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Le graveur François de Poilly et le frère Luc. |
◊ Plaque de gravure en cuivre pour impression sur papier. |
Plaque de gravure en cuivre pour impression sur papier. |
Les deux plaques de fondation en plomb ont été trouvées dans la maçonnerie de la chapelle accompagnant cette médaille dont le matériau est défini comme le « cuivre » (Lapalice 1930), ce qui correspond aux techniques de gravure en taille-douce pratiquées à Paris à la fin du XVIIe siècle, compatibles avec la tache noire, un résidu d'encre qui a servi à imprimer des images.
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Plaque originale en cuivre pour la gravure en taille-douce. Le texte est inversé. L'image est en négatif : les parties pâles sont en creux pour recevoir l'encre ; les parties foncées sont en surface et ne captent pas l'encre. |
Image numérique inversée comme elle apparaîtrait si elle était imprimée sur papier en noir et blanc. Le texte est à l'endroit. L'image est en positif : les parties foncées sont celles qui étaient pâles sur la plaque et vice-versa. |
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| Reste à savoir si on a gravé cette image sur papier ? Il serait fort étonnant que l'on n'ait pas imprimé, car le baron de Fouencamps avait bel et bien fait voeu de publier « partout » les bontés de la Vierge ! Pourrait-il encore en exiter des impressions sur papier dans les communautés religieuses établies ici au XVIIe siècle : la Congrégation de Notre-Dame, les Sulpiciens, les Hospitalières de Saint-Joseph, les Jésuites, les Ursulines ? Ou bien en France avant la venue de cette plaque de cuivre ici ? | Du fait que cette médaille soit également une plaque de gravure, il en a fort certainement été tiré des exemplaires sur papier destinés à être utilisés comme « souvenirs » de l'événement commémoré. D'autant plus que l'intention avait probablement été de l'enfouir dans les fondations de la chapelle à construire ! Il reste à espérer que l'une ou l'autre de ces impressions gravées sur papier aient pu survivre aux aléas de la conservation ! |
Qui a gravé cette médaille ? |
François de Poilly (1623-1693) d'après Claude François dit frère Luc (1614-1685), La prudence chrétienne contre les finesses du monde, 1664, gravure, pour l'ouvrage du même titre du Père Vincent Moret gardien du couvent des récollets de Saint-Germain-en-Laye (Moret 1664). • PREMIER ÉTAT : sans la devise, Bilb. Albertina. •• DEUXIÈME ÉTAT : 7 x 5 pouces, en haut sur une banderolle « Soyez simples comme la colombe », au centre « La Simplicite du Chrestien », en bas à gauche « F. LUC R. INV. », à droite « F. POILLY SCULP. », Paris, Bibliothèque nationale, Estames, Da. 40. ••• TROISIÈME ÉTAT : 7 x 5 pouces, sur une tapisserie « LA PRUDENCE DU CHRESTIEN », en haut « SOYONS PRUDENTS COMME LE SERPENT », sur la contremarche « F. LUC R. INV. / F. POILLY SCULP. », Paris, Bibliothèque nationale, Estampes, Ed. 49c, réserve (Morisset 1944, p. 100-101, n° 21 ; Lothe 1994, p. 60-61, n° 31).
| Comment identifier, parmi les nombreux artistes et graveurs alors actifs en France, l’auteur de la Médaille Fouencamps-Bourgeoys qui n'est pas signée ? La Vierge mère oriente vers le vœu d'Anne d'Autriche d'avoir un enfant, suivi des célébrations après la naissance du dauphin Louis Dieudonné (Louis XIV) en 1638. Le peintre Simon François contribue alors à la diffusion d'une iconographie de l'Enfant Jésus emmailloté auprès de Bérulle et des oratoriens, ainsi que de Vincent de Paul, via plusieurs gravures de la main de François de Poilly. | Si la Médaille Fouencamps-Bourgeoys utilise le motif de l'Enfant Jésus emmailloté créé par Simon François, celui-ci n'a pas pu être l'auteur du dessin puisqu'il est décédé en 1671, avant le vœu du baron de Fouencamps en avril 1672. Mais François de Poilly a également gravé, pour le livre du récollet Moret 1664, une composition de Claude François dit frère Luc, célèbre pour son activité picturale en Nouvelle-France d'août 1670 à novembre 1671. Leurs oeuvres présentent plusieurs convergences stylistiques et iconographiques avec cette Médaille Fouencamps-Bourgeoys. Pourraient-ils en être les auteurs ? |
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Résidence de l'ancien prieuré de Saulseuse vue du nord-ouest, carte postale ancienne (web ou pdf). |
A. Lavergne photographe, Château de Saulseuse et ruines de l'abbaye, vus du sud-est, 1890-1939, carte postale, Archives de l'Eure (web ou pdf). |
| Lorsqu'il commandite cette médaille en mai-juin 1672, le baron de Fouencamps habite à Saulseuses, entre Paris et Rouen. Il connaît bien les milieux dévotionnels parisiens. Il a d'ailleurs visité les ateliers des sculpteurs qui y travaillent afin de trouver une Vierge appropriée pour Marguerite Bourgeoys. Il sait très bien où orienter ses pas afin de réaliser son voeu de publier « les bontes » de la Vierge : rue Saint-Jacques, où nombre de graveurs besognent à l'imagerie religieuse. C'est là la forme de publication qu'il a choisi : la gravure. Non seulement honore-t-il ainsi son voeu, mais il peut donner à Marguerite Boureoys l'image faite sur mesure qu'il désirait tant lui procurer. | Divers graveurs ont illustré des compositions du Frère Luc (Morisset 1944). Les oeuvres de plusieurs d'entre eux sont antérieures à la date de fabrication de la Médaille Fouencamps-Bourgeoys en mai-juin 1672 : Jean Morin (1609-1650), Jean Lenfant (1615-1674), Nicolas Regnesson (1630-1670). D'autres n'étaient alors pas encore établis en affaires : Jean Mariette (1660-1742) était trop jeune et Nicolas Bazin (1633-1695) ne semble avoir été actif qu'après 1682 (Grivel 1986). Certains présentent des techniques de gravure et un style plus éloignés de la Médaille Fouencamps-Bourgeoys que celles de François de Poilly : Pierre Landry (vers 1630-1701) et Jean Boulanger (1608-1690) (Gagnon 1976, Martin 1990). Il est par ailleurs difficile de conclure pour quelques autres : Gérard Édelinck (1640-1707), Étienne Gantrel (vers 1646-1706), Antoine Masson, Étienne Picart dit le Romain (1631-1721). |
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Pierre Landry d’après frère Luc, L’Âme Damnée (Libidinun remedium), gravure (Montcouquiol 2012.07.29). Rares sont les gravures pour lesquelles on conserve le modèle source du frère Luc. Divers cas de figure peuvent alors se présenter : 1° la gravure rend justice à la source ; 2° elle l’améliore ; 3° elle la désavantage. Il n’est pas aisé de les classer dans l’une ou l’autre catégorie ! Celles, bien connues, de Pierre Landry (vers 1630-1701), d’après des tableaux disparus, présentent une version sophistiquée des quatre mêmes sujets (la mort, l’âme damnée, le purgatoire, l’âme bienheureuse) des esquisses intitulées Pensez-y bien attribuées à l’Atelier récollet. Pourrait-on classer cette plaque de gravure dans la catégorie de celles qui auraient pu désavantager l’original, car exécutée rapidement avant le départ imminent de Marguerite Bourgeoys ? Atelier récollet, Pensez-y bien, fin du XVIIe siècle, gouache avec touche de gomme arabique, 13,3 x 9,5 cm, localisation inconnue (Montcouquiol 2012.07.29). |
Poilly : l'orfèvre Charles et le graveur François. |
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Charles de Poilly, Buste reliquaire de saint Jean de Brébeuf, Paris, 1664, Monastère des augustines de l'Hôtel-Dieu de Québec. Voir Derome 1997b (version pdf) et Bimbenet-Privat 1997 (version pdf). |
Richard Short, gravé par C. Grignion, édité par Thomas Jefferys, Londres, Vue de l'Eglise et du Collège des Jésuites de Québec, 1761, gravure. |
| Le Buste reliquaire de saint Jean de Brébeuf est une oeuvre magistrale de l'orfèvrerie française, fruit de la commandite exceptionnelle par les jésuites pour leur église de Québec. On savait qu'il avait été fabriqué à Paris. Mais ce n'est que depuis 1997 que l'on connaît son maître orfèvre en 1664 : Charles de Poilly (1620-1675) (Derome 1997b ou version pdf ; Bimbenet-Privat 1997 ou version pdf). Ce Poilly est donc connu des milieux dévots en France et en Nouvelle-France pour avoir fabriqué ce chef-d'oeuvre sept ou huit ans avant cette médaille. Son frère cadet François, né en 1623 à Abbeville, reçoit ses premières leçons de dessin de son père orfèvre. | En 1638, François de Poilly devient l'élève de Pierre Daret (1604?-1678) à Paris, l'un des plus habiles graveurs de la première moitié du XVIIe siècle installé rue Saint-Jacques. Sa formation terminée, il illustre des livres et travaille pour Pierre Mariette l'aîné (1603-1657) avant de séjourner à Rome de 1648 à 1655. Revenu à Paris, il prend plusieurs apprentis à son service à partir de 1658, date où il épouse Marguerite, la fille du graveur en taille-douce et marchand d'estampes Herman Weyen (16..-1672) dont il rachète, en 1669, le fonds de planches, le matériel d'imprimerie et le bail de sa maison rue Saint-Jacques. Il y demeurera jusqu'à sa mort, en 1693, à l'enseigne de L'Image Saint-Benoît. Son oeuvre gravée, où quantité de planches ne sont pas signées*, présente plusieurs similitudes avec cette médaille. | En mai-juin 1672, date de la fabrication de cette médaille, François de Poilly est donc au faîte de sa carrière. La fortune du baron de Fouencamps lui permet de faire appel à l'un des meilleurs graveurs de son époque car son vœu, qu’il a pris la peine de consigner par écrit, est sans doute très important pour lui. Ville-Marie a occupé une large part de ses activités de mécénat. Et il s'intéresse aux œuvres d'art : à son décès, il possède, à sa maison de Suresnes, une chapelle d'argenterie et de nombreuses chasubles. Cette maison de campagne était en outre ornée de gravures des Sept sacrements de « Monsieur de Poussin [Nicolas Poussin (1594-1665)] » (Louis 1991.01.26). |
* Cette médaille n'est signée ni par le concepteur du dessin, ni par le graveur. Cette situation est loin d'être inusitée dans le catalogue raisonné de l'oeuvre de François de Poilly où on retrouve une grande quantité d'oeuvres non signées qui lui sont attribuées, soit un peu plus de la moitié du corpus de 408 numéros (Lothe 1994, relevé non exhaustif des oeuvres non signées pour un peu plus de 50% du corpus de 408 numéros : n° 5, 6-8, 10-18, 34, 35, 37, 44-45, 50, 60, 63, 65-76, 81-82, 89, 94-95, 98, 99, 103, 105, 107, 116, 118-130, 132, 135. 137-139, 142-146, 151-156, 160-165, 168-169, 173, 175, 186, 188, 191, 196-198, 202, 209, 212, 215, 217, 220, etc.).
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François de Poilly (1623-1693), La Vision de saint Jean écrivant son évangile à Pathmos, non daté, 7,3 x 12,8 cm, non signé, gravé pour un Évangile (Lothe 1994, p. 62-63, n° 35). |
| La Vision de saint Jean écrivant son évangile à Pathmos a été conçue par François de Poilly pour illustrer un Évangile. Tout comme cette médaille, elle présente une Vierge de l'Apocalypse en mandorle, deux œuvres ni signées ni datées. Les rayons du soleil y sont moins élaborés. Sans enfant ni croissant, les bras croisés sur sa poitrine, elle boute le dragon hors du ciel, tombant en chute libre dans les montagnes de l'arrière-plan. | Comme d’autres œuvres de François de Poilly, ce saint Jean se complète d'une souche sur laquelle se distingue une repousse rappelant celle de la souche quintaine supportant le blason du baron de Fouencamps sur la médaille. Ce motif se retrouve aussi dans Le volant. Son Saint François Xavier montre même un de ces appendices servant de support. |
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François de Poilly (1623-1693), S. Francisci Xauery..., non daté, gravure, 12 x 14 cm, signé (Lothe 1994, p. 140-141, n° 221-222). |
François de Poilly (1623-1693), Le volant, non daté, gravure, 12 x 14 cm, non signé (Lothe 1994, p. 90-91, n° 95). |
François de Poilly a gravé une Regina Angelorum, d'après Maratta, qui présente des ressemblances avec la Vierge de cette médaille, enveloppée de soleil, nimbée d'étoiles et debout sur un croissant de lune. Cette oeuvre est connue par une copie exécutée par son frère Nicolas. Nicolas de Poilly (1627-1693), Regina Angelorum, Vierge nimbée d'étoiles sur un croissant de lune, non daté, gravure, 10,8 x 6 cm (Lothe 1994, p. 280-281, n° 43). |
François de Poilly (1623-1693), Santa Clara, non daté, gravure, 7,5 x 5,3 cm, en bas à droite « poilly f. », en bas au centre « SANCTA CLARA » (Lothe 1994, p. 154-155, n° 264). |
La bordure ouvragée de la médaille est très abîmée, particulièrement aux quatre coins. On y distingue toutefois les motifs d'un cadre en trompe l'œil formé de billettes séparées de deux perlons. On retrouve un motif pratiquement identique sur une gravure de Sancta Clara signée par François de Poilly, mais composée de trois perlons au lieu de deux.
« En ce qui concerne l'attribution à François de Poilly, il faut prendre en considération que le graveur est également picard, que cette "familiarité" a pu intervenir, et qu'il est à cette date un graveur dont les talents sont reconnus. Mais à bien considérer sa carrière, depuis 1669 un des graveurs et marchands-éditeurs d'estampes les plus importants parmi tous les graveurs parisiens, dont les estampes ne sont plus les images de dévotion qui furent celles du début de sa carrière, mais qui grave désormais les positions de thèses de grands personnages ou des estampes reproduisant les tableaux des particuliers ou encore des portraits, il m'est difficile de penser que cette planche a été gravée par François de Poilly lui-même. Vous avez raison de souligner la parenté du travail de gravure avec celui du Saint Jean à Pathmos ou encore du Jeu du volant, mais je la crois volontiers sortie du burin d'un de ses élèves qui copie la manière de faire des images de dévotion, où le travail de gravure, comme dans toutes celles que j'ai pu rencontrer, est assez sommaire. Voici, certes peu développés, les arguments qui me font plutôt penser à l'atelier de François de Poilly (Collaboration de José Lothe). »
Le frère Luc aurait-il pu collaborer à cette médaille ? |
Ce texte reprend plusieurs éléments de notre publication
« La médaille du baron de Fouencamps et le frère Luc » (Derome 2019)
où on retrouvera quantité de notes justificatives ici omises.
Claude François dit frère Luc (1614-1685), Ex-voto à Notre-Dame de Foy ou Le miracle du 25 avril 1630 (détail), vers 1650, huile sur toile, 262 x 168 cm, église Saint-Martin Neuville-lès-Lœuilly (Morisset 1944a ; Nicolle 1996, p. couverture ; Danel 2000, p. 51 ; Landry 2005, p. 105, fig. 124 ; Danel 2019.06.15).
| Le frère Luc livre un autoportrait dans cette oeuvre autobiographique commandée par les Augustins d’Amiens. Il y tient un tableau rappelant un accident de cheval sur le pont de Moucreux, dans sa ville natale d'Amiens, dont il a été miraculeusement sauvé le 25 avril 1630. À genoux, il le tend bien haut en guise d'ex-voto. Les bras de Jésus établissent un lien entre cet événement et l'enfant mal en point soutenu par saint Augustin agenouillé. Quant à la Vierge, elle regarde Jésus, le soutenant de sa main droite et posant sa main gauche sur cet autre enfant. Cette thématique où Jésus et Marie viennent en aide à l'enfance s'apparente ainsi à celle de la Médaille Fouencamps-Bourgeoys. | « Il apparaît tout à fait logique d'attribuer le dessin de la plaque de cuivre au frère Claude François ou, du moins, à son atelier. Il est né en Picardie, comme le baron Fouencamps, et tout conduit à penser que le baron s'est adressé à un compatriote, dont les talents de peintre ont été distingués par le Roi, et qui, passé par Rome et par l'atelier de Simon Vouet, est familier de l'élaboration de tableaux et de dessins d'inspiration religieuse [collaboration de José Lothe]. » |
Premières lignes des lettres patentes, Dunkerque, Haut-de-France, France, 20 juin 1671, Archives Congrégation de Notre-Dame, Montréal (web).
Lors de son deuxième voyage en France (1670-1672), Marguerite Bourgeoys obtient les lettres patentes pour sa communauté, le 20 juin 1671, après sa rencontre avec Louis XIV. Cette médaille est gravée en mai-juin 1672, juste avant son retour en Nouvelle-France. Elle et le baron de Fouencamps ont intérêt, pour leur œuvre à Ville-Marie, à se rapprocher des politiques royales dorénavant représentées par les récollets et symbolisées en œuvres d’art, si prisées par le Roi Soleil, en l’occurrence celles du frère Luc dont le récent séjour en Nouvelle-France constitue un événement artistique majeur pour cette colonie. Dans ce contexte, serait-il possible que le frère Luc ait pu collaborer à cette médaille ?
Anonyme, Ville et port d'Amiens vus du chemin de halage, XVIIe siècle, gravure, 14 x 36 cm, Archives départementales de la Somme 1FI21 (web).
| Claude François (1614-1685) naît à Amiens où Adam Chevrier (vers 1565-1624) réside principalement de 1594 jusqu'à son décès, y acquérant une maison et des fiefs, dont la seigneurie de Fouencamps. Aurait-il pu connaître Pierre Chevrier baron de Fouencamps (1608-1692) dès son enfance ? | Vers 1632, Claude François se rend à Paris pour se former dans l’atelier du peintre Simon Vouet (1590-1649). Après un séjour à Rome (vers 1635-1640), il acquiert le titre de « Peintre du Roy ». Il entre au couvent des récollets de Paris, rue du Faubourg Saint-Martin, devenant frère mineur, sous le nom de frère Luc, le 8 octobre 1645 . Sa réputation grandissant, il peint une œuvre abondante, surtout religieuse. |
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A. Le Prince, imprimerie Laroche, Église St-Michel en 1789 à Amiens, août 1833, Lithographie, 21,2 x 28,8 cm, Collection Maurice Cosserat, Archives départementales de la Somme 47FI1-3260 (web). |
Simon Vouet, Voeu de Louis XIII, 1633, huile sur toile, 200 x 170, Église de Neuilly-Saint-Front (web ou pdf ; Meisterdrucke). |
L’iconographie de cette Médaille Fouencamps-Bourgeoys, fort complexe, rappelle un thème cher aux franciscains : « Émile Mâle a bien montré qu’une église [franciscaine], au XVIIe siècle, se reconnaissait […] quand on voyait Saint Michel terrassant le dragon [Simard 1976, p. 237, citant Mâle 1932, p. 38] ». Le frère Luc peint justement, vers 1645, un Saint Michel terrassant Lucifer, pour l’église Saint-Michel d’Amiens, édifice et tableau qui n'ont pas été conservés (Morisset 1944a, p. 92, n° 2 ; Danel 2000, p. 107). |
Vers 1650, le frère Luc peint Le vœu de Louis XIII pour la chapelle des Récollets de Saint-Germain-en-Laye (Morisset 1944a, p. 94, n° 7 ; Danel 2000, p. 73), tableau non conservé dont le sujet est relié à cette Médaille Fouencamps-Bourgeoys via la Vierge mère. La même thématique avait été traitée par son maître Simon Vouet, en 1633, lorsque le frère Luc se formait à son atelier. |
• Jean Patigny (actif 1660-1670) d'après un dessin de Claude François dit frère Luc (1614-1685), La Mere Caterine de St. Augustin Religieuse Hospitaliere de Quebec en Canada…, avant novembre 1670, gravure sur papier, image 16,8 x 12,2 cm, feuille 21,8 x 15 cm, signé en bas au centre « Patigny In. Et Fecit » (Ragueneau 1671, frontispice). |
••• Attribué à Claude François dit frère Luc (1614-1685), Mère Catherine de Saint-Augustin, vers 1668, huile sur toile, 72 x 59 cm, Québec Monastère des Augustines (O’Malley 2009 ; photo RPCQ). |
| L'attribution du dessin de La Mere Caterine de St. Augustin, gravure signée Jean Patigny (actif 1660-1670), est traditionnellement donnée au frère Luc (Derome 2019, note 78, se référant à : Morisset 1944a, p. 124 ; Martin 1988, p. 38 ; Martin 1990, vol. 1, p. 337-338 ; O’Malley 2009, p. 16), mais a pu susciter des réserves (Danel 2000, p. 79). Son mouvement rappelle ses compositions : les personnages, gestes et regards, terrestres et célestes, transmettent le message du Christ depuis son nuage dans le ciel, dans une chaîne de communication ininterrompue, via la Vierge, Brébeuf et les anges, jusqu’aux âmes du purgatoire. Ses thématiques iconographiques tissent des liens avec celles de la Médaille Fouencamps-Bourgeoys : « L’image symbolique gravée par Patigny nous montre Catherine intercédant en faveur des âmes du Purgatoire, après avoir terrassé le Démon, avec l’aide de saint Michel, chef des milices célestes [Martin 1988, p. 39] ». | Cette gravure illustre la biographie de Marie-Catherine Simon de Longpré, dite de Saint-Augustin (1632-1668), par le jésuite Paul Ragueneau (1608-1680). L'extrait du privilège du Roy, en exergue, est daté du 14 janvier 1671 et l’ouvrage a été « Achevé d'imprimer pour la premiere fois le 3 avril 1671 ». Mgr de Laval, initiateur du programme iconographique, en a reçu copie le 8 novembre 1670, bien avant la publication du livre (Ragueneau 1671, p. 38). Un dessin du frère Luc après son arrivé à Québec, seulement deux mois et demi plus tôt, n'aurait pas pu être gravé à Paris dans ce trop court laps de temps ! L’aurait-il préparé bien avant son départ du 22 mai ? Est-ce lui qui aurait apporté la gravure dans ses bagages ? | On navigue également dans l’imprécision quant au portrait à l’huile de cette religieuse naguère attribué à l’abbé Hugues Pommier (1637?-1686) (Gagnon 1976, t. II, fig. 38, p. 108). Laurier Lacroix, tout en datant ce portrait « après 1671 », propose contradictoirement que « la toile a pu être commandée pour orner la biographie de la religieuse publiée en 1671 par le jésuite Paul Ragueneau », créant ainsi une dichotomie de datations irréconciliables (Lacroix 2012, p. 117) ! Michael O'Malley, qui a restauré ce tableau, documente plusieurs comparaisons probantes avec des oeuvres du frère Luc. Il le date « vers 1668 », soit l'année du décès de la portraiturée, et se demande s'il ne s'agirait pas d'un portrait idéalisant les traits de son visage non personnalisé, identiques à ceux de plusieurs de ses autres tableaux religieux (O’Malley 2009, figures et conclusion). Cette assertion se vérifie suite à l'enlèvement des repeints du visage et est corroborée par sa ressemblance retrouvée avec celui de la gravure dont Mgr de Laval avait déjà reçu copie le 8 novembre 1670 ! |
• Portrait de Jean Talon, huile sur toile, 72,7 x 59,3 cm, Québec, Musée des augustines de l'Hôtel-Dieu (Vachon 1982, p. 283). |
••• Claude François dit frère Luc (1614-1685), Assomption de la Vierge, 1671, huile sur toile portant les armoiries de Jean Talon, 205,7 x 157,5 cm, Québec, chapelle du monastère des augustines de l'Hôpital général, photo CCQ. |
| Le 22 mai 1670, accompagné de cinq autres récollets, frère Luc embarque pour la Nouvelle-France « à Larochelle sur la frégate Sainte-Hélène, commandée par le capitaine André Chaviteau » (Galland 2012.06, p. 31 et note 107). L’intendant Jean Talon (1626-1694) et le récollet Germain Allart (1618-1685), délégué du roi pour veiller à leur rétablissement, voyagent sur le même navire qui arrive à Québec, le 18 août, après un difficile voyage de trois mois. Le frère Luc apporte peut-être quelques tableaux déjà peints. | Durant son séjour d'un peu plus d'un an en Nouvelle-France, le frère Luc réalise le premier retable de la chapelle du couvent des récollets, aujourd’hui le Monastère des augustines de l’Hôpital général où est conservée son Assomption de la Vierge portant les armoiries de Jean Talon. Il s'y réfère à la Vierge de l'Apocalypse et aux litanies de Lorette, dévotions que l'on retrouve également sur la Médaille Fouencamps-Bourgeoys, ainsi que ces éléments de composition : « La disposition resserrée de la figure de la Vierge dans le plan du tableau, sans repoussoir ni avant-plan, à proximité des fidèles, est cohérente avec d’autres compositions du peintre [Saint Jean-Baptiste dans le désert à l’église de Châtillon-Coligny, Touchais 2012.06, p. 72 ; Rykner 2012.07.17], dont l’Ex-voto conservé à Trois-Rivières [Lacroix 2008, p. 40] ». |
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SJPVE Claude François dit frère Luc, Saint Joachim présentant la Vierge enfant, 1675-1676, huile sur toile, 161,3 x 114,3 cm, Musée Sainte-Anne-de- Beaupré (Landry 2005, p. 109, fig. 127, collaboration Madeleine Landry photo Jacques Beardsell ; Lacroix 2008, p. 42, fig. 13). |
VPEJ Claude François dit frère Luc, La Vierge présentant l’enfant Jésus, 1675-1676, huile sur toile, 161,3 x 114,3 cm, Musée Sainte-Anne-de-Beaupré (Landry 2005, p. 109, fig. 128, collaboration Madeleine Landry photo Jacques Beardsell ; Lacroix 2008, p. 42, fig. 14. |
SFLS Claude François dit frère Luc, La Sainte Famille (Le silence), huile sur toile, 180 x 135 cm, Sivry-Courtry, église Saint-Germain (Danel 2000, p. 58-60 et planche 7 ; Kerspern 2010.12.29 ou pdf ; photo Jean-Jacques Danel). |
| Le frère Luc laisse d’autres œuvres à Québec, à l’Île d’Orléans et sur la Côte-de-Beaupré (Landry 2005). Ses deux tableaux à Saint-Anne-de-Beaupré utilisent le motif de l'Enfant Jésus emmailloté si présent dans la Médaille Fouencamps-Bourgeoys, motif que l'on retrouve également dans La Sainte Famille (Le silence). | Le frère Luc quitte la Nouvelle-France en octobre ou novembre 1671 (Derome 2019, notes 67-69). Mais, en tant que procureur et agent des récollets (Galland 2012.06, p. 30, note 106, et 38-39), il continuera à y envoyer des tableaux. Il séjourne à Sézanne jusqu’en 1675, y peignant pour le couvent des récollets. Il décède, le 17 mai 1685 , au couvent de Paris. |
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AM Claude François dit frère Luc, Adoration des Mages, 1650 ou 1670, huile sur toile, 4,10 x 3,20 m, Guerville, église Saint-Martin (Morisset 1944a ; Danel 2000, p. 72-73). |
Atelier de Claude François dit frère Luc, Immaculée Conception, après 1672, huile sur toile, 244 x 160 cm, Trois-Rivières, Fabrique de la paroisse de l’Immaculée-Conception-de-la-Sainte-Vierge (Lacroix 2012, p. 121, ill. 84 ; photo Michel Élie). Version similaire, deux personnages en moins, église de Champlain. |
L’Adoration des Mages, peinte vers 1650 ou 1670, partage plusieurs caractéristiques de la Médaille Fouencamps-Bourgeoys, tant la Vierge (posture générale, visage, mère) que l’enfant (visage, tête sur le bras droit, langes s'approchant d’un emmaillotement). |
L’Immaculée Conception, peinte après 1672 pour les récollets de Trois-Rivières, présente plusieurs relations avec la Médaille Fouencamps-Bourgeoys : le dragon ou le serpent représentant le diable ; la référence à saint Michel (sur la médaille, dragon, blason en quintaine et Vierge de l’Apocalypse ; sur le tableau, serpent, lance et bouclier avec l'inscription ipsa conteret caput hunc se traduisant librement par celle-ci t'écrasera la tête) ; la posture générale de la Vierge, sa couronne de douze étoiles et le croissant, ses mains maniérées. |
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CAJQ Claude François dit frère Luc, Croix admirable à Jésus quoiqu’ignominieuse, 1666, huile sur toile, 210 x 120,5 cm, France, Amiens, Musée de Picardie, Ex-voto de François Quignon offert à la Confrérie du Puy Notre-Dame de la cathédrale d’Amiens. |
RSF Claude François, dit frère Luc, Le repos de la Sainte Famille pendant la fuite en Égypte, 1647, huile sur toile, 386 x 260 cm, La Chapelle-la-Reine, église Sainte-Geneviève (photo Wikipedia, corrections perspective et luminosité RD). |
NDDR Claude François dit frère Luc, Notre-Dame du rosaire, 1680, huile sur toile, 275 x 170 cm, Paris, Chapelle Saint-Louis-de-la-Salpêtrière (Danel 2000, p. 105-106 et planche 30). |
Le frère Luc avait peint en 1666 une Vierge à l'enfant, pour la cathédrale d'Amiens, dont la posture se rappoche de celle de cette Médaille Fouencamps-Bourgeoys par le port de l'enfant sur son côté droit. L'enfant présente toutefois une toute autre iconographie. Libéré de ses langes, il ouvre grand les bras vers le visage de sa mère. Pratiquement nu, cette disposition favorise sa liberté dans une relation ludique sensuelle avec sa mère, antinomique des contraintes et restrictions de l’emmaillotement des dévots. Ce motif se retrouve dans Le repos de la Sainte Famille pendant la fuite en Égypte datée de 1647, ainsi que dans Notre-Dame du rosaire en 1680.
RSF Claude François, dit frère Luc, Le repos de la Sainte Famille pendant la fuite en Égypte, 1647, huile sur toile, 386 x 260 cm, La Chapelle-la-Reine, église Sainte-Geneviève (photo Wikipedia, corrections perspective et luminosité RD). |
AM Claude François dit frère Luc, Adoration des Mages, 1650 ou 1670, huile sur toile, 4,10 x 3,20 m, Guerville, église Saint-Martin (Morisset 1944a ; Danel 2000, p. 72-73). |
EJVC L’Enfant Jésus voyant la croix, symbole de sa Passion ou La Sainte Famille, 1670-1671, huile sur toile, 200 x 162 cm, Fabrique La-Sainte-Famille-d’Orléans, Île d’Orléans (Lacroix 2012, p. 102, ill. 65). |
SFH La Sainte Famille à la Huronne, vers 1671, huile sur toile, 121,9 x 106,7 cm, Ursulines de Québec (Lacroix 2012, p. 71, ill. 34). |
VFA Vision de François d’Assise, 1672-1675, huile sur toile, Chapelle de l’hôpital, Sézanne (Touchais 2012.06, p. 46, fig. R). |
SCS Sainte Catherine de Sienne, huile sur toile, 66 x 45 cm, collection particulière (Touchais 2012.06, p. 41, fig. C ; Danel 2019.06.15). |
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MCSA Jean Patigny (actif 1660-1670) d'après un dessin de Claude François dit frère Luc (1614-1685), La Mere Caterine de St. Augustin Religieuse Hospitaliere de Quebec en Canada…, avant novembre 1670, gravure sur papier, image 16,8 x 12,2 cm, feuille 21,8 x 15 cm, signé en bas au centre « Patigny In. Et Fecit » (Ragueneau 1671, frontispice). |
EJVC L’Enfant Jésus voyant la croix, symbole de sa Passion ou La Sainte Famille, 1670-1671, huile sur toile, 200 x 162 cm, Fabrique La-Sainte-Famille-d’Orléans, Île d’Orléans (Lacroix 2012, p. 102, ill. 65). |
CM Le Christ mort, vers 1672, huile sur toile, 68 x 54 cm, Chapelle de l’hôpital, Sézanne (Touchais 2012.06, p. 41, fig. D). |
EH Ecce Homo, huile sur toile, 72 x 59 cm, Église Saint-Jean-Saint-François, Paris (Touchais 2012.06, p. 41, fig. A). |
SCS Sainte Catherine de Sienne, huile sur toile, 66 x 45 cm, collection particulière (Touchais 2012.06, p. 41, fig. C ; Danel 2019.06.15). |
VLXIII Voeu de Louis XIII, vers 1650, tableau perdu, autrefois à Saint-Germain-en-Laye (Morisset 1944a, p. 94, n° 7 ; Danel 2000, p. 73). |
EVNDDF Claude François dit frère Luc (1614-1685), Ex-voto à Notre-Dame de Foy ou Le miracle du 25 avril 1630, vers 1650, huile sur toile, 262 x 168 cm, église Saint-Martin Neuville-lès-Lœuilly (Morisset 1944a ; Nicolle 1996, p. couverture ; Danel 2000, p. 51 ; Landry 2005, p. 105, fig. 124 ; Danel 2019.06.15). |
CAJQ Claude François dit frère Luc, Croix admirable à Jésus quoiqu’ignominieuse, 1666, huile sur toile, 210 x 120,5 cm, France, Amiens, Musée de Picardie, Ex-voto de François Quignon offert à la Confrérie du Puy Notre-Dame de la cathédrale d’Amiens. |
Plusieurs compositions du frère Luc illustrent de complexes compositions liées à l'expression de voeux tout comme la Médaille Fouencamps-Bourgeoys : Voeu de Louis XIII ; Ex-voto à Notre-Dame de Foy ou Le miracle du 25 avril 1630 ; Croix admirable à Jésus quoiqu’ignominieuse.
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Façade de l'ancien couvent des récollets, Sézanne (photo RD 2007). |
Cloître de l'ancien couvent des récollets, Sézanne (photo RD 2007). |
| La formation académique du peintre et la variété des thèmes qu’il traite constituent autant d'atouts qui assurent la qualité de ses commandes. Par sa capacité à adapter ses sujets aux dévotions et au contexte, le frère Luc apporte une interprétation contemporaine des pratiques religieuses et de la spiritualité des prêtres et de la population, alors que la ville de Québec et la colonie française d’Amérique connaissent un véritable épanouissement. Mais, après son séjour en Nouvelle-France et les cycles de Sézanne et Paris, sa production change. Il peint moins et la qualité de ses oeuvres en est marquée. | « [...] plusieurs nouvelles attributions au récollet circulent entre historiens d'art [...] concernant des tableaux classés comme anonymes dans les bases patrimoniales […] Les publications des trente dernières années en ont considérablement augmenté le nombre […] on a l’impression de se trouver face à une nébuleuse d’œuvres avec des différences de qualité importantes d’une toile à l’autre [...] On imagine aisément que deux ou trois autres frères convers aient pu participer aux travaux de l’atelier. Ou bien, est-ce la main qui s’affaiblit peu à peu, chez un artiste âgé [...] Ceux qui appellent à l’établissement d’un catalogue nouveau raisonné ou d’une exposition [...] ne pourront faire l’économie de se poser ces questions déjà relevées par Gérard Morisset en 1944 [Montcouquiol 2012.07.29]. » |
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Reconstitution de l'ancien programme iconographique |
Retable de l'ancien couvent des récollets, |
Bien que cette plaque gravée présente plusieurs convergences iconographiques avec des œuvres du frère Luc, son style est d’une toute autre nature. Aucune composition du frère Luc ne correspond exactement à cette médaille au style archaïsant. La reproduction d’un dessin formel est donc à écarter, à moins que le commanditaire ou le graveur ne l’aient modifié ! Aurait-il pu faire une esquisse sommaire ? Ou donner des conseils d’ordre iconographique ? Ou transmettre la requête à un élève ? Le statisme de la composition et la profondeur de champ réduite ont peu de points de comparaison avec ses grandes œuvres, mais peut-être avec certaines, moins connues, de son atelier après son retour de Nouvelle-France. Les attributions évoluent au fil des découvertes, analyses et opinions. Le portrait de Jean Talon est donné à un « Peintre français non identifié » au Québec (Lacroix 2012, p. 136, ill. 98) et au frère Luc en France (Danel 2000, p. 81 ; Touchais 2012.06, p. 42, ill. G). Ainsi en va-t-il de plusieurs autres œuvres, nouvelles découvertes et attributions.
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| La Médaille Fouencamps-Bourgeoys échappe à la copie servile par ses influences iconographiques variées, liées à plusieurs dévotions provenant des arcanes effrayantes des dangers des voyages maritimes, de l'influence des gravures de Montaigu, du vieux fonds religieux chrétien via la Vierge, l'archange saint Michel et la Madonne de Bon Secours, ainsi que des nouvelles préoccupations de la protection de l'enfance. | Il serait fort étonnant que le frère Luc n’ait jamais entendu parler du baron de Fouencamps et de Marguerite Bourgeoys, personnages importants en lien avec cette Nouvelle-France peuplée de seulement 3 215 personnes en 1666 et de 7 605 en 1673. D’autre part, peut-on penser que le milieu des dévots n’ait pas été au courant de l’exceptionnelle et prestigieuse mission picturale, à visées royales hautement politiques, du frère Luc en Nouvelle-France ? | En mai-juin 1672, au moment de la fabrication de cette Médaille Fouencamps-Bourgeoys, il aurait été possible au baron de Fouencamps, alors âgé de 64 ans, de rencontrer le frère Luc, alors âgé de 58 ans, tous deux habitant près de Paris et fort au courant des évolutions religieuses et artistiques en Nouvelle-France. |
On peut attribuer la gravure de la Médaille Fouencamps-Bourgeoys à l'atelier de François de Poilly. Conçue à l'époque où le frère Luc était en lien avec la Nouvelle-France et ce graveur, elle présente plusieurs convergences avec ses oeuvres. Espérons que l’on entreprendra les travaux de publication d’un catalogue raisonné des œuvres du frère Luc et de son atelier qui pourrait mieux éclairer la polyvalence de l’artiste derrière le religieux. Quoiqu'il en soit, l'analyse de cette Médaille Fouencamps-Bourgeoys aura permis de mieux comprendre le terreau historique des courants dévotionnels et iconographiques à la mode lors de sa fabrication, peu de temps après le passage du frère Luc en Nouvelle-France, à l’occasion du retour historique des récollets.
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