Médaille Fouencamps-Bourgeoys.
web Robert DEROME

Introduction

Fouencamps

Montaigu

Bourgeoys

Vierge mère

Bon-Secours

Graveur

Pierre Chevrier baron de Fouencamps.

       ◊ Famille, Fouencamps, fortune et Ville-Marie.
     ◊ Résidant au prieuré de Saulseuse.
     ◊ Montaigu miraculeuse et Médaille Fouencamps-Bourgeoys.
     ◊ Ruptures de mémoire et uchronies.
     ◊ Monogramme au coeur enflammé flanqué de deux C.
     ◊ Écu en quintaine sur une souche.
     ◊ Fin de vie et sépulture.

Famille, Fouencamps, fortune et Ville-Marie.
Pierre Chevrier baron de Fouencamps (1608-1692, Oury 1991a, 1991b, 1992a, 1992b) naît à Paris et est baptisé en l'église Saint-Jean-de-Grève le 21 janvier 1608, fils d'Adam Chevrier (vers 1565-1624), conseiller trésorier de finance en Picardie, et de Renée de Bauquemare (vers 1685-1653). Renée était la fille de Jean de Bauquemare seigneur de Bourdeny, maître des requêtes mort en 1619, et d'Anne de Hacqueville, dame d'Ons-en-Bray, morte en 1638. Son parrain est Me Pierre Chevrier, secrétaire du roi, et sa marraine Elisabeth Gamin, veuve du président d'Onzembray (Oury 1992a, p. 209, référence à Paris, Bibliothèque nationale, ms. fr. 32.558, p. 235). Adam Chevrier est le fils d'Antoine Chevrier, marchand et bourgeois de Poissy, et le frère de Pierre Chevrier parrain de l'enfant. Adam avait commencé sa carrière comme receveur de François, duc d'Alençon et comte de Montfort-l'Amaury (le frère de François II, de Charles IX et de Henri III), puis il passa au service de François d'Orléans-Longueville, comte de Saint-Paul et gouverneur de Picardie. Quand ce dernier mourut, il obtint la charge de président-trésorier de France en généralité de Picardie.

Château d'Acqueville (Google), bâtiments anciens encadrés en rouge.
Photos de la partie ancienne du château et légende des bâtiments (web ou pdf).

Adam Chevrier réside principalement à Amiens de 1594 jusqu'à son décès en 1624 y acquérant une maison et un certain nombre de fiefs dans les environs : Fouencamps, Rouverel, Le Fay [Gay ?]. Mais son pays d'attache demeure le château d'Acqueville sis à Villennes-sur-Seine, près de Paris, dont l'édification est terminée en 1598 et qui devient le siège d'un fief noble le 21 décembre 1599. Ce château devint la propriété de son premier fils André qui mourut en décembre 1653 criblé de dettes.

Google Maps.

« La seigneurie de Fouencamps [à 12 km au sud-est d'Amiens], sise dans le bailliage du Vermandois, prévôté de Montdidier, relevant de la châtellenie de Boves mouvante de celle de Coucy, fut acquise en 1605 par Me Adam Chevrier, conseiller du roi, trésorier général de France en Picardie, par décret contre Bénigne Vetus, prévôt des maréchaux de France et sa femme, Marie Pingré [Oury 1991b, p. 115, note 14]. » « La terre de Fouencamps qui n'a jamais porté officiellement le titre de baronnie, fut acquise en 1605 [...] En fait, Pierre porta toute sa vie le titre de Fancamp, mais sans jamais y rien posséder, car son père, dès le 15 mai 1617, avait engagé la seigneurie en faveur de Gailliot Mandat, maître ordinaire de la Chambre des comptes par égard pour Louis de Conigan, marquis de Cangé, qui l'en avait prié. Pierre fut donc pour la commodité des siens sieur de Fancamp dès ses jeunes années et le resta toute son existence pour ceux qui le connaissaient, sans avoir mis les pieds dans le domaine dont il portait le nom [Oury 1992a, p. 211]. »

« Fancamp ! Que d'heures ai-je passé dans les rayons de la bibliothèque de l'abbaye de Solesmes à essayer d'identifier cette seigneurie. (Abbaye de Solesmes, bibliothèque, rayon N, Nobiliaire ; c'est l'un des fonds importants de France contenant des ouvrages dont l'édition est privée.) [...] En fait, c'est l'orthographe Fancan, Fancamps ou Fancamp qui orientait toutes les recherches vers l'impasse, car il aurait fallu lire Fouencamps [Oury 1991b, p. 115, note 14]. »

« Nous ne pouvons malheureusement pas vous donner l'origine précise du nom de Fouencamps. En effet, le Dictionnaire étymologique des noms de lieux en France, d'A. Dauzat et Ch. Rostaing (Paris - 1978), notre référence en la matière, indique que ce nom est formé de camp, "champ", et d'un élément obscur. Les formes anciennes mentionnées dans le Dictionnaire topographique de la Somme (Amiens - 1867) sont très différentes et ne permettent pas de dégager une hypothèse vraisemblable [collaboration de Sylvie Lejeune, les 5 et 21 juin 2001]. »

Si la deuxième syllable du toponyme Fouencamps se réfère à « champs », la première ne pourrait-elle pas tout simplement se référer au mot « foin », désignant ainsi des « champs de foin » ? Hypothèse cadrant bien avec la vocation de ces terres qui s'est perpétuée jusqu'à nos jours !

CHRONOLOGIQUE

1201 Fokencans
1225 Foukencamps
1235 Fokencamp
1237 Fouencamp
1237 Foveincamp
1239 Foukencans
1239 Foukenquans
1292 Foenqan
1298 Fovencamps
1301 Foencamp
1301 Fouencans
1487 Frencamps
1507 Fouencamps
1540 Fescampus
1638 Flucamps
1648 Faucamps
1648 Fouencampt
1707 Fancamp
1757 Fouancamps
1761 Fencamps
1836 FouenCamps

ALPHABÉTIQUE

Fancamp 1707
Faucamps 1648
Fencamps 1761
Fescampus 1540
Flucamps 1638
Foencamp 1301
Foenqan 1292
Fokencamp 1235
Fokencans 1201
Fouancamps 1757
Fouencamp 1237
Fouencamps 1507
FouenCamps 1836
Fouencampt 1648
Fouencans 1301
Foukencamps 1225
Foukencans 1239
Foukenquans 1239
Foveincamp 1237
Fovencamps 1298
Frencamps 1487

Site de l'ancienne abbaye de La-Sie-en-Brignon à Saint-Macaire-du-Bois, Maine-et-Loire (web ou pdf).

Adam avait d'abord destiné son fils Pierre à l'Église, le faisant pourvoir de la commande de l'abbaye de La-Sie-en-Brignon que lui-même gérait depuis 1602 pour le compte de son cousin, Adam Brisset, abbé en titre. Avant de mourir, en 1624, Adam change d'idée : il transmet à Pierre sa charge de président-trésorier en la généralité de Picardie, lui demandant d'interrompre ses études ecclésiastiques. L'abbaye de La-Sie se trouve alors transférée à son frère cadet Jérôme. Au décès de son père, Pierre hérite également, à l'âge de 16 ans, soit en 1624, des seigneuries de Fouencamps en Picardie et des terres à Rouvrel (10 km plus au sud). Sa mère revend la charge de président-trésorier à Jean Spifame (orthographié « Spitanne » par Louvencourt 1896, p. 29), seigneur des Granges, pour la somme de 57 000 livres qui constituera le noyau de la future fortune personnelle de Pierre.

Étienne Martellange (1569-1641), Aspet de la fleche en Anjou, Veüe de la Ville de la Flèche en Anjou, 1612, dessin,
plume et encre brune, lavis bleu, 18,7 x 53,5 cm (filet intérieur en h.), 19,2 x 53,5 cm (filet intérieur en b.), BNF Gallica (web).

Au moment de sa majorité, en 1632, Pierre Chevrier reçoit, de son frère aîné André, les 60 000 livres qui lui revenaient de l'héritage paternel (Oury 1991b, référence aux actes datés du 20 janvier 1632 et du 21 janvier 1633). En 1633, Pierre poursuit ses études à la Flèche, au grand collège des jésuites, et loge chez Jérôme Le Royer de la Dauversière (1597-1659). C'est le 22 juillet 1634 que Pierre aliène sa seigneure de Fouencamps à François de Jacquespée Ecuyer (Louvencourt 1896, p. 63, référence à Beauvillé 1860-1882, collaboration de Jean-Pierre Boulesteix le 27 mai 2001), sans renoncer à en porter le titre qui le suivra jusqu'à sa mort (Oury 1991b, p. 119). Lorsqu'un bureau de la fameuse Compagnie du Saint-Sacrement est créé à La Flèche en 1635, à l'initiative de Le Royer, Pierre Chevrier y entre avec son ami, et il reprend ses projets de vie sacerdotale. En 1639, Pierre habite « sa maison » à La Flèche. Il décide alors de devenir clerc et de se consacrer à l'entreprise de Montréal avec Le Royer, ainsi qu'à ses autres entreprises à La Flèche, tout particulièrement la reconstruction de l'Hôtel-Dieu, la construction de la chapelle Saint-Joseph et la création d'une première communauté de futures Filles de Saint-Joseph. La fortune de Fouencamps était une garantie que ces entreprises pourraient être menées à bien.

Étienne Martellange (1569-1641), Aspet de la fleche en Anjou, Veüe de la Ville de la Flèche en Anjou, 1612, dessin,
plume et encre brune, lavis bleu, 18,7 x 53,5 cm (filet intérieur en h.), 19,2 x 53,5 cm (filet intérieur en b.), BNF Gallica (web).

En 1640, Fouencamps et Le Royer achètent la seigneurie de Montréal à Jean de Lauson ((vers 1584-1666 DBC)). Comme la terre était restée vierge, Lauson avait perdu ses titres de propriété. La Compagnie du Saint-Sacrement procède donc à la demande d'une nouvelle concession. En 1641, la Société Notre-Dame du Montréal envoye Paul Chomedey de Maisonneuve fonder Ville-Marie, mais Fouencamps ne réalise pas son rêve de s'établir sur l'île de Montréal. En 1644 Chevrier habite toujours à La Flèche. En 1646, le baron de Fouencamps vient en aide à Madame de la Peltrie, dans des transactions immobilières, en prévision d'un essai de vie religieuse chez les ursulines de Québec. En 1648, il participe à une partie de la fondation, soit 16 000 livres, en faveur de l'Hôtel-Dieu de Montréal, en complément des sommes versées par Madame de Bullion. À compter de 1648, Pierre Chevrier habite Paris, au Faubourg-Saint-Germain, rue Cassette, à deux pas de Saint-Sulpice et du noviciat des Jésuites de la rue du Pot-de-fer.

 

Résidant au prieuré de Saulseuse.

Résidence de l'ancien prieuré de Saulseuse vue du nord-ouest, carte postale ancienne (web ou pdf).

Pierre Chevrier a attendu après la mort de sa mère, le 12 décembre 1653, pour devenir prêtre. Il habite maintenant au prieuré conventuel de chanoines réguliers Notre-Dame-de-Saulseuse (lieu où poussent les saules, FSAF2 web ou pdf), à mi-chemin entre Paris et Rouen, où son frère Jérôme est prieur commendataire jusqu'à son décès le 1er octobre 1679.

La première chapelle de ce prieuré, fondé en 1118 par Richard de Tilly, est érigée en 1170 grâce à Goel de Baudemont, puis remplacée fin XIIIe ou début XIVe siècle par une église priorale. En commende dès 1480, l'institution périclite graduellement ; désertée par les chanoines, elle est prise en charge par le séminaire Saint-Nicaise de Rouen en 1770. Le prieur commendataire détruit, vers 1776, une partie des bâtiments pour améliorer son logis qui recevra, vers 1890, une décoration extérieure en ciment de style classique. Ce bien national, vendu en l'an II (1793-1794), devint une exploitation agricole et ces vestiges se dégradèrent au fil du temps (DRACN web ou pdf ; POP web ou pdf).

A. Lavergne photographe, Château de Saulseuse et ruines de l'abbaye, vus du sud-est, 1890-1939, carte postale, Archives de l'Eure (web ou pdf).

Cette photographie ancienne met en valeur le pastoral et le champêtre du domaine, avec un petit lac et son îlot qui existent encore (Google Maps ou jpg). Le domaine est alors vu depuis le sud-est : on y distingue la résidence et les bâtiments de ferme, ainsi que les vestiges de l'église priorale qui comprenait alors une section de plus, à l'ouest de l'escalier tour.

L'ancienne église priorale servait de silo au début du XXe siècle, tel qu'illustré par une photographie ancienne montrant à sa base une porte et un accès en pente, ainsi que d'autres aménagements disparus. On y distingue également la section de la croisée du transept à l'ouest de l'escalier tour qui, fragilisée par des mutilations successives, s'effondre suite au tirs de DCA d'une batterie allemande installée à son sommet à l'été de 1944.

Détail de Tilly, Prieuré de Saulseuse, Calque cadastre de 1836 par L. Régnier (web ou pdf).

On documente que cette ancienne et vaste église priorale mesurait 45 x 10 m. La copie d'un plan cadastral de 1836 présente en pointillé l'emplacement de la nef détruite, mais les deux croisillons du transept avec les mêmes conventions de dessin que les autres bâtiments du domaine. Ces dimensions, reportées sur les vues satellites ci-dessous, permettent de conclure que l'église était jointe à la partie nord de la résidence, portion construite à la fin du XVIIIe siècle avec les matériaux des parties démolies (FSAF2 web ou pdf ; POP web ou pdf).

A. Lavergne photographe, Ruines de l'abbaye de Saulseuse, la chapelle, vue du sud-est, 1890-1939, carte postale, Archives de l'Eure (web ou pdf).

Propriété privée gérant L'écurie de Vernon (Google Maps).

Vestiges de l'église du prieuré de Saulseuse vus des quatre points cardinaux.

Les vestiges en pierre calcaire du choeur, du transept et de la sacristie (parfois appelée salle capitulaire) sont inscrits au registre des monuments historiques en 2000. Cinq ans plus tard, des travaux permettent de restaurer deux parties architecturalement déterminantes : l'arc oriental et les contreforts indiqués par des flèches sur le plan ci-dessous.

Vue du nord, bâtiment de ferme, abside et sacristie (carte postale ancienne web ou pdf).

Vue du nord, bâtiment de ferme, ensemble et sacristie, partiellement cachés par une haie, 1er mars 2011 (Wikipédia).

Vue du nord-est, bâtiment de ferme, ensemble, sacristie, résidence (date et source inconnus).

Vue de l'ouest, partie de la résidence à droite (web ou pdf).

Vue de l'ouest, bâtiment adjacent derrière la résidence (web ou pdf).

Vue de l'ouest, bâtiment adjacent dont les ouvertures ont été modifiées, portion du mur de la saillie arrière sud de la résidence (web ou pdf).

Plan des vestiges (web ou pdf modifié).

Vue du sud-est, bâtiment adjacent derrière la résidence (Facebook).

Vue du sud-est, toit de la résidence et bâtiments de ferme (Facebook).

Vue de l'est, toit de la résidence et bâtiments de ferme (Facebook).

Vue du sud-ouest, résidence, vestiges de l'église et bâtiment arrière (web ou pdf).

Vue du sud, résidence, vestiges de l'église et bâtiment arrière (web ou pdf).

Vue du sud et bâtiments de ferme (web ou pdf).

Vue du sud-est et bâtiment de ferme (web ou pdf).

Vue du sud-est, résidence et bâtiments de ferme (Facebook).

Vestiges intérieurs de l'église du prieuré de Saulseuse.

Croisée du transept et choeur (web ou pdf).

Choeur et abside (web ou pdf).

Choeur et croisée du transept (web ou pdf).

Clé de voûte, Christ au globe crucifère
ou Salvator Mundi (web ou pdf).

Chapiteaux et grostesque
(web ou pdf).

Clé de voûte, Agneau mystique
(web ou pdf).

Résidence de l'ancien prieuré de Saulseuse,
dont la section en saillie ajoutée à la fin du XVIIIe siècle du côté nord, soit à gauche en façade ou à droite à l'arrière,
était auparavant occupée par la partie détruite de l'ancienne église priorale (web ou pdf).

Ancien portail nord (Google Maps).

 

Montaigu miraculeuse et Médaille Fouencamps-Bourgeoys.

En 1659, Fouencamps se fait réserver une concession de 500 arpents de terre sur la montagne de Ville-Marie. Il a alors le désir, pour la deuxième fois, de venir s'établir à Montréal. Mais il ne peut quitter Jérôme Le Royer de la Dauversière déjà très malade et dans une situation financière difficile. En 1660, Chevrier raconte le décès de son vieil ami dans une longue lettre reprise par Marie Morin dans ses Annales de l'Hôtel-Dieu de Montréal (Morin 1979). Fouencamps ne cesse de fournir aux Filles de Saint-Joseph de Montréal toute l'aide qu'il peut. C'est à Saulseuse que Marguerite Bourgeoys le rencontre en 1672 selon son récit. « Je [Marguerite Bourgeoys] fus voir Monsieur de Fancamp à Sauseuse, lequel me voulut donner quelque chose pour mon retour; ce que je refusai. Je dis que je voudrais bien avoir une grande image pour notre église, mais il ne s’en trouva point chez les sculpteurs de Paris... et il fallait partir. Messieurs Le Prêtre lui donnèrent celle qui est à présent [à Notre Dame de Bon Secours] et Monsieur de Fancamp la garda quelques jours pour l’enchâsser mieux qu’elle n’était; ce qui fit qu’il fut guéri d’une subite maladie dont il n’attendait que la mort; il promit que s’il guérissait, il donnerait trois cents livres pour bâtir la chapelle. A mon retour en 1672, l’on a posé cette image dans une petite charpente que j’avais fait bâtir sur ses fondements; l’on a relevé la première pierre pour la reposer de nouveau, mais plus grande. J’avais déjà reçu un écu blanc de Monsieur Macé et quatre de Monsieur de Fancamp (qui étaient quinze livres), et ensuite les trois cents livres en marchandises, qui ont monté à sept cents livres en ce pays [CND 1910-1974, vol. 2, p. 306-307 ; corroboré par les autres sources citées par Lapalice 1930.08]. »

(Photo RD.)

(Photo RD.)

(Photo RPCQ ou pdf)

(Photo SHMM web ou pdf)

Notre-Dame de Montaigu, Vierge miraculeuse à l'Enfant Jésus au globe, aurait été sculptée vers 1604-1641 dans un morceau du chêne miraculeux de Montaigu-Scherpenheuvel, « de la haulteur de six poulces ou environ » (6 anciens pouces français équivalent à 16,2 cm ou 6"3/8 anglais), niche en bois de 1672, Site historique Marguerite-Bourgoys (SHMM). La couronne et l'auréole sont des ajouts récents.

La sculpture ci-dessus est bien documentée au XVIIe siècle ainsi que ses diverses appellations. Afin de mieux cerner son iconographie dévotionnelle, elle est comparée aux gravures ainsi qu'aux statuettes issues du bois de chêne miraculeux de Montaigu, mais également à plusieurs sculptures de cette époque portant le vocable de Notre-Dame de Bon-Secours.

Le portrait ci-contre où Fouencamps tient cette statuette dans sa main est une pure fiction créée au milieu du XXe siècle ! Pourrait-on trouver mention d'un portrait authentique de ce personnage dans son testament et son inventaire après décès ? (Oury 1992b, p. 39-40, note 86, référence à Paris, Archives nationales, minutier central, LXXXIII, 205, 23 juin 1692.)

Anonyme d'après un dessin d'Annette Joubert cnd, Portrait fictif de Pierre Chevrier, baron de Fouencamps (1608-1692), tenant la sculpture de Notre-Dame de Montaigu dans sa main droite, 1958, mosaïque, Site historique Marguerite-Bourgoys (photo Rachel Gaudreau).

« certificat de mr de Fancamp d'un miracle opere en Sa persone par L'image Susdite 1672.30.av ¶ Je soussigné Pierre Chevrier Sieur de Fancamps Prétre indigne certifie à tous qu'il apartiendra que le quinziéme Avril dernier, Messieurs le Prétre m'ayant mis entre les mains une Image de la ste Vierge du bois miraculeux de Nôtre-Dame de Montaigu pour envoyer à Monreal en la nouvele-France afin d'échaufer d'autant plus la devo.on que les habitans de céte Ile ont à céte s.te Dame qui en est la Maitre[sse] que dés ce soir m'étant trouvé si mal que ie fut oblije à me métre au lit pour mon indisposition laquelle augmentant d'heure à aue ie passé la nuit avec de grandes inquiétudes lesquelles furent suivies d'une dangereuse fluxion sur la poitrine dont tout le monde à pnt qui en est ataqué ne dure que tres peu de tems étant la peste publique, ce qui me fit an trouver au Medecin qui trouva en moy des dispoon dangereuses qui m'obligerent à rompre le carême, la Veine de Daque ayant été saigné fort penetré de crainte du succés de céte maladie ie m'adressés à céte Image que i'avois lors devant les yeux et luy dit avec confiance qu'elle allait à Montreal pour y faire paroitre les largesses de ses misericordes si elle vouloit en partant laisses malade son pauvre fondateur, que me vouloit me faire la grace de me guerir que ie publirois partout ses bontes procurerois de tout mon pouvoir le bâtiment de sa chapéle, et que pour la commencer ie luy ofrois et Voüois trente pistoles m'obtenant le têms de faire penitence aprés il me semble que ie demeuray sans veüe ni crainte de maladie quelque temps aprés sans aucun remede ny aide de la nature, ce me semble, il me survint un si grand débordement d'une bile enflammée que ie iettay qui étoit le foyer de mon mal, que ie me trouvé incontinent aprés entierement query, lequel debordemt ne m'étoit iamais arrivé, en foy de quoy iaÿ écrit et signé ce present certificat le dernier iour d'Avril mil six cent soixante douze ¶ Signé Chevrier de Fancamps » [Montréal, Archives de l'Église Notre-Dame, Registre des délibérations des marguilliers, 29 juin 1675, transcription du document original qui ne semble pas avoir été conservé, p. 72-74, collaboration du Musée Marguerite-Bourgeoys.]

Si ce certificat fut copié dans les registres de l'Église Notre-Dame, c'est qu'il avait été apporté à Montréal. L'original aurait-il pu porter un sceau armorié du baron de Fouencamps ? Aurait-il pu être conservé, tout comme celui de la donation de cette statuette au baron de Fouencamps, sous seing privé, par les LePrestre ?

Plaque originale en cuivre pour la gravure en taille-douce. Le texte est inversé. L'image est en négatif : les parties pâles sont en creux pour recevoir l'encre ; les parties foncées sont en surface et ne captent pas l'encre.

Dans son certificat de miracle du 30 avril 1672, le baron de Fouencamps promet de réaliser les voeux suivants faits à la Vierge après sa guérison : publier partout ses bontés ; financer le bâtiment de sa chapelle à Ville-Marie avec un premier versement de trente pistoles.

La première promesse mentionnée, donc la plus importante à ses yeux, concerne la publication des « bontés » de la Vierge, se référant ainsi à la dévotion de Notre-Dame de Bon-Secours. Quoi de mieux qu'une plaque de gravure pour publier partout le voeu de Fouencamps ?

Cette médaille exceptionnelle, enfouie dans la maçonnerie de la chapelle avec les plaques de fondation, a donc été fabriquée suite à la guérison de Fouencamps par la sculpture miraculeuse de Montaigu et de son voeu de publier partout les bontés de la Vierge via cette plaque de gravure.

On peut donc dater précisément cette oeuvre d'art de mai-juin 1672, soit après le certificat de miracle du 30 avril, mais avant le départ de Marguerite Bourgeoys, le 2 juillet, arrivée à Québec le 13 août, puis à Montréal le 17 octobre (Ransonnet 1818, collaboration de Patricia Simpson le 27 juin 2001).

Cette Vierge mère à l'enfant Jésus emmailloté est également une Notre-Dame de Bon-Secours terrassant le dragon, dévotion appropriée au sauvetage miraculeux du baron de Fouencamps, mais également le nom de la chapelle qu'il a financée.

Cette Médaille Fouencamps-Bourgeoys est donc la prolongation et la publication du miracle opéré par la statuette de Notre-Dame de Montaigu, se trouvant ainsi intimement associée aux pouvoirs de la statuette miraculeuse.

Un appentis de bois avait été érigé avant la construction de la chapelle, soit à partir de l'arrivée de Marguerite Bourgeoys à Ville-Marie en 1672. C'est donc à cette époque que cette plaque fut transformée en cadran solaire. Et c'est ce qui lui a valu d'être clouée à plusieurs reprises avant d'être enfouie dans la maçonnerie, le 30 juin 1675, afin de protéger la chapelle des oeuvres du démon dragon.

Gabriel Souart (1611-1691) procède à la pose de la plaque de fondation en plomb accompagnée de cette médaille. Il est prêtre, sulpicien, premier curé de Montréal, supérieur du séminaire de Saint-Sulpice, médecin et maître d'école. Il avait été choisi par M. Olier en 1657 pour fonder le séminaire de Montréal. Il agit « au nom et place de Mre Pierre le Chevrier Ba[ron de] fancamp Prestre ancien Seignr et iadis proprietaire de cette Is[le] ». Le baron de Fouencamps est donc le maître de cérémonie officiel, in absentia, de la pose de la pierre angulaire de la Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours, accompagnée de cette médaille commémorative. Cette cérémonie constituait un événement majeur pour cette petite colonie de dévots, puisque c'était la première église de pierre construite à Montréal, bien avant l'église Notre-Dame ouverte au culte en 1683, avant la fin des travaux en 1688 (Laberge 1982.09, p. 22-23). Fouencamps n'a jamais réalisé son rêve de venir s'établir à Montréal, même si le 21 avril 1659 il s'était fait réserver une concession de 500 arpents sur la montagne (Oury 1992b, p. 35, note 69).

Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours vers 1680
reconstitution hypothétique (web ou pdf).

Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours vers 1710
reconstitution hypothétique (web ou pdf).

Pourquoi la plaque de fondation de 1675 désigne-t-elle le baron de Fouencamps comme maître de cérémonie officiel ? D'abord parce qu'il a contribué d'une somme de trente pistolles ou trois cents livres au financement de l'édifice, puis au don de la statuette miraculeuse de Notre-Dame de Montaigu. Comme le rappelle judicieusement le texte de la plaque de fondation, c'est grâce à la fortune personnelle du baron de Fouencamps que l'Île de Montréal avait pu être acquise. Il en avait été le premier propriétaire et seigneur. Il avait été le deuxième pilier de la Société de Notre-Dame auprès de son fondateur Jérôme le Royer de la Dauversière. Toute sa vie, il a fidèlement aidé la communauté de Montréal et de la Nouvelle-France, même après le décès de Le Royer en 1659, l'abolition de la Société de Notre-Dame et la cession de Montréal aux sulpiciens en 1663 (Lahaise 1980, p. 227), puis le départ de Paul Chomedey de Maisonneuve en 1665. Lors du voyage de Marguerite Bourgeoys en France en 1670-1672, la baron de Fouencamps avait voulu lui « donner quelque chose » pour son retour. Ne trouvant pas « d'image » appropriée chez « les sculpteurs de Paris » les frères LePrestre se départirent de leur Vierge de Montaigu le 15 avril 1672 au profit du baron de Fouencamps qui la remit à Marguerite Bourgeoys. Ce don avait été fait rapidement car « il fallait partir » écrit la recipiendaire. Fouencamps poursuivit son intention de faire faire une « image » spéciale pour Marguerite Bourgeoys et sa Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours. Elle prit la forme de cette Médaille Fouencamps-Bourgeoys qui est aussi un objet commémoratif au même titre que la plaque de fondation en plomb.

« Donation LePrestre à Fouencamps du 15 avril 1672 ¶ Nous soussignez, Denys LePrestre, prêtre, et Louis LePrestre, sr de Fleury, frères, agés près de soixante ans Certifions à tous qu'il appartiendra, que, pour la dévotion que nous avons eue, dès le commencement de cette habitation de l'Isle de Montréal, en la Nouvelle-France, laquelle Isle est dédiée à la Sainte Vierge, nous avons tiré de notre chapelle domestique une ancienne image de bois de Notre-Dame. Cette petite statue de la hauteur de six pouces ou environ, montée sur son piédestal fait d'un autre bois dans lequel est une relique de saint Blaise, ladite image à nous laissée par le décès de la Dame LePrestre, notre mère, agée de plus de quatre vingts ans, qu'elle a toujours eue en grande vénération comme étant venue en ses mains après le décès du Révérend Père Léonard, capucin, provincial illustre dans son ordre, décédé agé environ de quatre vingts ans, lequel tant qu'il a vécu a eu pour cette Sainte Image une particulière dévotion, tellement que, par ce que dessus, il paraît que cette Saint-Vierge a été vénérée près d'un siècle, laquelle, pour être envoyée audit lieu de Montréal, nous l'avons mis ès-mains de Monsieur de Fancamps ce 15 avril mil six cent soixante douze. ¶ D. LePrestre L. LePrestre » [Daveluy 1965, p. 234-240, référence à Acte sous seing-privé, Ottawa, Archives nationales, division des manuscrits.]

Pierre-Denys Leprestre (1612-après 1672) était l'un des premiers et fidèles collaborateurs de la Société de Notre-Dame établie pour fonder Ville-Marie (Daveluy 1965, p. 234-240). Son certificat permet de mieux cerner l'historique de cette sculpture avant sa venue à Montréal. Son premier propriétaire est Jacques Faure (1566-1641), le capucin dit père Léonard. À son décès, il n'était donc pas « agé environ de quatre vingts ans », mais de 75. La sculpture ne peut donc pas être antérieure à sa naissance en 1566, ni postérieure à son décès en 1641. Faure était-il parent d'Angélique Faure ? Mieux connue sous le nom de Madame de Bullion, commanditaire des oeuvres religieuses de Ville-Marie. Quand entra-t-il en possession de cette Vierge ? Avant son entrée chez les Capucins en 1587 à l'âge de 21 ans ? Ou plus tard ? (Daveluy 1965, p. 239, note 7, référence à R.P. Godefroy o.f.m. cap., Histoire des Capucins de la Province de Paris, Paris, 1950, tome II.) La biographie de la deuxième propriétaire, Madame LePrestre, est encore plus évanescente. Pour donner naissance à ses fils peut-être jumeaux vers 1612, Pierre-Denys et Louis, elle est donc née à la fin du XVIe siècle. Chose certaine elle est déjà décédée depuis un certain temps en 1672 puisque les frères LePrestre attestent alors que cette sculpture fait partie de leur « chapelle domestique ». Comme Madame LePrestre a vécu « plus de quatre vingts ans », elle est donc née avant 1592. Elle est forcément décédée après 1641, date à laquelle elle reçoit la statuette après le décès du père Léonard. Finalement, ce certificat atteste que « cette Saint-Vierge a été vénérée près d'un siècle ». Donc, elle aurait été fabriquée après 1572, puisqu'elle n'est pas encore centenaire le 15 avril 1672. Par ailleurs, l'analyse de la diffusion de la dévotion et de l'iconographie de Notre-Dame de Montaigu incline à dater cette Vierge montréalaise après l'abattage du chêne dit miraculeux en 1604, bois duquel sont issues nombre d'autres statuettes.

Les documents du XVIIe siècle se réfèrent à cet objet sous l'appellation « ancienne Image de Bojs de Nôtre Dame de montaigu de la haulteur de six poulces ou environ », ancienne mesure française équivalant à 16,2 cm ou à 6"3/8 anglais ; sa reproduction mesure 15,4 cm. La statuette connut de très nombreux aléas de conservation et de localisations (Simpson 2001, p. 86-87).

Transcription du feuillet accompagnant la reproduction ci-contre (jpg ou pdf).

Chronologie de la petite statue de NOTRE-DAME DE BON SECOURS

1672 (30 avril) Remise à Marguerite Bourgeoys, par le Baron de Fancamp. (13 août) Arrivée au Canada et conservée dans la salle de la Congrégation de Notre-Dame où l'on n'avait pas encore de chapelle.

1673 (8 juin) Exposée dans un appentis sur le terrain de la chapelle de Notre-Dame-de-Bon-Secours qui allait être construile.

1678 Exposée dans la Chapelle terminée.

1754 Trouvée intacte dans les décombres aprês l'incendie de la Chapelle de Bon-Secours, et portée à la maison mére de la Congrégallon de Notre-Dame, rue Saint-Jean-Baptiste (prés de la rue Notre-Dame).

1768 Trouvée intacte après l'incendie de la maison mére, rue Saint-Jean-Baptiste. Elle dut être conservée a l'Hôtel-Dieu pendant les cinq mois que les Soeurs y séjournèrent après l'incendie, et être rapportée dans la maison mère rebâtie au même endroit.

1773 Transportée dans ta Chapelle de Bon-Secours rebâtie.

1831 La statue est volée.

1844 La statue est retrouvée, sans niche, dans un grenier de la maison mère, rue Saint-Jean-Bapliste, pendant la démolition d'une partie des bâtiments en vue de la construction du Pensionnat.

1880 Une nouvelle maison mère est bâtie à la Montagne, près de Villa-Maria, On y transporte la petite statue, sans niche. Elle avait été sous la garde de la Supêrleure générale depuis 1844.

1893 (8 juin) Incendie de la nouvelle maison mère. La statue est préservée une trolsleme fols.

1893 Retour à l'ancienne maison mère, rue Saint-Jean-Baptiste, en attendant la construction, rue Sherbrooke.

1894 Pendant la restauration de la Chapelle de Notre-Dame-de-Bon-Secours, une niche est trouvée dans la sacristie et reconnue comme celle qui portait la petite Madone miraculeuse. On l'apporte à la Supérieure générale qui la lait restaurer.

1908 La nouvelle maison mère, rue Sherbrooke, ouvre ses portes. Notre-Dame de Bon Secours, dans sa niche de bois doré, y est apportée.

1909 Le trésor est confié à la gardienne de la Chambre des Souvenirs.

1935 La petite Madone retourne temporairement à la Chapelle Notre-Oame-de-Bon-Secours.

1942 Elle revient à la maison mère, rue Sherbrooke, et reste sous la garde de la Supérieure générale.

1950 Elle est exposée dans un reliquaire de métal doré, dans l'Oratoire où repoaent les restes de la Bienheureuse Marguerite Bourgeovs bêatlfiée en cette Année Sainte. La niche primitive est conservée au "trésor" du Centre Marguerite-Bourgeoys pour y recevoir la petite Madone aux jours des processions solennelles.

1954 En l'Année Mariale, elle est exposée dans le sanclualre de l'église Notre-Dame à Montréal, du 6 décembre 1953 au 8 décembre 1954. Après celle date, elle revient à l'Oratoire de sa fidèle apôtre Marguerite Bourgeoys.

1957 De mai à novembre, elle est exposée dans la Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours à l'occasion du troisiême centenaire de la pose de la première pierre de cette chapelle. Puis elle revient à l'Oratoire de la maison mère de la Congrégation de Notre-Dame, rue Sherbrooke.

1988 {17 avril) À 16h30, dans la Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours, au Vieux Montréal, installation définitive de la statuette authentique de Notre-Dame de Bon Secours. La messe a lieu à 17 heures.

Reproduction de Notre-Dame de Montaigu, Vierge miraculeuse à l'enfant Jésus au globe, rebaptisée N.-D. de BON- SECOURS.

Il y a eu rupture de mémoires entre le titre original du XVIIe siècle et celui, uchronique, inscrit sur la base de sa reproduction commercialisée, passant de Notre-Dame de Montaigu à « N.-D. de BON-SECOURS », peut-être « parce que c'est devant cette statuette que l'on priait quand on venait à la chapelle [collaboration de Madeleine Huet, 26 juin 2001]. » Simpson 2001 propose : « Statuette de la Vierge à l'Enfant, en bois de chêne, appelée "image de bois de Notre-Dame-de-Montaigu [sic]" dans les textes [p. 40 et 86-87]. » Nous y souscrivons, mais en inversant les termes, privilégiant l'appellation d'origine suivie de la description iconographique générique : Notre-Dame de Montaigu, Vierge à l'enfant Jésus au globe. Le très important symbole iconographique du globe se réfère à l'universalité du message et de son pouvoir ; issu du Moyen Âge, les empereurs et les rois en ont d'ailleurs abondamment usé (Trudel 1967.12 ; Derome 2000a). Les miracles suscités par cette sculpture sont abondamment documentés. Son bois provient du chêne de Montaigu-Scherpenheuvel où la Vierge originale est également reconnue pour ses miracles, de même que plusieurs des Vierges issues du même arbre. C'est pourquoi nous proposons d'inclure cette spécificité historique et religieuse dans le titre de la Vierge de Montréal : Notre-Dame de Montaigu, Vierge miraculeuse à l'enfant Jésus au globe. Rupture des mémoires et uchronies sont des phénomènes largement partagés par plusieurs autres oeuvres d'art du XVIIe siècle dont quelques autres dans cette même communauté.

 

Ruptures de mémoire et uchronies.

Peut-on se fier aux traditions orales ? Peut-on se fier aux inscriptions ajoutées tardivement sur les oeuvres ? Peut-on se fier aux modifications qui ont été faites aux oeuvres d'art au gré des aléas de leurs localisations et de l'évolution des idéologies au cours de plusieurs siècles ? Le cas de la statuette de Notre-Dame de Montaigu est loin d'être unique et isolé. Voici quelques exemples de ruptures de mémoires et d'uchronies dans l'identification, la datation, la conservation et l'attribution d'oeuvres du XVIIe siècle.

Ce magnifique plat civil est bien antérieur au don de Jeanne Le Ber en 1693-1695. Fabriqué à Paris en 1648-1649, il pourrait provenir des riches familles de ses parents ou de celle de Marguerite Bourgeoys. Malheureusement défiguré par l'ajout malhabile de supports à burettes et une grossière inscription uchronique.

Les poinçons de ce ciboire ont été oblitérés pour y graver une inscription uchronique. Mais un poinçon de décharge de Paris pour 1677-1680, miraculeusement préservé sur la bate, y a été identifié !

Le portrait de Marguerite Bourgeoys peint par Pierre Le Ber après son décès en 1700 a été entièrement repeint au XIXe siècle, puis redécouvert lors de sa restauration au milieu du XXe.

Le Buste reliquaire de Brébeuf échoit aux Augustines de l'Hôtel-Dieu de Québec après l'abolition de l'ordre des jésuites. On le date alors de 1649, pensant qu'il avait été commandité par sa famille. Or, ses poinçons identifient une oeuvre de Charles de Poilly en 1664. On peut donc le relier à la construction de leur église (Bimbenet 1997 ; Derome 1997b).

La France apportant la foi aux Hurons de Nouvelle-France, tableau conservé chez les ursulines de Québec, provient également des jésuites. On retrouve ses complexes significations oubliées (Pichette 1977.03 ; Gagnon 1983.09).

Le Sacré-Coeur de Jésus adoré par les anges, de la fin du XVIIIe siècle, est remplacé au XIXe par une oeuvre moins austère. À la fin du XXe, on redécouvre son iconographie typique du XVIIe issue d'un ancien tableau disparu.

L'origine de ce remarquable Baldaquin, à l'église de Neuville, avait été oubliée. Commandité, en 1690-1698, par Mgr de Saint-Vallier pour la chapelle de son Palais épiscopal, il avait dû s'en départir en 1717 (Porter 1982).

Cette Notre-Dame de Bon-Secours est documentée avant 1685 à l'ancienne église de Champlain. On perd sa trace après son remplacement par une Notre-Dame de Lourdes. Sa tête est finalement retrouvée au Château Ramezay.

 

Monogramme au coeur enflammé flanqué de deux C.

Le coeur enflammé gravé sur cette médaille est la source qui génère le texte du phylactère portant une inscription inusitée.

Ces dévotions se réfèrent donc au rêve du baron de Fouencamps de traverser les mers pour venir s'établir à Ville-Marie. Mais comme il ne l'a pas fait en personne physique, il le fait par l'entremise de sa mandataire Marguerite Bourgeoys et l'oeuvre qu'il a contribué à financer, la chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours, où cette médaille est enfouie dans la maçonnerie.

Ce coeur enflammé est transpercé du monogramme des lettres « C », inversées en miroir, pour Chevrier. On retrouve ce genre de monogramme au coeur enflammé sur d'autres oeuvres contemporaines.

Attribué à Jean Le Blond (vers 1635-1709), Portrait de Jean Eudes (1601-1680), 1673, peinture, Paris, Archives des eudistes. La devise personnelle de saint Jean Eudes est inscrite sur le coeur, « Cor Jesu et Mariae, fornax amoris » [les coeurs de Jésus et de Marie sont les fournaises de l'amour], et son âge en haut à gauche « Etatis 72 » avec la date du tableau « 1673 » (Simard 1976, p. 207).

Grégoire Huret (1616-1670), Sancti Angeli Custodes cor unum et animam unam Sodalium offerentes, avant, 1670, gravure frontispice de : Confrérie de la Sainte-Famille, La solide dévotion à la très-sainte famille de Iesvs, Marie et Ioseph avec vn catechisme qui enseigne à pratiquer leurs vertus, Paris, Florentin Lambert, 1675, 192 p..

« Le coeur enflammé est encore au milieu du XVIIe siècle un symbole de l'amour profane comme de l'amour sacré. Il n'a pas encore le sens d'une dévotion au Sacré Coeur, qui ne se développe qu'à la fin du XVIIe siècle avec Marguerite Marie Alacoque, à partir des années 1670 et surtout 1680. Il faut être très prudent et ne pas interprêter trop vite ce coeur comme signe d'une telle dévotion. Il signifie simplement l'ardeur de la dévotion à la Vierge et à son Fils. On a tout à fait raison de souligner l'importance de la dévotion à la Sainte Enfance parmi les dévots français du XVIIe siècle [collaboration d'Allain Tallon, 6 juin 2001]. »

La devise personnelle de Jean Eudes est inscrite sur le coeur qu'il tient de sa main droite : les coeurs de Jésus et de Marie sont les fournaises de l'amour.

« Dans les décrets de béatification (1909) et de canonisation (1925), Rome reconnaissait au fondateur des eudistes les titres d'auteur et père du culte liturgique des Sacrés Coeurs de Jésus et de Marie de même que ceux d'apôtre et docteur de la dévotion aux Sacrés Coeurs. [...] Enfin, c'est en 1648 et en 1681 (posthume) qu'il publiera ses oeuvres capitales sur le Sacré-Coeur (La Dévotion au Très Saint Coeur et au Très Sacré Nom de la Bienheureuse Vierge Marie ; Le Coeur admirable de la Très Sacrée Mère de Dieu). C'est donc de 1637 [La Vie et le Royaume de Jésus dans les âmes chrétiennes] à 1648 que s'élaboreront définitivement la spiritualité et l'iconographie purement eudistes du Sacré-Coeur [Simard 1976, p. 203 et 204]. »

Sur le coeur enflammé gravé par Grégoire Huret avant 1670, on retrouve les monogrammes de Jésus, Marie et Joseph.

En Nouvelle-France, le coeur était utilisé à la fin du XVIIe siècle par les Confréries de la sainte Famille, ainsi que dans les dévotions à l'enfant Jésus et au Sacré-Coeur de Jésus et de Marie, celles de saint Augustin et des ursulines (Martin 1990).

 

Écu en quintaine sur une souche.

Merci aux généreuses collaborations de recherches héraldiques qui, des deux côtés de l'Atlantique en 2001, ont tissé leur toile pour essayer de trouver, sans succès, l'identification de l'écu sur cette médaille. Nonobstant, cette enquête a porté fruit, révélant plusieurs informations intéressantes analysées dans cette rubrique.

• Collaboration : BOUDREAU Claire, BOULESTEIX Jean-Pierre, MANOURY Laurent, PICHETTE Robert, TARADE Yves de, THOUAILLE Roger, VACHON Auguste. •• Bibliographie des ouvrages compulsés, hormis ceux déjà notés ailleurs dans cette rubrique : Armagnac 1954, Belleval 1863, Brassard 1940, Couillard 1912, Daniel 1867c, Delavenne 1954-1955, Demay 1875, Fauteux 1939-1941, Hauterive 1981, Hozier 1696-1710, Hozier 1912, Hozier 1970, Magny 1863-1864, Neubecker 1997, Quillet 1985-1986, Renesse 1894-1903, Roy 1920, Sereville 1977, Wiscart 1994. ••• Archives : Autorité héraldique du Canada, Armoriaux régionaux de France ; VACHON Auguste, Extraits du Cabinet des titres de la Bibliothèque nationale de France. •••• Pistes à explorer : Institut de Recherche et d'Histoire des Textes, Catalogue des reliures armoriées, Fichier d'armoiries anonymes ; Jouffroy d'Eschavannes, Armorial français, armoiries des familles par noms de familles avec références aux armoriaux d'où sont tirées les descriptions, Paris, Archives nationales, Service des sceaux, environ 35 000 fiches manuscrites.

Les seules armoiries retrouvées comprenant un coeur soutenu d'un croissant, une figure héraldique rare, sont celles de la famille Sauniac de Messillac originaire du Limousin et de l'Auvergne : d'or à un coeur de gueules soutenu d'un croissant d'azur (collaboration Claire Boudreau, référence à Helmont 1992, p. 384 ; Rietstap 1967, t. V, planche CCXLV). Le DBC ne donne aucune référence à Sauniac, ni à Messilac, et ce nom n'est pas associé aux commanditaires connus de la Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours.

Les recherches sigillographiques ont également fait chou blanc, ce qui n'est pas étonnant car seulement deux écrits personnels du baron de Fouencamps sont connus, dont son certificat de guérison (Daveluy 1965, p. 108). Bien qu'il ait signé plusieurs documents notariés, ceux-ci ne portent que très exceptionnellement les sceaux des signataires.

Les plaques de fondation, les archives, les meubles héraldiques, le contexte historique et l'analyse iconographique, se conjugent pour attribuer ces armoiries au baron de Fouencamps. Sa fortune personnelle et sa lignée les justifient. Mais la biographie de ce personnage secret n'en est pas à une énigme près, ce qui a donné du fil à retordre aux historiens qui ont tenté de l'établir. Ses titres de noblesse n'étant pas en règle, il est donc normal de ne pas en trouver référence dans les nomenclatures officielles ! Par ailleurs, aucun lien héraldique ne peut être établi entre cet écu et les membres de sa famille, ou les autres personnages liés à l'historique ce cette médaille.

Les dubitatives armoiries identifiées aux Chevrier !

Ces armes sont attribuées à « CHEVRIER (de) - D'azur, à la bande d'or, chargée de trois croissants montants du champ [Gourdon 1860, p. 125] » et plus spécifiquement à « Adam Chevrier, écuyer, seigneur de Fouencamp, Saint-Léger-lès-Rouverel, Rouverel en partie, Hacqueville, Igny etc. [...] La Chenaye des Bois [voir Aubert 1863-1876 et Aubert 1980] dit cette famille originaire du Dauphiné [Louvencourt 1896, p. 63-64] ». C'est probablement pour cette raison qu'elles sont également données à un Chevrier du Dauphiné (Rietstap 1967) ! Interprétations qui ont soulevé cette remise en question, sans apport de pièces justificatives.

« Pierre Chevrier, baron de Fouencamps, ses frères et son père eurent-ils un blason ? Je n'en sais rien et n'en ai trouvé aucune trace et ils étaient décédés quand fut entrepris L'Armorial par généralités pour les raisons fiscales ci-dessus rappelées. Par contre, il est certain que le Comte A. de Louvencourt, dans son étude sur Les trésoriers de France de la généralité de Picardie (1896) a commis une erreur en attribuant à Adam Chevrier des armes qui n'étaient pas les siennes [collaboration de Nicole Bussières, lettre de Pierre-Yves Louis, 31 mai 1993 ; voir également Louis 1984.01, collaboration de Frédérique Bony]. »

Quoiqu'il en soit, hormis le croissant, ces armes sont fort éloignées des meubles de l'écu sur cette médaille ! Tout comme celles-ci : « CHEVRIERS (de) - D'argent, à trois chevrons de gueules ; à la bordure engrêlée d'azur [Gourdon 1860, p. 125 ; Aubert 1980] [...] seigneur de St Maurice du Thil. Enneringue [Armorial Dubuisson] ». Les armoiries de cette médaille ne découlent pas non plus de ces alliances familiales ou propriétés des Chevrier...

Reconstitution RD.

 BAUQUEMARE Renée de (vers 1685-1653), épouse d'Adam Chevrier en 1605 et mère du baron de Fouencamps : « D'azur, au chevron accompagné de trois têtes de léopard, le tout d'or [Gourdon 1860, p. 43] ».  ACQUEVILLE château d'Adam Chevrier : « D'argent, au gonfanon d'azur, frangé d'or [Gourdon 1860, p. 3]. »  HACQUEVILLE Anne de, grand-mère maternelle du baron de Fouencamps et nom du château familial à Villeneuves-sur-Seine : « D'argent, au chevron de sable, chargé de cinq aiglettes d'or, et accompagné de trois têtes de paon d'azur [Gourdon 1860, p. 125]. »  Avant son acquisition par les Chevrier, la seigneurie de Fouencamps relevait de la châtellenie de BOVES mouvante de celle de COUCY : « Fascé de vair et de gueules de six pièces [Gourdon 1860, p. 85 et 144] ».

Quels sont les autres candidats possibles liés à la fondation de la Chapelle Notre-Dame-de Bon-Secours dont les noms sont connus par les archives et qui pouvaient posséder des armoiries ? Vérifications faites (Allaire 1908-1934, Daveluy 1965, DBC 1966-, Landry 1992, Simpson 2001 et HQ - Héraldique Québec), les armoiries de cette médaille diffèrent de celles connues et n'appartiennent pas aux personnages ci-dessous, liés, de près ou de loin, à cette médaille ou aux sociétés ayant participé à la création de Ville-Marie. Il serait donc illusoire d'allonger indûment cette liste de candidats impossibles quand la plaque de fondation, les archives et les éléments gravés sur cette médaille indiquent la piste à suivre !

Chomedey de Maisonneuve, Paul (1612-1676).

Compagnie du Saint-Sacrement (1629-1667).

Congrégation de Notre-Dame (depuis 1671).

Perrot, François-Marie (1644-1691), et son épouse Magdelaïne Laguide.

Royer de la Dauversière, Jérôme Le (1597-1659) et Jeanne de Baugé (après 1603-1666) ?

Société de Notre-Dame (1639-1663).

Sulpiciens (à Montréal depuis 1657).

AUBUCHON Jean (vers 1634-1685 marchand et marguillier qui ne savait signer)
BERTACHE Élisabeth de la (religieuse Congrégation de Notre-Dame, Bourgeoys 1964, p. 68)
BOURGEOYS Marguerite (1620-1700)
BULLION Angélique Faure de (1593-1664)
CABAZIÉ Pierre (vers 1641-1715 huissier, concierge des prisons, procureur du roi et juge intérimaire, commis greffier et notaire)
CLOSSE Lambert (vers 1618-1662, marchand, notaire, sergent-major, gouverneur intérimaire de Ville-Marie)
DOLLIER DE CASSON François (1636-1701 sulpicien)
DULHUT Daniel Greysolon (vers 1639-1710 écuyer sans armoiries connues)

   

FRÉMONT Jean (1624-1694 sulpicien)
GARIBAL BARON DE SAINT-SULPICE ET DE VIAS Jean de (avant 1620-1667)
HABER DE MONTMOR Henri-Louis (1600-1679)
HIOU Anne (religieuse Congrégation de Notre-Dame)
LANDERON (?)
LANGEVIN DIT LACROIX Mathurin (1632 - vers 1718-1725 défricheur et syndic)
MARTINET DE FONBLANCHE Jean (1645-1701 chirurgien)
OLIER Jean-Jacques (1608-1657)

   

PEROT Gilles (vers 1625-1680 sulpicien)
PRUD'HOMME Marguerite (épouse de Jean Martinet)
PRUD'HOMME Paul (apprenti chirurgien)
RAGEOIS DE BRETONVILLIERS Alexandre le (1621-1676 sulpicien)
RANUYER Mathieu (sulpicien missionnaire chez les Goyogouins vers 1674-1681)
RÉMY Pierre (1636-1726 sulpicien)
RENTY baron de (1611-1649)
SEGUENOT François (1644-1727 sulpicien)
SOUART Gabriel (1611-1691 sulpicien)

L'appellation baron de Fouencamps est un nom d'usage, porté toute sa vie par Pierre Chevrier, plutôt qu'un véritable titre certifié. C'est pourquoi les recherches dans les armoiries officielles ont été vaines.

« Pierre, qui prend le plus souvent le titre de "seigneur de Fouencamps" (Somme) demeura simple prêtre et — peut-être par jansénisme — paraît avoir renoncé à tout bénéfice comme il renonça en 1668 au titre d'écuyer... mais vraisemblablement, en ce cas, parce qu'il ne pouvait produire les preuves de son droit [Louis 1984.01! »

En l'absence d'un véritable blason officiel et d'une tradition familiale antérieure, Fouencamps s'est donc inventé de toutes pièces cet hypothétique écu.

« Il est tout à fait possible que le blason gravé sur la "médaille" soit celui du baron de Fouencamps. Il faudrait blasonner : de couleur à la fasce de couleur chargée de trois roses de couleur, accompagnée en chef d'un épi de blé de couleur tigé et feuillé de couleur, et en pointe d'un coeur de couleur soutenu d'un croissant de couleur [collaboration de Robert Pichette, 29 mai 2001, par l'entremise de Daniel Cogné]. »

Les éléments iconographiques choisis et illustrés sur les meubles de ce blason permettent de les relier avec plusieurs éléments de la vie et des dévotions de Pierre Chevrier baron de Fouencamps.

L'épi de blé tigé et feuillé se réfère bien entendu au pain, donc au sacrement de l'Eucharistie si essentiel pour un dévot devenu prêtre à l'époque de la toute puissante Compagnie du Saint-Sacrement identifiée à l'Euchariste ; mais ce blé se réfère aussi à la culture qui croît et donne ses fruits, que ce soit celle des « champs » dont le toponyme Fouencamps est issu, ou celle des terres défrichées et colonisées pour la conversion des Sauvages, le but ultime de la Société de Notre-Dame.

Les trois roses, peuvent se référer au bonheur des fleurs, à l'illusion des vanités si répandues dans les tableaux du même nom au XVIIe siècle, aux trois personnes en Dieu, mais aussi aux litanies de la Vierge de Lorette représentée au XVIIe siècle avec un bosquet de rose, par exemple sur la fameuse Assomption du Frère Luc peinte en 1671 pour les Récollets et aujourd'hui conservé dans la chapelle des Augustines de l'Hôpital général de Québec. Rose sans épines est en effet l'un des nombreux titres de gloire attribués à Marie.

Le coeur renvoie au coeur enflammé du monogramme à gauche. Il repose sur un croissant qui se réfère à celui de l'Immaculée Conception, mais aussi au croissant retrouvée sur les armoiries des Chevrier.

Très étrangement, cet écu est suspendu à la branche écourtée d'une souche au moyen d'une attache souple, ce que l'on nomme une quintaine en héraldique. Les nobles identifient leurs possessions de leurs armoiries : châteaux, oeuvres d'art, véhicules, papeterie, sceau... Une souche n'est habituellement pas affublée de la sorte !

Lambert le Tort, Alexandre de Bernai (de Paris), and others. Tournai Flanders, Romance of Alexander,
842 - ca. 1400, parchment, Bodleian Library MS. Bodl. 264, pt. I, fol. 082v.

La quintaine était un pal, pieu, poteau ou souche, qui servait de cible aux chevaliers dans leurs exercices. Les images de celles surmontées d'un écu fixe sont plus rares que celles au mannequin mobile qui, en tournant, frappait en retour celui qui l'avait touché maladroitement. Le terme, attesté dès le XIIe siècle, provient du latin via quintāna, désignant le lieu où se tenaient les exercices militaires dans les camps romains (CNRTL web ou pdf).

27. The Pel Quintain XIV. Century, engraving (Strutt 1845). Voir aussi : Stewart Feil, Essential Training, the Pell, web ou pdf ; J. Clements, On the Pell, web ou pdf.

L'écu de Fouencamps, en quitaine, évoque l'univers des chevaliers. Dans cette métaphore visuelle, il combat donc le mal attaquant la religion, soit le démon personnifié par le dragon, allusion à l'archange saint Michel habituellement armé d'une épée, remplacé par la Vierge dans ce rôle belliqueux.

Quintaine à l'écu suspendu, image de source inconnue, collaboration d'Yves de Tarade, 21-27 juin 2001, ainsi que la référence à O'Kelly 1901, p. 394-395.

• Livre de Tondale, Bibliothèque municipale de Lyon, Ms P.A. 28, f° 132v-133.

•• Thibault Baillet, Chroniques-de-Bretagne, 15e-16e s. ou début 16e s., Aix-en-Provence BM, Ms 0648 f° 2.

••• Lettre patente d'annoblissement accordée le 22 mars 1475 par le roi René alors à Saint-Maximin (Var) à Jehannon Roy demeurant à Aix, feuillet, parchemin, 001 f., 525 mm x 710 mm, Aix-en-Provence BM 1804 (1670).

•••• Écu en quitaine sur une souche, détail de la médaille.

La généalogie et l'héraldique font bon ménage depuis la nuit des temps, d'où les écus suspendus aux branches de l'arbre généalogique des aristocrates, garants de leurs nobles alliances hériditaires. Plusieurs écus suspendus à un arbre sans feuillage évoquent la lignée, toutes les branches issues d'une même souche. Un seul écu supendu à un arbre bien feuillu illustre l'importance et la vigueur de cet emblème. Une souche de laquelle sort un rameau bien vert met l'emphase sur la résilience et la longévité. D'où l'expression faire souche, enfanter une lignée aussi longue et puissante que possible (collaboration Yvan Rocher et Anne Behaghel-Dindorf). Mais, célibataire dévot, puis prêtre, Chevrier ne pouvait pas avoir de descendants ! Fouencamps rêvait de s'établir en sa seigneurie de Ville-Marie à laquelle il a consacré sa vie et sa fortune. Il s'y était d'ailleurs réservé une concession de 500 arpents sur la montagne, le 16 avril 1659. Cette souche est donc le symbole de son défrichement sur laquelle il suspend son écu. Localisée à l'emplacement de la chapelle de Bon-Secours, avec le Mont-Royal à sa gauche, elle recueille la fin du message du phylactère : le transport de son âme, à travers les mers, depuis son monogramme perçant un coeur enflammé, jusqu'à la souche de Ville-Marie. Transport spirituel accompli via sa mandataire, Marguerite Bourgeoys, mais également physique, via cette médaille enfouie dans les fondations de cette chapelle qu'il a contribué à financer.

Molière 1669, page titre.

La souche armoriée de cette médaille représente l'arbre généalogique spirituel de Fouencamps, sa réalisation la plus chère à laquelle il s'identifie.

Discrètes et cachées, les anciennes souches de Ville-Marie continuent à nourrir aujourd'hui sa croissance, secrètement. Il en allait ainsi de cette médaille lorsqu'elle était enfouie dans la maçonnerie de la chapelle. Maintenant exposée à la lumière, elle se révèle entièrement.

Aurait-on rompu le secret dont le baron de Fouencamps aimait s'entourer, tout comme les confréries de cette époque dont la Compagnie du Saint-Sacrement (Tallon 1990, p. 65) et la Société de Notre-Dame (Daveluy 1965) ?

La réponse est certainement non ! Car on n'aurait certes pas gravé cet écu sur une plaque de gravure servant à imprimer de multiples exemplaires sur papier afin de publier « partout » les « bontés » de la Vierge de Bon-Secours, tel qu'en avait fait voeu le baron de Fouencamps après sa guérison via la Vierge miraculeuse de Montaigu !

À ce jeu, à califourchon entre « je me cache » et « je me mets en valeur », n'y aurait-il pas tout ce que Molière exposait dans son Tartuffe, y dénonçant les pratiques des dévots ? Et dont la troisième version définitive et autorisée date de 1669, peu de temps avant la gravure de cette médaille en 1672 !

Pierre Brissart (1645-1682) gravé par Jean Sauvé, L'imposteur, 1682, gravure, Le Tartuffe ou l'Imposteur, frontispice (web ou pdf).

 

Fin de vie et sépulture.

Après la mort de son frère Jérôme, en 1679, Fouencamps quitte Saulseuse pour habiter à Paris. En 1682, il achète une grande maison à Suresnes où, en 1683, il rejoint la communauté des prêtres du Calvaire du Mont-Valérien dont le fondateur, Hubert Charpentier (1565-1650), avait été membre de la Compagnie du Saint-Sacrement. Fouencamps est élu supérieur de cette communauté en 1685.

Bourgeois, aristocrates et communautés religieuses habitent alors les quelques 210 maisons de ce village de vignerons. La célèbre Armande Béjart, épouse de Molière ayant joué le rôle d'Elmire dans son Tartuffe, y possède une maison de 1675 à 1679 (Wikipedia). On y trouve également, de l'autre côté de la Seine, l'abbaye royale de Longchamp, à l'emplacement de l'actuel Bois de Boulogne.

Ci-dessus et à droite : Anonyme, Le Mont Valérien autrement dit le calvaire à 2 lieues de Paris, XVIIe siècle, gravure, Sceaux, musée de l’Ile-de-France (web).

Truchet, Plan de Bâle, 1551 (Hillairet 1970, vol. 2, p. 431 et plan en couverture intérieure).

 Melchior II Tavernier, Le plan de la ville, cité université, fauxbourgs de Paris, avec la description de son antiquité, 1630 (Wikipédia).

À 82 ans, en 1690, tout en continuant d'être membre de la communauté du Mont-Valérien, Fouencamps se retire à Paris au cloître Saint-Honoré où il dicte son testament le 17 juin 1692. Son inventaire après décès débute le 23 au bénéfice de ses héritiers : Pierre de Blois, avocat du Parlement, ci-devant secrétaire de l'ambassade du Levant, et Charles de Saint-Paul sieur de Neaufle, du fait de sa femme Marie de Harmes, ses cousins (Paris, Archives nationales, minutier central, LXXXIII, 205, 17 et 23 juin 1692). Il est inhumé « dans la salle basse dependant de l'enclos de l'eglise de St Honoré, faubourg St Honoré ». Le service funéraire est célébré au Mont-Valérien. L'église collégiale Saint-Honoré, fondée en 1204 et desservie par des chanoines habitant le cloître, donne son nom à la fameuse rue éponyme. Un plan de 1551 présente une modeste construction entourée de maisons, jouxtant le collège des Bons-Enfants. Après son agrandissement, en 1579, elle paraît fort différente sur un plan de 1630 : le porche de son enclos s'ouvre à l'est sur la rue Croix-des-Petits-Champs, une grande résidence donne à l'ouest sur la rue des Bons-Enfants, donc en plein coeur de Paris à côté du Palais Royal, du Louvre et de l'Oratoire. Fort différente sur un plan de 1640, on observe encore d'autres modifications sur celui de 1734-1739.

Figure et description des treize arpens de terre en la censive des chantres chanoines et chapittre de l'église collégiale de Saint-Honoré..., 4 décembre 1640 (Wikipédia).

Louis Bretez pour Michel-Etienne Turgot, notice explicative d'Alfred Bonnardot, Paris au XVIIIe siècle, Plan de Paris en 20 planches, 1734-1739, Paris, A. Taride, 1908, 1 plan, 4 p. de texte, tableau d'assemblage, 20 pl., 52 cm (Gallica).

François Alexandre Pernot (1793-1865), St Honoré, album Le Vieux Paris, Musée Carnavalet D.6445 (Wikipédia).

Henri Chapelle (1850-1925), St Honoré, Le Vieux Paris f° 93, dessin d'après un document ancien, 22,9 x 18,8 cm, Musée Carnavalet, n° D.

Fermée à la Révolution, l'église est démolie en 1792 (Hillairet 1970, vol. 2, p. 430). Ces dessins ultérieurs en présentent donc des vues évanescentes avec certaines différences. Le blason de Pierre Chevrier baron de Fouencamps pourrait-il avoir été gravé sur sa pierre tombale, dans la crypte de cette ancienne église dispaure ? Si c'était les cas, il n'en reste plus trace.

« Dans les années 1920, on contruisit à son emplacement un bâtiment commercial "les Grands Magasins du Louvre". Dans les années 1960-1970, l'arrière du bâtiment fut entièrement reconstruit en immeuble de bureau. Les seuls vestiges de l'église qui pourraient subsiter seraient dans les caves du bâtiment moderne. Toutefois cela est fort improbable (collaboration de Jean-Charles Forgeret via Stéphanie Francescutti). »

« SAINT-HONORÉ (rue) Nos 176 à 184. - Ancienne annexe du magasin du Louvre, construite en 1913, maintenant annexe du ministère des Finances ; elle recouvre l'emplacement de l'église collégiale Saint-Honoré (Hillairet 1970, vol. 2, p. 431). »

« BONS-ENFANTS (rue des) N° 10. - Emplacement du cimetière paroissial de la collégiale Saint-Honoré, de courte durée, les inhumations des habitants du cloître Saint-Honoré se faisant surtout dans les caveaux de cette église (Hillairet 1970, vol. 1, p. 214) ».

« L'église Saint-Roch, devenue un véritable musée de la sculpture funéraire, abrite aujourd'hui plusieurs tombeaux ou fragments provenant de couvents du faubourg Saint-Honoré, disparus sous la Révolution ; c'est ainsi que la statue du cardinal Dubois, par Guillaume 1er Coustou, provient de son tombeau à l'église Saint-Honoré (1725) (Brunel 1995, p. 54) »

« L'Épitaphier du vieux Paris, dont la publication a été achevée par la Commission des travaux historiques de la Ville de Paris, ne comporte rien concernant l'épitaphe de votre baron de Fouencamps. Il ne reste pas pierre sur pierre de l'église Saint-Honoré et certainement il faut renoncer à retrouver les cendres de votre personnage (collaboration de Michel Fleury le 2 août 2001). »

Ce plan du cloître Saint-Honoré a été dressé par L. Taxil en 1913 pour la Commission du Vieux Paris : on y distingue l'emplacement de l'ancienne église collégiale, ainsi que les passages et immeubles qui l'avaient remplacée (Dominique Waquet, août 2020, Wikipédia). Sur la photographie prise par Atget en 1906, dont l'angle de vue est indiqué par la lettre A sur le plan, l'ancienne église se serait trouvée à la place des immeubles sur la gauche (Wikipédia). Vue satellite de l'ancien emplacement du cloître Saint-Honoré, soit l'actuel quadrilatère des rues Saint-Honoré, des Bons Enfants, Montesquieu et Croix des Petits Champs (Google Maps).

Des fouilles archéologiques ont été effectuées pour retrouver la tombe de Paul Chomedey de Maisonneuve, le premier gouverneur de Montréal, inhumé dans l'ancienne chapelle des pères de la Doctrine chrétienne à Paris, également démolie. Une plaque commémorative a été installée sur la façade de l'école communale du Ve arrondissement. Pourrait-on envisager des démarches similaires pour honorer la sépulture de Pierre Chevrier, baron de Fouencamps, le premier propriétaire de l'Ile de Montréal ?

 

Médaille Fouencamps-Bourgeoys.
web Robert DEROME

Introduction

Fouencamps

Montaigu

Bourgeoys

Vierge mère

Bon-Secours

Graveur