (Trudel 1975), ainsi que dans les formes et détails de ses orfèvreries civiles et religieuses (Derome 1996 ou web ; site de Duval ; site de Delezenne).

Cette Vierge Marie porte trois poinçons de cet orfèvre (Trudel 1975). Celui en italique présente l'initiale de son prénom et son nom tout au long : SMarion. C'est le même que celui apposé sur la plaque commémortive en étain chez les hospitalières. Ici, par contre, il s'asscompagne de deux autres poinçons ou marques imitant les poinçons britanniques de ville et de date que l'on retrouve également sur le même objet accompagné d'un poinçon rectangulaire à ses seules initiales SM. Les deux pseudos marques de ces poinçons ont également utilisées par Marion pour marquer le fait qu'il était le fabricant de certains objets vendus par la firme Savage & Son.

Salomon Marion, Vierge Marie, vers 1818, Argent, 50,5 cm, piédestal 16,5 cm,
Ottawa Musée des beaux-arts du Canada 9669, Photo RD.

Salomon Marion (1782-1830) : marques imitant les poinçons britanniques de ville et de date, utilisés à titre de fabricant pour Savage & Son (vers 1825-1850). Cuiller à café, vers 1825-1830, Argent, 14,3 cm, Profil droit de lion dans un ovale, SAVAGE & SON dans un rectangle, Profil droit d'une tête dans un ovale, QMNBAQ 60.152. (Derome 1994.11 ou pdf, p. 274 fig. 12).

« La notice nécrologique de Salomon Marion parue dans la Minerve laisse supposer qu’il entretenait plusieurs amitiés profondes : "sa perte prématurée plonge dans le deuil ses nombreux amis qui le regretteront longtems". La Gazette de Québec du 4 novembre 1830 commente élogieusement sa carrière : "il s’était acquis dans son art une juste célébrité". Les nombreux et magnifiques objets sortis de ses mains révèlent un artisan productif et consciencieux. Son style se caractérise par une intelligence innée des formes, un sens décoratif raffiné et une technique d’exécution soignée. C’est l’œuvre d’un esthète et d’un poète, comparable à celle de François Ranvoyzé par sa puissance de création et son génie du métier. Elle mérite sans aucun doute d’être mieux connue [Derome 1987e ou web]. »

      

 

Les inscriptions sur la plaque commémorative des hospitalières.

(photo collaboration de Judith Houde).

« D.O.M.
Beata Maria Virginis
sub titulo Purificationis

L'An 1672 le 30e iour de Juin cette premiere Pierre a este posee
par Damoisselle Jeanne Mance administratrice de Lhospital de
St Joseph de Montreal estant Cure pour lors Mre gilles Perot
Lun des prestres du Seminaire de St Sulpice de Paris Seigeurs
de cette Isle qui deservent cette paroisse Noble homme Pierre
Picotté escuier sr de balesre Marguillier dhonneur Mr Pierre
Gadois Marguillier en charge et Mr Jean Aubuchon Marguillier
Comptable »

Ce petit dessin figure après le dernier mot de cette inscription : fleur de lys avec feuille sur sa tige couchée.
Pourrait-il s'agir d'une forme de signature de la personne ayant gravé cette inscription ?

Cette inscription principale, en lettres cursives sophistiquées, est soigneusement alignée sur des doubles lignes dont les tracés sont bien visibles.

Elle est suivie d’une autre, très différente, en petites et grandes capitales réalisée à l'aide de poinçons similaires aux lettres d'imprimerie, accompagnée du poinçon de l’orfèvre Salomon Marion, « SMarion » en lettres cursives, le tout bien délimité entre deux signes graphiques ornementaux tenant le rôle des bandeaux ou vignettes d'imprimerie.

(photo collaboration de Judith Houde).

« Cette Inscription a ete levée par Paul Jos.
Lacroix, ecuier Marguillier en charge
le 29 Septembre 1830. »

(photo collaboration de Judith Houde).

L’interprétation de cet objet soulève bien des questions. La principale étant : est-ce la plaque originale de 1672 ou une copie réalisée en 1830 ? Sœur Maria Mondoux a publié d’importantes études historiques (Mondoux 1942, Mondoux 1956). Sa correspondance de 1955 avec Gérard Morisset soulève des questions similaires.

« J'ai demandé à M. James McIsaac de dessiner le sceau de Jeanne Mance reproduit sur la plaque d'étain que l'administration de l'Hôtel-Dieu posa sur une des pierres angulaires de l'église Notre-Dame de la Place d'Armes en 1672. Au bas du texte de 1672, on lit en caractères actuels : "Cette inscription a été levée par Paul-Jos. Lacroix, écuier marguillier en charge, le 29 septembre 1830". Sur la photo que je vous inclus, on voit, au-dessous de 1830, des lignes qui indiquent une signature : c'est celle de Marion. [...] Nous avons toujours pensé que nous étions en possession de la plaque originale. Or, le mot "levé" fait croire à M. McIsaac qu'à l'aide d'un certain procédé, M. Marion aurait pris l'empreinte de la plaque posée par Jeanne Mance, plaque fixée à la pierre ou insérée dans une cavité préparée à cet effet. Il va même jusqu'à supposer que vous pourriez savoir où est l'original. »

Archives des religieuses hospitalières de Saint-Joseph,lettre de sœur Mondoux à Gérard Morisset, 13 juillet 1955
(collaboration de Marc Lacasse et sœur Nicole Bussières).

Un des portraits de Tekakwitha par James McIsaac, en 1932-1934, pour un feuilleton de Juliette Lavergne,
« Les fiançailles de l'Algonquine, Fleur de la Prairie, Tekakwitha à la Prairie »
.

La réponse de Gérard Morisset s’articule autour du sens de ce verbe : « démarquer […] 2. Au fig. [L'obj. désigne un texte] Copier en apportant de légères modifications pour masquer l'emprunt [CNRTL] ».

« Je suis d'avis que sur la plaque que vous possédez, Marion a essayé de démarquer le texte de l'ancienne plaque ; de là cette calligraphie fantaisiste qui se rapproche de la calligraphie du dix-septième siècle. Dans les trois dernières lignes, Marion s'est servi des caractères de l'époque 1830. »

Archives des religieuses hospitalières de Saint-Joseph, lettre de Gérard Morisset à sœur Mondoux, 18 juillet 1955
(collaboration de Marc Lacasse et sœur Nicole Bussières).

Donc, il semble bien que l'opinion de Morisset soit à l’effet que la plaque commémortive conservée par les hospitalières soit une copie effectuée par l’orfèvre Salomon Marion en 1830 ! Cette évaluation lapidaire est contestable, tel que nous le verrons ci-après par l'analyse détaillée de plusieurs éléments dont Morisset n'a pas tenu compte.

Commençons par l'acception du verbe « lever », évoquée par soeur Mondoux, en la resituant dans son contexte à l'aide du Grand dictionnaire universel du XIXe siècle (Larousse 1866-1890, t. 10, p. 443-444). On doit le comprendre dans le sens de « recueillir, percevoir, ramasser ». Cette signification s'applique aussi à la typographie, « Lever la lettre, Prendre les lettres dans la casse et les placer dans le composteur pour en former des mots et des lignes », mais également à la géométrie, « Tracer sur le papier : Lever le plan d'une localité, d'une ville, d'une forteresse. »

C'est exactement ce qui s'est historiquement passé tel que rapporté par le texte où figure le poinçon de Salomon Marion : « Cette Inscription a ete levée par Paul Jos. Lacroix, ecuier Marguillier en charge le 29 Septembre 1830. » Autrement dit, Lacroix a « recueilli, perçu, ramassé, repris les lettres » de l'inscription ancienne pour les « tracer sur le papier » et favoriser leur conservation et publication.

Cette inscription agit donc comme une forme de certification officielle, sous l'égide du marguillier en charge, accompagnée du poinçon de l'orfèvre, qu'il s'agit bien des plaques de fondation originales de 1672 retrouvées lors de la démolition en 1830. Les autorités ecclésiastiques ont toujours été friandes et férues de ces authentifications et démonstrations très officielles : archives des délibérations des marquilliers ; mais, surtout, les « actes » et « registres » contrôlant le troupeau des chrétiens aux moments cruciaux de son existence, naissance, mariage et décès !

      

 

Les plaques commémoratives trouvées lors de la démolition de l'église Notre-Dame de Montréal en 1830.

Robert Sproule, Place d'Armes Montreal, 1828, aquarelle, graphite et encre sur papier monté sur carton, 23 x 34,9 cm, Musée McCord Stewart.

James Pattison Cockburn (1779-1847), Vieux-Montréal, La Place d'Armes, 1829, dessin, Bibliothèque et Archives Canada.

Lors de la démolition de l’ancienne église Notre-Dame de Montréal, on trouve cinq plaques commémoratives liées aux pierres de sa fondation.

« Les travaux de démolition sont entrepris en mai 1830. [...] En septembre, on a atteint les fondations puisqu'on retrouve les cinq pierres angulaires posées 158 ans plus tôt (Laberge 1982.09, p. 199 et note 246 p. 231. »

Cette découverte a été rapportée par Michel Bibaud peu de temps après.

Bibaud, Michel éditeur, « Antiquités canadiennes »,
L'observateur, ci-devant La Bibliothèque Canadienne,
t. I, n° 13, 2 octobre 1830, p. 200-202.

(Bibaud 1830.10.02 ou web ou pdf)

Merci à la collaboration de Kimberly McGarr, du 11 avril 2025, qui nous a fait connaître cette publication.

Basilique Notre-Dame de Montréal, #JeudHistoire, Facebook, Jeudi 24 Septembre 2020.

Ces photographies basse résolution ne permettent pas d’en lire les textes, mais d’y reconnaître la plaque commémorative de Jeanne Mance. Notre commentaire ajouté à cette publication demandant si cette plaque était toujours conservée dans leurs collections ou s’il s’agissait de celle des hospitalières s’est butée à un mur de mutisme ! Tout comme nos multiples demandes d'accès à ces objets faisant partie de notre patrimoine !

Nous devons à l'attention obligeante et polie de PAUL Joseph Lacroix, Ecuyer, Marguiller en charge, la communication des Inscriptions suivantes, trouvées par les soins et sous la direction de ce Monsieur, en Septembre dernier (1830) sur des plaques d'étaim [d’étain] mises sur les pierres posées solennellement sous les murs de l'ancienne Eglise paroissiale de cette ville, le 30 Juin 1672. (Avant cette époque, Montréal n'avait qu'une chapelle et église en bois, à l'endroit où est maintenant l'apothicairerie des Religieuses de l'Hôtel-Dieu [à ce sujet voir les interprétations données par des publications ultérieures].)

Saviez-vous que plusieurs figures historiques importantes ont participé à la pose des pierres angulaires de la première église Notre-Dame ?

Voici quatre des cinq plaques de fondation déposées aux pierres angulaires lors de cette journée, il y a 348 ans.

En effet, le 30 juin 1672, les quatre pierres angulaires, ainsi qu'une cinquième, sont posées par :

La plaque trouvée sur la première pierre posée au milieu du rond-point, contient l'inscription suivante :

D. O. M. et
Beatae Mariae Virgini, sub titulo Purificationis.

L'an mil six cent soixante et douze, le trentième jous de Juin, cette première pierre a été posée par Messire Daniel De Remy Chevalier, Seigneur de Courselles, Lieutenant Général des armées du Roi, et Gouverneur de Canada, Acadie, Isles de Terres neuves et autres pays de la France Septentrionale, estant Curé Messire Gille Perot, l'un des Prestres du Séminaire de St. Sulpice de Paris, Seigneurs de cette Isle, lesquels deservent cette Eglise, Noble Homme Pierre Picoté, Ecuyer, Sieur de Belestre, Marguillier d'honneur, Mr. Pierre Gadois, Marguillier en charge, et Mr. Jean Aubuchon, Marguilier comptable.

- Daniel de Remy, chevalier, seigneur de Courville [sic* collaboration de Jean-Pol Passet qui a noté ce lapsus clavis] et lieutenant général des armées du roi et gouverneur du Canada Acadie - Île de Terre-Neuve et autres pays de la France septentrionale ;

[* Voir sa biographie au DBC : RÉMY DE COURCELLE (Courcelles), DANIEL DE, sieur de Montigny, de La Fresnaye et de Courcelle, seigneur de Rouvray et Du Bourg...]

Pas de photo de la plaque commémorative ?

Lampe de sanctuaire aux armoiries de Daniel de Rémy de Courcelle.

Henri Beau, Copie d'un portrait de Daniel de Rémy de Courcelles (1626-1698), 1929, huile sur toile, 81,2 x 64,8 cm, Bibliothèque et archives Canada OP-0410. .

La seconde pierre a été posée dans l'angle droit de la première chapelle, par Noble Homme Philippe de Carion, Lieutenant de Monsieur de Lamotte St. Paul, au lieu et place de Monsieur Talon, et sur icelle a été mise une grande plaque d'étaim [d’étain], où sont gravées ses armes avec ces paroles: (Extrait des Régistres.)

D. 0. M. et
Beatæ Mariae Virgini, sub tilulo Purificationis.

L'an mil six cent soixante et douze, le trentième jour de Juin, cette première pierre a esté posée par Messire Jean Talon, Conseiller du Roi, en son Conseil d'estat et privé, Intendant de la Justice, Police et Finance de Canada, Acadie, Isles de Terres neuves et autres pays de la France Septentrionale, estant Curé, &c. comme ci-dessus.

- Philippe de Carion, lieutenant de la Motte-Saint-Paul, qui représentait l'intendant Jean Talon, n'ayant pas pu être sur place ;

Talon, Jean (1626-1694).

La troisième pierre a été posée par Monsieur Perot, dans l'angle droit de la seconde chapelle, et sur icelle a été mise une grande plaque d'étaim [d’étain], où sont marquées ses armes avec ces paroles :

D. O. M. et
Beatae Mariae Virgini, titulo purificationis.

L'an mil six cent soixante-et-douze, le trentième jour de Juin, cette première pierre a esté posée par Messire François Marie Perot, Chevalier, Seigneur de Ste. Genevieufue [Sainte-Geneviève] et autre lieux, Gouverneur pour le roi de Isle de Mont-Royal estan pour lors Curé, &c.

- le gouverneur de l'île de Montréal, François Marie Perrot, chevalier seigneur de Sainte-Geneviève ;

Perrot, François-Marie (1644-1691)
et son épouse Magdelaïne Laguide.

La quatrième pierre a été posée par Messire François Dollier, dans l'angle gauche de la première chapelle ; et sur icelle a été mise une grande plaque d'étaim [d’étain], où est marqué le chiffre du Séminaire avec ces paroles :

D. O. M. et
Beatae Mariae Virgini, sub titulo Purificationis.

L'an mil six cent soixante et douze, le trentième jour de Juin, cette première pierre a esté posée par Messire François Dollier de Casson, l'un des Prestres du Séminaire de St. Sulpice de Paris, Seigneurs de cette Isle, et Supérieur des Ecclésiastiques du dit Séminaire, deseruant cette paroisse, estant Curé, &c.

- Dollier de Casson, représentant des prêtres du séminaire de Saint-Sulpice de Paris, seigneurs de l'île, et supérieur des ecclésiastiques du séminaire desservant la paroisse ;

Monogramme AM des Sulpiciens.

La cinquième pierre a été posée dans l'angle gauche de la seconde chiapelle, par Dlle. Jeanne Mance, administratrice de l'Hopital, et sur icelle a été mise une grande plaque d'étaim [d’étain], où est gravé un St. Joseph avec ces paroles :

D. O. M. et
Beatae Mariae Virgini, sub titulo Purificationis.

L'an mil six cent soixante et douze, le trentième jour de Juin, cette première pierre a été posée par Damoiselle Jeanne Mance, administratrice le l'Hospital de St. Joseph de Mont-Royal, estant Curé pour lors, &c.

[Comparer avec la transcription effectuée depuis la plaque des hospitalières.]

- Jeanne Mance, administratrice de l'hôpital de Saint-Joseph.

Louis-Philippe Hébert (1850-1917), Monument Maisonneuve, 1895, bronze et pierre, H. 9,15 m, Montréal, Place d'Armes face à l'église Notre-Dame (photo RD).

Accès impossible aux trésors
de l'église Notre-Dame de Montréal !

Afin de déterminer si la plaque commémorative conservée par les religieuses hospitalières de Saint-Joseph est une copie ou bien l’originale, et d'établir une analyse comparative avec les autres plaques, nous avons tenté pendant plusieurs mois d’avoir accès à celles qui sont conservées au trésor de l'église mère de la ville de Montréal, puisqu'elles ne font pas partie des collections de l’Univers culturel de Saint-Sulpice (collaboration d'Anne-Élisabeth Vallée).

Merci aux nombreux organismes religieux et patrimoniaux qui ont également communiqué en vain auprès des autorités responsables à l'église Notre-Dame de Montréal afin de nous aider à obtenir accès à ces objets faisant partie de notre patrimoine national collectif.

Montréal religieuses hospitalières de Saint-Joseph 1984.X.358.
(photo collaboration de Judith Houde).

Facebook, Jeudi 24 Septembre 2020

Malgré la faible résolution de la photographie publiée par l'Église Notre-Dame sur leur Facebook, la comparaison des détails entourant le sceau (perforations, éraflures, textes) démontre qu'il s'agit de la même plaque que celle conservée par les hospitalières, qui ne serait donc pas une copie par Salomon Marion tel qu'avancé par Gérard Morisset. Notons également la torsion similaire en bas à droite. Les archives des hospitalières n'ayant pas permis de documenter le transfert de cette plaque depuis le trésor de l'église Notre-Dame, il reste à explorer les archives de cette église afin de mieux documenter les circonstances de son transfert, mais aussi celles de leur découverte qui pourraient peut-être expliquer les raisons pour lesquelles elle semble moins abîmée que lea autres ! Mais, ne serait-ce qu'à cause de la mauvaise qualité des photos ?

Montréal religieuses hospitalières de Saint-Joseph 1984.X.358.
(photo collaboration de Judith Houde).

Facebook, Jeudi 24 Septembre 2020.

L'inscription suivie du poinçon de Salomon Marion sur la plaque commémorative des hospitalières est visuellement bien délimitée, en haut et en bas, par un symbole graphique. Ces caractéristiques sont également partagées sur deux des photographies des autres plaques trouvées en 1830. Ce qui, encore une fois, infirme l'interprétation de Morisset.

Les deux points de ce motif, de part et d'autre d'une feuille délicatement incurvée à ses extrémités, peuvent rappeler le Yin-Yang du Tao chinois. Cette intrigante et inusitée stylisation présente une inventivité comparable aux savantes décorations des vases religieux de Salomon Marion, par exemple sur l'Ostensoir de Châteauguay, avec son décor de type « flots » et feuillages.

Détail de la plaque des hospitalières.

Détail de la plaque de Talon.

Détail de la plaque de Dollier de Casson.

      

 

L'énigmatique poinçon du maître potier d'étain CC.

Verso de la plaque commémorative en étain portant le poinçon du maître potier d'étain CC,
Montréal religieuses hospitalières de Saint-Joseph 1984.X.358

(photos collaboration de Judith Houde).

La plaque des hospitalières a été façonnée à partir d’un objet d’étain, probablement une assiette qui a été aplatie. On y lit un poinçon présentant les initiales CC, de part et d’autre d’un motif composé de plusieurs perlons formant une fleur ou une rosace à trois cercles concentriques, le tout surmonté du mot « FIN » et probablement d’une couronne abîmée peu lisible.

Ce poinçon de maître potier d’étain pourrait celui de l’un des membres de la famille Cadot. Tardy ne propose qu’une seule identification à ces initiales dans la liste complémentaire des poinçons de maîtres dont on n’a pas le dessin : « C.C. : Cadot à Paris, XIX° s. [Tardy 1968, p. 215] ». Les archives notariales documentent des potiers d’étain membres de cette famille Cadot portant ces initiales, soit des prénommés Charles, actifs à Paris entre 1628 et 1725, demeurant sous les piliers des Halles, rue Saint-Honoré ou rue de la Truanderie (Artisans XVIIIe siècle, par M. Rambaud et C. Grodecki, 1956-1977, fichier papier entièrement dématérialisé, voir contexte dans le Plan d’orientation général, Notaires de Paris, guides thématiques du Minutier). Par ailleurs, un site généalogique identifie également des portiers d’étain de la famille Cadot prénommés Claude (de 1592 à 1617) et Charles (de 1653 à 1717) (Geneanet ou pdf). Ce poinçon pourrait donc être celui de l’un ou l’autre des membres de cette dynastie de potiers d’étain, actifs depuis la fin du XVIe siècle jusqu’au XIXe !

Pierre Nicolas Ransonnette (1745-1810), Art du potier d'étain (détail), gravure (Salmon 1788, pl. XXVII).

Diverses réglementations régissaient les poinçons des potiers d’étain à Paris au XVIIe siècle, mais elles ne permettent pas davantage de mieux dater celui insculpé sur cet objet.

« En 1613 […] Tous les objets d'étain devaient être marqués du maître, sous peine d'amende honorable. […] En 1643 […] La grande marque devait contenir l'inscription : ETIN FIN, ainsi que la date de réception du potier à la maîtrise. […] En 1691, les ouvrages devaient être marqués de poinçons où figurent les noms et la date d'admission du potier. Les anciens poinçons, non conformes, furent rompus. […] La rose, rappelant la marque distinctive figurant sur les lingots de provenance de Cornouailles, était utilisée pour la première qualité. Elle est accompagnée des mots : Etain Fin, Fin, Etain cristallin, Etain d'Angleterre, Etain de Cornouailles. On la trouve un peu partout [Tardy 1968, p. 24 et 26]. »

Impossible donc de mieux identifier le poinçon de ce maître potier (Boucaud 1978 ne mentionne même pas le nom de Cadot !) qui pourrait dater de la période allant de la fin du XVIe siècle jusqu’au XIXe !

La personne qui a gravé l'inscription sur cette plaque commémorative a pu utiliser une assiette fournie par la communauté des hospitalières afin de la transformer.

Musée des hospitalières de Saint-Joseph (web).

Bien évidemment, on retrouve diverses vaisselles d'étain (estain, destin) à l'inventaire après décès de Jeanne Mance, le 19 juin 1673 (Daveluy 1962, p. 294).

On ne relève cependant aucun poinçon de maître potier similaire à celui de cette plaque commémorative sur la centaine de pièces d’étain des collections des hospitalières (collaboration de Gilbert Langlois, 29 mai 2025, excluant celles exposées dans la section réfectoire au musée).

      

 

Sébastien Hervet un rare maître potier d'étain en Nouvelle-France au XVIIe siècle.

Les rares études sur la poterie d'étain ne documentent guère d'activité de ces artisans en Nouvelle-France (Bernard 1978, p. 86s ; Lozier 2023.04.18). Or, on y trouve la signature d'un tel maître à Québec le 26 octobre 1671, ainsi qu'à Ville-Marie le 21 janvier 1673. Il s'agit de Sébastien Hervet (1642-1714), né à Blois dans une famille de maîtres potiers d’étain desquels il avait appris le métier (Harvey HdHq, web ou pdf). Il s'établit dans la seigneurie de La Chesnaye (aujourd'hui Terrebonne), de 1673 à 1680, date où il revient à Montréal, sur la Côte Saint-Joseph, y devenant par la suite aubergiste sur la rue Saint-Paul en 1682.

« Dans toutes mes recherches, je n’ai pu trouver un acte notarié relatif à la vente d’une pièce qu’aurait fabriqué le maître potier d’étain, mon ancêtre. Cependant, systématiquement, tous les actes notariés auxquels il fut parti mentionnent qu’il est potier d’étain. J’ai toujours supposé que la valeur des pièces qu’il produisait était en deçà des fourrures qu’il vendait et donc, ces ventes se faisaient sans acte notarié. Les clients principaux de l’atelier du père où il pratiquait étaient Gaston d’Orléans et les membres de sa cour à Blois. Je ne serais donc pas surpris qu’il ait pu mettre ses talents au service de Jeanne Mance, d’autant plus que je suis certain qu’il était le seul maître potier d’étain en Nouvelle-France à l’époque [collaboration de Richard Harvey, 13 mai 2026]. »

Hervet déménage à Québec, en 1687, où il poursuit la traite des fourrures, tout en ouvrant une boutique de potier d'étain. Il était pourtant en mesure de pratiquer son métier de potier d'étain dès son arrivée dans notre pays. Il y était déjà présent depuis un certain temps lors de la fabrication de cette plaque commémorative en 1672. Alors âgé de 30 ans, pourrait-il être celui qui aurait transformé l'assiette fabriquée en France par l'énigmatique CC pour y graver cette inscription ?

Jost Amman, Potier d'étain, 1568, gravure sur bois, 7,8 x 6 cm, Bibliothèque municipale de Lyon (Wikipédia).

Datation
des
signatures
du
maître
potier
d'étain
Sébastien
Hervet

1654.04.20

1655.02.10

1671.10.26

1688.10.17

1688.10.18

1689.01.09

1690.03

1690.04.16

1696.01.26

1701.04.26

1709.04.16

1710.11.24

(Harvey HdHq,
web ou pdf)

Détail de la plaque des hospitalières.

Détail de la plaque de Talon.

Détail de la plaque de Perrot.

Détail de la plaque de Dollier de Casson.

La douzaine de signatures connues du maître potier d'étain Sébastien Hervet, s'échelonnant de 1654 à 1710, pourraient-elles présenter des ressemblances avec la graphie des inscriptions de ces plaques commémoratives ?

Ce dessin, à la fin de l'inscription sur la plaque des hospitalières, pourrait-il être une autre fome de la signature de son auteur ? Fleur de lys avec feuille sur sa tige couchée.

Malgré la faible résolution des photographies fournies par l'église Notre-Dame, la graphie des textes des inscriptions anciennes semble présenter des ressemblances de l'une à l'autre. Cette constatation permet d'infirmer l'interprétation de Gérard Morisset concernant l'hypothétique imitation par Salomon Marion d'une « calligraphie fantaisiste qui se rapproche de la calligraphie du dix-septième siècle » !

Une étude plus approfondie de ces hypothèses devra être effectuée sur les plaques originales et avec des photographies haute résolution. En espérant que les autorités de l'église Notre-Dame pourront y donner accès !

(photo collaboration de Judith Houde).

Par ailleurs, ne pourrait-on pas dénoter une certaine ressemblance graphologique
entre l'inscription sur cette plaque et l'écriture de Jeanne Mance dans son testament holographe ?
Ce qui, encore une fois, permet d'infirmer l'interprétation de Morisset !

Jeanne Mance, Testament olographe et codicille (détail du début de la première page), 16 février 1672 et 27 mai 1673 (BANQ).

      

 

Le sceau de Jeanne Mance et des hospitalières de Saint-Joseph.

Sceau sur la plaque commémorative,
Montréal religieuses hospitalières de Saint-Joseph 1984.X.358
(photo collaboration de Judith Houde).

Le sceau figurant sur cette plaque commémorative porte l’inscription « LHOSTEL DIEV DE MONTREAL ».

Matrice de sceau (photo inversée pour lire le texte),
Montréal religieuses hospitalières de Saint-Joseph 1984.x.361
(photo collaboration de Judith Houde).

Une matrice de sceau de la même institution porte un texte différent : « LES FILLES HOSP. D St IOSEPH D LOD DE MONREAL ».

Mais lequel de ces deux sceaux est le plus ancien ? Les recherches aux archives des hospitalières et de la Bibliothèque nationale du Québec n’ont pas réussi à retrouver de documents portant une empreinte de sceau afin de répondre à cette question. Il semble cependant pris pour acquis que celui de la plaque commémorative soit antérieur à 1672 (Beaudoin 2023.06, p. 157, avec la collaboration de Marc Lacasse et sœur Nicole Bussières). Par ailleurs, les deux libellés de ces sceaux diffèrent des préceptes émis dans une des versions des constitutions de cette communauté.

« Les Sceaux et cachets de toutes les maisons de I'Institut seront semblablement gravés de l'image de saint Joseph, autour duquel sera écrit : Religieuses de Saint-Joseph de l'Hôtel-Dieu de... 88. Ve Constitution. De l'union et de ce que les Sœurs se doivent les unes aux autres, paragr. 11, p. 86 [Mondoux 1956, , p. 433 et note 88]. »

Jeanne Mance, Testament olographe et codicille, 16 février 1672 et 27 mai 1673 (BANQ).

Sœur Maria Mondoux écrit que le testament olographe de Jeanne Mance présente un « cachet en cire portant l'empreinte d'un saint Joseph tenant l'Enfant Jésus par la main [Mondoux 1956, p. 428-429] ». Or, la numérisation en ligne de ce testament n'illustre pas ce sceau. Vérification faite auprès de la BANQ, ce document ne porte pas de sceau.

« Pour donner suite à votre demande, mes collègues et moi avons sorti le testament de Jeanne Mance et nous n’avons vu aucune trace de sceau. Le document dans notre collection correspond exactement à celui qui est accessible en ligne. C’est pourtant bizarre puisque le testament est bien identifié dans votre citation et il me semble que si un sceau avait été enlevé dans le passé, ça aurait laissé des marques de quelque sorte [collaboration de Kimberly McGarr 11 avril 2025]. »

Jeanne Mance, Testament olographe et codicille (détail des signatures), 16 février 1672 et 27 mai 1673 (BANQ).

Sceau sur la plaque commémorative, Montréal religieuses hospitalières de Saint-Joseph 1984.X.358 (photo collaboration de Judith Houde).

Anonyme, Saint Joseph à l'enfant Jésus bénissant tenant un globe, XVIIe siècle, bois doré et polychromé, 53 cm, Montréal religieuses hospitalières de Saint-Joseph 1986.X.467.

Matrice de sceau (image inversée), Montréal religieuses hospitalières de Saint-Joseph 1984.x.361 (photo collaboration de Judith Houde).

Sur ces deux sceaux, le personnage illustré semble similaire, à quelques détails près. Outre les constitutions citées ci-dessus, l'inventaire après décès de Jeanne Mance permet de l’identifier : « cachet d'argent representa. St. Joseph et le petit Jésus [photocopie communiquée par Marc Lacasse et sœur Nicole Bussières se référant à Daveluy 1962, p. 290, n° 19] ». Cette communauté lui étant vouée, il est donc tout à fait logique que leur sceau s’y réfère.

Dans les deux versions, la grande figure allégorique debout semble bien y tenir l’attribut habituel d’un bouquet de fleurs de lys porté par saint Joseph. L’enfant Jésus n’y est pas bien visible sur la plaque commémorative, mais pourrait figurer aux pieds de son père, alors que sur l’autre il semble être tenu sur son bras gauche, tout comme sur une sculpture du XVIIe siècle où il bénit de la main droite et tient un globe de la main gauche (Mondoux 1956, p. 468). Mais cette analyse iconographique ne permet pas non plus de dater le sceau de cette plaque commémorative.

      

 

Conclusion.

Cette plaque commémorative constitue un témoin privilégié.

  • De l’historique de la principale église de Montréal en lien avec l’hôpital de Jeanne Mance.
  • De l’un des plus illustres orfèvres montréalais, Salomon Marion.
  • Mais également des pratiques historiques du XIXe siècle en rapport avec les artefacts anciens afin d’en préserver le souvenir sous l’égide de cette appellation alors à la mode...

« ANTIQUAIRE, subst. masc. A.− Vieilli 1. Savant qui se livre à l'étude des monuments, des objets d'art ainsi que des inscriptions et des manuscrits antiques [CNRTL]. »

Malgré de longues recherches, semées de nombreuses embûches, les réponses aux multiples questions concernant cette plaque commémortive en étain demeurent encore énigmatiques.

Elles ont cependant permis d'écarter les doutes soulevés par soeur Mondoux et d'infirmer l'interprétation de Morisset à l'effet qu'il s'agissait d'une copie par Salomon Marion.

Toutefois, il reste encore...

      

 

ANNEXES.

 

Plan du site.

Le poinçon du grand orfèvre montréalais Salomon Marion
sur une énigmatique plaque commémorative en étain.

 
 
 
 
 
 
 
     

• Les poinçons de Salomon Marion.

• Les inscriptions sur la plaque commémorative des hospitalières.

• Les plaques commémoratives trouvées lors de la démolition de l'église Notre-Dame de Montréal en 1830.

• L'énigmatique poinçon du maître potier d'étain CC.

• Sébastien Hervet un rare maître potier d'étain en Nouvelle-France au XVIIe siècle.

• Le sceau de Jeanne Mance et des hospitalières de Saint-Joseph.

• Conclusion.

◊ ANNEXES.
◊ Plan du site.
La chapelle de l'ancien Hôtel-Dieu de Montréal.
◊ Collaboration.
◊ Mises à jour.

      

 

La chapelle de l'ancien Hôtel-Dieu de Montréal.

« (Avant cette époque, Montréal n'avait qu'une chapelle et église en bois, à l'endroit où est maintenant l'apothicairerie des Religieuses de l'Hôtel-Dieu.) [(Bibaud 1830.10.02 ou web)] »

L'assertion de Bibaud, citée ci-dessus, doit être complétée à la lumière des recherches de soeur Mondoux.

« En même temps que l’hôpital, on construisit une petite chapelle en pierres, de neuf à dix pieds carrés, "voûtée et proprement faite". Le Saint-Sacrement y demeura sans cesser d’être dans la chapelle du Fort, qui resta paroissiale sous le titre de Notre-Dame jusqu’à l’achèvement de l’église de l’Hôtel-Dieu. La première pierre en fut posée le 28 août 1656. La construction dura deux ans [Mondoux 1942, p. 112]. »

Aristide Beaugrand-Champagne, Plan de l'Hôtel-Dieu de Montréal montrant les états de sa transformation de 1645 à 1860, dessin (Mondoux 1942, p. 104).

Reconstitutions du plan de l'Hôtel-Dieu de Montréal vers 1644-1684 et vers 1664-1695 (Lahaise 1980, p. 46 et 49).

Pour sa part, Robert Lahaise propose deux reconstitutions sur lesquelles figurent deux chapelles. La petite, mesurant 10' x 9', en arrière de la résidence de Jeanne Mance, est marquée être en pierre. La grande, mesurant 50' x 30' ?, donnant sur la rue Saint-Paul, est marquée être en bois.

      

 

Collaboration.

Religieuses hospitalières de Saint-Joseph :
Marc Lacasse, sœur Nicole Bussières, Judith Houde et Gilbert Langlois.

Univers culturel de Saint-Sulpice :
Anne-Élisabeth Vallée.

Bibliothèque et Archives nationales du Québec :
Kimberly McGarr.

Archevêché de Montréal :
Caroline Tanguay et Julien Huron.

Histoire des Harvey québécois :
Richard Harvey.

Facebook :
Jean-Pol Passet.

      

 

Mises à jour.

21 mai 2026 : dessin de James McIsaac ; vignettes de fins de sections.
20 mai 2026 : formatage des citations longues.
19 mai 2026 : interprétations de Morisset.
18 mai 2026 : portrait de Daniel de Rémy de Courcelle.
17 mai 2026 : dessin de fleur de lys ; à propos de Courville.
14 mai 2026 : Salomon Marion.
13 mai 2026 : Sébastien Hervet.
11 mai 2026 : publication du site en ligne.

      

 

Le poinçon du grand orfèvre montréalais Salomon Marion
sur une énigmatique plaque commémorative en étain.
web Robert DEROME
web Robert DEROME