Médaille Fouencamps-Bourgeoys.
web Robert DEROME

Introduction

Fouencamps

Montaigu

Bourgeoys

Vierge mère

Bon-Secours

Graveur

Vierge mère à l'enfant Jésus emmailloté.

 

     ◊ Vierge mère.
     ◊ Enfant Jésus emmailloté.
     ◊ Iconographie européenne.
     ◊ Bérulle.
     ◊ Vincent de Paul.
     ◊ Marguerite du Saint-Sacrement.
     ◊ Simon François.

Vierge mère.

• Bartolomé Esteban Murillo, Immaculée Conception, 1678, huile sur toile, 274 × 190 cm, Prado P002809 (Wikipédia).
•• Joseph Saint-Charles (1868-1956) d'après une oeuvre de Bartolomé Esteban Murillo (1617-1682), Assomption de la Vierge, 1891-1892, huile sur toite, 700 x 350 cm , maître-autel de la chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours (RPCQ).
••• Médaille Fouencamps-Bourgeoys.

L'iconographie de la Vierge sur cette plaque est passablement complexe, car elle intègre plusieurs éléments qui habituellement ne vont pas ensemble. Son type est celui « de la Femme revêtue du soleil de l'Apocalypse, debout sur un croissant de lune [Réau 1955-1959, t. 2, vol. II, p. 79-80]. » Elle fut conçue sans péché afin de donner naissance au Christ qui racheterait le péché originel. Mais, ici, elle n'est pas enceinte puiqu'elle tient son enfant emmailloté dans ses bras ! Par contre, elle est couronnée de douze étoiles et monte la lune. Elle partage donc certaines caractéristiques de l'Assomption, dévotion à laquelle est également dédiée la chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours.

« Sous l'influence des litanies de Lorette, la Vierge de l'Assomption est généralement figurée sur un croissant de lune, le front ceint de douze étoiles, comme la femme de l'Apocalypse. [...] Le Speculum Humanae Salvationis explique en détail cette présentation de la Vierge calquée sur la femme de l'Apocalypse, avec les pieds sur un croissant de lune et la tête couronnée d'étoiles. Le femme de l'Apocalypse qui échappe au dragon est l'image de la Vierge enlevée au ciel. La lune qu'elle foule aux pieds est le symbole des choses changeantes de ce bas monde. Les douze étoiles qui illuminent sa tête rappellent les douze apôtres pressés à son chevet au moment de sa mort [Gagnon 1976, p. 62-63, citant Réau 1955-1959, t. 3, p. 617]. »

L'Immaculée Conception est le privilège en vertu duquel la Vierge Marie aurait été conçue sans péché originel par sainte Anne. C'est pourquoi elle est représentée toute jeune. Elle descend du ciel sur la terre, pour racheter la faute d'Ève. L'iconographie la représente donc regardant au sol vers l'endroit où elle se dirige. L'élaboration du dogme, étalée sur plusieurs siècles, a été lente et laborieuse. Le thème iconographique est apparu au XVIe siècle. Au XVIIe siècle Murillo lui a donné quelques-uns des modèles les plus connus. Dans l'Assomption elle effectue le mouvement contraire, s'élèvant de la terre vers les cieux vers lequel son regard se dirige, parfois aussi debout sur un croissant de lune. Les deux iconographies sont souvent confondues.

Abraham Bosse, Les Vœux du roi et de la reine à la Vierge, 1638, eau-forte, 200 x 410 mm,
BnF, département des Estampes et de la photographie, RESERVE QB-201 (31)-FOL.

Cette Vierge n'est donc ni une Immaculée Conception, ni une Assomption ! C'est une Vierge mère à l'enfant Jésus emmailloté. Ce thème fleurit à l'occasion du voeu de Louis XIII, élaboré de 1630 à 1638, consacrant la France à la Vierge, suivi de la naissance de Louis XIV attendu depuis 22 ans. Sa mère Anne d'Autriche cultivait une grande dévotion envers la Vierge Mère (Vloberg 1954, p. 42 ; Simard 1976, p. 31 ; Minois 2012.11.23). Les gravures largement diffusées d'Abraham Bosse et Grégoire Huret présentent alors le dauphin emmailloté, tout comme le portrait du tout jeune bébé Louis XIV dans les bras de sa nourrice Élisabeth Longuet de La Giraudière.

Grégoire Huret, Louis XIII et Anne d'Autriche mettant sous la protection de la Sainte Vierge le royaume de France et leur fils Louis, 1638, gravure, BnF Collection Michel Hennin. t. 32, 2770-2852.

Charles et Henri Beaubrun, Louis XIV en maillot sur les genoux de sa nourrice Dame Longuet de la Giraudière, 1638, 0,81 x 0,64 m, Louvre en dépôt au château de Versailles MI 846.

Marguerite Bourgeoys priant La Vierge sous les traits d'Anne d'Autriche et du dauphin Louis Dieudonné.

Les écrits de Marguerite Bourgeoys fournissent de multiples passages où il est question de la Vierge, des prières et dévotions qui lui sont rendues. L'un d'entre eux se réfère directement à cet événement majeur pour le XVIIe siècle français que fut la naissance de Louis XIV, fils d'une mère qui appuya toute sa vie les dévots dans leurs oeuvres.

Encore mineur, ce Dauphin devint roi, forçant Anne d'Autriche vers la Régence avec de multiples conseillers. Dans ce texte, Marguerite Bourgeoys relie directement ces événements au thème de la « charité » présent dans la Médaille Fouencamps-Bourgeoys sous la forme de l'iconographie de l'enfant Jésus emmailloté. On peut même penser que « l'église de paroisse » à laquelle se réfère Marguerite Bourgeoys puisse être la chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours qui fut la première église de pierre construite à Montréal.

« La règle de la charité est celle que la Sainte Vierge a prescrite à tous ceux qui ont eu l'honneur d'être à sa suite, et même les premiers chrétiens, car l'amour de Dieu et du prochain renferme toute la loi. [...] L'église de paroisse nous représente le Cénacle où la Sainte Vierge a présidé, comme une reine gouverne ses états durant la minorité de son petit dauphin ; car ses apôtres n'étaient pas encore capables de conduire l'Église [Bourgeoys 1964, p. 82-83]. »

Charles et Henri Beaubrun, Louis XIV et Anne d'Autriche, vers 1639-1640,
huile sur toile, 122 x 100 cm, Versailles MV 7143 et Wikipédia.

Anne d'Autriche joue un rôle prépondérant dans l'un des plus importants tableaux liés à l'essor de la colonie française en Amérique au XVIIe siècle, soit La France apportant la foi aux Hurons de Nouvelle-France, précédant de seulement quelques annes cette Médaile Fouencamps-Bourgeoys.

Cette médaille voit de nouveau ressurgir l'influence d'Anne d'Autriche, amie des dévots, dans une autre oeuvre se démarquant par l'originalité de son médium, de sa fonction, de son iconographie, de son commanditaire le baron de Fouencamps et de sa récipiendaire Marguerite Bourgeoys.

Ces deux oeuvres font donc à la fois référence à Anne d'Autriche et à Louis XIV. Dans le tableau, par le portrait de la reine et le collier portant le chiffre de Louis XIV. Dans la médaille, par la participation de ces deux personnages historiques au thème iconographique de la Vierge Mère, tant célébrée par Anne d'Autriche pour la naissance de son fils Louis XIV.

Anonyme, France (Nantes ?), La France apportant la foi aux Hurons de Nouvelle-France, 1665-1666, huile sur toile, 227,3 x 227,3 cm, conservé chez les ursulines de Québec, provient des jésuites (Pichette 1977.03 ; Gagnon 1983.09).

 

Enfant Jésus emmailloté.

Au XVIe siècle, la médecine s'intéresse davantage aux soins de l'enfant, dont l'influence de l'emmaillotement sur son développement, pour lequel on prône un juste équilibre. Le XVIIIe siècle critique de plus en plus cette pratique en accordant plus d'importance au mouvement sans contrainte et à la tendresse. Au XIXe, on le déconseille pour des raisons l'hygiène (Parrat-Dayan 1991.01-02).

Outre l'omniprésente influence d'Anne d'Autriche, renforcée par les visions de Marguerite du Saint-Sacrement avant la naissance du dauphin, l'iconographie de l'enfant Jésus emmailloté sur la Médaille Fouencamps-Bourgeoys illustre l'idéologie de l'école française de théologie de cette époque, via Bérulle et les oratoriens, mais également les pratiques sociales liées à l'enfance de plusieurs institutions créées par Vincent de Paul.

« C'est seulement lorsque l'enfant atteint l'âge de raison qu'il intéresse la société et la religion. Le premier âge qui ne peut comprendre Dieu, ne cherche pas encore à se rapprocher de lui, inspire dégoût et pitié. [...] "Si vous regardez ces petits Poupons, dans les bras de leurs Nourrices, & qui ſont enveloppez dans leurs petits langes, diriez-vous pas à les voir, que ce ſont des Priſonniers, qui ſont ainſi garottez, pour de bien grands Crimes : Ce ſont neantmoins de ieunes Eſclaues, que les pechez de leurs Peres tiennent arreſtez, avec certains Liens, qui ne ſont pas moins fâcheux, pour eſtre Inviſibles ; Et qui ont beſoin d'un Libérateur, qui payë leur Rançon, & qui penſe à leurs Beſoins, pendant tout le temps qu'ils ont à viure." [Pariset 1948, p. 175-177, citant Senlis 1643, p. 275]. »

Avec ses significations théologiques et dévotionnelles, l'emmaillotement est profondément ancré chez les membres de la Société de Notre-Dame fondatrice de Ville-Marie, dont Pierre Chevrier baron de Fouencamps. Il n'est donc pas étonnant de la retrouver sur cette médaille en 1672, en plein essor de la diffusion de cette imagerie créé par Simon François de Tours. Elle ancre la participation de Marguerite Bourgeoys dans ce mouvement de compassion envers les pauvres et les miséreux, via l'éducation des enfants qui animait ses oeuvres à Ville-Marie. Cette vocation nourrissant l'esprit trouve métaphore dans le sein nu près de cet enfant emmailloté, conférant ainsi à cette vierge le caractère nourricier de la Virgo lactans.

Médaille Fouencamps-Bourgeoys.

 

Iconographie européenne.

Quelques exemples permettent de retracer l'emmaillottement dans l'iconographie européenne. Au XIVe siècle en Italie chez Giotto et Mariano del Buono. Au XVe, dans une enluminure de Maître de Jacques de Besançon mettant en scène Jean Baptiste, le précurseur du Christ. Au XVIe, Dürer présente une version religieuse sévère alors que Clouet le situe dans un contexte érotique. Le XVIIe siècle illustre les tendances contradictoires de la liberté ludique et sensuelle entre l'enfant nu et sa mère, ou, la coercition sévère des dévots, jansénistes et protestants.

• Giotto, Nativité (détail), 1303-05, fresque, Padoue Chapelle des Scrovegni.
•• Mariano del Buono (1433/1434-1504), Florence, Enfant Jésus emmailloté, vers 1464-1504, enluminure, Louvre INV 9838.A recto.
••• Maître de Jacques de Besançon (actif 1478-1500), Naissance de saint Jean-Baptiste, 1480-1490, enluminure. manuscrit en latin sur parchemin, 281 x 275 mm, commandité par Pierre de Cerisay, doyen de Saint-Germain l'Auxerrois à Paris, Bibliothèque Mazarine, Ms 410 B f. 291v (Facebook).

Diverses représentations picturales attestent du thème de l'enfant emmailloté aux XIVe et XVe siècles. Giotto dans une Nativité, Buono seul en position verticale et Jacques de Besançon en Jean Baptiste naissant, prophète précurseur du Christ.

Albrecht Dürer, Vierge à l'enfant Jésus emmailloté, 1520, burin, 0,141 x 0,096 m, Louvre 543 LR recto.

François Clouet, A Lady in Her Bath, 1571, oil on oak, 92,3 × 81,2 cm, Washington National Gallery 1961.9.13 (Wikipedia).

Au XVIe siècle, Dürer présente une version religieuse sévère de l'enfant emmailloté alors que Clouet le situe dans un contexte notamment érotique incluant plusieurs plans de lectures, s'imbriquant les uns dans les autres, depuis le gamin grapillant les fruits murs de la nature nue jusqu'à la licorne dans un tableau stratégiquement suspendu tout près de la servante affichant une posture suggestive.

Peter Paul Rubens, Adoration des bergers, vers 1618-1620, hule sur toile, 322 x 237 cm format irrégulier modifié, Soissons Cathédrale Saint-Gervais-Saint-Protais, bras nord du transept.

Abraham Bosse, Vierge à l'Enfant au grand chapeau, 1623, eau-forte (vernis mol), avec quelques rehauts de burin dans les ombres. 118 x 83, BNF Est., Ed 30, rés.

Ces oeuvres contemporaines l'une de l'autre présentent l'enfant emmailloté dans un contexte ludique : la Vierge allaitant son enfant chez Rubens pendant l'Adoration des bergers ; une Vierge champêtre chez Bosse, au grand chapeau de paille, jouant librement avec son enfant.

Francesco Cozza (1605-1682), Le repos pendant la fuite en Egypte, vers 1625-1682, huile sur toile, 127,2 x 98 cm, Beauvais Musée de l'Oise 92.116.

Philippe de Champaigne, L'adoration des bergers, 1629, 397,5 x 247,5 cm, commandé par Marie de Médicis pour l'église du Carmel du faubourg Saint-Jacques de Paris en 1629, Lyon Musée des beaux-arts A 52 (Wikipédia).

La nature omniprésente de Cozza contraste avec la sévérité grandiloquente de Champaigne.
Pourtant, tous deux, mettent en relief un enfant Jésus emmailloté !

Giovanni Battista Salvi dit Sassoferrato (1609-1685), La Vierge tenant l'Enfant Jésus emmailloté, sanguine, 0,189 x 0,160 m, Louvre INV 14073 recto (Pop).

Abraham Bosse, Le mariage à la ville la visite à la nourrice, 1633, eau-forte burin, feuille 0,266 x 0,348 m, trait carré 0,219 x 0,315 m, Louvre 5174 LR recto (Welcome).

Une douce tendresse relie les enfants emmaillotés de cette Vierge et cette réconfortante nourrice où dans cette gravure, de type historico-ethnographique, on installe et manipule les bandelettes nécessaires à cet emmaillottement.

Laurent de La Hyre, La Vierge à l'Enfant, 1642, huile sur toile, 1,14 x 0,92 m, saisi à la Révolution en 1791 au couvent des Annonciades célestes de la rue Culture-Sainte-Catherine à Paris, Louvre INV 5355.

Louis. Antoine et Mathieu Le Nain, La Famille heureuse ou Famille de paysans ou Le retour de baptême, 1642, huile sur toile, 0,61 x 0,78 m, Louvre RF 1941 20.

Ces deux tableaux, datés de la même année 1642, présentent deux enfants heureux,
celui de la Vierge, dénudé, et celui, emmailloté, d'une famille pauvre.

Georges de La Tour (1593-1652), L'adoration des bergers, vers 1644, huile sur toile, 107 x 131 cm, Musée du Louvre RF 2555.

Georges de La Tour (1593-1652), Le nouveau né, 1ère moitié du XVIIe siècle, huile sur toile, 76 x 91 cm, Rennes Musée des beaux-arts INV 794.2.6.

Quel grand mysticisme dans la virtuosité sévére de ce grand artiste français présentant deux enfants emmaillotés :
Jésus adoré par les bergers et un bébé anynyme dans son cadre quotidien.

 

Bérulle.

Pierre de Bérulle (1575-1629) établit en France l'ordre des Carmélites en 1604, fonde en 1611 la congrégation séculière de l'Oratoire vouée à l'enseignement, au ministère et à la prédication, puis est élu cardinal en 1627. L'Oratoire a profondément marqué l'école française de spiritualité du XVIIe siècle dont Saint-Cyran, Condren, Vincent de Paul, Jean-Jacques Olier, Jean Eudes. Après son décès, ils fondent de nouvelles communautés et commanditent des oeuvres d'art. La dévotion de Bérulle pour la Sainte Enfance s'articule à compter de 1604 à partir de sources espagnoles.

« Bérulle s'est attendri sur ces premières années de la vie, mais il constate que "l'état d'enfance est l'état le plus vil et le plus abject de la nature humaine apès celui de la mort (Bérulle, Oeuvres complètes, Paris, Éd. Migne, 1856, col. 1007)" et Condren pense de même : "L'enfance, dit-il, c'est indigence, dépendance d'autrui, assujettissement, inutilité (cité par Mâle 1984, p. 117). "Pour ces théologiens, le Christ n'a pas échappé à cette pénible condition : "la vie de gloire se cache et s'abaisse dans l'enfance, dans l'impuissance, dans la souffrance [...] et enfin dans l'opprobe de la Croix où il est destiné (Bérulle, cité par Paul Cochois, Bérule et l'École française, Paris, Seuil, 1960, p. 17)." Ainsi pour Bérulle, le rapprochement de l'Enfance et de la Croix est nécessaire et par conséquent la Croix doit remplacer la Crèche. Cet enseignement nouveau portera immédiatement ces fruits [Simard 1976, p. 27]. »

Ce très intéressant portrait résume en quelque sorte les oeuvres de Bérulle concernant l'Enfant Jésus. Plusieurs thèmes sont issus de ces dévotions : l'enfant Jésus au service de la monarchie, aux instruments de la Passion, au maillot, au service de la charité (Simard 1976), ces derniers étant bien illustrés dans la Médaille Fouencamps-Bourgeoys.

Anonyme, Bérulle écrivant devant un tableautin de l'Enfant Jésus emmailloté, XVIIe siècle, tableau, emplacement inconnu (web ou pdf ; Simard 1976, fig. 18).

De sa main droite, Bérulle trace quelques mots sur une feuille de papier dont il n'est pas évident de déchiffrer l'intention et la signification : « cf. vert | caro feli | et ».

Par contre, on peut relier et comparer le tableautin de l'Enfant Jésus emmailloté, tenu de sa main gauche, à plusieurs gravures issues des compositions de Simon François de Tours.

 

Vincent de Paul.

Ce tableau d'histoire, peint au XVIIIe siècle, évoque les actitivés des Filles de la Charité instituées par Vincent de Paul (1576-1660) et Louise de Marillac (1591-1660) en 1633. Ils sont entourés d'aristocrates qui remettent leurs bijoux afin de financer leurs activités auprès des pauvres et des malades.

Poursuivant leur apostolat, Vincent et Maurillac fondent en 1638 l'Oeuvre des Enfants-Trouvés, puis la Confrérie de la Sainte Enfance de Jésus-Christ de la chapelle de l'hôpital des Enfants-Trouvés du Parvis Notre-Dame, organisme qui travaille en concertation avec « la célèbre et énigmatique Compagnie du Saint-Sacrement (1627-1665) [Simard 1976, p. 54] », à laquelle participe le cercle des dévots fondateurs de Ville-Marie, soit plusieurs membres de la Société de Notre-Dame.

Même si ce tableau a été peint après la Médaille Fouencamps-Bourgeoys, il illustre bien les oeuvres charitables accomplies par les dévots du milieu du XVIIe siècle en France. Mais, encore plus intéressant, deux des personnages représentés furent de grandes donatrices des communautés religieuses en Nouvelle-France au XVIIe siècle, madame de Miramion et la duchesse d'Aiguillon. Le thème de l'Enfant Jésus emmailloté est donc bien identifé à celui de la charité et des bonnes oeuvres des dévots parisiens qui les prolongent en colonie où il n'est pas étonnant d'y retrouver cette imagerie en lien avec Marguerite Bourgeoys qui poursuit les mêmes objectifs. Toutes ces oeuvres charitables sont symbolisées dans ce tableau par trois enfants emmaillotés figurant en toute évidence à l'avant-plan, tout comme dans la Médaille Fouencamps-Bourgeoys.

Jean André, Vincent de Paul et les filles de la Charité, XVIIIe siècle, huile sur toile, 257,10 x 227,10 x 7,50, Musée Assistance publique hôpitaux de Paris AP 204.

 

Marguerite du Saint-Sacrement.

Petit Roi de Grâce en habit rouge, Sanctuaire de l'Enfant-Jésus de Beaune (web ou pdf).

Petit Roi de Grâce en habit blanc orné de motifs floraux, Sanctuaire de l'Enfant-Jésus de Beaune (Ana Luisa Bueno, oct. 2017).

Petit Roi de Grâce en habit blanc uni, Sanctuaire de l'Enfant-Jésus de Beaune (web ou pdf).

Petit Roi de Grâce en habit noir, Sanctuaire de l'Enfant-Jésus de Beaune (21 mai 2019, web ou pdf).

Les visions de Marguerite du Saint-Sacrement (Marguerite Parigot 1619-1648), religieuse au Carmel de Beaune, avaient précédé la naissance du dauphin Louis Dieudonné en 1638. En signe de reconnaissance, Anne d'Autriche avait donné au carmel une statuette représentant Le Petit Louis XIV. Mais la visionnaire lui préfère celle reçue en 1643 du baron Gaston de Renty (1611-1649), un des premiers membres de la Société de Notre-Dame, donc lié à Ville-Marie, au baron de Fouencamps et à Marguerite Bourgeoys. Cet enfant emmailloté, que l'on change d'habits comme le Manneken-Pis, allait conquérir la ferveur populaire étant largement diffusée par les oratoriens. Par contre, les portraits de cette carmélite la représentent habituellement avec un enfant Jésus non emmailloté et souvent très nu, ce qui illustre bien l'ambivalence picturale de ce siècle entre le rigorisme et le ludisme !

Karl Audran d'après François Chauveau, Gaston Jean Baptiste de Renty, seigneur de Citry, baron de Landelles, gravure (Wikipédia).

Anonyme, Le Petit « Roi de gloire », Carmel de Beaune, XIXe-XXe siècle ?, gravure (Bremond 1916-1936, t. 3, p. 548 ; reprise dans Simard 1976, p. 34 et fig. 10).

Anonyme, La Vénérable mère Marguerite du saint sacrement portant l'Enfant Jésus, 1645, huile sur toile, 146 x 117 cm (hors cadre), Beaune hospice de la Charité n° 87 GHC 0490 (Pop ou pdf).

Herman Weyen, Marguerite du Saint-Sacrement, 1648, estampe eau-forte et pointillé, 16 x 11,6 cm, Châteaux de Versailles et de Trianon INV.GRAV.LP 23.116.5 (web ou pdf).

Jean Lenfant (1615?-1674, Marguerite du St Sacrement et le Petit Roi de Grâce, 1648, gravure, Archives municipales de Beaune AMB 48 Z (web ou pdf).

[Jacques Stella ?] gravé par Nicolas Regnesson (1616-1670), S. Marguerite du S. Sacrement R. Carmelite de Beaune tres deuote à l'enfence de N.S.I.C. morte en odeur de Saincteté le 26 May 1648 agée de 28 ans, jadore le fils de Dieu en lheureux moment de ſa naiſſance, 1648 ou après ?, estampe burin, 18,1 x 11,4 cm. cuvette, Châteaux de Versailles et de Trianon INV.GRAV.LP 23.116.2 (web ou pdf ; Kespern ou pdf).

Jacques Stella gravé par Nicolas (?) de Poilly, S. Marguerite du S. Sacrement R. Carmelite de Beaune, tres devote à l'enfance NSIC morte en odeur de Sainteté, le 26 May 1648, agée de 28 ans, 1654, gravure (Amelote 1654, frontispice ; Kespern ou pdf).

Jacques Stella gravé par Pierre Le Doyen, S. Marguerite du S. Sacrement R. Carmelite de Beaune, tres devote à l'enfance NSIC morte en odeur de Sainteté, le 26 May 1648, agée de 28 ans, 1655, gravure (Bnf, Collection Michel Hennin, t. 39, 3479-3573 ; Amelote 1655, frontispice ; Kespern ou pdf).

 

Simon François.

Félibien 1666-1688, t. 5, p. titre et 115-119.

Le livre d'André Félibien publié à la fin du XVIIe siècle, dont les extraits sont reproduits ci-dessus, révèle la vie et la carrière du peintre méconnu Simon François de Tours (1606-1671) qui joue un rôle important dans la diffusion de l'iconographie de l'Enfant Jésus emmailloté en concertation avec les communautés religieuses de cette époque naviguant autour de Bérulle, des oratoriens et de Vincent de Paul. Après son retour d'Italie en 1638, la carrière de Simon François s'engage sous de mauvais augures suite à une mésentente avec Anne d'Autriche. Premier artiste commandité par la reine à peindre le dauphin nouveau né, elle s'offusque que son tableau se retrouve, via « une perſonne de qualité » non identifiée, chez le cardinal de Richelieu, d'où son banissement de la cour. Le peintre se réfugie alors dans les ouvrages de dévotion en accord avec son tempérament pieux et reclus. Ses oeuvres se retrouvent dans les églises de Paris, chez les jésuites, les oratoriens, aux Incurables, aux Minimes et autres communautés religieuses, ainsi qu'à Tours en différents endroits.

Simard 1976, p. 48, se référant à Crozet 1954, p. 69 et 72, attribuait à Simon François cette oeuvre restaurée en 1985 et maintenant considérée comme Anonyme, Vœu de Louis XIII, milieu du XVIIe siècle, 183 x 146 cm format vraisemblablement réduit, Sées Musée départemental d’art religieux (collaboration d’Étienne Poulain).

Simon François, Sainte Famille dans un paysage, toile, 102,5 x 79,5 cm, collection privée (web ou pdf).

Simon François gravé par François de Poilly, Repos de la Sainte Famille, gravure, 42,3 x 30,4 cm, Rijksmuseum (web ou pdf).

François de Poilly, Vierge à l'enfant, « F. Poilly ex. c P. R. », BnF fonds Béringhen Da 20 fol, p. 40, microfilm 73539 (web ou pdf).

Simon François, Vierge à l'Enfant, 1671, huile sur toile, 72 x 59 cm, legs Mme Georges Hersent-Luzarches 1952 Tours Musée des beaux-arts Inv. AF 7.

Trois vierges de Simon François présentent l'enfant Jésus pratiquement dénudé, fort loin de l'emmaillotage. La posture de sa Vierge à l'enfant dans le Repos de la Sainte Famille a été reprise sans mention par le même graveur, François de Poilly !

Simon François, Présentation de l'Enfant Jésus au Temple, 1643,
huile sur toile, 298,5 x 199 cm, retable acquis sur le marché de l'art à Paris en 1964, Tours Musée des beaux-arts déposé dans la chapelle Saint-Michel de l'ancienne chapelle des Ursulines Inv. 1964-1-1.

Ce divin poupon n'est toujours pas emmailloté dans sa Présentation de l'Enfant Jésus au Temple qui pourrait provenir de l'Institution des Pères de l'Oratoire à Paris.

Simon François de Tours (1606-1671) gravé par François de Poilly (1623-1693), Adorate evm omnes Angeli eivs ps. 96, vers 1638-1693, gravure, 20,6 x 15,5 cm, « Simon François inuent. Cum Pri. Re. F. Poilly sculp. » (Lothe 1994, p. 168-169, n° 291).

Anonyme, Bérulle écrivant devant un tableautin de l'Enfant Jésus emmailloté, XVIIe siècle, tableau, emplacement inconnu (web ou pdf ; Simard 1976, fig. 18).

Simon François de Tours (1606-1671) est l'auteur du dessin et François de Poilly (1623-1693) le graveur de l'enfant Jésus emmailloté entouré d'anges intitulé Adorate evm omnes Angeli eivs, pouvant librement se traduire Tous ses anges l'adorent. Cette composition date fort probablement de la période d'activité en France de Simon François, soit entre 1638 et son décès en 1671. Quant à celle du graveur, il est moins aisé de l'établir. Selon sa biographie, elle pourrait se situer vers 1638-1693. Cette oeuvre présente de fortes ressemblances avec le tableautin tenu par Bérulle dans un de ses portraits, un fort indice d'une probable commandite à Simon François de ce tableautin et de cette iconographie. Une oeuvre identique est attribuée au graveur Jean Boulanger (1607-1680) d'après Simon François de Tours, mais dont les signatures n'apparaissent pas au bas de l'image ; serait-ce une erreur d'attribution (Simard 1976, fig. 23, référence à BN. Est., et p. 53, note 109, référence à Weigert, Inventaire du Fonds français, Graveurs du XVIIe siècle, Paris, Bibliothèque nationale, département des estampes 1939-, t. II, n° 34) ? Claude Duflos (1665-1727) transformera cette composition en habillant l'enfant en homme de loi regardant une croix dans le ciel (Simard 1976, p. 53 et fig. 24, référence à BN Est, DA. 40, Oeuvre de Simon François). François de Poilly, né en 1623 à Abbeville, est le fils de l'orfèvre Charles de Poilly auteur, en 1664, du Buste reliquaire de Jean de Brébeuf, un chef-d'œuvre de l'orfèvrerie parisienne conservé au Québec dont l'histoire et les mythes ont été analysés (Bimbenet-Privat 1997 et Derome 1997b). C'est de son père qu'il reçoit ses premières leçons de dessin. En 1638 il poursuit sa formation à Paris chez Pierre Daret, habile graveur de la rue Saint-Jacques. Après avoir illustré des livres et travaillé pour Pierre I Mariette, il séjourne à Rome de 1648 à 1655. Revenu à Paris, il prend plusieurs apprentis à partir de 1658, date où il épouse Marguerite, la fille du graveur en taille-douce et marchand d'estampes Herman Weyen dont il rachète, en 1669, le fonds de planches, le matériel d'imprimerie et le bail de sa maison rue Saint-Jacques. Il y demeure jusqu'à sa mort en 1693 (Lothe 1994, p. 22 ; Grivel 1986, p. 365-366).

Cette oeuvre non signée est une reprise inversée de la composition ci-dessus par Simon François, gravée par François de Poilly auquel elle est attribuée. (« Il y a des oraisons tout autour », Notes manuscrites de Pierre-Jean Mariette (1694-1774) sur les peintres et les graveurs, BnF, Cabinet des estampes ; Hecquet 1752, épreuve rognée sans les prières, cité par Lothe 1994, p. 104-105, n° 132.)

Elle présente plusieurs textes de divers auteurs. Celui de Bérulle est mis en exergue par un grand intitulé sous l'image. Donc, l'une des images qui circulait chez les oratoriens dont il est le fondateur (Simard 1976, p. 55). On y reconnaît très clairement les idéologies de cette époque en rapport avec cette iconographie de l'enfant Jésus emmailloté.

Le dessein de ette Image est de nous Exciter a L'Adoration et a L'Amour Envers le Verbe fait Enfant et de nous convier d'Estre a son Imitation de vrais Adorateurs de dieu, humbles, soumis, pauvres d'Affection, Purs, Charitables Envers le Prochain, et amateurs de la Croix.

O Heureuse Enfance, par laquelle la vie des hommes a Esté Rétablie ! O cris Enfantins, doux et agreables, par lesquels nous avons Eschappé les grincemens de dens, et les l'armes Eternelles ! O Heureux langes, par lesquels ont esté Essuiées les souilleures de nos Pechez ! O Esclattate Crèche, ou s'est trouvée non seulement la pasture des Animaux mais la Nourriture des Anges ! Process. Paris.

Reverons les langes de l'Enfance, desquels a Esté fait l'Appareil pour guerir les Playes du genre humain. S. August. Serm. Des Temps.

O Langes qui Enveloppant nostre liberateur avez rompu les chaisnes de nos pechez ! O langes qui en serrant le Seigneur tout puissant, avez fortifié la foiblesse du genre humain ! O langes, qui gardez et conservez les Ames fidelles, et qui liez et renversez ceux qui manquent de foy ! O langes venerables, donnez a ceux qui vous adorent avec amour, la sanctification, la force et l'Expiation de leurs Pechez. S. German. Serm. De fasciis.

Seigneur Jesus, vos langes ont esté mis pour servir de But, mais de But contre lequel plusieurs Jusques auiourdhuy lancent les traits de leurs contradictions. S. Ber.

Oblation au Sainct Enfant Jesus par Monseign le Cardin. de Berulle. Je vous Regarde, Je vous revere, Je vous adore En vostre Sainte Enfance, O Jesus, mon Sauveur ; Je m'applique a vous en cet Estat, comme en vn Estat auquel Je m'offre, Je me vouë, Je me dedie, pour vous rendre vn hommage particulier, pour en tirer grace, direction, protection, Influence, et operation Singuliere ; et m'estre come vn Estat fondamental a l'Estat de mon Âme ; tirant vie, dépendance, Subsistance et fonction de la conduitte de cette Enfance divine, comme de l'Estat de mon Estat, et vie de ma vie.

Attribué à François de Poilly (1623-1693), Oblation au Sainct enfant Jesus, par Monseig. le Cardin. de Berulle, vers 1638-1693, gravure, 17,9 x 12,8 cm (Lothe 1994, p. 104-105, n° 132).

Anonyme d'après Simon François de Tours (1606-1671), L'enfant Jésus au maillot adoré par les anges, vers 1655-1657, sculpture en ronde-bosse, Paris, façade de l'hôpital, hospice Saint-Vincent-de-Paul (ancien noviciat oratorien de Paris). Inscription : « Invenietis infantem pannis involutum [Vous trouverez un enfant enveloppé de langes] » (Simard 1976, fig. 19).

Les deux maisons parisiennes des oratoriens ne suffisant plus, soit Saint-Honoré et Saint-Magloire, on fonde un noviciat en 1650 dont « la fête titulaire sera sous le titre de l'oblation au temple de Notre Seigneur Jésus-Christ ». La première pierre est posée en 1655 et l'église consacrée en 1657. Sa façade présente une sculpture de L'enfant Jésus au maillot adoré par les anges dont la composition est inspirée de celle Simon François qui « travailla à l'Institution », tant à Saint-Honoré qu'au noviciat, où l'enfant Jésus était omniprésent dans vingt-deux objets d'art (Simard 1976, p. 45-59). L'Institution des Pères de l'Oratoire était donc un monument à la gloire de Jésus enfant et il fut consacré comme tel, appelé « l'Enfant Jésus » par les Parisiens jusqu'à la Révolution. L'église du Val-de-Grâce, commanditée par Anne d'Autriche de 1645 à 1665, mettait aussi en valeur cette dévotion. Peu de temps après la fondation du noviciat des oratoriens, l'iconographie de l'enfant Jésus emmailloté est désormais largement diffusée par la gravure où Simon François occupe un rôle d'initiateur.

L'Hôpital des Enfants-Trouvés est établi en 1670, dix ans après le décès de ses promoteurs Vincent de Paul et Nicolas Pinette. Anne d'Autriche (1601-1666) aurait appuyé cette oeuvre pour sauver de la misère des centaines d'enfants vendus « huit sols la pièce » et dont certains auraient été mutilés par les mendiants, voire même sacrifiés par les adeptes de la magie noire. Le noviciat oratorien fut converti en hôpital de l'hospice de Saint-Vincent-de-Paul en 1814. L'enfant Jésus passait donc des mains des oratoriens à celles de la Saint-Vincent-de-Paul, un autre signe du raffermissement de son symbolisme de la charité (Simard 1976, p. 54 et 57).

Cette nouvelle composition reprend l'enfant Jésus de Simon François et ses nuages, mais avec des anges plus éloignés. On y ajoute, au sol, quatre pauvres enfants emmaillotés abandonnés faisant appel à Jésus. Elle est l'oeuvre de Jean Canis gravée par Jean Langlois à Rome (tous deux membres de l'Académie de Saint-Luc de cette ville en 1677), imprimée par Malbourée, distribuée aux oratoriens en 1676 selon les comptes de l'hôpital des Enfants-Trouvés. (Simard 1976, p. 55 et note 118, p. 55 et note 120, se référant à : Pariset 1948, p. 176 ; J. Gaston, Les images des confréries parisiennes avant la Révolution, Paris, Société d'iconographie parisienne, 1910, p. 17 ; Inventaire sommaire des archives hospitalières antérieures à 1790, hôpital des Enfants-Trouvés, n° 420, BN Est., Re. 13, f° 89.)

Claude Malbouré, imprimeur en taille-douce et marchand d'estampes établi rue Chartière, paroisse Saint-Hilaire, se marie en 1669. Parmi les témoins figure son cousin germain Claude Turgy, imprimeur en taille-douce. En 1672 il est rue Saint-Jacques, au-dessus de Saint-Benoît. Le 5 octobre 1695 il est parrain de Marie, fille du graveur Jean Langlois. À la fin du siècle il est rue des Sept-Voies, proche le Mont Saint-Hilaire, cour d'Albret. En 1700 il est à la Taille-Douce, rue Saint-Jacques, entre la place de Cambrai et la rue Fromentel. Le 17 septembre 1706, il est parrain d'une fille du peintre Pierre-Jacques Van Merle (Grivel 1986, p. 347).

Le dessein de la Confrérie de la Sainte Enfance de Iésus-Christ nôtre Seigneur établie à Paris par Bulle de notre très St Pere le Pape Clément Xe [pape de 1670 à 1676], et par Autorité de Monseigneur l'Archevêsque de Paris en la Chapelle des Enfans trouvés rüe neuve nôtre Dame consacrée à ce mystère, est pour exciter les fidelles a l'Adoration et amour envers le fils de Dieu qui a bien voulu s'humilier jusqu'a se faire Enfant pour nous, à imiter les Vertus qu'il a prat[i]quées en cet état, et à porter compassion à ces Enfans abandonnés, et par ce moyen pouvoir participer aux priè[res] et Sacrifices qui se font en cette Chapelle.

Vous avéz, Seigneur tiré vôtres Louange la plus parfaitte de la Bouche des Enfans, et de ceux qui sont a la Mamelle. ps. [8].

Antienne. En l'honneur de la sainte Enfance de Jesus Christ nôtre Seigneur. Un Enfant nous est né, et un fils nous a esté donné, il portera sur son espaule les marque de sa principauté, et il sera appellé l'Ange du grand conseil. Vers. Le Verbe a esté fait Chair. Resp. Et il a habite parmy nous.

Prions Jésus nôtre Seigneur qui ayant esté conçu du S. Esprit avez voulu naître Enfant d'une mere vierge, faites nous s'il vous plaist la grâce qu'en honorant par un culte continuel tous les mysteres de vôtre Sainte Enfance nous devenions Enfans selon l'esprit, et vous nous rendiez dignes d'imiter toutes les vertus que vous avez pratiquées en ce Divin état, vous qui estant Dieu vivez et rêgnez avec Dieu le pere en l'unité du Saint esprit par tous les Siècles des Siècles. Ainsy soit il.

Canis del. J. Langlois Sculp. Rome

Jean Canis gravé par Jean Langlois imprimé par Claude Malbouré (actif 1669-1706), L'enfant Jésus au maillot protégeant les enfants trouvés et emmaillotés, adoré par les anges, 1676, gravure dans Image de la Confrérie de la chapelle de l'hôpital des Enfants-Trouvés du Parvis Notre-Dame, à Paris, 1676. (Simard 1976, fig. 26, se référant à BN, Est., RE. 13, f° 89).

Cette gravure est une reprise, en version réduite, de celle de Canis Langlois. Simard 1976 (p. 53-55) la donne cependant comme source des autres ! Or, les biographies des graveurs impliqués incitent à la dater après 1682. D'autres raisons militent en faveur de cette date tardive : le motif iconographique édulcoré et la technique de gravure d'un type plus commercial indiquant le déclin de cette thématique.

Nicolas Bazin, né à Troyes en 1633, est actif à Paris : de 1682 à 1686 au bas de la rue Saint-Jacques, rue Saint-Séverin devant l'église aux Armes du Roy ; en 1686 rue Galande, à la Croix blanche, vis-à-vis Saint-Blaise ; rue de la Bucherie devant l'École de Médecine. En 1695 il obtient un renouvellement de privilège de graver et débiter des planches religieuses (Grivel 1986, p. 109, 181 et 278). Plusieurs Mariette sont actifs après 1682 : Claude-Augustin (1652-après 1701), Jean (1660-1742), Pierre II (1634-1716), Pierre-Joseph (1656-1729). Par ailleurs, Grivel 1986 ne donne aucune référence à un « Basset rue S. Jacques ».

Un autre état donne le texte suivant : « Saepe expugnaverunt me a juventute mea [Simard 1976, p. 53] », pouvant librement se traduire Ils m'ont souvent attaqué depuis ma jeunesse.

Nicolas Bazin (1633-1695), Jesus Gaudium Angelorum soit Jésus la joie des anges, après 1682, gravure, À Paris chez [Basset] rue S. Jacques / N. Bazin / Mariette, BN, Est., Da. 30 (Simard 1976, p. 53, note 111 et fig. 25).

Simon François a bien connu Vincent de Paul dont il a peint le portrait à la fin de sa vie et dont on retrouve quantité de copies (Pop). D'après le lazariste Pierre Coste, biographe du saint, celui conservé à Moutiers serait l'oeuvre originale, alors que d'autres la considérent comme une copie (Pop ou pdf se référant à Vittenet 1938, huile sur toile restaurée, approximativement 80 x 100 cm). L'original aurait été donné par Anne d'Autriche aux aumôniers des Invalides, transféré aux Filles de la Charité, puis à la Maison-Mère des Lazaristes à Paris ; le portraituré y est vêtu de noir, incluant sa calotte, à l'exception d'un col blanc (Pop ou pdf), tel que figuré dans la gravure de Nicolas Pitau d'après Simon François qui rachète ainsi, avec cette dédicace, sa déconvenue de début de carrière avec la reine.

Simon François Pinxit — N. Pitau sculp. — Vincent de Paul Prestre Fondateur ou Instituteur et premier Superieur General de la Congregation de la Mission, très recommendable pour ses excellentes Vertus, specialement pour sa profonde humilité, et son ardente Charité, vray Pere des Pauvres, Doüé d'un zele Apostolique pour l'Estat Ecclesiastique, et pour le salut des ames, S'estant tousjours appliqué luy et les siens a quantité de bonnes œuvres, mais principalement aux Missions, aux Seminaires Ecclesiastiques, aux Excercices des Ordinans, et aux Retraites spirituelles, est décedé a Paris en la maison de St. Lazare le 27 Septembre 1660 aagé de 85 Ans. — Dedié a la Reyne mere du Roy par son très humble et très obeissant Serviteur et Sujet. Simon François. — Se vend a Paris chez N. Pitau Rue St. Jacques a l'enseigne du St. Esprit proche les Mathurins avec Priuil. du roy 1660.

Simon François gravé par Nicolas Pitau, Vincent de Paul, burin, feuille 0,44 x 0,333 m, trait carré 0,287 x 0,246 m, coup de planche 0,35 x 0,251 m, Louvre 15975 LR recto.

Le cercle des amis de Vincent de Paul croisait fréquemment celui des amis de la Compagnie du Saint-Sacrement, des Oratoriens et de la Société de Notre-Dame pour l'établissement de Ville-Marie. Jean-Jacques Olier (1608-1657) est, en 1639, le troisième membre de la Société de Notre-Dame. Il avait été sous la direction spirituelle de Vincent de Paul, puis sous celle du père Charles de Condren, 2e supérieur général de l'Oratoire. En 1641 il fonde le séminaire de Saint-Sulpice. En 1650 il accepte la direction de la Société de Notre-Dame (Daveluy 1965, p. 109). Sa congrégstion des sulpiciens deviendra propriétaire et seigneur de Montréal. Gaston-Jean-Baptiste baron de Renty (1611-1649), quatrième membre de la Société de Notre-Dame, fut souvent l'auxiliaire de Vincent de Paul en ses oeuvres (Daveluy 1965, p. 115) et à la source de l'iconographie du Petit Roi de Grâce en 1643, un enfant Jésus emmailloté qui connut un grand succès populaire. Ces membres de la Société de Notre-Dame pour l'établissement de Ville-Marie fréquentaient Vincent de Paul  (Daveluy 1965) : • Claude d'Urre du Puy-Saint-Martin seigneur de Chaudebonne (1582-1644) ; • Bertrand Drouart sieur de Sommelan ; • Henri-Louis Haber de Montmor (1600-1679) ; • Pierre Le Gouvello de Kériolet (1602-1660) ; • Élie Laisné de la Marguerie (1585-1656) ; • Roger du Plessis marquis de Liancourt duc de la Rouche-Guyon et pair de France (1598-1674) ; • Élisabeth de Balsac, de la Maison d'Entragues, Madame Gaston de Renty (1610-1687) ; • Madeleine Fabri de Champauzé, Madame Pierre Séguier, dite madame La Chancelière (1599-1683) ; • Henry de Lévis ou Lévy (1596-1680), duc de Ventadour, pair de France, prince de Maubuisson, comte de la Voulte, seigneur de Cheylard, Vauvert et autres lieux, lieutenant général du roi, Louis XIII, en Languedoc, vice-roi de la Nouvelle-France (1625-1627), allié des Condé, puis prêtre (1642 ou 1643) et chanoine de Notre-Dame de Paris (1650) ; • Isabeau ou Isabelle Blondeau, Madame de Villesavin, plus tard comtesse de Busançais (1593-1687), une des célèbres Dames de Charité de l'Hôtel-Dieu de Paris dont saint Vincent de Paul parle avec éloge dans sa correspondance, qui était aussi appréciée de Jean-Jacques Olier, le père Charles de Condren supérieur général de l'Oratoire et le Père Charles Lalemant de la Compagnie de Jésus ; • Alexandre le Ragois ou Rageois de Bretonvilliers (1621-1676), deuxième supérieur général de la Compagnie de Saint-Sulpice (1657-1676) ; • Armand de Bourbon, prince de Conti (1629-1666) ; Marie de Gournay (1596-1680) fréquentait les Oratoriens, le cardinal de Bérulle et Charles de Condren.

• Montaigu miraculeuse Fouencamps — Bourgeoys.

•• Médaille Fouencamps-Bourgeoys.

••• Anonyme, Enfant Jésus emmailloté, 17e siècle, bois doré traces de polychromie, don des Carmélites de Paris avant l'incendie de leur monastère en 1755, Augustines de l'Hôtel-Dieu de Québec 2013.1977 (web ou pdf).

Pierre-Denys Leprestre (1612 -après 1672) fut membre de la Mission de Vincent de Paul, « tout probablement un de ceux qui entrèrent les premiers, au prieuré de Saint-Lazare, en 1632 [Daveluy 1965, p. 236 et 234-240]. » Il figure parmi les tous premiers membres de la Société de Notre-Dame aux côtés de son fondateur Jérôme Le Royer et le baron de Fouencamps. C'est de lui que Fouencamps obtiendra la Notre-Dame de Montaigu donnée à Marguerite Bourgeoys pour la Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours. Vincent de Paul, Leprestre, Le Royer étaient tous membres de la très influente Compagnie du Saint-Sacrement. La transmission en Nouvelle-France des dévotions et iconographies populaires en France allait donc de soi, dont celle de l'enfant Jésus emmailloté rappelant les oeuvres vouées à l'enfance auxquelles participait Marguerite Bourgeoys, ainsi qu'une sculpture chez les Augustines de Québec dérivée de la composition de Simon François. Cette médaille présente également la Vierge Mère, dévotion promue par la plus puissante dévote de cette époque, la reine Anne d'Autriche, à laquelle Marguerite Bourgeoys fait référence dans ses prières. L'iconographie de la Médaille Fouencamps-Bourgeoys était donc dans l'air du temps.

 

Médaille Fouencamps-Bourgeoys.
web Robert DEROME

Introduction

Fouencamps

Montaigu

Bourgeoys

Vierge mère

Bon-Secours

Graveur