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La Conquête de la Nouvelle-France marque l'enfance, à Québec, du futur orfèvre Charles Duval (1758-1845). C'est à Montréal, après l'Invasion américaine, qu'il apprend son métier, probablement auprès de Robert Cruickshank, avant d'être engagé en 1783 par Dominique Rousseau pour fabriquer des bijoux de traite, sa principale source de revenus. En 1788, Duval est journalier chez Cruickshank lorsqu'il participe à un charivari contre l'orfèvre Pierre Huguet dit Latour. |
La carrière de Duval met en relief celles de ses collègues Pierre Foureur dit Champagne, François Larsonneur et John Oakes, ce dernier brièvement associé à Peter et Michael Arnoldi. En couple avec Madelene You dès 1794, épouse de l'orfèvre Louis Huguet dit Latour, Duval investit le marché de l’orfèvrerie religieuse et civile avec deux apprentis, Joseph Charbonneaux et Charlemagne La Mothe. |
L'intervention de Duval sur le calice de Longueuil — Saint-Hubert révèle que la coupe est un gobelet domestique pouvant provenir des collections d'orfèvrerie française de l'ancien château fort de Longueuil, alors que le pied porte un décor du plus grand orfèvre de Nouvelle-France, Paul Lambert dit Saint-Paul. |
De 1796 à 1817, John Oakes, Michel Roy et Charles Duval établissent un exceptionnel centre de production de bijoux de traite à Saint-François-du-Lac, près des Abénakis d'Odanak, aidés de leurs compagnons orfèvres Antoine Lamothe et Olivier Vilbon Huguet dit Latour. Le déclin de ce commerce amène Duval à renouer avec l'orfèvrerie civile et religieuse à compter de 1818 à Trois-Rivières. Il décède à Repentigny en 1845. |
Une variété de documents et de portraits d'époque mettent en lumière l'utilisation des bijoux de traite : par le négociant montréalais James Woolrich à la fin du XVIIIe siècle ; mais surtout, par plusieurs personnalités des Premières Nations, de la fin du XVIIIe siècle à la fin du XIXe. |
Le présent site web est une révision en profondeur de notre biographie de cet orfèvre publiée en 1987 au DBC (Derome 1987d).
1758-1782 Enfance, famille, apprentissage. |
Baptistaire de Charles Duval prénommé Jean, Notre-Dame de Québec, 4 avril 1758 (collaboration Julien Mauduit).
Ses parents, le menuisier Pierre Duval (1725.12.12-1765.11.11 PRDH) et Marie Elisabeth Panneton (1724.01.31-1802.13.07 PRDH), se marient à Québec (1749.10.13 PRDH). Charles Duval y naît le 4 avril 1758, baptisé sous le prénom de Jean (1758.04.04-1845.02.06 PRDH), son parrain est Claude Fafard et sa marraine Marie Murie. Ce dernier né peut alors être le centre d'attention de sa fratrie : Marie Angélique (1750.08.02-1793.05.05 PRDH), Pierre (1751.10.27-1824.02.15 PRDH), Louis (1753.05.30-1760.01.14 PRDH), Marie Anne (1755.02.05-1840.05.09 PRDH) et Louise Élisabeth (1756.07.15-1810.12.30 PRDH). Il est à peine âgé de deux ans au décès de son frère Louis pendant la guerre de la Conquête. Sous le Régime anglais, lorsqu'il est encore jeune enfant, il voit naître deux autres soeurs : Marie Charlotte (1763.06.10-1768.07.28 PRDH) , décédée à cinq ans, puis Marie Louise (1765.03.28- PRDH).
Québec après le bombardement de 1759, gravures publiées à Londres en 1761 d'après les dessins de Richard Short.
Charles Duval n'a que 7 ans lorsqu'il devient orphelin de son père, le 11 novembre 1765, décédé un mois avant son 40e anniversaire. La situation financière familiale devait être précaire dans le contexte d'après guerre. À moins que les familles Duval (PRDH) et Panneton (PRDH) n'aient été sollicitées pour leur venir en aide, les probabilités sont alors élevées pour que Charles ait été placé en apprentissage, tout comme ses frères Pierre, âgé de près de 14 ans, et Louis, âgé de 12 ans.
Derome 1993, tableau 7, p. 262, et Derome 2005a.
Le 3 avril 1769, la veille du 11e anniversaire de Charles Duval, l'orfèvre Joseph Schindler et son apprenti Jean-Nicolas Amiot signent comme témoins au mariage de Jacques Duval, du même nom de famille (IOA et PRDH). Marie-Anne, la soeur de Charles âgée de 20 ans, épouse George Maclure, âgé de 17 ans (1758.02.08-1822.12.11 PRDH), le 24 juillet 1775 (PRDH) ; à l'automne, Charles est recensé chez eux, à Québec, comme apprenti âgé de 17 ans, mais sans mention de son métier (Provost 1984, p. 17). |
Coup de théâtre documentaire inédit : à l'époque où il construit son nouvel atelier, Robert Cruickshank, « négociant et fabricant d'ouvrages d'orfèvrerie », engage à Montréal, le 2 avril 1782, George Maclure en tant que forgeron, ainsi que son épouse Marie-Anne Duval en tant que ménagère (Parchemin, F. Leguay) ! Cet événement concorde avec le baptême de leur enfant Dominique dans cette ville le 26 juillet 1783 ; ce poupon décède cependant le 20 février 1784 à Baie-du-Febvre, région où ses parents se sont installés (PRDH). Est-ce Charles qui aurait attiré à Montréal sa soeur ou vice-versa ? Étant donné que Charles Duval sera déclaré journalier chez Cruickshank en 1788, ils pourraient avoir été en contact bien avant cette date. Cruickshank aurait-il pu apprendre son métier à Duval ? C'est fort probable ! Duval aurait donc quitté Québec après le recensement de 1775, puis terminé son apprentissage à Montréal après l'Invasion américaine avant d'être engagé comme orfèvre par Dominique Rousseau en 1783. |
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Fleury Mesplet (1734-1794), Lettre addressée aux Habitans de la Province de Québec, Ci-devant le Canada, De la part du Congrès Général de l'Amérique Septentrionale, tenu à Philadelphie, Imprimé & publié par ordre du Congrès, à Philadelphie, De l'imprimerie de Fleury Mesplet, 1774, 7 pages, 21 cm, Montréal, Bibliothèque nationale du Québec. Photo Robert Derome. |
Pierre du Calvet (1735-1786), Appel à la Justice de l'État ou Recueil de Lettres au Roi, au Prince de Galles, et aux Ministres [...], London, [s. é.], 1784, xiv, -320-viii p., 22 x 14 cm, in 8N, Montréal, Bibliothèque nationale du Québec. Photo Robert Derome. |
James Duncan, gravé par P. Christie, Government House [Château Ramezay], 1839, gravure (Bosworth 1846). L'Invasion américaine de Montréal. — Durant la Guerre d'indépendance des États-Unis, Fleury Mesplet et Pierre du Calvet diffusent l'idéologie des lumières en accord avec celles du Congrès américain dont l'armée arrive à Montréal en novembre 1775. Mais leur assaut contre Québec est un échec. Benjamin Franklin séjourne au Château Ramezay du 29 avril au 11 mai 1776, puis les américains quittent Montréal en juin (Images d'un changement de siècle 1760-1840). |
J. Cook, Portrait de Benjamin Franklin (1706-1790), XVIIIe siècle, gravure, 13,6 x 8,9 cm, Montréal, Musée du Château Ramezay, 1998.2432. Photo Robert Derome. |
1759-1840 L'orfèvrerie de traite. |
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Images: Jacques Leclerc, collaborateur à la CEFAN, L'aménagement linguistique dans le monde, avec modifications.
Après la Conquête de la Nouvelle-France par les britanniques, en 1759-1760, les frontières du Québec sont radicalement rétrécies. Suite aux doléances des marchands, l'Acte de Québec les élargit en 1774 aux territoires amérindiens où se pratique la traite des fourrures dans les Pays d'en haut, soit au-delà des Rapides de Lachine incluant les Grands Lacs jusqu'à Saint-Louis (Missouri). Durant leur guerre pour l'indépendance, les américains veulent bouter les britanniques hors de l'Amérique du Nord. C'est ainsi qu'ils envahissent le Québec en 1775, mais sont forcés de s'en retirer en 1776. La table est donc mise pour que Montréal devienne un important centre du commerce des fourrures auquel se greffe une formidable épopée de fabrication de milliers de bijoux en argent dont les Premières Nations sont friandes. En investissant le commerce de la fourrure, les clans écossais de Montréal choisissent l'un des leurs pour fabriquer quantité d'orfèvrie de traite. Né à Aberbrothock vers 1745, Robert Cruickshank effectue son apprentissage chez l'orfèvre londonnien Alexander Johnston du 4 avril 1759 au 9 avril 1766, ville où il travaille jusqu'en 1772. Il est actif à Montréal de 1774 à 1807 qu'il quitte pour un voyage en Angleterre où il décède en 1809 alors qu'il s'apprêtait à revenir. Son atelier est l'un des plus importants à cette époque, ayant formé et engagé de nombreux orfèvres (pour plus de détails voir Derome 1996).
La quantité totale d'orfèvres actifs est multipliée par 4,6 sous le Régime anglais par rapport à celle de la Nouvelle-France, alors que le ratio annualisé est multiplié par 5,37. Robert Cruickshank, Cruickshank & Arnoldi, PC, PIV, TG/SG et autres orfèvres, Broches et couettes, 1780-1880, Argent, Ancienne collection Joseph W. Keppler (1872-1956), acquis par George Heye en 1910, National Museum of American Indian 2/9711. |
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| La ventilation par décennies est révélatrice. En prenant référence sur celle de 1760-1769, la quantité d'orfèvres augmente légèrement dans la suivante (1770-1779), double (1780-1789), triple (1790-1819), puis régresse (1820-1839). En calculant chaque décennie par rapport à la précédente, celle de 1780-1789 connaît la plus forte croissance (+32 orfèvres soit 174%), tendance diminuant graduellement par la suite jusqu'à devenir négative. Ces statistiques corroborent la ruée vers l'orfèvrerie de traite caractéristique du prépondérant marché montréalais des fourrures pour la période allant de l'Acte de Québec (1774) jusque dans les années 1810 alors que la Compagnie du Nord-Ouest se heurte à la puissante Compagnie de la Baie d'Hudson pour être finalement absobée par elle en 1821. Ce déclin provient également de l'expansion des territoires des États-Unis diminuant d'autant ceux auparavant accessibles aux québécois. |
| Les ateliers comptant le plus de personnel sont ceux où se pratique non seulement l'orfèvrerie civile et religieuse, mais également celle pour la traite. Ignace-François Delezenne est le premier à le faire, sous le Régime français, avec Louis-Alexandre Picard (Derome 1980c) qui poursuit cette activité sous le Régime anglais en utilisant des outils spécialisés. Ayant appris le métier sur le tas, Joseph Schindler (Derome 1980d et Derome 1983c) va même s'installer brièvement à Michillimakinac sur les lieux de traite, tout comme d'autres orfèvres à Détroit. Formé au métier en Angleterre, Robert Cruickshank révolutionne la stylistique de cet art, mais l'ancien perruquier Pierre Huguet dit Latour lui fait concurrence. Les carrières de Dominique Rousseau (Derome 1987g ou web) et Narsise Roy (Derome 1983f ou web) dépendent de la traite, mais les grands orfèvres de Québec, tels François Ranvoyzé et Laurent Amiot, ne s'orienteront pas vers cette production proto-industrielle et n'auront besoin que de peu d'apprentis ou d'engagés. | ![]() |
Pierre Huguet dit Latour,
Grande croix avec gravure d'un autochtone buvant des spritueux et tenant une pipe,
argent, 29,6 x 19,7 cm, National Museum of American Indian 14/5981 (Fredrickson 1980, p. 62 et 123).
Fin XVIIIe Le négociant James Woolrich et ses boutons en forme de couettes. |
Anonyme, Portrait du négociant James Woolrich (1762-1823), fin XVIIIe, huile sur toile, Montréal, Musée du Château Ramezay 1998.957. Diapositive Robert Derome vers 1973 avant restauration et détail des boutons en forme de couettes d'orfèvrerie de traite. Photo après repeints sur Artefacts Canada.
| Jacques James Woolrich (vers 1762-1823 web ou pdf), un riche négociant, épouse à Montréal le 12 novembre 1791 à la Christ Church Cathedral (PRDH) Madeleine Romaine Gamelin (1765.02.28-1832.11.26 PRDH) dont il a 10 enfants de 1792 à 1807, les filles baptisées à l'église Notre-Dame de Montréal et les fils à la Christ Church. Un article, aux informations parfois douteuses, relate ses activités de grand propriétaire terrien à Hemmingford (Ducharme sd, web ou pdf). On documente à L'Assomption, de 1827 à 1832, le décès de son fils George (1806.09.22-1827.11.08 PRDH), le mariage (1832.05.16 PRDH) de sa fille Julie à Guillaume William Connolly et le décès de son épouse (1832.11.26 PRDH). | Son exceptionnel portrait fascine par ses boutons en forme de couettes, car on est plus habitué à les voir utilisées par les Premières Nations. Il illustre bien l'importance de cette production d'orfèvrerie de traite auprès des négociants montréalais. Par sa facture, la coiffure à la hérisson et les informations glanées sur le protraituré, on peut le dater de la fin du XVIIIe siècle. Il partage certaines similitudes avec les oeuvres de Louis-Chrétien de Heer (actif 1776-1800). On peut admirer les subtilités de ses modelés, détails et traits du visage dans son état d'origine avant les repeints par Richard Maelzer à l'hiver 1977, dont les interventions sur des tableaux de la famille Hertel au Musée McCord ont dû être corrigées par le CCQ (pdf et collaboration André Delisle). | Langdon a identifé ce portrait, sans documentation à l'appui comme à son habitude, à l'orfèvre Robert Cruickshank (Langdon 1966, plate 3A). Dans un catalogue du Château Ramezay (pdf, #158, collaboration André Delisle), son président W.-D. Lighthall note qu'il date vers 1790 et provient du manoir de Lacolle, donné par Woolrich à Hoyle (DBC), puis transmis par un descendant de la famille Tunstall (Lighthall 1914, p. 6-7). |
1783 Dominique Rousseau et Pierre Foureur dit Champagne. |
Le Traité de Versailles, en 1783, met fin à la Guerre d'Indépendance Américaine par la cession d'une partie des territoires du Québec qui, à son tour, est divisé en Bas et Haut Canada par l'Acte Constitutionnel de 1791. La Guerre de 1812 ne modifie pas ces frontières qui demeurent telles quelles jusqu'en 1840 lors de la création du Canada-Uni en réponse aux Rébellions de 1837-1838.
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Images: Jacques Leclerc, collaborateur à la CEFAN, L'aménagement linguistique dans le monde, avec modifications.
La carrière de Dominique Rousseau (1755-1825), qui est bien connue, est tout à fait représentative de cette période axée sur la fabrication de milliers de bijoux en argent pour le troc : débutée comme orfèvre, vers 1776, il la termine en grand bourgeois du commerce de la traite des fourrures (Derome 1987g ou web). Rousseau habite d’abord Québec où il apprend son métier d’orfèvre, probablement dans l’entourage de Joseph Schindler où il se lie d'amitié avec l'orfèvre Louis Huguet dit Latour. Venu à Montréal comme ce dernier, il y travaille peut-être pour le bourgeois François Cazeau, qui assiste à son mariage avec Charlotte Foureur le 30 janvier 1776. Rousseau habite à Grondines (Saint-Charles-des-Grondines) en 1779, où réside sa famille, puis revient à Montréal en juin 1780, quelques mois après le décès de son père. L’année suivante, il emménage rue Saint-Jacques dans la propriété acquise de son beau-père Louis Foureur dit Champagne. Ses affaires prospèrent rapidement. En 1781, il loue un banc à l’église Notre-Dame et prête 1 175# sans intérêts « En or, monnoye d’espagne » à son beau-frère, l’orfèvre Pierre Foureur dit Champagne, qui a peut-être fait son apprentissage avec lui. Mais, en 1783, Rousseau délaisse la pratique de son métier d'orfèvre lorsqu’il loue sa résidence à Charles Duval. Le loyer est payé en pièces d’orfèvrerie de traite dont Rousseau assure la commercialisation.
Renonciation de Charles Duval à la succession de ses père et mère, 22 avril 1783, notaire F. Leguay.
À 25 ans, le 22 avril 1783, « Charles Duval Me orphevre » habite Montréal, rue Saint-Gabriel, lorsqu’il renonce à la succession de son père décédé et celle à échoir de sa mère, contre 125 livres, « chelin de vingt copre », reçues de son procureur Pierre Poulin (1753.01.06-1821.11.28), époux depuis le 9 janvier 1775 de sa sœur Marie Angelique (1750.08.02-1793.05.05) dont les enfants naissent à Québec (PRDH). Duval est déjà un orfèvre formé, probablement par Cruickshank, lorsqu'il loue le 11 août 1783 (700 francs pour 1 an) de l’orfèvre Dominique Rousseau, en « conscensus amicablement ensemble », sa maison de pierre rue Saint-Jacques avec dépendances jouxtant le Cimetière des Pauvres, transaction incluant 15 cordes de bois franc (480 piastres de 6 francs) et 1 moulin à tirer l’argent (1 100 livres), grand outil faisant passer le métal par les trous de plus en plus petits d’une filière lui conférant sa forme ornementale ; les paiements sont faits en orfèvrerie jusqu’au 1er mai 1784, soit avant le départ des voyageurs trafiquants : argent tiré [poncé] épinglettes à [12] sols l’once, bracelets grands et petits à 12 sols pièce, croix à 30 sols pièce (notaire A. Foucher, 11 août 1783, n° 5210). En 1765, 1 bracelet valait 2 cerfs ou 2 petits castors, 1 broche ou épinglette 1 raton laveur ou rat musqué, 1 grande croix 1 cerf ou castor de grandeur moyenne. Duval produit donc des bijoux de troc prisés par les Premières Nations, fabriqués à cette époque en très grandes quantités à Montréal par plusieurs orfèvres qu’il fréquente. Gérard Lavallée, Moulin à tirer l'argent, faisant partie de la reconstitution d'un atelier d'orfèvre, ancien exhibit du Musée des métiers d'art du Québec (Derome 1993, p. 12). |
Pierre Foureur dit Champagne naît à Montréal le 22 août 1756, fils du menuisier Louis et de Catherine Guertin (BANQ, Montréal Notre-Dame). Âgé de 19 ans, le 28 janvier 1776, il signe au contrat de mariage de sa soeur Charlotte à l'orfèvre Dominique Rousseau, demeurant rue de l'Hôpital, ainsi qu'à l'acte de mariage du 30 janvier (BANQ, notaire A. Foucher 1776.01.28, Montréal Notre-Dame 1776.01.30). Le 19 août 1776, il effectue une transaction avec Suzanne Campagna (Parchemin, S. Sanguinet). Il est possible que Foureur ait appris son métier auprès de son beau-frère Rousseau pour qui travaillera Charles Duval. |
Le 20 janvier 1780, Dominique Rousseau signe au contrat de mariage de « Sr Pierre Foureur Orfèvre » avec Marie Geneviève Marcheteau (née 1758.06.01), ainsi qu'au mariage quatre jours plus tard (BANQ, notaire Jean Delisle, IOA Montréal Notre-Dame). Le 22 septembre 1781, désigné comme « marchand orfèvre et bijoutier », Foureur achète un emplacement rue Notre-Dame au faubourg des Récollets (Parchemin, F. Leguay). Le 24 décembre 1781, Pierre habite rue Saint-François lorsque son beau-frère Dominique Rousseau lui prête pour deux ans, sans intérêts, la somme de 1 175# ancien cours (BANQ notaire A. Foucher). |
Attribué à François Larsonneur, Deux cuillers, 5", Collection Birks alors en prêt au Musée McCord, photo RD. |
Attribué à François Larsonneur, Cuiller à thé, 5", Achat Collection Carrier, Musée national des beaux-arts du Québec 60.387 ; IOA, Montréal, Coll. Carrier 18837 et FF-8. |
François Larsonneur (1762.01.18-1806.11.01 PRDH, Larsonneur selon sa signature, également orthographié Larseneur ou Larceneur) avait été mis en apprentissage pour cinq ans, en 1775, chez l'orfèvre Joseph Lucas rue de l'Escalier à Québec (M.A. Berthelot d'Artigny 1775.04.20). À Montréal, en 1781, il est engagé pour un an par Pierre Huguet dit Latour afin de fabriquer 9 600 paires de pendants d'oreilles en argent (A. Foucher 1781.09.15). Son ami Pierre Foureur signe à son mariage, le 30 juin 1783, ainsi qu'au baptême de son fils, le 18 janvier 1785 (IOA Montréal Notre-Dame, 1784.01.18 indexé en 1785). Le 12 décembre 1788, c'est Charles Duval qui deviendra le parrain de son fils Charles (IOA Montréal Notre-Dame). |
Le 9 août 1783, « pierre foureur graveur Demeurant au faux-bourg Saint Joseph », doit 400 livres « de vingt coppres » à Pierre Foretier, qu'il constitue en rente de 20 livres (BANQ notaire Joseph Papineau). Le 18 novembre, il vend sa propriété du faubourg des Récollets (Parchemin, F. Leguay). Le 24, il signe au mariage de Charles Giroux et Marguerite Beaugrand (1764.07.23-1787.04.22 PRDH ; IOA Montréal Notre-Dame), la demie-soeur de l'orfèvre Simon Beaugrand et, peut-être aussi, la soeur du marchand de Detroit Jean-Baptiste. Le 30 mai 1785, le peintre Louis Dulongpré est le parrain d'Agathe-Adélaïde, fille de Pierre Foureur (BANQ Montréal Notre-Dame). |
L'historique, la symbolique et l'utilisation de l'instrument de paix ont été analysés en détail pour ceux fabriqués à Montréal dans la première moitié du XIXe siècle par Pierre Huguet dit Latour et Paul Morand (Derome 1996). Le motif de la fleur de lys présente l'opportune ambiguïté de se référer autant aux traditions iconographiques catholiques qu’à la royauté française, gallicanisme oblige. On la retrouve au Québec, peu de temps après la Conquête, associée à l'iconographie de saint Louis dans les tableaux peints par Jean-Antoine Aide-Créquy en 1777 et Louis Chrétien de Heer en 1792. Cette oeuvre de Pierre Foureur dit Champagne leur est contemporaine puisqu'elle a été façonnée entre ces deux dates.
En 1957, Marius Barbeau en publiait des photographies sans en indiquer la localisation (Barbeau 1957a, section orfèvrerie non paginée). L'objet est conservé à La Pulperie de Chicoutimi gérée par la Corporation du Musée du Saguenay–Lac-Saint-Jean qui a hérité, en 1975, des collections du Musée Saguenéen fondé en 1954 par la Société historique du Saguenay. Dès 1920, le prêtre historien Victor Tremblay (1892-1979) avait commencé à s'intéresser aux témoignages du passé. Il fonda, avec le chanoine Joseph-Edmond Duchesne, une première société historique active seulement en 1924-1925, puis de façon continue à compter de 1934. C'est donc par l'entremise de ces deux ecclésiastiques que cet objet a élu résidence au Saguenay, vers 1920-1975, après avoir quitté la Vallée du Richelieu [collaboration Cathleen Vickers ; historique de la Société historique du Saguenay, web ou pdf]. Pierre Foureur dit Champagne, Instrument de paix de Saint-Denis-sur-Richelieu, 1786, La Pulperie de Chicoutimi, photo RD 1976.03. |
Plus finement ciselé de motifs floraux que les décors géométriques répétitifs des pièces d'orfèvrerie de traite, cet instrument de paix peut être considéré comme un trésor national puisqu'il est le plus sophistiqué portant le très rare poinçon de cet orfèvre et l'un des plus anciens présentant ce motif iconographique de la patriotique fleur de lys par le rappel des traditions françaises pouvant dénoter un signe précurseur des idéologies ayant fomenté la Rébellion de 1837-1838. |
La locution latine Pax Tibi, au centre de la fleur de lys, se traduit par La paix soit avec toi. La croix, au-dessus de la tête du Christ crucifié, porte l'inscription INRI pour Iesvs Nazarenvs Rex Ivdæorvm, soit Jésus de Nazareth roi des Juifs. À la base, sur le listel, Ave Spes Unica Mea est une salutation à la croix, « l'unique espérance du chrétien [Wikipedia] ». C'est sur cet objet que se posait, aux XVIIIe et XIXe siècles, le baiser des fidèles durant la messe, tradition par la suite abandonnée précipitant sa désuétude. |
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Pierre Foureur dit Champagne, Instrument de paix de Saint-Denis-sur-Richelieu, 1786, La Pulperie de Chicoutimi, photo RD 1976.03. |
| Pierre Foureur dit Champagne était très fier de son instrument de paix puisqu'il l'a insculpé 5 fois de son poinçon ! On ne peut avoir aucun doute sur son attribution car l'objet est bien documenté par un payement à son nom. Sa forme d'ensemble, dans un cartouche quadrilobé avec des lettres italiques, imite celui de Robert Cruickshank. Ce n'est pas étonnant puisque Foureur a fréquenté plusieurs orfèvres de cet atelier. On y lit très clairement les initiales P et C séparées par un point. La terminaison du P est cependant très particulière et se prolonge longuement vers la gauche (tout comme dans sa signature ci-dessous du 12 octobre 1791) afin d'établir un dessin en symétrie avec celle du C. En l'observant sous fort grossissement, elle se termine en formant une autre lettre, un F ! On se retrouve donc avec les trois lettres principales du nom de l'orfèvre : P pour Pierre, F pour Foureur et C pour Champagne. Dans les documents d'époque, on le désigne et il signe de diverses façons en utilisant l'un ou l'autre ou tous ces noms ; on rencontre également la graphie Lefoureur. Il serait fort étonnant que ce poinçon ait été une falsification d'antiquaires, car il a été publié par Barbeau en 1957, semble-t-il avant la vague de faux ayant inondé le marché dans les années 1960-1970, fortement stimulée par les achats massifs de la Collection Birks. On retrouve le même poinçon sur une couette très rudimentaire acquise en 1960 par le Musée national des beaux-arts du Québec provenant de la Collection Louis Carrier qui pourrait également ne pas avoir échappé à cette vague des poinçons falsifiés. | Pierre Foureur est absent aux baptistaires de ses fils Étienne (1786.09.17) et Fleuri Lambert (1787.10.14). Le 3 mars 1787, il engage Joseph Aumier, âgé de 13 ans, comme domestique (Parchemin, P.-R. Gagnier). Le 16 janvier 1788, il enventorie, avec l'orfèvre Narsise Roy, les outils et l'argenterie de l'orfèvre Pierre Huguet dit Latour (BANQ notaire Louis Chaboillez). Le 12 octobre 1791, « Pierre Champagne dit foureur », loue avec l'orfèvre Charles Duval, pour une période inhabituelle de 7 mois durant l'hiver, une maison de plusieurs appartements rue Saint-François-Xavier contiguë au séminaire des sulpiciens (BANQ notaire P. Lukin pdf). Le 13 mai 1792, Auguste Wolf et Pierre Foureur signent un contrat de dorure et peinture pour 2 400# ancien cours à l'église Saint-Joseph de Chambly (IOA Chambly Livres de comptes). Le 18 juillet 1793, il est de nouveau absent au baptistaire de son fils Edward Onésime (BANQ Montréal Notre-Dame). Le 3 septembre 1794, il signe une quittance de 1 000# en faveur de Dominique Rousseau pour cession de la propriété de sa mère Catherine Guertin (BANQ notaire J.B. Desève). Le 6 septembre 1795, Pierre Foureur sert de père à Madeleine You lors de son mariage à Charles Duval. Le 21 décembre, « Pierre Lefoureur » signe comme témoin au testament du sculpteur Phlippe Liébert (BANQ notaire Desève). Le 11 juillet 1797, il est désigné comme parent et ami des mineurs du veuf Joseph Filtau, l'orfèvre Michel Roy signe également (BANQ notaire Joseph Papineau). On perd ensuite la trace de Pierre Foureur dit Champagne qui est dit absent de cette province lorsque son épouse signe, le 5 octobre 1801 chez le notaire Jacques Voyer de Québec, le contrat d'apprentissage de leur fils Antoine-Stanislas auprès de l'armurier Jean Parent de la Basse-Ville (Parchemin). |
Edward Benoît à Pierre Champagne et Charles Duval, Bail à Loÿer pour sept mois, 12 octobre 1791, notaire P. Lukin.
Il n'est pas aisé de savoir où se trouve Pierre Foureur au long de sa carrière, souvent déclaré absent, ainsi que son épouse et leur famille, car leurs enfants ont été baptisés et inhumés à plusieurs endroits différents : dix avaient été baptisés à l'église Notre-Dame de Montréal (1780-1795) et un à Sainte-Marie-de-Beauce (1788.12.12) ; trois avaient été inhumés à Notre-Dame de Montréal (1783.11.15 et 28, 1792.07.25), d'autres à Pointe-aux-Trembles (1784.08.23), Sainte-Marie de-Beauce (1790.02.18) et Longue-Pointe (1785.07.17, 1787.10.28, 1793.07.26). Son épouse Marie Geneviève Marcheteau décède à L'Isle-aux-Coudres (1825.06.15) où s'était mariée leur fille Adelaïde (1823.11.25) (PRDH).
Attribué à Pierre Foureur dit Champagne, Deux cuillers à potage, argent, 20,3 cm, prêtées par la famille au Detroit Institue of Arts (Fox 1978, p. 76-78).
Ross Fox (Fox 1978, p. 76-78) donne à Pierre Foureur dit Champagne un autre poinçon très différent présentant les initiales PC dans un rectangle irrégulier. Cette identification aurait été proposée par Louis Carrier, qui a pourtant vendu au Musée national des beaux-arts du Québec la couette portant un poinçon identique à celui de l'instrument de paix de Saint-Denis-sur-Richelieu ! Les deux cuillers qui le portent étaient alors prêtées, depuis 1956, au Detroit Institue of Art par la famille d'où elles provenaient. Gravées au chiffre JBB, elles auraient été commanditées par Jean-Baptiste Beaugrand, un marchand établi à Détroit depuis 1790 en association avec Jacques Gabriel Godfroy Sr (1758-1833) (Tucker 2012.03). Déménagé avec sa famille en 1823 à Lower Sandusky Ohio, maintenant Fremont, il y décède en 1826. Selon la tradition familiale, divers objets en argent auraient été expédiés à Montréal pour être transformés en cuillers, dont trois ont été conservées. Elles peuvent avoir été fabriquées entre 1790 et 1826, Fox proposant une datation à l'époque du mariage avec Marguerite Chabert Joncair, le 28 juillet 1802. |
On a fait naître Jean-Baptiste Beaugrand à Trois-Rivières, en 1763 ou 1768 : or, on ne trouve aucun Beaugrand de sexe masculin baptisé dans cette ville de 1750 à 1780 (PRDH paroisses : Notre-Dame-des-Neiges, Congrégation protestante, Hôpital des ursulines, Immaculée-Conception, Methodist church, Presbyterian church). Selon Ancestry (web ou pdf), le Jean Baptiste Beaugrand décédé à Fremont Sandusky Ohio, le 26 mars 1826, serait né à Trois-Rivières en 1763 de Jean Baptiste Beaugrand (selon le PRDH né le 1734.03.17 à Notre-Dame, v. Port-Ste-Marie, ev. Agen, Guyenne, ar. Agen, Lot-et-Garonne ; décédé le 1801.02.11 à Caughnawaga Sault-St-Louis) et Anne-Judith Bertrand (1735.07.26-1762.06.19 PRDH) ; ce couple (marié le 1758.10.02 à Montréal PRDH) a eu un enfant prénommé Jean-Baptiste qui n'a vécu que quatre mois (1759.10.23-1760.02.27 PRDH), ainsi qu'un autre devenu l'orfèvre Simon Beaugrand (né 1761.07.13 PRDH). Par contre, après le décès de sa première épouse, Jean-Baptiste Beaugrand s'est remarié (1763.09.26 Sainte-Foy PRDH) à Marie-Anne Alain (1733.06.21-1771.11.07 PRDH) avec laquelle il a eu six enfants, dont un Pierre-Jean-Baptiste (né 1765.09.22 Montréal Notre Dame PRDH) qui pourrait être devenu le marchand à Detroit ; dans ce cas, il serait le demi-frère de l'orfèvre Simon et le frère de Marie-Marguerite, au mariage de laquelle assistait Pierre Foureur dit Champagne. |
Ces liens d'amitié de Pierre Foureur dit Champagne avec les Beaugrand auraient-ils pu l'inciter à quitter Montréal en 1797 pour aller travailler à Detroit ? Où il aurait pu être encore actif en 1801 selon le témoignage de son épouse, alors à Québec, qui le déclare absent de cette province. Si c'était le cas, et s'il avait adopté un autre poinçon, on pourrait peut-être alors lui attribuer ces cuillers. Toutes ces hypothèses mériteraient cependant d'être corroborées par d'autres évidences documentaires ! Doit-on pour autant déclarer ces cuillers comme étant les oeuvres d'un orfèvre Anonyme aux initiales PC ? Ou, plus diplomatiquement, les désigner comme « attribuées à Pierre Foureur dit Champagne » ! |
On ne sait que peu de choses sur Charles Duval durant cette période hormis ses liens avec plusieurs orfèvres liés aux bijoux de traite. Tout comme Pierre Foureur dit Champagne, il est possible que Duval ait alors commencé à obtenir des commandes religieuses. Un « Maclure », famille avec laquelle Duval a des liens de parenté dans la région du Lac Saint-Pierre, reçoit de la fabrique de Baie-du-Febvre 66 livres 15 sols en 1787 « pour un Petit Ciboire Dargent » (IOA Maclure Livres de comptes). Aurait-il pu être fabriqué par Duval alors qu’il résidait et travaillait à Montréal ?
1788 Duval journalier chez Cruickshank et charivari chez Huguet. |
Le 7 janvier 1784, Charles Duval et l’orfèvre Pierre Huguet dit Latour (Derome 1983d, Derome 1996) sont témoins au mariage de Marie-Louise Giboix avec Jacques-François Bienaimé, né à Boulogne en Picardie et âgé de 25 ans (IOA Montréal Notre-Dame). Quatre ans plus tard, le 24 octobre 1788, Duval habite rue Saint-François lorsqu’il doit 1 063#4s en biens reçus du forgeron Charles Toupin (BANQ notaire A. Foucher). Les 21 et 22 novembre 1788, l’orfèvre Pierre Huguet dit Latour est victime de charivari et vandalisme de la part d'employés de l'orfèvre Robert Cruickshank (Derome 1983, Derome 1996).
Anonyme, Portrait de Thomas McCord (1750-1824), 1797-1800, huile sur toile, 76,5 x 64,0 cm, Don de M. et Mme E. F. Wurtele, Musée McCord Stewart M17754. |
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S. Begg, Charivari, illustration, Illustrated News, 14 août 1909 (Wikipedia). |
Localisation des commerces des orfèvres Robert Cruickshank et Pierre Huguet dit Latour sur la rue Notre-Dame à Montréal, parcellaire montréalais vers 1805, numérotation du second terrier de la ville de Montréal, quartier centre (Adhémar). |
R.A. Sproule Del.t, W.L. Leney Sc., Published by A. Bourne Montreal 1830, Notre Dame Street, Montreal, gravure. (DeVolpi 1963, vol. 1, pl. 25, MVM web ; BANQ web ; MMMcC web). |
Parmi les personnes présentes à ce charivari figurent « George Schindler, et son frere », soit l’orfèvre Joseph Schindler (Derome 1980d) alors actif à Montréal. Plus intéressant, on nomme les ouvriers de l'atelier de Cruickshank. Duval y est décrit comme « Journallier », donc un employé engagé au jour le jour. Il a plusieurs années d'expérience puisqu'il travaille comme orfèvre depuis au moins 1783. Pourrait-il être le chef d'atelier dirigeant les travaux des John Oakes et Nathan Starns alors mentionnés comme « apprentifs » ? Duval effectuerait alors les tâches accomplies par Michael Arnoldi dont l'association avec Cruickshank sera liquidée quelques mois plus tard. |
| Ce document exceptionnel révèle, via ces charivaris et vandalismes de novembre 1788, les tensions entre les ateliers concurrents de Cruickshank et Huguet, proches voisins sur la rue Notre-Dame à proximité de l'église éponyme. Rien n'oppose davantage ces ateliers que la formation de leurs dirigeants : un orfèvre professionnel formé à Londres contre un perruquier dont le commerce n'était plus à la mode et qui se recycle dans celui de l'orfèvrerie ! | Document inédit : Jean-Baptiste Beaugrand, du faubourg Saint-Laurent à Montréal, met son fils Simon Beaugrand (né 1761.07.13 PRDH) en apprentissage chez l'orfèvre Robert Cruickshank le 2 février 1775 (Parchemin, P. Panet de Méru). Après sa formation, le perruquier Pierre Huguet dit Latour l'embauche, ainsi que François Larsonneur, pour leur faire fabriquer des milliers de pièces d'orfèvrerie de traite (Derome 1983d). |
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Narsise Roy (Derome 1983f) a pu être formé par Cruickshank, entre 1777 et 1786 : le graphisme de son très rare poinçon NR présente des similitudes frappantes avec celui aux initiales RC ; en outre, son neveu Michel Roy est mis en apprentissage dans cet atelier de 1791 à 1797. Le poinçon de Cruickshank influence également ceux de ses apprentis Jean Henry Lerche et Nathan Starns, beau-frère et tuteur de Narcisse Auclair qui, en 1805, est mis en apprentissage pour sept ans dans cet atelier ; c'est d'ailleurs à Starns qu'est transféré ce contrat, en 1807, lors du départ de son maître pour l'Angleterre (BANQ notaire J.A. Gray 1805.11.04).
Robert Cruickshank, Aiguière baptismale en forme de petite théière, 10,1 cm, Augustines de l'Hôpital Général de Québec, photo RD QHG:4:17-20 (Traquair 1940, p. 116 #14). |
Narsise Roy, Médaille de loge des Frères du Canada (1786-1790), vers 1786-1790, argent, 5 x 3 cm, Montréal, Benaiah Gibb (1755-1826), Londres Angleterre collection Sir Duncan G. Gibb., Collection W.-W.-C. Wilson vendue aux enchères à New York en 1925, Montréal collection Victor Morin achat en 1925, Montréal collection privée, Sotheby’s Toronto 14 avril 1983 n° 113, Musée McCord acquis en 1983 M983.250.1, photos RD. (Voir la notice détailée de ce rare poinçon bien documenté dans Derome 1996.) |

| Le talent de Michael Arnoldi (Derome 1983a) devait être évident puisqu'après son apprentissage (1777-1784) Cruickshank le prend pour associé (1784-1789). Malgré l'avis de dissolution de la société « Cruickshank & Arnoldi » paru dans la Gazette de Québec le 14 octobre 1784 (p. 3), les comptes finaux de la firme « Cruickshank & Arnoldi » ne seront liquidés que le 17 février 1789 (John Gerbrand Beek n° 499). On peut donc conclure qu'elle fut active durant au moins cinq années. | Le poinçon CA, où la forme et le graphisme s'apparentent étroitement à celui de Cruickshank et dont les lettres sont étroitement réunies à la base, appartient à cette association Cruickshank & Arnoldi alors en mesure de produire, de 1784 à 1789, les pièces d’orfèvrerie qui en sont marquées. Les burettes de Sainte-Anne-de-la Pocatière qui le portent auraient même été acquises une année plus tard, soit en 1790 ! Ce poinçon est encore souvent et malheureusement attribué au frère de Michael, Charles Arnoldi (1779-1817), que les documents notariés et les journaux présentent comme horloger toute sa vie professionnelle tant auprès de ses apprentis que de ses associés*** ; Charles est d'ailleurs engagé à ce titre par Cruickshank en 1806 afin de remplacer l'hologer londonnien Charles Irish. |
Robert Cruickshank, Calice, acquis en 1775 en même temps que le ciboire (IOA D-5 16191), 24,2 cm, Vaudreuil, photo RD 1973.11. |
Cruickshank & Arnoldi firme active de 1784 à 1789, Burettes de Sainte-Anne-de-la-Pocatière, 15 cm, 1972 S. Breitman, Birks C550, photo RD. Probablement acquises en 1790 selon la mention aux livres de comptes : « 1790 une paire de Burettes d'argent 180# [IOA, Sainte-Anne-de-la Pocatière]. » |
*** Tous ces documents présentent Charles Arnoldi comme horloger ou watchmaker, sauf d'autres rares appellations professionnelles « notées en italique entre guillemets ». Format des dates : aaaa.mm.jj. Notaire T. Barron 1808.10.08 ; 1810.07.06 ; 1811.08.21 ; 1811.09.05 et 07 ; 1811.11.27 « marchand, demeurant dans la Seigneurie de Lavaltrie » ; 1815.02.27 « Me Horloger, demeurant dans la Paroisse de St Sulpice ». Notaire L. Chaboillez 1806.03.04 et 06 ; 1806.10.01 ; 1807.02.25 ; 1809.04.05. Notaire J.G. Delisle 1802.04.30. Notaire J. Desautels 1816.04.24 et 30. Notaire J.A. Gray 1804.10.10 ; 1806.05.07 ; 1806.12.08 ; 1806.12.27 ; 1807.07.23 ; 1807.08.22 « Watchmaker and Jeweller » ; 1808.03.12 « Watchmaker & Jeweller » ; 1811.02.01 ; 1811.09.19 incluant 1815.03.23. Notaire J.M. Mondelet 1806.11.29 ; 1811.04.01. Gazette de Montréal 1803.12.05 et 12, 19, 26 ; 1805.11.04 vente de bijoux, montres, théières et cuillers d'argent, dont il n'est pas nécessairement le fabricant ; 1806.10.06 et 13, 20 ; 1806.12.08 et 15, 22, 29 ; 1807.08.10 et 17 ; 1813.06.01 et 8, 15, 22 « a quitté Lavaltrie pour s'établir à St-Sulpice, où il se propose d'accomoder les voyageurs » ; 1813.06.22 et 29, 07.06 ; 1817.01.20. Gazette de Québec 1806.01.30. The Quebec Mercury 1817.01.24.
| Ces exceptionnels bijoux de traite de Robert Cruickshank sont documentés depuis leur origine, ce qui est extrêmement rare. De plus, ils présentent de fragiles composantes habituellement absentes. Étant donnée leur datatation, vers 1790, Charles Duval a donc pu participer à leur confection s'il était toujours employé dans cet atelier. | Robert Cruickshank, Boucles d'oreille, vers 1790, argent perles fil, 12 x 9 cm, Collected between 1790 and 1795 by British Army officer Major Andrew Foster (1768-1806) at Fort Miami or Fort Michilimackinac, inherited by his family and donated to the Wells and Mendip Museum (Wells, England) by Foster family members in 1936, removed from the collection of the Wells and Mendip Museum at an unknown date, acquired by George Terasaki (a New York art dealer) in 1965 or 1966, acquired by MAI through an exchange with George Terasaki in 1967, National Museum of American Indian 24/2022 (web ou pdf). |
1779-1793 Oakes, Delezenne, Arnoldi, Cruickshank et Duval. |
| L'orfèvre Ignace-François Delezenne (1718-1790) marie de force sa fille à son vieil ami Christophe Pélissier (1728 - avant 1800 DBC) afin de toucher la juteuse rente promise. Marie-Catherine (1755-1831, Derome 1987c, Derome 2014) résiste en préférant l'élu de son coeur Pierre de Sales Laterrière (1743-1815, Andrès 2000, Andrès 2003). Delezenne met en oeuvre plusieurs stratagèmes afin de les séparer. L'un d'eux consiste, grâce au faux témoignage de son fils Michel, à faire accuser Laterrière de collaboration avec les Américains. Parmi les nombreux témoignages conservés, retenons ceux des 24 février et 5 mars 1779 où John Oakes, âgé de 23 ans, déclare être né à Boston, donc vers 1756 (Bibliothèque Archives Canada, Haldimand Papers, MG-21, B-185-1, p. 168-171). D'après George E. Thorman (DBC), John Meticamish Oakes aurait pu être le fils d'une autochtone et de Forrest Oakes (‑1761-1783), marchand anglais et trafiquant de fourrures décédé à Montréal en 1783***. | Oakes aurait vécu 8 ans à Addison VT. Il est capturé, à l'automne 1778, à Crown Point NY alors qu'il commande un détachement de soldats américains. Emprisonné à Québec, il s'enfuit puis travaille comme bûcheron chez Laterrière, à Bécancour, où il fait la connaissance de Michel Delezenne. Tous trois incarcérés, ils sont libérés avec les autres prisonniers politiques après la signature du traité de Versailles en 1783. Il est probable que Oakes se réfugie alors chez Delezenne, résidant alors à Trois-Rivières, puis à Baie-du-Febvre, à compter de 1784, près du poste de traite des Abénaquis (Odanak). Oakes a pu s'y initier au métier d'orfèvre, car divers modèles originaux créés par Delezenne se retrouvent quelques années plus tard chez les Arnoldi, Cruickshank et Duval avec lesquels Oakes travaille en 1788 (Derome 1974a). |
*** 1824.11.14 Testament de Margaret Oakes — « À la lumière du dossier d’édition de notre biographie de Forrest Oakes (mort en 1783), il ressort que son auteur, George E. Thorman, avait émis l’hypothèse que l’orfèvre John Oakes puisse être le fils de ce personnage sur la base d’une mention dans le testament de l’une de ses sœurs, Margaret Oakes, décédée le 29 novembre 1825. Dans l’acte en question, daté du 14 novembre 1824, que cite Thorman dans un échange de lettres, cette femme lègue une partie de ses avoirs à l’épouse de "John Oakes silversmith of St. Francis". L’auteur supposait que cela indiquait un lien de parenté entre Margaret et John, par l’entremise de Forrest. En ce qui concerne le "St. Francis" mentionné dans le testament, Thorman et l’équipe DBC n’ont pu établir avec certitude s’il s’agissait de Saint-François-de-Sales, sur l’Île Jésus, ou d’un autre endroit dans le Bas-Canada [collaboration Kevin Audet-Vallée]. » Il s'agit de Saint-François-du-Lac où John Oakes et son épouse Elizabeth Brown habitent à cette époque.
Delezenne, Calice de Saint-Cuthbert, vers 1783-1784, 22,9 cm, DZ, Birks Q.133A. |
Charles Duval, Calice, 1801, argent, 11 pouces, poinçon CD, Vaudreuil, photo RD 1971. |
Michael Arnoldi, Calice, 9"5/16, Berthierville, photo RD 1971. |
Robert Cruickshank, Calice, 10"1/4, RC 2 fois sur le bord extérieur de la base et 2 fois sur la lèvre de la coupe, L'Assomption. |
Delezenne exerce encore activement son métier dans les années 1780 et peut donc avoir initié à son art John Oakes. Son boîtier aux saintes huiles et son calice de Saint-Cuthbert datent de 1783–1784. Pour son calice, Delezenne crée un motif original unique et nouveau par les petits disques troués surmontant la fausse coupe. Celui-ci est repris par Arnoldi pour la paroisse voisine de Berthierville (ainsi que pour Les Cèdres, IOA, fiche et photo), puis par Cruickshank pour celle de L'Assomption non loin de là. Duval a donc pu se familiariser avec ce modèle dans l'atelier de Cruickshank. Selon les livres de comptes de Vaudreuil, ce calice de Charles Duval daterait de 1801. Il a toujours été important pour l'interprétation de sa fausse-coupe qui ressemble à celle de Delezenne. La paroisse conserve d'ailleurs une patène de cet orfèvre dont le poinçon a été utilisé de 1749 à 1763 et que l'on peut donc dater de sa période montréalaise vers 1749-1752. Accompagnait-elle un calice du même orfèvre que Duval aurait pu imiter ? Quelle pourrait être leur provenance ? |
Les orfèvreries de Delezenne à Vaudreuil auraient pu provenir d'établissements antérieurs dont une étude récente (Brazeau 2013.01, p. 3, 7, 14-15, 20, 27, collaboration de Sébastien Daviau) en révise l'historiographie traditionnelle (Gowans 1955, p. 144-145, et ses sources, Adair 1943.02-03, p. 39, Auclair 1927, p. 24, 28-29). En 1721-1722, on définit les limites de la paroisse de Sainte-Anne du Bout de l'lsle (Sainte-Anne-de-Bellevue) desservant les censitaires des seigneuries de Vaudreuil et de Soulanges, l'ouest de l'Île Perrot et la mission des Népissingues à l'Île-aux-Tourtes (active de 1710 à 1727, RPCQ site ou pdf et objets ou pdf). Cette paroisse de Sainte-Anne gère aussi une église construite avec son presbytère, vers 1729, au coteau des Cèdres de la seigneurie de Soulanges, près des manoir, magasin, fort et moulin (plans ci-dessous), remplacée en 1754-1755 par une plus grande en bois, de 60 x 30 pieds contenant 45 bancs, qui est abandonnée en 1780 après la construction de celle en pierre au site actuel des Cèdres (tableau ci-dessous), également remplacée en 1881. Certaines orfèvreries des deux anciennes églises, actives de 1729 à 1780, auraient pu provenir de la paroisse mère de Sainte-Anne-de-Bellevue souvent administrée par des sulpiciens, voire même de Sainte-Geneviève et Pointe-Claire qui l'ont desservie de 1767 à 1796 (historique ou pdf). Par ailleurs, en 1771, on érige une chapelle à Vaudreuil, en attendant la construction de l'église au cours des années 1780. |
Collaboration de Sébastien Daviau — Contrairement à ce qui est écrit partout, les seigneuries de Vaudreuil et de Soulanges ne sont concédées officiellement qu’en 1716 (Brazeau 2020 cité dans Prégent 2021 p. 35, 183, 187 et Prégent 2022 p. 12). Cela explique beaucoup de choses. Si Louis-Hector de Callière (1648-1703) les attribue en 1702 à Pierre-Jacques de Joybert de Soulanges et de Marson (1677-1703) et à son beau-frère Philippe de Rigaud de Vaudreuil (1650-1725), Louis XIV refuse de les entériner afin d’éviter les conflits d’intérêts, puisque Vaudreuil, à la mort de Callière, devient le gouverneur de la Nouvelle-France. C’est la Régence qui les officialise. Lorsque Vaudreuil en prend enfin possession, il récupère le terrain sur lequel est installée la mission de l’Île-aux-Tourtes. La Régence concède aux Sulpiciens la seigneurie du Lac-des-Deux-Montagnes à Oka en 1718. À partir de 1720, Rigaud les incite à y déplacer leur mission ; les vases sacrés qui y étaient utilisés, s’ils existent toujours, sont sûrement la propriété de l’Univers culturel de Saint-Sulpice. Il est donc possible que la patène de Delezenne à Vaudreuil provienne de Les Cèdres. Elle aurait pu y être tranférée via Pierre Denault curé des Cèdres (1767-1789) avec desserte de Vaudreuil (1773-1775), Louis Beaumont curé de Vaudreuil (1775-1780) ou son successeur Jean-Baptiste Deguire (1780-1815) (Allaire 1910a, Jeannotte 1963, Daviau 2006.03 ou pdf). |
Plan synthèse du site de l'église de 1754 au coteau des Cèdres (Brazeau 2013.01, p. 25, avec annotations en rouge ci-dessus). |
Superposition du plan synthèse (à gauche) sur le relevé de Google satellite en 2023 (Brazeau 2013.01, p. 39, ci-dessus reconstitué et annoté). |
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Michael Arnoldi, Peter Arnoldi, John Oakes, Service à thé, 1792, argent et bois, achat 2012 Musée des beaux-arts du Canada 43199.2-5.
Photos RD, début des années 1970, dans une collection privée à Outremont.
| Le 9 mai 1792, Michael Arnoldi signe un bail en faveur de Peter, son frère, et de John Oakes, lesquels louent pour deux ans sa boutique et ses outils d’orfèvre évalués à 113£ 12 shillings 4 pence. Les associés paieront le loyer de la maison en plus de « Loger, Chauffer, Nourrir, Blanchir » Michael et de lui fournir « annuellement un habit de Drap super fin à son choix ». Une clause incite Michael à ne pas s’établir ailleurs, ce qui empêcherait forcément les jeunes associés de jouir de son savoir. L’acte spécifie en outre les raisons qui ont poussé Michael à agir de la sorte : « attendu ses infirmités et ne pouvant plus vaquer a sa ditte profession d’orfèvre et voulant faciliter Les dits Sieurs pierre arnoldi son frere et John Oakes dans La ditte profession d’orfèvre ». Un magnifique service à thé est issu de cette brève association : il porte le poinçon de Michael accompagné d’un autre aux initiales AO, pour Arnoldi & Oakes. Mais le bail est annulé prématurément le 8 janvier 1793 ; les associés sont alors redevables de £17 14 shillings 4 pence en compensation des outils non rendus à Michael (Derome 1983a ou web). | Le poinçon M, un point A, est inséré dans un cartouche dont l'arête droite est oblique. On retrouve cette oblique dans le poinçon A, un point, O, mais sur l'arête de gauche. Sa partie droite présente trois lignes d'arêtes similaires à celles du poinçon de Charles Duval. |
Vente à constitut d'un emplacement situé au faubourg Saint-Laurent près la ville de Montréal par Louis-Amable Robereau dit Duplessis, négociant de Chambly, à John Oakes et Charles Duval, orfèvres de la ville de Montréal, le 10 juin 1793, suivi de la résiliation du 19 septembre, notaire J.-P. Gauthier.
Le 10 juin 1793, Duval s'associe à l’orfèvre John Oakes dans l'achat d'une propriété au faubourg Saint-Laurent, acte annulé par les vendeurs le 19 septembre suivant. Le 13 mai 1794, Charles Duval loue pour un an, de Jean-Baptiste Tison bourgeois, du côteau St Louis, une maison de bois à deux étages et dépendances sise rue Saint-François à Montréal (notaire F. Leguay).
1794 En couple avec Madelene You épouse de l'orfèvre Louis Huguet dit Latour. |
Louis Huguet dit Latour (parfois orthographié Huguay) naît le 9 septembre 1754 à Québec et n'utilise jamais le deuxième prénom Alexandre inscrit à son baptistaire ; il signe Louis Huguet, Louis Latour ou Huguet Latour, autant de combinaisons d'initiales pour son poinçon qui aurait ainsi pu être LH, LL ou HL. Le 22 décembre 1766, à l'âge de 12 ans, il est mis en apprentissage pour 6 ans chez l'orfèvre Joseph Schindler (BANQ notaire Claude Louet fils) où il côtoie deux autres apprentis : Joseph Lucas, âgé de dix-huit ans, depuis le 20 décembre pour cinq ans (BANQ notaire Claude Louet fils) ; suivi de Jean-Nicolas Amyot. âgé de 16 ans 3 mois, pour un terme de 4 ans à compter du 7 février 1767 (BANQ notaire Claude Louet fils). Le 22 décembre 1772 marque la fin escomptée de son apprentissage. Le 26 mai 1773, à Montréal, il devient le parrain de Louis, fils de son frère Pierre Huguet dit Latour (IOA Montréal Notre-Dame), ville où il épouse le 22 janvier 1776 (PRDH) Madelene You (1755.06.27-1837.04.08 PRDH, baptisée Marie Madeleine You Rochefort, signe le plus souvent « Madelene You » et parfois « Madelenne »), en présence de ses amis, dont l'orfèvre Dominique Rousseau (BANQ notaire Jean Delisle 1776.01.21, IOA Montréal Notre-Dame 1776.01.22). Ross Fox avance une hypothèse fort plausible, mais non documentée, à l'effet que Louis aurait travaillé pour son frère aîné Pierre (Fox 1978, p. 93). |
Le 6 mai 1780, le marchand orfèvre Louis Huguet dit Latour loue, pour un an, du marchand Pierre Gauthier demeurant à Quinchien (Île Perrot, Vaudreuil-Dorion), au prix de 100 pistolles, une maison rue Notre-Dame entre celles de Blondeau et Hardy (notaire A. Foucher). Le 14 novembre 1780 (notaire A. Foucher), Louis Huguet en tant que tuteur avec Louis Hardy des enfants mineurs du voyageur Jean-Baptiste Beaugrand et de feue Marie-Anne Alain (1733.06.21-1771.11.07 sa deuxième épouse PRDH), renonce à la communauté de biens, s'en tenant à la remise d'une somme de 1297# de propres maternels ; un de ces mineurs est l'orfèvre Simon Beaugrand (né 1761.07.13 de Marie Anne Judith Bertrand 1735.07.26-1762.06.19 PRDH), apprenti de Cruisckshank en 1775, par la suite engagé par Pierre Huguet en 1781. |

Attribué à Louis Huguet dit Latour, Cuiller à potage, vers 1773-1792, 21,9 x 4,2 cm, achat de la Collection Louis Carrier, Musée national des beaux-arts du Québec 1960.351 ; « marquée au chiffre J.T.P.P., Long. : 0' 8 5/8" Poinçon de Louis HUGUET, vers 1792 [IOA, Louis Huguet 03999] » ; merci à la collaboration de Daniel Drouin pour la photo de ce rare poinçon aux initiales LH dans un rectangle du même style que celui de son frère aîné aux initilales PH, accompagné d'un lion ou léopard passant vers la droite dans un rectangle, ainsi que d'un très particulièr poinçon O dans un ovale imitant ceux des villes ou des lettres dates mais pouvant peut-être évoquer une métaphore imagée du nom « dit Latour ».
Habitant rue Saint-Jean-Baptiste le 10 septembre 1785, Louis Huguet est redevable de ₤17.8.4 à Jean Mittleberger pour effets sortis de ses magasins (BANQ notaire A. Foucher). Toujours locataire, le marchand orfèvre loue, le 12 juin 1786, une maison au faubourg Saint-Laurent, pour un an, au coût mensuel de 4 piastres (notaire J.B. Desève). |
Louis aurait-il formé Pierre Huguet dit Latour fils qui a commencé à travailler à l'atelier de son père homonyme en 1788 (notaire L. Chaboillez 1812.07.14, Derome 1983d ou web) ? Cette nouvelle organisation d'atelier aurait-elle pu inciter Louis à s'engager au négociant Jacques Lasselle (Lacelle), le 24 juillet 1792, pour aller travailler comme orfèvre à Detroit, au salaire annuel de 600# anciens cours, logé, nourri, plus une chemise, une couverte et une paire de culottes (notaire Louis Chaboillez) ? On présume qu'il est décédé au cours de ce voyage. Cet orfèvre tourné vers la traite, aussi élusif que son poinçon, ne fut actif que deux décennies à Montréal, soit de 1773 à 1792. |
Ces identifications qui datent de 1950 sont sujettes à caution : 1 - Cuiller par Louis-Pierre Boivin [plutôt Léandre-Pierre Boivin]. 2 - Cuiller par Pierre Huguet. 3 - Cuiller par Louis Huguet [poinçon de Louis Haldimand dont photos ci-dessous]. 4 - Cuiller par KH (un des Huguet) [plutôt Kurczyn & Haldimand]. 5 - Cuiller par PH (Pierre Huguet). 6 - Pincettes par IL (probablement John Lumsden) [plutôt Joseph Lucas], BANQ E6,S8,SS1,SSS633,D2934, photo IOA 1950.
Cette description par Gérard Morisset, « CUILLER à potage, en argent massif ; éperons. Belle matière parfaitement polie. L. 0' 8 3/8" Poinçons : LH / LION / FLEUR (Louis HUGUET) I-113 [IOA, Montréal Hôtel-Dieu] », correspond au poinçon de Louis Haldimand figurant sur les photos ci-dessous de cette cuiller d'un style début XIXe siècle.

Louis Haldimand, Cuiller, Musée des Hospitalières de l’Hôtel-Dieu de Montréal 1984x461, photos collaboration Judith Houde.
| Louis Huguet et Madelene You ont eu plusieurs enfants de 1776 à 1790 : quatre décédés en bas âge (1776-1778 et 1783 PRDH) ; Louis Joseph (1779.10.01 PRDH) ; Madeleine (1781.08.06-1807.11.04 PRDH) qui épouse (1801.10.12 PRDH) l'orfèvre Jean-Baptiste Dupéré Larivière Dechamplain (1782.05.12-1832.07.09 PRDH) dont elle a 4 enfants (1802-1806) ; Olivier Vilbon né à Québec (1787.06.27-1810.12.10 PRDH) et Marie Charles née à Montréal (1790.10.01-1808.07.04 PRDH) qui décédent tous deux à Saint-François-du-Lac, respectivement à 23 et 18 ans. | Madelene You, alors veuve présumée de l’orfèvre Louis Huguet, fréquente Charles Duval dès avant le mois de juin 1794, puisque leur fils illégitime Charles naît le 20 mars 1795, puis décède deux semaines après leur mariage du 6 septembre suivant (IOA et BANQ Montréal Notre-Dame 1795.03.21 et 09.06). Louis-Joseph Huguet, le fils de Madelene âgé de 17 ans, n’embrasse ni la carrière de son père Louis Huguet dit Latour, ni celle de son beau-père Charles Duval qui signe, le 9 janvier 1796 ainsi que « madelene you duval », son contrat d’apprenti tonnelier auprès de Louis Montagne établi sur la rue Saint-Gabriel à Montréal (notaire F. Leguay). |
Signatures de Charles Duval et Madelene You à leur acte de mariage du 6 septembre 1795 à l'Église Notre-Dame de Montréal, de Laurent Costelle servant de père à l'épouse, de Louis Baron ami de « Pierre Lefoureur » dit Champagne servant de père à l'époux, du célébrant Candide-Michel Le Saulnier (1758-1830) prêtre sulpicien qui a aussi légitimé leur fils Charles né le 20 mars précédent.
| Pierre Foureur dit Champagne sert de père à Charles Duval lors de son son mariage à Madelene You en 1795, ce qui démontre la profondeur de leurs liens d'amitié. Dès lors, Duval s’implique en orfèvrerie religieuse auprès des paroisses de Sainte-Anne-des-Plaines (1795 burettes), Lachenaie (1798 burettes), Notre-Dame de Montréal (1800 réparations à plusieurs objets, bénitier de cuivre, encensoir, ostensoir, lustre) et Vaudreuil (1801 calice et ciboire). | Le 19 décembre 1798, Charles Duval prend Joseph Charbonneaux comme apprenti, pour 10 ans ½ (BANQ notaire Jean-Guillaume Delisle). Le 6 juin 1799, il achète des outils à la vente de la succession de l’orfèvre Louis-Alexandre Picard (BANQ notaire P. Lukin) et signe une adresse au départ du gouverneur Robert Prescott (Gazette de Québec 1799.07.25). Le 30 mars 1802, il prend un second apprenti, Charlemagne La Mothe, âgé de 6 ans, jusqu’à ses 21 ans (BANQ notaire J.G. Delisle). |
Charles Duval, Calice, argent, 28 cm, H. Baron Montréal 3 juin 1969, Birks (C393) 24661. |
Charles Duval, Ciboire, argent, Birks C398, photo RD B:19:32-35. |
Charles Duval, Encensoir, argent chaîne en cuivre, 24,5 cm, Birks C310, photo RD B:20.21-24. |
1802 Calice de Longueuil — Saint-Hubert : rabibochages multiples ! |
Le calice de Longueuil — Saint-Hubert diffère des autres portant le poinçon de Charles Duval à Vaudreuil, Verchères ou Birks. C'est un assemblage hétéroclite de parties provenant d'objets de diverses périodes s'étalant sur deux siècles, de goûts et de styles différents, réunies dans une oeuvre composite dont les gabarits s'agencent toutefois relativement bien dans leur ensemble. Souvent mis de côté au profit de critères esthétiques dominants, ce genre d'objet est pourtant révélateur d'un passé typique de la véritable histoire tourmentée de nos arts anciens. La coupe est un gobelet français du début du XVIIIe siècle. Le noeud est typique de Guillaume Loir au milieu du XVIIIe siècle, mais peut être l'oeuvre d'un autre orfèvre. Ses jonctions avec le faux-noeud et la coupe ont été modifiées. Le faux-noeud du bas, séparé de la base par une jonction modifiée, est l'oeuvre de Duval. Charles Duval a insculpé son poinçon sur une moulure ajoutée servant de bate afin de consolider la fragile frise ciselée de motifs de feuilles similaires à celles de Paul Lambert dit Saint-Paul. Cette frise se trouve alors mal intégrée à l'ancienne base et moulure. Le calice a été entièrement redoré plus tardivement (photo couleur web ou jpg). |
Anonyme France début XVIIIe siècle, Paul Lambert dit Saint-Paul vers 1729-1749, Charles Duval vers 1802, Anonyme XIXe-XXe siècle, Calice de Longueuil — Saint-Hubert, XVIIIe-XXe siècles, 26,1 cm, Musée national des beaux-arts du Québec DLT.1972.01.01, photo RD. |
Duval, Calice, 1801, Vaudreuil. |
| Le pied du calice de Vaudreuil illustré ci-dessus, tout comme pour ceux de Verchères et de Birks, est constitué d'une épaisse moulure surmontée d'une partie galbée concave puis convexe le réunissant à la base, juste sous la moulure de courts godrons, afin de dissimuler le joint en-dessous. | Ce qui n'est pas du tout le cas pour le pied du calice de Longueuil — Saint-Hubert ilustré ci-dessous. La moulure de courts godrons, qui devrait harmoniser le lien avec la frise décorative de feuillages plus bas, ne cache pas la partie rugueuse non limée de la base. La fragile et mince frise de feuillages ciselés a été consolidée, par en-dessous, d'une épaisse moulure portant le poinçon de Charles Duval. On doit donc en conclure qu'il ne s'agit pas d'une base entièrement faite par Duval, mais d'un assemblage de parties hétéroclites. |
Calice, Longueuil — Saint-Hubert. |
| Si Charles Duval avait été l'auteur de cette frise de feuillages, il n'aurait pas manqué de l'assembler correctement afin de créer un lien harmonieux avec la base en l'insérant sous la moulure de courts godrons afin de cacher la partie rude non limée de la base qui se trouve ici apparente. Il ne peut donc pas être l'auteur de cette belle frise de feuillages ciselés. | Ces feuillages ciselés sont caractéristiques du style de Paul Lambert dit Saint-Paul, le plus grand orfèvre de la Nouvelle-France actif de 1729 à 1749. On peut les reconnaître dans la coupe qu'il a refaite sur ce ciboire parisien d'Adrien Daveau, daté de 1675-1676, conservé à Wendake. Ces motifs idiosyncrasiques se retrouvent également sur une autre œuvre emblématique, le bénitier des jésuites conservé au Monastère des Augustines de l'Hôtel-Dieu de Québec. On doit donc conclure que cette frise de feuillages provient d'un ancien calice non documenté de Lambert, peut-être également de la fabrique de Longueuil. |
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• Adrien Daveau, France, Paris (Me 1655 †1693-1694). Ciboire. 1675-1676 et 1729-1749. Maître orfèvre : « fleur de lis… un A et un D fermez de deux branches de laurier » insculpé le 17 décembre 1755. Charge : Paris Jean-Baptiste Lucot 1674-1677. Maison commune : G de 1675-1676. Vieille vaisselle de Paris de Paul Brion du Saussoy 1680-1681 ? Autres poinçons illisibles. • Paul Lambert dit Saint-Paul, Québec (1691 ou 1703 - 1749). Coupe de ciboire. Wendake Village des Hurons Église Notre-Dame-de-Lorettec. photo RD. (Bimbenet-Privat 1995a. Bimbenet-Privat 1995b. Bimbenet-Privat 2002. Trudel 1974a, p. 64.)
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Paul Lambert dit Saint-Paul, Bénitier des jésuites, vers 1748, 21,5 cm, Musée du monastère des augustines de l'Hôtel-Dieu de Québec, photo RD (Trudel 1974a, p. 192). |
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Tout comme celui d'Adrien Daveau à Wendake, le petit ciboire de l'orfèvre parisien Toussaint Testard conservé à l'Archevêché de Québec, daté de 1688-1689, a également été doté, plusieurs décennies plus tard, d'une fausse-coupe typique du travail de Paul Lambert. Toussaint Testard, France Paris (Me 1682). Ciboire. 1688-1689, Argent H totale 21 cm ; H sans le couvercle 15,2 cm ; D pied 10,9 cm ; D coupe 9,1 cm ; D couvercle 9,8 cm. Pied. MO : une fleur de lys couronnée, deux grains, TT, une tête. C de Paris ouvrages bruts et vérification de Jacques Léger : 1687-1691 placée sur le poinçon de charge, sauf si le relief ne le permet pas comme ici au couvercle à cause de l'enfoncement. MC de Paris : T de 1688. Rebord de la coupe. MO : une fleur de lys couronnée, deux grains, TT, une tête. D de Paris moyens ouvrages non chargés de Jacques Léger : 1687-1691. Croix. D de Paris vaisselle montée de Jacques Léger : 1687-1691. Intérieur du couvercle. MO : une fleur de lys couronnée, deux grains, TT, une tête. C de Paris ouvrages bruts et vérification de Jacques Léger : 1687-1691. MC de Paris : T de 1688. Québec Archevêché 941118 RD, objet très terni non nettoyé. Photo RD. |
Paul Lambert dit Saint-Paul, Québec (1691 - 1749, actif 1729-1749), Fausse-coupe sur le ciboire de Toussaint Testard, 1729-1749, décor de feuilles et coquilles sur amati assez rugueux. Photo RD. |
Morisset 1945d, pl. X. |
Un calice de l'église Sainte-Famille, Île d'Orléans, a été attribué par Gérard Morisset à Paul Lambert dit Saint-Paul avec la mention « imité des calices français ». Son poinçon, aux mêmes initiales mais différent, est accompagné de celui de maison commune de Paris permettant de dater l'objet de 1682-1683. À compter de la réforme de 1680, deux orfèvres parisiens partagent la même description de poinçon avec les initiales PL et une croix : Pierre 2 Loir (1628-1700), maître en 1651, et Pierre 2 Lévesque (1642-1709), maître en 1661. Deux autres objets portent le même : une navette chez les ursulines de Québec et un ciboire chez les hospitalières de Saint-Joseph à Montréal. Michèle Bimbenet-Privat s'est dite étonnée (collaboration août 2024) que ces objets et leur poinçon de maître aient été publiés sous Lévesque (Bimbenet-Privat 2002, t. 1, p. 418-419 et 425), car les probabilités jouent en faveur de Loir, membre d'une grande dynastie de plusieurs orfèvres qui approvisionnèrent la Nouvelle-France en orfèvrerie, surtout religieuse, aux XVIIe et XVIIIe siècles. |
Plus une pièce d'orfèvrerie est ancienne, plus les poucentages de bris augmentent ! Tels qu'en font foi les livres de comptes des fabriques (voir l'exemple du Cap-Santé analysé en détail dans Morisset 1980), les orfèvres étaient souvent appelés à réparer les objets fragiles souvent utilisés : calice, ciboire, burettes, encensoir, ostensoir, etc. Paul Lambert a réparé des objets vieux de quelques décennies. Un laps de temps similaire a entraîné le même résultat sur ses oeuvres ! C'est ainsi que le plus grand orfèvre de la période du Bas-Canada, François Ranvoyzé, a apposé son poinçon par-dessus celui du plus grand orfèvre de Nouvelle-France ! Un autre calice de Lambert a été affublé, beaucoup moins subtilement, d'une nouvelle coupe disproportionnée à la fin du XIXe siècle ou au début du XXe, à l'époque du catholicisme triomphaliste client de l'orfèvre industriel Robert Hendery, puis d'Henry Birks.
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Du fait qu'une portion de la base de ce calice de Longueuil — Saint-Hubert présente le style caractéristique de Paul Lambert dit Saint-Paul, on doit donc dater cette intervention contemporaine de sa période d'activité à Québec allant de 1729 à 1749. Du fait que le noeud et la coupe de ce calice présentent des caractéristiques d'oeuvres françaises, elles doivent donc être antérieures aux dates où Paul Lambert a travaillé sur ce calice composite, car il serait fort étonnant qu'un objet fabriqué en Nouvelle-France ait été rafistolé en France ! On doit donc conclure que les parties françaises de ce calice sont antérieures à 1729-1749. Paul Lambert est intervenu sur d'anciens objets français, tel le ciboire d'Adrien Daveau à Wendake daté de 1675-1676, mais également sur d'autres objets. |
Dans sa réparation ou réfaction de ce calice, Charles Duval a adopté une philosophie similaire à celles de Paul Lambert dit Saint-Paul et de François Ranvoyzé en conservant des parties d'oeuvres anciennes. Un cas plus extrême, Les vestiges-reliques de l'ostensoir de Madame de la Basme..., a fait l'objet d'une hypothèse de reconstitution archéologique complexe. Un autre cas plus tragique, relevant du prix citron en matière de conservation du patrimoine, est la pratique de Laurent Amiot qui refondait toutes les pièces anciennes des fabriques pour les convertir en ensembles ou « sets » de son cru, tous identiques, unis, uniformes et banals, d'une paroisse à l'autre où il a sévi (Derome 2005). |
Duval, Encensoir, Birks. |
Duval, Calice, Birks. |
Calice, Longueuil — Saint-Hubert. |
Les motifs du faux-noeud du calice de Longueuil — Saint-Hubert participent du même style et esprit que ceux du calice et de l'encensoir de Birks par Charles Duval avec ses motifs simples d'orfèvrerie de traite en forme de trois disques concentriques se référant aux trois personnes divines célébrées par ce calice dans la liturgie de l'eucharistie.
Guillaume Loir, Paris, Calice, 1749-1750, 29,2 cm, Église Notre-Dame de Montréal, photo RD (Trudel 1970a, p. 106). |
François Ranvoyzé, Calice de Saint-Martin, 27,3 cm, Musée national des beaux-arts du Québec, 1970.66.01. |
Robert Cruickshank, Calice, 11"1/4, Église de Saint-Laurent à Montréal, photo RD. |
Calice, Longueuil — Saint-Hubert. |
| Guillaume Loir a fabriqué le calice de l'église Notre-Dame de Montréal en 1749-1750, mais l'orfèvre a utilisé le même modèle de noeud dès 1732-1733 (web ou pdf). La dynastie des Loir était bien connue en Nouvelle-France, car elle y a été un très important fournisseur d'orfèvrerie religieuse au cours des XVIIe et XVIIIe siècles ! On peut donc dater vers le 2e quart du XVIIIe siècle cette partie du calice de Longueuil — Saint-Hubert. Ce modèle classique fort répandu a été copié par les orfèvres québécois, plusieurs exemplaires par Ranvoyzé au Musée national des beaux-arts du Québec, par Amiot en 1802 pour Rivière-Ouelle, ainsi que dans l'atelier de Cruickshank où Charles Duval a oeuvré. | Le noeud du calice de Longueuil — Saint-Hubert est très différent de ceux des autres calices de Duval qui sont pratiquement tous identiques, même si les fausses-coupes varient de l'un à l'autre et même s'ils ont été façonnés à des périodes distinctes de sa carrière, soit pour celui de Vaudreuil lorsqu'il travaillait à Montréal en 1801, puis lorsqu'il travaillait à Trois-Rivières en 1817 pour celui de Verchères. Par son style et sa facture, le noeud du calice de Longueuil — Saint-Hubert provient donc d'un ancien calice du deuxième quart du XVIIIe siècle, possiblement de Guillaume Loir, subséquemment modifié par Paul Lambert. |
Calice, Longueuil — Saint-Hubert. |
Duval, Calice, 1801, Vaudreuil. |
Duval, Calice, 1817, Verchères. |
Duval, Calice, Birks. |
Jean-Baptiste Perrenot, Calice, vers 1730, argent doré, 29,3 cm, Bourgogne-Franche-Comté, Doubs (25), Dambelin, église (web ou pdf). Autres modèles similaires. |
Guillaume Loir, Calice du Docteur Morlanne, 1732-1733, argent Grand Est, Moselle (57), Metz,doré repoussé, 30 cm, Église Saint-Maximin (web ou pdf). |
Si le style du noeud du calice de Guillaume Loir est très populaire et répandu, il n'en va pas de même pour le décor de la coupe du calice de Longueuil — Saint-Hubert qui figure au chapitre des raretés, tant en Nouvelle-France qu'en France ! La partie du bas s'orne de panneaux verticaux, similaires aux chutes d'armes des boiseries des arts décoratifs en France aux XVIIe-XVIIIe siècles, appliqués sur un fond amati ; le haut est ciselé de lambrequins ; le tout présente des motifs géométriques et végétaux. |
Calice, Longueuil — Saint-Hubert. |
Un examen de plusieurs centaines de calices de cette époque n'a pas permis de retrouver les mêmes décors. Les coupes des calices ayant souvent été refaites, elles ne sont pas toujours accompagnées de leurs fausse-coupes d'origine, mince décor glissé par-dessus, plus simple à confectionner qu'un travail dans la masse. Plusieurs styles décoratifs cohabitent au début du XVIIIe siècle, allant du Louis XIII jusqu'à la nouvelle mode du rocaille. Dans le 2e quart de ce siècle, on trouve plusieurs coupes de calices avec des motifs en forme de panneaux verticaux, portant divers décors, dans plusieurs régions de la France (Bretagne, Moselle, Auvergne, Loire, Gard, Ariège), toutefois plus nombreux en Franche-Comté, à compter de 1730, par les orfèvres Perrenot, Grandguillaume, Charmet ou autres Anonymes. |
Guillaume Loir, Calice de la chapelle de Mgr de Vercel, 1754, argent doré, ciselé, gravé, 30,5 cm, Ariège, Église paroissiale Saint-Lizier (ancienne cathédrale) et cloître (web ou pdf). |
Timbale civile, 2e quart du 18e siècle, réutilisée en Coupe de calice par H.G., Paris, 1809 et 1819, Occitanie 82, Tarn-et-Garonne, Caylus, chapelle Notre-Dame-de-Livron (web ou pdf). |
Calice, Longueuil — Saint-Hubert. |
Anonyme, Gobelet, XVIIIe , 10 cm, 232,5 g (web ou pdf). Photos de détails : décor de la panse ; gravures sur la lévre ; poinçons en-dessous. |
| La recherche de calices français, ressemblant à celui de Longueuil — Saint-Hubert, a permis d'en découvrir un du début du XIXe siècle dont la coupe a été fabriquée à partir d'une timbale civile du 2e quart du 18e siècle ! Une recherche de gobelets de cette période démontre éloquemment que la coupe du calice de Longueuil — Saint-Hubert a également été réalisée à partir d'un exemplaire de ce type d'objet domestique du début du XVIIIe siècle. | Tout correspond à un gobelet du début du XVIIIe siècle : les dimensions ; le travail dans la masse ; les motifs en forme de panneaux verticaux ; les gravures de lambrequins en bordure de la lèvre. Le style de ces objets domestiques est alors en avance d'un quart de siècle sur celui des calices souvent plus conservateurs. La transformation de ce gobelet en coupe de calice a cependant oblitéré les anciens poinçons se trouvant au centre, en-dessous, là où a été ajouté le pas de vis pour le fixer à la tige du calice. Ce travail a-t-il été effectué en France ou en Nouvelle-France ? |
Étant donnée la richesse de décor de l'ancien gobelet français transformé en calice, l'objet pourrait provenir des collections du seigneur Le Moyne, au château fort de Longueuil, donné à l'occasion de la construction de la 2e église, en 1724-1727, afin de la doter de cet indispensable élément de culte. Il pourrait également provenir du premier curé de cette paroisse, le sulpicien Joseph Ysambart né en France, qui a certainement voulu doter sa paroisse, alors qu'il était en poste de 1720 à 1763, d'un tel vase sacré obligatoire pour la célébration eucharistique de la messe.
Le curé Ysambart est assez agressif, voire vindicatif, pour la construction de la deuxième église de Longueuil et son financement (Lemoine 1984). Étant sulpicien, pourrait-on imaginer un lien entre ce calice de Longueuil — Saint-Hubert et les commandites accordées à Guillaume Loir par les sulpiciens ? Quoiqu'il en soit, la dynastie des Loir était bien connue en Nouvelle-France, car elle y a été un très important fournisseur d'orfèvrerie religieuse au cours des XVIIe et XVIIIe siècles ! Ce calice tarabiscoté pourrait-il s'expliquer par la pauvreté de la paroisse à cette époque qui ne pouvait alors se doter que d'un ostensoir en bois, alors appelé « soleil » ! Anonyme, Portrait de Joseph Ysambart (Doucet 1976.12, p. 18). |
Deuxième Église de Longueuil, construite en 1724-1727 démolie en 1816, reconstitution hypothétique (Doucet 1976.12, p. 16 ; Jodoin 1889, p. 202-203). |
W. Decarie, troisième Église de Longueuil, construite en 1811 démolie en 1884, photo-gravure (Jodoin 1889, p. 316). |
Église de Saint-Hubert, construite en 1858 (Google Maps, BANQ, Wikipédia, RPCQ, Jalbert 2000.05). |
Charles Duval est décédé avant que ne soit construite l'église de Saint-Hubert, en 1858, une desserte de celle de Saint-Antoine-de-Padoue à Longueuil où la première église était celle du Château fort. Son intervention sur ce calice date probablement de sa période montréalaise alors qu'il habitait à proximité de Longueuil, période prospère où il a produit plusieurs pièces d'orfèvrerie religieuse de 1795 à 1803 en travaillant avec deux apprentis. Il est possible que les réparations faites par Charles Duval à ce calice puissent figurer sous l'entrée de 1802 aux livres de comptes de Longueuil, d'autant plus que le montant déboursé ne semble pas aussi élevé que pour un vase tout neuf. |
Il arrivait régulièrement que les nouvelles dessertes héritent d'objets anciens provenant de l'église mère. Ceci est d'autant plus probable que la riche Longueuil avait eu les moyens de se doter de plusieurs nouveaux vases liturgiques en argent au cours du XIXe siècle en faisant appel à de grands orfèvres tels que Salomon Marion et Paul Morand. Mais les objets mobiliers religieux anciens voyageaient également au gré des curés en place (tel que révélé par la saga du procès de L'Ange-Gardien, Derome 1984.09 et Derome 2005), de leur fortune personnelle (par exemple Jean-Baptiste Noël et Jacques Panet) et de leurs réseaux de relations, pratiques historiques parfois documentées comme ici, dans le cas de Longueuil, et consigné aux livres de comptes pour diverses oeuvres d'art autres que l'orfèvrerie. |
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Il n'est cependant pas possible de retracer les payements qui auraient pu être faits à Paul Lambert dit Saint-Paul. Deux redditions de comtes ne fournissent aucune mention relative à l'orfèvrerie : une pour la dernière année d’exercice dans le château fort de Longueuil en 1726 et une pour la première année dans la nouvelle église en 1727 (Jodoin 1889, p. 638-639). D'ailleurs, la fabrique ne tenait pas de livres de comptes en bonnes et dues formes avant 1785, malgré les demandes faites à cet égard. |
« En 1731, M. de St. Féréol, vicaire-général, vint visiter la paroisse de Longueuil ; voici les remarques ou recommandations qu’il fît à cette visite ; nous citons textuellement : "Nous, Jean lyon de St. Ferréol, docteur de Sarbonne et supérieur du Séminaire de Québec, dans le cours de notre visite que nous avons faite en qualité de Grand-Vicaire de Monseigneur l’évêque de Samos, Coadjuteur de Québec, de l’église paroissiale de Longueuil, après toutes les cérémonies observées, ayant examiné les comptes de la fabrique de la dite paroisse pour les années 1727-1728-1729 et 1730, que nous avons trouvez arrêtez par le Sr. Ysambart, curé en titre cle la dite paroisse, nous les avons approuvez et confirmez, ayant lu de plus une ordonnance de Mr. Eustache de Lotbinière, faite au jour de sa visite de cette paroisse en date du 15 avril 1730, par la quelle, il était ordonné aux marguilliers de faire un gros registre relié pour y écrire les comptes de la fabrique, et un coffre fermant à deux clefs ; ce qui n’aurait pas été exécuté pour des raisons qui nous ont été exposées par le dit Sr. curé, nous, en conséquence, ordonnons que le susdit registre sera fait faire incessamment, à l’égard du coffre comme nous apprenons le dessein qu’on a de le former sous le siège du banc de l’oeuvre, nous consentons que l’on diffère à faire le dit coffre, que la fabrique soit en état de faire la dépense du dit banc, chargeant le dit Sr curé de tenir la main à ce qu’il soit fait pour lors qu’il a été ordonné. Enjoignant de plus au dit Sr curé, dès que le dit registre sera fait, d’y écrire sur la première feuille l’inventaire de tous les ornements et meubles appartenant à l’église, lequel on augmentera ou diminuera à mesure que les dits ornements ou meubles augmenteront ou dépériront ; ne trouvant pas non plus convenable un vieux soleil de bois doré, dans lequel on expose le T. St. Sacrement, nous ordonnons aux dits marguilliers de faire leur diligence pour procurer à leur église un autre soleil, selon les moyens qu’ils en pourront avoir, déclarant à cet effet interdit le susdit vieux soleil et défendant de le faire servir après la prochaine octave de la tete-Dieu ; fait et donné au dit lieu de Longueuil dans la maison presbitériale, le 2e mars 1731. Lyon St. Ferréol, Gr. Vic." ». (Jodoin 1889, p. 257-258.)
Étant donné que la deuxième église de Longueuil venait d'être construite, de 1724 à 1727, il serait tout à fait probable que Paul Lambert ait pu travailler pour cette paroisse durant ses vingt années d'activité allant de 1729 à 1749. La frise de la base de ce calice de Longueuil — Saint-Hubert est tout à fait dans le style très particulier de ses décors, mais ni le noeud, ni la coupe (Morisset 1945d).
DBC ; BANQ web ou pdf ; Jodoin 1889, p. 164s, 297-298 ; Ethnoscop 2018, p. 7-11. |
9 juin 1724 Extrait de l'ordonnance de l'intendant Michel Bégon — « Sur ce qui nous a eté representé par le Sr. Izambart [Joseph Ysambart sulpicien] curé de la parroisse de longueuil quil ny a dans le dit lieu aucune Eglise parroissiale si ce n'est une petite chapelle domestique appartenant au s.r Charles lemoine Baron de longueuil scituée dans son chateau laquelle est aujourdhuy trop petite pour contenir la moitié des habitans de la d Parroisse lesquels se sont determinés a en construire une nouvelle de Pierre » (BANQ web ou pdf ; Jodoin 1889, p. 202-203.) |
La nouvelle église, de 80 pieds sur 40 avec deux chapelles (Jodoin 1889, p. 207-208), était en effet plus grande que l'ancienne chapelle du château avec ses 45 pieds sur 22, soit une superficie de 3 200 pieds carrés par rapport à 900, donc un ratio de 3,2 fois plus grande. |
Étant donné que la chapelle du château a été utilisée pendant plusieurs décennies par les citoyens de la paroisse, il est donc logique de la considérer comme la première église de Longueuil, cette chapelle privée étant en quelque sorte devenue publique. En effet, longtemps avant la construction du château, on relève même, dans le registre d'état civil de la paroisse de Boucherville, plusieurs actes concernant les citoyens de Longueuil où son curé dispensait déjà ses services dans la chapelle privée du seigneur, soit de 1669 jusqu'au 11 décembre 1698, date où débute le registre d'état civil de Longueuil (Jodoin 1889, p. 170-171), paroisse alors desservie par le jésuite Pierre Millet (1635-1708, père, entré en 1655, ordonné en 1668, Paulin 2015) en poste au Sault-Saint-Louis de 1698 à 1704 (DBC).
• 1674.12.03 Baptême chez M. Lemoine seigneur du dit lieu.
• 1678.11.16 Baptême dans une chambre de la Maison de Longueuil qui tient lieu de chapelle.
• 1679.08.14 Baptême en l'Oratoire de Longueuil.
• 1681.07.11 Confirmations par Mgr de Laval à Longueuil.
• 1682.02.06 Enfant décédé déposé dans la chapelle de Longueuil.
• 1683.02.21 Inhumation dans l'Eglise de St-Antoine de Pade, paroisse de Longueuil.
• 1687.10.20 Baptême de Charles Le Moyne en la maison seigneuriale de Longueuil. (Jodoin 1889, p. 69-70 et 231.)
Charles Le Moyne père (1626-1685) est considéré, à son décès en 1685, comme « le plus riche citoyen du Montréal de son temps [DBC] ». On lui avait octroyé, en 1673, la seigneurie de Châteauguay où, à son inventaire après décès, on décrit sa chapelle privée qui était fort bien pourvue d'orfèvrerie et autres ornements liturgiques luxueux. On relève également l'orfèvrerie de sa résidence de ville.
Ce patrimoine a-t-il pu échoir dans l'escarcelle du seigneur et futur baron de Longueuil ? La richesse familiale permettait certainement l'usage de vases sacrés en métal précieux dans la chapelle seigneuriale de Longueuil, tout comme c'était le cas à Châteauguay. Comme on y célébrait le culte depuis 1674, on devait y trouver, à tout le moins, un calice et un ciboire. À cette époque, il est plus que probable que ces vases aient été importés de France, d'autant plus que cet aîné des Le Moyne avait été élevé en France dans un contexte aristocratique avant de revenir dans la colonie en 1683 et y prendre possession de sa seigneurie de Longueuil l'année suivante. Un ciboire du XVIIe siècle a été photographié à l'église de Longueuil en 1936 par Marius Barbeau. Serait-ce celui cité dans l'inventaire de Châteauguay ? Ou un autre acquis pour la chapelle du château fort de Longueuil ? Il n'était déjà plus là lors du passage de l'IOA ! Il a certainement été récupéré par les antiquaires très actifs du marché montréalais et sa localisation n'a pas été retracée. Il ressemblait à celui de L'Ange-Gardien, paroisse rendue célèbre par le procès de récupération de ses biens vendus par un ancien curé, une oeuvre d'orfèvrerie provinciale française anonyme de la fin du XVIIe siècle ; acquis par le Detroit Institute of Arts (Fox 1978, p. 20-22 ; Derome 2005, p. 152-153), il est identique à celui des ursulines de Québec. Celui de Château-Richer, qui date de 1660-1661, est l'oeuvre de Claude Boursier (Derome 2005, p. 162). Des notes documentaires permettent de dater et localiser au Québec plusieurs autres ciboires du XVIIe siècle. |
Anonyme, France, Ciboire de Longueuil, XVIIe siècle, photo Marius Barbeau 1936, Musée canadien de l'histoire 81044. |
| Samuel Holland, William Spry, John Montresor, Joseph Peach, Lewis Fuzier, Peter Frederick Haldimand, Philip Pittman (surveyors), Plan of Canada or the province of Quebec from the uppermost settlements to the island of Coudre, 1760-1762, plan n° 43 de 44 feuilles de 62 x 95 cm ou 63 x 96 cm, 9 x 15 m assemblées, Ottawa, bibliothèque et archives Canada 4134077. | William Sax, Plan figuratif de la commune de Longueuil avec le chemin de Chambly du long de la dite commune (détail), avant 1810, plan manuscrit couleur, 23 x 41 cm, BANQ CA301,S47,D332. |
| En 1750, le château est loué à François Cherrier, négociant et notaire. Des troupes françaises s’y établissent de 1755 à 1760. Sur une carte de 1760-1762, le Castle est mal localisé et orienté, mais en présente un rare plan au sol ; le domaine est alors loué à des fermiers (Ethnoscop 2018, p. 7-11). En 1773, « Le village de Longueuil renferme à peu près cinquante maisons (1 Il y a évidemment erreur ; il n'est pas probable que de 1769 à 1773, le village se soit augmenté de plus de 40 maisons. D'ailleurs, M. Bouchette, qui visita les lieux en 1812 n'en compte que 15.), l'église paroissiale, un moulin à vent, un moulin à eau, &c., le tout des plus agréablement situés. Le château ou manoir, placé au centre du village, est une assez bonne construction, avec étable et autres dépendances, ainsi que jardins, cour, &c. [Jodoin 1889, Lettre de M. Finlay à lord Despencer, mai 1773, p. 268] ». | En 1775, des rebelles américains s’installent au château fort, qui est par la suite occupé par une garnison britannique, puis incendié en 1792. Ses murs servent alors de carrière. Après cession du terrain, on le démolit en 1810 pour y construire la troisième église de 1811 à 1814. Le plan d’arpentage de William Sax montre un bâtiment avec une grande porte, plus ou moins centrée, donnant sur le chemin de Chambly et le ruisseau Saint-Antoine. En 1815, Bouchette signale qu’à l’emplacement de l’ancien fort se trouve désormais une très belle église (Jodoin 1889, p. 297 ; Ethnoscop 2018, p. 7-11). |
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Détail du plan de Holland ci-dessus. |
Détail du plan de Sax ci-dessus. |
W. Decarie, Fort ou Château de Longueuil, gravure due à la générosité de Wilhelmine Dudding, épouse de Thomas Ryan, « petite cousine du baron actuel », dont l'original est la propriété de MM. Bellemare et Verreau qui ont bien voulu permettre de la publier (Jodoin 1889, frontispice et p. 166). |
La première église de Longueuil était sise à l'intérieur du château fort qui était déjà démoli, depuis plus de trois lustres, lorsqu'en 1826-1827 John Poad Drake, après s'être semble-t-il informé auprès de témoins oculaires, en proposa une reconstitution dessinée à la demande de Jacques Viger (1787-1858) pour son album Panorama de Montréal (web ou pdf). |
Via la collaboration de Wilhelmine Dudding, le dessin de Drake servit de modèle à W. Decarie pour la photo-gravure publiée en 1889 avec la permission de l'abbé Hospice-Anthelme Verreau (1828-1901) qui avait hérité de l'original qu'il légua au Séminaire de Québec. | On note des différences entre les deux reconstitutions, surtout pour les fenêtres, ouvertures, toitures, ainsi que pour les romantiques ruines lézardées si prisées du style picturesque dans l'art anglais encore vivace au début du XIXe siècle. Dans ces reconstitutions hypothétiques, la chapelle pourrait être identifiée aux trois fenêtres cintrées sur deux étages. |
Joseph-Louis Vincent 1835-1897, Plan XIII et XIV, Village de Longueuil en 1810 et 1835 (détail réaménagé avec les légendes),
vers 1889, plan couleur, feuille de 51 x 34 cm, échelle de 400 pieds au pouce, BANQ CA601,S171,SS1,SSS2,D3-12-47.
Courte synthèse de la longue LÉGENDE EXPLICATIVE DU PLAN DU VILLAGE DE LONGUEUIL EN 1810 tel que reconstitué par Joseph-Louis Vincent associé à la publication de Jodoin 1889 et qui y est reproduit en monochromie (p. 296-303). • A. Emplacement de l'ancien fort ou chateau de Longueuil avec l'indication de la troisième église construite 1811 et de la nouvelle rue Saint-Charles. • B. Presbytère. Le premier de la paroisse, qui existait encore en 1810, à peu près au même endroit que l'actuel, mais un peu plus éloigné du chemin de Chambly, avec un petit jardin ou parterre au sud-ouest. Il avait été la première résidence de Charles Le Moyne dès avant 1674, jusqu'à la construction du château. Donné le 7 mai 1736, ainsi qu'une glacière, Mgr P. Denaut y mourut en 1806. • C. deuxième église construite en 1724-1727 en pierre, de 40 pieds sur 80, située sur le terrain en face du presbytère actuel, au nord-ouest de la rue Saint-Charles et au nord-est du chemin de Chambly. Elle ressemblait à celles de Sainte-Anne de Beaupré et de la Longue-Pointe, construites vers la même époque. Elle servit au culte jusqu’en 1814, lorsqu'on prit possession de la nouvelle. Une petite croix, en arrière, indique le premier cimetière. • D. Moulin à vent. • E. Moulin à eau ou moulin a scie. • F. Petite chapelle ou reposoir. Elle existait en 1740 jusque vers 1812, située dans la rue Saint-Charles et à son extrémité, à l’entrée de la ferme de M. Lamarre aujourd’hui appelée ferme Hurteau.
| Lemoine 1987 (p. 9-15) dresse un résumé des fouilles archéologiques menées au château fort de Longueuil accompagné du plan ci-contre le localisant par rapport aux constructions actuelles. • En 1885, un mur de 50 pieds découvert sous le perron de l'église pourrait être celui de l'un des bâtiments de ferme. • En 1961, d'autres fondations formant un angle droit sont mises à jour lors de la construction de la Caisse Desjardins, coin Chemin Chambly et rue Saint-Charles, dont le mur où se situait la chapelle. • En 1971, on dégage plus de 9 000 pieds carrés identifiés comme le secteur des écuries et de la bergerie, montrant que le bâtiment a été démoli près des fondations ; la partie noble, comprenant chapelle et corps de logis, se trouvait face au fleuve ; on n'a pas trouvé de cheminée, four à pain, cave ou caveau. • En 1972, des travaux auraient détruit, à l'angle des rues Charlotte et Saint-Charles, ce qui semblait être une base de foyer. • En 1982, on met à jour des parties des murailles sud-est, intérieure et extérieure sud-ouest et de la tourelle sud ; on recueille plus de 4 191 artefacts ; les murailles doubles n'existeraeint qu'à l'est et à l'ouest ; la superficie extérieure du château fort serait de 2 646 m2 (221 x 625 m), celle de la cour intérieure 1 862 m2, les tours et courtines recouvrant 619 m2 ; les traces d'occupation à l'intérieur des courtines et de la tourelle sont très minces et ne peuvent être associées qu'à une faible occupation, on doit donc considérer les illustrations anciennes comme des oeuvres d'imagination ; on n'a relevé aucune couche d'incendie et peu d'effets de combustion sur les artefacts, on propose donc l'hypothèse d'un abandon graduel du site. |
Les châteaux ont toujours fait rêver. Quantités de ceux conservés dans la mère patrie française continuent d'ailleurs à survivre grâce à la curiosité des visiteurs payants. On peut y revisiter le passé de diverses époques, souvent conservé dans son jus d'origine. Il est loin d'en être le cas pour la Nouvelle-France où les quelques châteaux épars qui y ont été contruits n'ont pas traversé les âges, tels les châteaux Saint-Louis, Vaudreuil, le Palais de l'Intendant, etc. On ne peut donc que s'en faire une idée très partielle par les documents d'archives, les plans et gravures laissées des décennies plus tard par les conquérants britanniques.
Louis Charland 1772-1813, Elzéar Pierre Joseph Courval 1871-1939, Plan de la ville et cité de Montréal avec les projets d'accroissement... 1801 (détail de la vieille vile), Montréal, Hôtel de ville, 1919, 1 carte bleu, BANQ Collection Saint-Sulpice.
Sur le plan dressé par Louis Charland en 1801, la rue Notre-Dame s'étend depuis le faubourg des Récollets, à l'ouest, jusqu'à la rue Saint-Claude et Saint-Vincent, à l'est. Plus à l'ouest, elle porte le nom de rue Saint-Joseph où sont localisés plusieurs vergers. Pierre Foureur dit Champagne, collègue et ami de Duval, avait été propriétaire d'une maison rue Notre-Dame au faubourg des Récollets. |
La réalité historique est toujours plus complexe que l'interprétation que l'on peut en faire à partir de partiels documents épars et d'hypothèses auxquelles l'imagination peut en ajouter plusieurs autres ! Si c'est bien en 1802 que Charles Duval a travaillé sur ce calice de Longueuil — Saint-Hubert, ses affaires étaient alors prospères, mais il était toujours locataire, rue Notre-Dame de 1801 à 1803, bail qu'il résilie le 26 mars 1803. Duval habitait donc une maison en mauvais état puisque le nouveau propriétaire entreprend de la rebâtir ! Il a quitté cette maison vers la fin du mois d'avril 1803 où il laissait les briques de sa forge après la résolution d'un contentieux avec son propriétaire. |
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Charles Duval, Tasse de voyage, argent, 10 x 13,3 x 9 cm, 179 g, Don de l'honorable Serge Joyal, Musée des beaux-arts de Montréal 2019.129. |
« Avenant le Vingt Sixieme Jour de Mars Mil huit Cent Trois avant midi, Sont Comparans devant les nores a Montreal Souſsignés Sieur Bazile Proulx demeurant En cette ville Comme ayant acquit des heritiers pillet, La Maison Designé au present Bail ; et Me charles Duval orfevre demeurant auſsi En cette ditte ville, Locataire de la ditte Maison, Devant Les dittes parties : Qu'attendu Que Le dit Sr proulx Se dit au moment de rebatir La ditte Maison auſsitot Que La Saison du printemps Le permettra et auroit offert au dit Sr Duval de |
1803-1817 Orfèvrerie de traite chez les Abénakis d'Odanak. |
| Le développement d'un centre de production d'orfèvrerie de traite à Odanak repose sur un regroupement d'intérêts d'orfèvres qui, non seulement se connaissaient, mais avaient également collaboré dans le passé. Charles Duval avait connu John Oakes en travaillant, en 1788, dans l'atelier du grand producteur d'orfèvrerie de traite Robert Cruickshank. | En 1793, Duval et Oakes avaient voulu acheter une maison ensemble au faubourg Saint-Laurent, projet avorté par les vendeurs qui s'étaient désistés. Oakes s'était ensuite associé aux Arnoldi. Tout comme Duval, Oakes avait également fricoté avec Rousseau dont un parent, Henry, était marchand à Odanak. Tout était donc en place pour y créer un noyau de production de bijoux de traite commercialisés via les Abénakis. |
| Ayant quitté sa maison louée de la rue Notre-Dame à Montréal à la fin du mois d'avril 1803, Charles Duval déménage à Saint-François-du-Lac où il achète de William Aldrich, le 5 novembre 1803, pour 3 000 livres de 20 sols, une terre de 3 arpents moins 13 pieds de front, sur 30 arpents de profondeur, avec une maison, grange et autres bâtiments en bois, tenant par devant au Chenail Tardif, en profondeur à Nicolas Grenier, d'un côté à Henry Rousseau (1767.02.19-1810.09.11 PRDH marié 1803.02.21 PRDH à Thérèse Gouin 1782.04.16-1836.10.06 PRDH) et de l'autre à l'orfèvre John Oakes, acte signé dans la maison de Oakes avec ces deux voisins comme témoins (F.-L. Dumoulin 5 novembre 1803 web ou pdf). Mais, qu'arrive-t-il de ses apprentis dont les contrats étaient prévus s'échoir plusieurs années après ce déménagement ? On ne trouve aucune annulation à la fin de ces actes, comme c'est parfois le cas dans de telles circonstances ! | À cette époque, les agents des grandes compagnies dénichent des voyageurs partout où cela est nécessaire. Le 13 décembre 1803, la McTavish Frobisher & Co engage, à Saint-François-du-Lac, François Deschenaux fils en tant que milieu pour voyager dans les limites du Nord, le Népigon (Nipigon) excepté, pendant une année, passer par Michilimakinac s'il en est requis, faire deux voyages du Fort de Kamanistiguia au Portage de la Montagne et donner six jours de corvée (François-Louis Dumoulin pdf). |
Début |
Âge |
Durée |
Déménagement |
Reste à faire |
Fin prévue |
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Joseph Charbonneaux |
1798 |
Mineur [10,5 ans ?] |
10,5 ans |
1803 ? |
5 ans |
en 1808 à 21 ans |
Charlemagne La Mothe |
1802 |
6 ans |
15 ans |
1803 ? |
14 ans |
en 1817 à 21 ans |
Théodore De Pincier, Plan des terres des sauvages Abénaquis et Sokokis du village St-François, 25 décembre 1798, BANQ E21,S555,SS1,SSS17,P9.
Un plan de 1798 par Théodore de Pincier montre le début du Chemin du Chenail Tardif longeant du côté est le chenal éponyme, juste au nord du village des Abénakis (Abénaquis), identifié en 1815 par « Indian Village » sur la carte topographique de Bouchette. On en distingue plus précisement les lots sur un plan de 1857 copié en 1920. Ce territoire faiait alors partie de la seigneurie de Saint-François-du-Lac et ses propriétés étaient souvent contiguës à la seigneure de Lussandière.
Joseph Bouchette, Topographical map of the Province of Lower Canada (détails), 1815, carte composite, 113 x 333 cm, Londres, William Faden, David Rumsey Map Collection 4431.011. |
J. O. Arcand et A.E.B. Courchesne, Plan des compilations des seigneuries Yamaska ou La Vallière 1856, Saint-François-du-Lac 1857, Lussaudière 1857, Deguire ou Rivière David, Pierreville, Bourgmarie de l'Est (1er feuillet), copie réalisée en 1920, BANQ E21,S555,SS3,SSS4,P29. |
« Odanak — Cet endroit a porté durant les premiers temps de son existence le nom abénaquis Arsikantegouk, signifiant "rivière à la cabane vide". Les Amérindiens de l'époque désignaient ainsi la rivière Saint-François qui coule à proximité du village. Celui-ci aurait été fondé vers 1670 par des Sokwakis, connus sous le nom habituel de Socoquis dans les documents du Régime français, membres d'une nation établie antérieurement sur les rives de la rivière Connecticut. Quand, vers 1700, des Abénaquis quittèrent la mission de Saint-François-de-Sales, sur la Chaudière, et vinrent s'établir ici, ils conservèrent ce nom que l'usage populaire limita cependant à Saint-François. Il semble que le nom Odanak qui signifie "au village", ne se soit implanté dans l'usage qu'au début du XXe siècle, peut-être même seulement en 1916 lorsqu'il fut attribué au bureau de poste local. Administrativement, l'origine de la réserve remonte au 23 août 1700 alors que des terres de la seigneurie de Saint-François furent concédées aux Abénaquis et aux Sokwakis par Marguerite Hertel, veuve de Jean Crevier. Le 10 mai 1701, le seigneur Plagnet de Pierreville se départissait à son tour de certains lots de sa seigneurie au profit des Amérindiens. L'artisanat occupe encore une place importante dans l'économie d'Odanak. On y fabrique entre autres des paniers de frênes et des vêtements de cuir. Le musée d'Odanak est le plus important musée amérindien au Québec et on peut y admirer plusieurs expositions sur la culture des Abénaquis et d'autres nations autochtones du Québec [Banque de noms de lieux du Québec, Commission de toponymie, Gouvernement du Québec, web ou pdf]. »
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Plan du sud-ouest de la Province de Québec incluant les lacs Saint-Pierre, Saint-François et Champlain et la rivière Richelieu, vers 1780, BANQ E21,S555,SS1,SSS18,P1-1/2-M. |
James Rankin, Jessee Pennoyer et Pat Kilburne, Plan of the river St. Francis... [depuis le village des Abénakis jusqu'au lac Memphrémagog], vers 1794, BANQ E21,S555,SS1,SSS18,P70C. |
Carte des lacs et rivièvres du Vermont montrant les accès depuis le Lac Memphrémagog jusqu'à la grande Connecticut River sur laquelle commerçaient les Abénakis d'Odanak, fleuve qui rejoint l'Atlantique en face de Long Island près de New York, GIS Geography. |
| Le fleuve Saint-Laurent et ses affluents étaient les autoroutes et les routes de cette époque. Situé à mi-chemin entre Québec et Montréal, Odanak profitait de plusieurs rivières sises à proximité donnant accès aux territoires vers le sud ou l'est. Ce comptoir de traite était donc une option, certes secondaire, mais intéressante pour les trafiquants. C'est ainsi qu'Odanak a pu servir, un certain temps, de centre de trafic d'orfèvrerie de traite. | Delezenne avait été l'un des premiers fabricants connu d'orfèvrerie de traite sous le Régime français. En 1784, il s'était établi à Baie-du-Febvre, à proximité du village des Abénakis où, vraisemblablement, il avait continué à en produire. Il est probable que John Oakes l'y ait suivi après la signature du Traité de Versailles en 1783. C'était ainsi une façon détournée de continuer à commercer cette production après la cession des territoires traditionnels de traite des fourrures du centre des États-Unis, sur les fleuves Missouri et Mississippi, alors appelés Pays d'en Haut, accessibles depuis Montréal via les Grands Lacs. La prise de possession de ces territoires par les États-Unis s'accentuait encore davantage en 1803 lors de l'achat de la Louisiane à la France de Napoléon. |

Dès 1796, John Oakes est déclaré orfèvre à Saint-François-du-Lac lorsqu'il épouse, le 11 décembre, Elizabeth Brown en présence de « jean Maclure », le frère de George qui est le beau-frère de Charles Duval (Christ Church de Sorel, web ou pdf ; Jean Maclure sera déclaré marchand le 1824.07.06 au décès de son épouse Cécile Roy, IOA John Oakes). Doué d'entregent, Oakes se lie aux deux seigneurs de la région qui parainnent ses enfants : Catherine, née à Saint-François-du-Lac le 20 septembre 1799, a pour parrain François-Xavier Giguère-Despin qui y réside tout en étant seigneur de Baie-du-Febvre ; John Forest Oakes, qui y naît le 18 septembre 1801, a pour parrain et marraine le seigneur de Saint-François-du-Lac Joseph-Antoine Crevier et son épouse Angélique Dugué (IOA, John Oakes). |
En 1803, deux autres orfèvres se joignent à Oakes et s'établisent à Saint-François-du-Lac : Michel Roy y loue une maison le 15 octobre (François-Louis Dumoulin 30 octobre 1803) alors que Charles Duval y achète la propriété voisine de celle de Oakes le 5 novembre. |
| Michel Roy (1776.09.24-1823.06.24) est apprenti à l'atelier de Robert Cruickshank du 15 mai 1791 jusqu'au 1er décembre 1797, en y côtoyant l'apprenti Frederick Delisle engagé le 11 septembre 1795 pour 7 ans. Le 6 juin 1796, Michel Roy est le parrain de Michel George, fils de son oncle l'orfèvre Narsise Roy. Il épouse Elisabeth Filteau (1798.02.12 PRDH) dont il a 3 enfants à Montréal (1799-1803), puis 2 à Sainte-François-du-Lac (1804.11.20 et 1807.04.23). Thérèse Gouin, épouse d'Henry Rousseau, est la marraine de leur fils qui y est baptisé le 20 novembre 1804 (IOA, John Oakes, 1816.11.01). Le 30 avril 1805, le couple y parainne Edward Guillaume, le fils de John Oakes né deux jours plus tôt (IOA Sorel). | Michel Roy signe comme témoin, ainsi qu'Henry Rousseau, le 9 septembre 1805, à l’engagement d’Antoine Lamothe, garçon majeur, comme compagnon orfèvre chez Oakes pour 3 ans ; il sera logé, chauffé, éclairé, nourri et payé 15# la première année, 20# la seconde et 30# la troisième. Si Oakes laissait sa boutique et n'avait plus besoin du dit engagé, l'année commencée lui sera payé comme entièrement finie (BANQ notaire François-Louis Dumoulin pdf). Pourrait-il y avoir un lien de parenté entre cet Antoine Lamothe et le Charlemagne Lamothe engagé comme apprenti par Charles Duval en 1802 ? | Oakes a certainement obtenu un gros contrat de bijoux de traite puisque le mois suivant, soit le 17 octobre 1805, il engage également Olivier Vilbon Huguet dit Latour, fils de l'orfèvre Louis et de Madelene You, afin de l'assister pendant trois ans aux ouvrages d'orfèvrerie dans sa boutique, aux mêmes conditions que Lamothe, mais à un salaire moindre, soit 10# la première année, 12#10s la seconde et 15# la troisième ; Michel Roy et Henry Read signent comme témoins (BANQ notaire François-Louis Dumoulin pdf). |
| Lors de l'engagement de ces compagnons orfèvres, une clause est inscrite à l'effet que John Oakes pourrait quitter sa boutique de Saint-François-du-Lac. En cette même journée du 17 octobre 1805, John Oakes donne en effet une procuration générale à Henry Rousseau où Charles Duval signe comme témoin. Oakes quitte effectivement Odanak car, le 2 juillet 1807, il déclare résider dans la ville de Champlain, état de New York, lorsqu'il prête 360# ancien cours à l'orfèvre Henry Polonceau, acte qu'il signe à Montréal (notaire Thomas Barron). | Les naissances des enfants de Michel Roy sont documentées à Saint-François-du-Lac jusqu'au 24 avril 1807. Par la suite, ils sont baptisés dans d'autres paroisses : deux à Nicolet (1808.12.28 et 1810.08.22), un à Yamachiche (1812.07.07), un à Sorel (1815.04.23), puis trois autres à Yamachiche (1817-1821) où décède l'orfèvre (1823.06.24) et où se marie sa fille Elisabeth Adelaide (1824.02.25). Contrairement à John Oakes et Michel Roy qui quittent Odanak, Charles Duval y demeure. |
Cette magnifique couette de Charles Duval illustre bien la typologie, la morphologie et la stylistique des centaines de milliers d’objets d’orfèvrerie de traite fabriqués dans la région de Montréal pendant la période prolifique du commerce de la fourrure. Ce type d’objet s’avère très pratique pour le troc. Mince et largement ajouré, il ne requiert que peu de matériau précieux de la part des orfèvres. Léger et apprécié des voyageurs, car il se transporte bien. Populaire, car prisé des Premières Nations qui l’épinglent en grandes quantités à leurs vêtements. Taillées à même une mince feuille d’argent laminée, les couettes sont facile à exécuter et rapides à décorer : lignes brisées, motifs répétitifs, géométriques et concentriques. Seuls quelques-uns des bijoux de traite conçus par Duval subsistent encore (Derome 1996). Charles Duval, Couette, vers 1795-1817, argent, 14,8 cm, poinçon CD, attache manquante, achat en 1984 grâce à un don de Henry Birks & Sons Ltd, Musée McCord Stewart M984.301. |
Marie Angélique You (17f45.11.13-1806.07.06 PRDH), mariée (1764.10.01 PRDH) à Jacques Poirier (1745.02.19-1813.12.26 PRDH) dont elle n'a eu aucun enfant, consigne les termes de son testament, le 3 mai 1806, faisant de sa soeur Madelene You sa seule et unique héritière, léguant cependant à son époux l'usufruit et la jouissance de tous ses immeubles qui, après le décès de celui-ci, reviendront entièrement à sa soeur Madelene ; elle lègue aussi à son époux ses effets mobiliers, excepté ses hardes et linges ainsi que sept cuillers, huit fourchettes et deux gobelets d'argent hérités de ses parents (Étienne You Rochefort 1711-1770.06.25 et Marie Madeleine Hinse 1720.10.11-1798.09.17 PRDH). Quatre années s'écoulent avant qu'une entente soit convenue entre les héritiers tenant compte des conquets de la communauté de biens de la testataire avec son époux. |
Le 4 juin 1810, Charles Duval, maître orfèvre demeurant à Saint-François-du-Lac, donne procuration à Madelene You qui signe, huit jours plus tard à Montréal, une transaction avec Jacques Poirier où elle reconnaît avoir reçu l'argenterie désignée au testament de sa soeur Marie Angélique, ainsi qu'un emplacement et maison de pierre rue Saint-François à Montréal ; par contre, Jacques Poirier conservera l'entière propriété d'un emplacement rue Saint-Sacrement, ainsi que ses terres et verger du faubourg Saint-Antoine (procuration du notaire F.L. Dumoulin annexée à la minute du 12 juin 1810 chez le notaire Louis Chaboillez). Cet important héritage procure certainement aux époux Duval You une nouvelle aisance financière. |
| Le 10 janvier 1812, Me Charles Duval, orfèvre demeurant à Saint-François et Magdeleine You son épouse achètent une propriété (web ou pdf) qu’ils revendent avec un léger profit le 13 août, dans le contexte des perturbations commerciales au début de la guerre avec les américains, à Louis Proux Ecuier seigneur de La Lussaudière et Saint-François demeurant à Nicolet (web ou pdf). | Le 4 mai 1814, Madelene You signe son testament à Saint-François-du-Lac (BANQ notaire François-Louis Dumoulin pdf), léguant 1 piastre d'Espagne à son fils Louis Huguet et une autre aux enfants de feue sa fille Magdeleine Huguet qui avait épousé l’orfèvre Jean Baptiste Dupéré dit Champlain en 1801, le résidu étant divisé à parts égales entre son époux Charles Duval, leurs filles Agathe Amélie et Julie. | Le 5 mai 1814, la fille de Charles Duval et Madelene You, Agathe Emilie (1796.07.24- PRDH), épouse à Saint-François-du-Lac (PRDH) François Benoît (1789.07.30- PRDH) où naissent leurs trois enfants, François Théophile (1814.09.20-1824.06.30 décédé à Trois-Rivières PRDH), Émilie (1832.06.24- PRDH) et Scholastique (1834.02.28- PRDH). |
Charles Duval, Couronne, vers 1803-1817, argent, 4 cm x 59 cm, Achat de la Webster Museum Foundation, 1961, provenant du poste de traite Emmerson à Edmundston, Musée du Nouveau-Brunswick 1979.13, collaboration Peter J. Larocque, voir aussi Ryder 1961.09. |
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Des milliers de pièces d’orfèvrerie de traite ne sont pas marquées et quantité de poinçons douteux y ont été ajoutés par des faussaires (Taylor 1993.04). L'attribution de cette couronne à Charles Duval échappe à cette conjoncture, car elle est corroborée par son poinçon similaire à celui du calice de Vaudreuil. |
Cette couronne proviendrait du poste de traite fondé par John Emmerson (1801-1867), arrivé en 1818 à Little Falls ou Petit Sault, au confluent de la rivière Madawaska et du fleuve Saint-Jean à Edmundston au Nouveau-Brunswick (MNB, Fonds ID77, Emmerson general store, web ou pdf). |
Little Falls était accessible aux Abénakis d'Odanak commercialisant les bijoux de traite fabriqués par Duval, puisque plusieurs mentions décrivent les routes empruntées du XVIIe au XIXe siècle par les Premières Nations depuis le bassin du Saint-Laurent, dont le bien documenté Chemin du Portage (Wikipédia, web ou pdf ; Ruralys 2014.01, web ou pdf ; Sentier du Grand Portage, web ou pdf ; Rioux 2017.10, web ou pdf ; Google Maps), trajet pouvant être effectué en plus ou moins une semaine depuis Québec jusqu'à l'embouchure du fleuve Saint-Jean (Ganong 1899.05.25). |
Carte synthèse des chemins anciens du Témiscouata, Ministère des Transports du Québec (Ruralys 2014.01, p. 24).
Après la Guerre de 1812, l'orfèvre Charles Duval, résidant à Saint-François-du-Lac, est endetté de 1300 livres de 20 sols envers les héritiers d'Henry Rousseau (1767.02.19-1810.09.11 PRDH marié 1803.02.21 PRDH à Thérèse Gouin 1782.04.16-1836.10.06 PRDH) décédé le 11 septembre 1810 : pour 1000# envers le marchand Joseph Mercure (François-Louis Dumoulin 1814.05.09 pdf) nouvel époux de sa veuve Thérêse Gouin (1813.02.08 PRDH) ; pour 330# envers leur fils, le marchand Pierre Rousseau (François-Louis Dumoulin 1814.10.08 pdf).
Attribué à John Oakes, Couette, 1"1/2, poinçon JO dans un rectangle irrégulier, Achat collection Louis Carrier, QMNBAQ 60.440.
| En 1807, John Oakes avait déclaré habiter la ville de Champlain dans l'État de New York. Un vide documentaire ne permet pas de connaître son évolution avant et après la Guerre de 1812 jusqu'à son retour à Saint-François-du-Lac neuf ans plus tard. Le 1er novembre 1816, Elisabeth Brown y signe le baptistaire de leur fille Julie Adelaïde dont la marraine est Thérèse Gouin, veuve d'Henry Rousseau remariée à Joseph Mercure (1813.02.08 PRDH). Cette enfant était certainement née depuis au moins un an puisque son frère Louis Théophile, « né de cette nuit », y est baptisé un mois plus tard le 13 décembre 1816, document présentant John Oakes comme « ecuyer » (IOA Saint-François-du-Lac). Cette promotion sociale et financière aurait-elle été acquise durant son séjour aux États-Unis ? | En juin 1817, l'orfèvre est en situation de faillite puisque Pierre Voyer junior, marchand de Québec, a obtenu un jugement de saisie sur les propriétés de John Oakes, « Esquire, and Captain of Militia », sises à Saint-François-du-Lac sur le chenal Tardif, à Upton et à Shipton. La vente prévue le 20 octobre 1817, qui ne s'est pas réalisée suite à l'opposition « afin de distraire » de son épouse Elizabeth Brown, est de nouveau annoncée pour le 7 décembre 1818 (Gazette de Québec, 1817.06.19 et 1818.11.05). | Le 2 août 1820, Oakes signe le baptistaire de son fils Charles Frederick né et baptisé à Saint-François-du-Lac (IOA). Trois autres de ses enfants, dont les dates des naissances ne sont pas connues, se marient dans la région (1820.06.26 Elizabeth Betsy à Baie-du-Febvre, 1828.08.12 Forest à Yamaska, 1831.07.05 Edouard à Marieville PRDH). En 1824, l'orfèvre débosse le calice de Saint-François-du-Lac (IOA, John Oakes 05946), son dernier acte professionnel connu. La même année il est mentionné, ainsi que son épouse, dans le testament de Margaret Oakes. Le 7 juillet 1832, le corps de John Oakes, « aged about sixty (four) years », est amené depuis Yamaka jusqu'à Sorel pour y être enterré (IOA, John Oakes 05947). Selon la déclaration de son âge de 23 ans en 1779, il serait né en 1756 et donc âgé de 76 ans à son décès. |
Après la Guerre de 1812, les affaires ne sont plus ce qu'elles étaient en orfèvrerie de traite à Odanak. Après y être revenu en 1816, John Oakes est en faillite en 1817. Pour sa part, Charles Duval résidera désormais à Trois-Rivières en 1818.
Jonathan Saxton Campbell Würtele (1828-1904), Maison et ses occupants dans la région d'Odanak, deuxième moitié du XIXe siècle, photo, BANQ 03Q_P279S1_4.
| En 1854, Jonathan Saxton Campbell Würtele (1828-1904) devient le dernier propriétaire des seigneuries de Deguire ou Rivière-David, Bourg-Marie-Est, Saint-François et La Lussaudière (DBC). Ses photographies y montrent une riche maison devant laquelle posent onze personnes, ainsi qu'une saisissante vue panoramique d'Odanak. Photoshop a permis d'y corriger partiellement les outrages du temps. | Malgré les taches et l'atmosphère voilée qui enveloppent ces photographies d'antan, elles évoquent la vie qu'ont pu y mener les orfèvres John Oakes, Michel Roy et Charles Duval, ainsi que les compagnons Antoine Lamothe et Olivier Vilbon Huguet dit Latour, qui y ont fabriqué des bijoux de traite plusieurs décennies plus tôt, soit de 1796 à 1817, tout en assistant au déclin de leur commercialisation massive tombant alors en désuétude. |
Jonathan Saxton Campbell Würtele (1828-1904), Vue panoramique d'Odanak, deuxième moitié du XIXe siècle, photo, BANQ 03Q_P279S1_6.
1818-1845 À Trois-Rivières puis Repentigny. |
John Lambert, The Town of Three Rivers, dessin de 1807 imprimé en 1810 (Lambert 1810, vol. 2, p. 28). |
Ville des Trois-Rivières 1815, section « Cartographie », Gravures dans l'Histoire des Canadiens-Français de Benjamin Sulte. |
Certes, comparée au rang du Chenal Tardif près de la bourgade d'Odanak, Trois-Rivières est une grande ville. Lors de son passage, en 1807, John Lambert en livre un magnifique dessin (Lambert 1810, vol. 2, p. 14s). Mais sa description péjorative est largement reprise par Bouchette 1815 (p. 306s). Malgré qu'elle soit la troisième ville en importance du Québec, Trois-Rivières est très petite : 320 maisons avec 2 500 âmes. On y commerce les marchandises de manufacture anglaise distribuées dans la région. Les rues y sont étroites, non pavées et le sol sablonneux provoque des nuages de poussière. On y trouve de nombreuses boutiques, magasins et auberges. Les maisons sont en bois, souvent en mauvais état, les plus anciennes à un étage. |
Le 21 janvier 1818, à 59 ans, Charles Duval demeure désormais à Trois-Rivières lorsqu’il s’engage à livrer au cultivateur Jean Lemaître Lottinville « douze Cuilleres d’argent à Soupe pesant chacune douze chelins et demi argent courant » pour le prix total de 10£10s. 1£ valant 24 chelins, 12 cuillers pesant 10 chelins 6 coppres valent donc 126 chelins qui, subdivisés par 24, donnent 5£5s, répartissant ainsi le coût total selon la norme traditionnelle, moitié pour le matériau, moitié pour la fabrication. |
Charles Duval, Couvert, argent, 8"1/8 et 8"3/8, Collection Louis Carrier,
Musée national des beaux-arts du Québec, photos Inventaire des oeuvres d'art B-8 et U-6.
Charles Duval, Louche, argent, 1'1"5/8, 5,969 onces, chiffre FM d'un ancien curé de Champlain, Collection Carrier (IOA MM-12).
Cette louche de Charles Duval pourrait dater de la période où il habitait à Trois-Rivières car, selon le collectionneur d'orfèvrerie Louis Carrier, elle aurait été fabriquée pour un curé de la paroisse de Champlain sise à une vingtaine de kilomètres à l'est de Trois-Rivières.
| Le 2 février 1818, Charles Duval assiste à Saint-François-du-Lac au mariage de Michel, fils de sa soeur Marie-Anne et de son beau-frère le forgeron George Maclure (IOA Duval et PRDH). Le 17 décembre 1820, Charles Duval achète une horloge de la marchande publique de Trois-Rivières Sophie Lemaître Lottinville (BANQ notaire Jean Emmanuel Dumoulin 1822.07.25). | Le 10 février 1823, Charles Duval signe au mariage de sa fille Julie (1798.06.22-) à Trois-Rivières (1823.02.10) avec Firmin Deslauriers Babineau menuisier et journalier, où naissent Julie Seraphine (1823.11.26-1824.06.11), Louis Eleonore Leonardo (1826.02.21-) et Marie (1827.03.21-1827.03.21), puis Julie Seraphine à Bécancour (1828.08.20-), Eusèbe à Saint-François-du-Lac (1830.12.17-1831.09.02) et finalement Caroline (1834.09.18-1835.08.20), puis Émilie Philomène (1837.04.26-1837.07.17) et Henriette (1838.05.15-1838.07.29) à Saint-Pierre de Sorel (PRDH). |
Avec la diminution des contrats en orfèvrerie de traite, Charles Duval renoue avec l'orfèvrerie religieuse à l'occasion de son départ d'Odanak vers Trois-Rivières. De 1817 à 1828, ses productions se retrouvent dans des paroisses de la région du centre du Québec : à Verchères, calice et encensoir en 1817 ; à Bécancour, goupillon et porte-dieu en 1819, burettes et plat en 1827, réparation d’un ciboire en 1828 ; à Yamachiche, réparations d’un encensoir et de burettes en 1828. L’orfèvre a donc été actif jusqu’à l’âge vénérable de 70 ans.
Charles Duval, Bénitier de Saint-François-du-Lac, vers 1818, argent, 22,8 x 16,6 cm, poinçon CD, acquis en 1971 de la fabrique, Musée national des beaux-arts du Québec, A 71 6 0, photo RD. |
Charles Duval, Bénitier de Saint-Léon (Maskinongé), H 17,8 cm, Herbert T. Schwartz, Birks C262 24927 (IOA A-10). |
Charles Duval, Calice, 1817, argent et coupe dorée, 26 cm, poinçon CD, Verchères, photo RD alors que cet objet était en dépôt au Musée national des beaux-arts du Québec sous le n° L 60 1 0, ce qui n'est plus le cas (collaboration Daniel Drouin). |
Pour son bénitier de Saint-François-du-Lac, Charles Duval a assemblé les différentes parties de façon rudimentaire avec des formes et décors naïfs, mais avec un résultat final plutôt sympathique avec sa collerette retroussée. |
Beaucoup plus évasé et grandiloquent que son comparse de Saint-François-du-Lac, avec de petits raffinements à ses godrons obliques ou concaves et convexes alternés, ce bénitier sied bien aux vastes églises ultramontaines du XIXe siècle naguère si glorieuses mais aujourd'hui en perdition avec la décroissance fulgurante des pratiques religieuses. |
Par contre, son calice de Verchères est plus sophistiqué avec ses motifs godronnés en oblique sur la fausse-coupe, les faux noeuds et la moulure de la base. |
John Lambert, Town of Sorel, Lower Canada, dessin de 1807 imprimé en 1810 (Lambert 1810, vol. 2, p. 58).
Le 10 avril 1837, Madelene You décède à Sorel (PRDH) où habite sa fille Julie (PRDH). Huit ans plus tard, le 8 février 1845, est inhumé à Repentigny « Charles Duval, ancien orfevre dans cette paroisse, décédé avant hier, muni des sacremens, agé de quatre vingt dix ans ». Selon le baptistaire le désignant comme « Jean », le 4 avril 1758, il aurait plutôt eu 86 ans et 10 mois à son décès. Un long silence documentaire enveloppe d’une ombre profonde les dernières années de sa vie. Église Saint-Pierre de Sorel, construite de 1826 à 1831 (Google et RPCQ). Église de Repentigny (détail), 1898, photographie (modifiée avec photoshop), 27,8 x 19,3 cm, Don de l'honorable Juge Baby, Musée du Château Ramezay 1998.3608. |
(BANQ Repentigny 1845.02.08, collaboration Julien Mauduit)
| Au décès de Charles Duval, en 1845, l’âge d’or de l’orfèvrerie de traite s’était estompé depuis plus de deux décennies suite à son déclin dans l’économie montréalaise. L’artisan orfèvre cédait sa place aux ouvriers d’usines, en Angleterre, aux États-Unis et à Montréal avec Robert Hendery, dont la production était commercialisée via un réseau de magasins tel celui de Léandre Pierre Boivin. | Une autre révolution permettait de réduire les coûts des objets produits en séries avec moins de métal précieux : l'invention de la galvanoplastie, puis de l'argenture électrochimique ou électrolytique, en Allemagne avec Siemens, qui vend son procédé à Elkington (1841) en Angleterre ; en France, le brevet Ruolz (1841) est acquis par Christofle (1842) de même que celui d'Elkington, ce qui industrialise désormais la pratique de l'orfèvrerie jusqu'en Russie avec la fabrique de Jacobi (1844) (Arminjon 1998, p. 109 note 2 et 287 note 1). |
John Henry Walker, Annonce pour l'orfèvre Robert Hendery, gravure,
Mackay's Montreal Directory 1858-1859, Printed by Owler & Stevenson, p. 466.
Poinçons attribués à Charles Duval. |
Périodes dans la carrière d'orfèvre de Charles Duval. |
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1775-1783 Apprentissage probablement avec Robert Cruickshank à Montréal. |
1783-1794 Engagé par Dominique Rousseau et Robert Cruickshank à Montréal. Amitiés associatives concertées avec Pierre Foureur dit Champagne, François Larsonneur et John Oakes, possiblement pour des contrats non documentés en orfèvrerie de traite. |
Orfèvrerie religieuse et civile à son compte à Montréal. |
Orfèvrerie de traite à Odanak en concertation avec John Oakes, Michel Roy et les compagnons Antoine Lamothe et Olivier Vilbon Huguet dit Latour. |
Orfèvrerie religieuse et civile à Trois-Rivières puis décès à Repentigny. |
| Le catalogue des oeuvres de Charles Duval étant relativement restreint, on peut donc difficilement associer des poinçons à l'une ou l'autre période de sa carrière, sauf pour les quelques commandites documentées par les livres de comptes des fabriques dont l'interprétation n'est pas toujours aisée ni univoque (Morisset 1980), d'autant plus que les provenances des oeuvres religieuses dans les collections de musées ne sont pas toujours assez bien documentées pour les certifier. | Dans les métropoles, en France et au Royaume-Uni, la profession était strictement contrôlée. Les orfèvres devaient être admis dans la corporation après concours et faire enregistrer le dessin de leur poinçon. D'autres poinçons attestaient du payement des taxes et de la qualité des métaux précieux. L'historien peut ainsi recourir aux tables de ces poinçons pour identifier le maître orfèvre, la ville où il travaille et la date où l'objet a été fabriqué. Rien de celà n'existe en colonie où les orfèvres pouvaient créer autant de poinçons qu'ils voulaient à leur fantaisie. D'où les grandes difficultés rencontrées dans l'attribution des poinçons de orfèvres avec des noms complexes ou qui pouvaient partager les mêmes initiales que d'autres collègues. |
Ce magnifique et exceptionnel poinçon, dans un état impeccable, est insculpé sur un objet documenté préservé dans son milieu d'origine à Vaudreuil, toutes qualités lui conférant une authenticité certaine. Ses doubles polygones à sept arêtes s'ouvrent au centre où les redents et le point séparent les lettres C et D. Les arêtes de droite sont identiques à celles du poinçon de l'association Arnoldi & Oakes. D'autres objets portent le même, mais pas toujours aussi bien conservé et documenté, par exemple : bénitier de Saint-Léon et encensoir de Birks ; collection Carrier couvert et cuiller (IOA, collection Carrier, photo U-9) ; couette du Musée McCord ; couronne du Musée du Nouveau-Brunswick. |
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Charles Duval, Calice, 1801, argent, 11 pouces, poinçon CD, Vaudreuil, photo RD. |
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Duval a souvent insculpé son poinçon sur l'étroite bordure verticale de la bate, petite moulure à la base des vases religieux, où il se trouve ainsi à l'étroit et sujet à des déformations. Le poinçon ci-contre du calice bien documenté de Verchères porte un petit redent comme ceux du calice de Vaudreuil et de l'encensoir de Birks. Ce poinçon est souvent incomplet et déformé comme sur les calices de Longueuil — Saint-Hubert et de Birks où on ne distingue pas ce redent. Il est donc difficile à interpréter puisqu'il peut également ressembler au poinçon différent de la cuiller à potage ci-dessous ! |
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Charles Duval, Calice de Verchères, |
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Cette cuiller a été acquise par don en 1947, hypothétiquement avant la vague des faux. Même si la provenance précédant celle du donateur n'est pas connue, on peut présumer qu'il s'agit d'un poinçon authentique que l'on retrouve également sur des cuillers de la collection Carrier (IOA, collection Carrier, photo U-9).
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Ce poinçon fort différent a été attribué à Charles Duval par Louis Carrier dont la collection a été acquise par le Musée national des beaux-arts du Québec. Il présente les mêmes initiales, mais dans un étrange cartouche entièrement dentelé rappelant les décors des bijoux de traite ! Ce plat à burettes proviendrait d'une des fabriques du centre du Québec, région où Duval a été actif une grande partie de sa vie. Quand on saura de laquelle il s'agit, on pourra alors tenter une exploration de ses livres de comptes ! À moins que l'on puisse retrouver un autre objet documenté portant ce même poinçon inusité ? |
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Attribué à Charles Duval, Plat à burettes, argent, 8"1/8, poinçon bordure ondulée, Collection Louis Carrier, QMNAQ A.60.211.0, photo IOA O-12, RD poinçon. |
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L'absence de poinçon ouvre la porte aux interprétations. En 1942, Gérard Morisset photographie et documente le calice ci-dessus à Verchères.
L'invervention de Charles Duval sur le composite calice de Longueuil — Saint-Hubert est beaucoup plus limitée que ne le croyait Morisset ! Concernant celui de Verchères, les ciselures sur la fausse-coupe et sur le méplat du noeud peuvent présenter des similitudes avec celles du calice de Saint-Victor de Beauce par François Ranvoyzé. Elles pourraient donc être des ajouts à un ancien calice français par les formes et les décors de sa tige et de sa base (voir calices français et de Franche-Comté). Mais il est plus probable qu'il s'agisse d'une oeuvre du talentueux orfèvre Salomon Marion (Derome 1987e). L'inventaire effectué par Gérard Morisset démontre une grande richesse d'orfèvrerie dans la paroisse de Verchères. Salomon Marion y occupe une place de choix avec quantité de commandes incluant le grand chef-d'oeuvre de notre orfèvrerie ancienne, sa Vierge Marie, dont Jean Trudel a publié une étude approfondie dans laquelle il contextualise son travail pour cette paroisse.
Virtuose, l'orfèvre montréalais Marion assimile les styles français anciens et contemporains, ceux de l'empire britannique, ainsi que ceux des grands orfèvres de Québec tels que Ranvoyzé (Derome 1983e) et Amiot (Derome 2005, Villeneuve 2018), dans sa création d'une oeuvre originale de haut calibre alliant les traditions du XVIIIe siècle aux nouvelles modes du début XIXe. Ce calice est donc fort probablement de sa fabrication vers 1817, selon la mention aux livres de comptes rapportée par ci-dessus par Morisset, soit au tout début de son envol comme praticien autonome libéré de l'emprise commerciale de son maître Pierre Huguet dit Latour (Derome 1983d). |
| Le Musée des Abénakis d'Odanak ne conserve aucune trace, pièces d'orfèvrerie ou portraits (collaboration Patricia Lachapelle), de l'intense activité de fabrication de bijoux de traite sur son territoire pendant plus de deux décennies, de 1796 à 1817, par les trois orfèvres John Oakes, Michel Roy et Charles Duval, assistés de leurs deux compagnons Antoine Lamothe et Olivier Vilbon Huguet dit Latour. | On ne conserve qu'une infime partie des centaines de millers de pièces d'orfèvrere de traite fabriquées à cette époque, dont très peu portent les poinçons originaux de leurs auteurs, alors que quantités ont été falsifiées par des faussaires avides de gains faciles. Ces très simples bijoux étaient des objets décoratifs portés par les membres des Premières Nations. Les sources documentaires ou picturales qui nous les révèlent datent souvent de plusieurs décennies après leur fabrication. | Les fouilles archéologiques, avec un décalage temporel encore plus important, fournissent des spécimens dont l'authenticité est généralement assurée s'ils sont adéquatement documentés. Étant donnée la très large diffusion de cette production dans toute l'Amérique du Nord, les objets façonnés à Odanak pouvaient donc se retrouver chez diverses tribus des Premières Nations, d'où l'intérêt de cette galerie s'étalant de la fin du XVIIIe siècle jusqu'à la fin du XIXe couvrant diverses régions de leurs territoires ancestraux. |
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| Charles Duval, Couette, argent, 4,6 cm, Musée national des beaux-arts du Québec 1960.212. |
Fredrickson 1980, p. 46. |
| Merci à la collaboration de Jean-François Lozier pour la transmission d'informations relatives à la récente découverte de pièces d'orfèvrerie de traite lors de fouilles archéologiques sur le site de Wakatomika en Ohio. Wakatomika 2 (Google Street) est un village Chaouanons (Shawnee) établi en 1778 et détruit en 1786. On peut donc précisément dater de cette période les découvertes qui y ont été faites. | On y a retrouvé un boîtier en forme de cuiller, muni d'un anneau afin de le sécuriser sur soi, poinçonné de Robert Cruickshank et contenant quatre bijoux de traite, dont une couette marquée du même orfèvre montréalais, ainsi qu'une autre par le britannique Charles Freeth de Birmingham (Facebook 230228 ou pdf et 230228 ou pdf). |
| Solomon Williams (Irlande 1757-1824), Portrait du major John Norton, Teyoninhokarawen, 1804-1805, huile, 47,5 x 31,5 cm, Musée canadien de la guerre 19950096-001. | Mather Brown (1761–1831), Portrait of Major John Norton as Mohawk Chief Teyoninhokarawen, vers 1805, huile sur toile, 76,2 cm x 63,5 cm, Paul Mellon Fund, Yale Center for British Art B2010.5 et Wikimedia. | Anonyme, Major John Norton, Teyoninhokarawen, chef mohawk, 1805, aquarelle et gouache avec traces de vernis sur ivoire, ovale 9,2 x 7,3 cm, cadre 14,5 x 12,5 cm, Bibliothèque et Archives Canada 2894984. |
John Norton (Snipe, Teyoninhokarawen -1784-1825), instituteur, interprète, fonctionnaire, chef des Agniers, officier et écrivain ; né probablement en Écosse, d’une mère écossaise nommée Anderson et d’un père cherokee nommé Norton. Venu comme soldat au Canada à compter de 1784, il oeuvre ensuite comme instituteur. Il s'occupe de traite des fourrures pour John Askin de 1791 à 1795, travaille au département des Affaires indiennes, puis s'installe à Onondaga sur la rivière Grand (Brantford Ontario). Il s'associe à Joseph Brant Thayendanegea et on le nomme Teyoninhokarawen en 1799, soit chef diplomate et de guerre. C'est dans ce contexte qu'il voyage en Angleterre de 1804 à 1806, époque où sont peints les portraits ci-dessus où il porte de très grands pendants d'oreilles et de multiples couettes sur la poitrine qui lui font comme une armure.
Young 1917, p. 172. |
Young 1917, p. frontispice. |
Michikinakoua, dit Little Turtle, était un chef de guerre miami né au milieu du XVIIIe sièlce. Décédé au fort Wayne, le 14 juillet 1812, il est enseveli avec ses bijoux d’argent, « dont plusieurs portaient le poinçon du montréalais Robert Cruickshank ». La découverte accidentelle de sa tombe, en 1911, met à jour quantité d'objets, dont plusieurs pièces d'orfèvrerie de traite, certaines figurant sur la planche ci-dessus. Ses portraits connus semblent tous être tardifs et ne le représentent pas avec tous ses bijoux. |
« About the neck of the Chief was found the string of silver beads [...] The vermillion plate was beneath the Chieftain's knees, the silver armlets on his arms, and the anklets; and the famous sword, guns and remnants of pistols were at his side. [...] On the breast were the silver disks believed to be medals. They were fastened together by means of a buckskin thong, and are shown in the collection just as they were found. The articles taken from the grave are as follows: Eight silver bracelets; two silver anklets; one heavy metal bracelet; three silver medals; four silver brooches; one pair of silver ear rings; six pendants; one string of silver beads; twenty-three silver crosses, each one inch long; one sword, which we are certain is that presented to the Chief by General Washington; one string of white silver beads [...] » [Young 1917, p. 168-172]. |
Joshua Jebb (1763-1823), Two Ottawa Chiefs Who with Others Lately Came Down from Michillimackinac Lake Huron to Have a Talk with Their Great Father The King or His Representative, vers 1813-1820, watercolour over pencil on wove paper, 29,5 cm, Ottawa, Bibliothèque et Archives nationales du Canada 2836441.
Cette remarquable aquarelle illustre plusieurs bijoux portés par ces deux chefs outaouais richement habillés lors de leur séjour à Michilimackinac dont on distingue le fort à l'arrière plan. Celui de gauche porte deux pendants d'oreilles, trois plastrons et une médaille sur le plus grand, trois bracelets ainsi qu'une couronne sur son chapeau tenu de sa main gauche. Celui de droite porte également des ornements d'argent sur son chapeau, deux plastrons ainsi qu'une médaille.
Nahneetis, the guardian of health, |
Nahneetis the guardian of health, « about eight inches high », acquise par l'une de ces collections privées : Erasmus T. Tefft, George G. Heye, New York State Museum, American Museum Natural History, Alanson B. Skinner (Harrington 1908.07-09, p. 408, 413, 417-418 et planche XXVI). |
On compte 27 broches sur cette gravure ainsi qu'une croix. Étant donné qu'elles étaient des offrandes annuelles, cette déesse a donc pu être utilisée pendant 27 ans. On pourrait donc la dater vers 1814-1822, puisque Jones l'a reçue vers 1841-1849.
| Comme d'habitude, dans leur ouvrage bouffi d'erreurs, N. Jaye Fredrickson et Sandra Gibb font fausse route dans l'identification de cette gravure en la présentant comme « une femme de l'une des tribus saulteuse » ; elles ne semblent donc pas avoir lu l'ouvrage auquel elles se réfèrent [Fredrickson 1980, p. 51, fig. 22, et p. 165 référence à Jones 1861, p. 95]. | Peter Jones (1802-1856) de la tribu des Mississagués, Kahkewaquonaby en sauteux ou Desagondensta en agnier, naît en Ontario dans la région de l'actuelle ville d'Hamilton. Converti au catholicisme en 1823, il enrégimente presque la totalité de sa bande en trois ans. En 1831, lors d'un voyage en Angleterre, il rencontre Elizabeth Field qui vient le rejoindre au Canada pour l'épouser en 1833, année de son ordination comme ministre méthodiste (DBC). Ses notes manuscrites, éditées par sa veuve en 1861, décrivent cette gravure. | « I have in my possession two family gods. One is called Pabookowaihk - the god that crushes or breaks down diseases. The other goddess named Nahneetis, the guardian of health. This goddess was delivered up to me by Eunice Hank, a Muncey Indian woman, who with friends used to worship it in their sacred dances, making a feast to it every year, when a fat doe was sacrificed as an offering, and many presents were given by the friends assembled. She told me she was now restored to worship the Christian's God, and therefore had no further use for it [Jones 1861, p. 87]. » | Affecté à la Muncey Mission de 1841 à 1849, Jones est responsable de tribus de langues différentes : des Sauteux, des Loups (Munsees) et des Onneiouts (DBC). C'est donc à cette époque qu'il reçoit la figurine représentant cette déesse tutélaire de la santé. La gravure publiée à Londres en 1861 a donné un visage quasi humain à cette poupée sans mains, de petites dimensions, connue par une photographie publiée en 1908 (Harrington 1908.07-09, planche XXVI). Contrairement à ce que prétend cet article (p. 413), ces bijoux n'étaient pas fabriqués par les autochtones, mais à Montréal par quantité d'orfèvres alors versés dans cette spécialité de l'orfèvrerie de traite. |
Matilda Jones, Portrait dEliza Field, Londres 1831-1832, huile, miniature, Victoria University, Toronto. |
Matilda Jones, Portrait de Peter Jones, Londres 1832, huile, miniature, Victoria University, Toronto. |
Edward Chatfield, Nicholas Vincent Tsawenhohi (détail), 1825, lithographie, 33.3 x 29 cm, Don de Mrs. Walter M. Stewart, Musée McCord M20855.
Dans cette lithographie, le Grand Chef Nicolas Vincent Tsawenhohi tient la ceinture de wampum qu'il a offerte au roi George IV à Londres en 1825. Il porte plusieurs médailles, de grands pendants d'oreilles ainsi que des bracelets et brassards.
| Charles Bird King (1785–1862), The Shawnee Prophet Tenskwatawa (détail), vers 1820, Wikimedia. | George Catlin, Ten-sqúat-a-way, The Open Door, Known as The Prophet, Brother of Tecumseh (détail), 1830, huile sur toile, 73,6 x 60,9 cm, Gift of Mrs. Joseph Harrison Jr., Smithsonian American Art Museum 1985.66.279 et Wikimedia. |
Tenskwatawa (Elskwatawa, d’abord nommé Lalawethika, aussi connu sous les noms de Shawnee Prophet et de Prophet 1775-1836), chef religieux et politique chaouanon. Il porte un anneau dans le nez, de lourds pendants d'oreilles, un hausse-col, de larges bracelets et brassards.
George Catlin, Jú-ah-kís-gaw, saulteuse avec un enfant dans un porte-bébé, 1835, huile sur toile, 73,7 x 60,9 cm, Gift of Mrs. Joseph Harrison, Jr., Washington, Smithsonian American Art Museum 1985.66.186. |
Pierre Huguet dit Latour, Ornement de porte-bébé, 1771-1829, argent, 30,5 x 38,8 cm, Musée canadien de l'histoire III-L-196. |
Un hochet en pièces d'orfèvrerie de traite est suspendu au-dessus de la tête de cet enfant saulteux peint en 1845 par George Catlin. Plusieurs décennies plus tôt, un exceptionnel ornement de porte-bébé en argent aurait été commandé à l'orfèvre montréalais Pierre Huguet dit Latour, grand producteur de quantités d'objets pour la traite. Ses motifs ornementaux pourraient bien être de son atelier même si nous n'avons pas pu corroborer l'authenticité de son poinçon sur cet objet, ni sa provenance, vérification toujours indispensable pour ce type de production car plusieurs faussaires ont été à l'oeuvre dans les années 1960-1970, d'autant plus qu'on retrouve de faux poinçons dans les collections de ce musée !
F.W. Greenough 4 Walnut Street Philadelphia USA, Ahyouwaighs, Chef des Six Nations [John Brant], 1838,
lithographie, 52 x 38,3 cm, feuille 40 x 22,8 cm, Ottawa, Bibliothèque et Archives Canada 4303453 et 2946966.
John Brant (1794-1832) est ici portraituré 6 ans après son décès avec de grandes boucles d'oreilles d'argent, une médaille sur la poitrine et son épée à la main.
Henry Daniel Thielcke, Présentation d'un chef nouvellement élu au Conseil de la tribu huronne de Lorette (détail), 1840, huile sur toile, 127 x 107 cm, Musée du Château Ramezay CRX978.41.1.
Ce rassemblement de chefs exhite un large collection de médailles et pièces d'orfèvrerie de traite incluant même une couronne sur la tête de Zacharie Vincent !
Paul Kane (1810-1871), Ke-wah-ten or "The North Wind" (détail), 1845, huile sur papier, 31.1 x 24.5 cm, au dos « 61 / 144 PK / 1922 », au centre en haut « 17. 18 », en bas à droite « Paul Kane 1846 / 82 », en bas au centre « Ke. Wah. tin / The North Wind / Menomenee Tribe, Lake Winnepeg », don de H.J. Lutcher Stark 1965, Orange TX, Stark Museum of Art 31.78.141. |
Cette jeune femme exhite une collection élaborée de couettes alors que ce chef se pare de cinq hausse-cols et de bracelets aux bras et aux jambes.
Paul Kane, "Muck-a-ta," Menominee (détails), huile sur toile, 1849-1856,
63.5 x 50.8 cm, Gift of Sir Edmund Osler, Toronto, Royal Ontario Museum 912.1.12.
« I remained here for three weeks, and received much kindness and attention from the Manōmanees. Hearing that I was taking sketches of the most noted Indians in the camp, a fellow named Muck-a-ta paid me a visit. He was one of the most ill favoured of any that had been the subjects of my pencil, and by all accounts his physiognomy did not belie his character [Paul Kane, "Wanderings of an Artist," 1859:40–41]. »
Zacharie Vincent (1815-1886), Zacharie Vincent et son fils Cyprien, vers 1852-1853, huile sur toile, |
Zacharie Vincent (1815-1886), Zacharie Vincent Telariolin chef huron et son portrait peint par lui-même, vers 1875, Fusain sur papier, 65,4 x 49,6 cm, Musée national des beaux-arts du Québec 1934.529. |
Zacharie Vincent (1815-1886), Telari-o-lin, chef huron et peintre, vers 1875–1880, huile et mine de plomb sur papier, 72,8 x 51,3 cm, don de la succession H. H. Lyman 1915, Musée Château Ramezay Montréal 1998.1098, 150 ans | 150 œuvres : l’art au Canada comme acte d’histoire, Galerie UQÀM et Musée virtuel.. |
Zacharie Vincent (1815-1886), Autoportrait, 1878, huile sur papier, 62,5 x 53 cm, Musée de la civilisation, collection du Séminaire de Québec, restauration effectuée par le Centre de conservation du Québec, 1991.102. |
Zacharie Vincent s'est initié à la peinture avec Plamondon. Il possède déjà sa couronne en argent dès 1840 telle que représentée sur le tableau peint par Thielcke.
George Winter (1810-1876), D-mouche-kee-kee-awh (détail), 1860-1876, watercolor on paper, pencil undersketching mounted on heavy paper, 41 x 29 cm, George Winter Collection, Tippecanoe County Historical Association, Purdue University M-77. Photo : Tim Hrenchir, « Potawatomi tribal history exhibit dedicated at burnett's mound », Topeka Capital-Journal, April 30, 2021.
L'exubérance vestimentaire dans cette panoplie envahissante de bijoux de traite signale, de façon flamboyante, le déclin de cette mode à la fin du XIXe siècle car les grands ateliers ayant produit ce type d'objets ont déjà cessé leurs productions depuis plusieurs décennies.
8 calices semblables de Franche-Comté 1730-1738. |
Voir la coupe du calice de Longueuil — Saint-Hubert.
Anonyme, Calice de la chapelle du chanoine Champereau, 1730, Nozeroy Franche-Comté (web ou pdf). |
Collaboration. |
AUDET-VALLÉE Kevin, rédacteur-historien, DBC.
BIMBENET-PRIVAT Michèle, spécialiste de l'orfèvrerie française, pour les Annexes citées dans l'analyse du Calice de Longueuil — Saint-Hubert : ◊ Ciboires du XVIIe siècle. ◊ Les Loir et leur orfèvrerie en Nouvelle-France.
DAVIAU Sébastien, conservateur aux collections et à la recherche, Musée régional de Vaudreuil-Soulanges.
DELISLE André, conservateur directeur, Musée du Château Ramezay.
DROUIN Daniel, Conservateur de l'art ancien, Direction de la conservation, Musée national des beaux-arts du Québec.
HOUDE Judith, Gestionnaire des collections, Musée des Hospitalières de l’Hôtel-Dieu de Montréal.
LACHAPELLE Patricia, responsable des collections, Musée des Abénakis, Odanak.
LAROCQUE Peter J., Directeur département des sciences humaines, Conservateur art, Musée du Nouveau-Brunswick.
LOZIER Jean-François, historien.
MAUDUIT Julien, historien, DBC.
McEWEN Faelan, Bibliotechnicienne Partage du savoir, Institut canadien de conservation, ministère du Patrimoine canadien, Gouvernement du Canada.
VICKERS Cathleen, Directrice des collections et de la recherche, La Pulperie de Chicoutimi musée régional.
Mises à jour. |
2025.11.27 Ajout des armoiries de la Compagnie du Nord-Ouest.
2023.09.17 Correction de 3 hyperliens brisés.
2023.09.02-12 Collaboration de Sébastien Daviau pour l'ajout de précisions concernant la provenance des orfèvreries de Delezenne à Vaudreuil.
2023.08.30-31 Ajout de légendes aux photographies de Würtele à Odanak et améliorations à la vue panoramique avec photoshop.
2023.08.28 Le calice de Verchères n'est plus en dépôt au Musée national des beaux-arts du Québec (collaboration Daniel Drouin).
2023.08.25-27 Amélioration du résumé au début du site, ajouts sur l'Invasion américaine de Montréal, au testament de Margaret Oakes et à la fin de carrière de John Oakes, photographie de la Vierge de Marion.
2023.08.19 Ouverture du site au public.
2022.09.23 Début des recherches et travaux pour la révision de la biographie de Charles Duval publiée en 1987 dans le DBC (Derome 1987d).
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