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Patronage et pèlerinages. |
Médaille Fouencamps-Bourgeoys et son inscription.
La Vierge de cette médaille combat le dragon et intercède auprès de Jésus afin de protéger l'indigent, terme utilisé par Bérulle pour décrire l'Enfant Jésus emmailloté, thématique largement répandue par l'iconographie de Simon François illustrant bien les oeuvres charitables créées par Vincent de Paul, tout comme celles de Marguerite Bourgeoys pour l'éducation des enfants. Même écrasé sous les pieds de la Vierge de l'Apocalypse montant la lune, les yeux aux aguets, la gueule dentue entrouverte montrant sa langue perfide, ce dragon est prêt à rebondir de tous ses muscles velus pour happer sa proie tenue dans les bras de cette Vierge qui conforte et nourrit de son sein nu son enfant emmailloté. |
Donnant sa main droite secourable à l'indigent, cette Vierge de miséricorde et protectrice relève donc du patronage du Bon-Secours. Lorsque Marguerite Bourgeoys importe cette appellation à Ville-Marie pour sa chapelle, il existe déjà en France 13 pèlerinages fondés entre le XIe et le XVIe siècles, ainsi que 8 du XVIIe (tableau ci-dessous). La plateforme Pop donne pour la France au XVIIe siècle plus de deux centaines de fiches patrimoniales pour Notre-Dame-de-Bon-Secours et un peu moins pour Notre-Dame-du-Bon-Secours, avec cependant plusieurs doublons. Sans les dater, Wikipédia répertorie : France, 4 basiliques, 10 églises, 21 chapelles, 3 hôpitaux, 1 lycée et 1 ancienne commune ; Belgique 8 ; Canada 3 ; Royaume-Uni 1 ; États-Unis 1 (WL ou pdf) ; puis 10 à travers le monde avec bref historique et iconographie (WH ou pdf). |
Chronologie statistique des « pèlerinages français de la Très Sainte Vierge » dédiés à Notre-Dame de Bon-Secours. Compilation d'après Drochon 1890, index p. 1262 et p. de chaque site ci-dessous.
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À Champlain, dévotion et sculpture retrouvée. |
Collaboration de René Beaudoin et Claude Durand, 28 avril 1999, 13-16 août 2001, se référant à Durand 1994 et Durand 1996.
Le 10 juin 1685, le grand archidiacre et vicaire général Louis Ango de Maizerets, qui représente monseigneur François de Montmorency Laval, premier évêque de Nouvelle-France, est en visite à Champlain près de Trois-Rivières. Ayant assemblé les marguilliers et habitants de la paroisse à l'issue de la grand-messe, il dresse ce rapport conservé dans les archives paroissiales.
Cette dévotion pourrait donc y avoir été implantée dans la chapelle du fort ou du manoir dès 1664 ou 1665, ainsi que dans la première église érigée vers 1671. Le 15 juin 1742, le même Livre de comptes souligne la présence d'une statue de la Vierge dans une niche en facade telle qu'illustrée dans ce tableau de la deuxième église paroissiale en fonction de 1697-1699 à 1806-1808. Anonyme, Ex-voto à sainte Geneviève, XVIIIe siècle, huile sur toile, 155 x 128,5 cm, église de Champlain (web ou pdf ; RPCQ ou pdf). |
Détail du tableau ci-dessus montrant la deuxième église de Champlain avec la niche où logeait la sculpture de Notre-Dame de Bon-Secours.
Tête de la sculpture de Champlain, Château Ramezay (photo Claude Durand). En 1878, lors de la démolition de la troisième église, la statue est placée sur un tertre au cimetière. Une photo d'archives montre une Vierge à l'enfant sans autres attributs apparents liés au patronage de Notre-Dame de Bon-Secours. Elle est vendue, vers 1917-1933, à un collectionneur de Montréal ; puis, sa tête est retrouvée au Château Ramezay. L'essence du bois, analysée par Claude Payer du Centre de conservation du Québec, indique qu'il s'agit d'une oeuvre québécoise. Vierge à l'enfant dite Notre-Dame de Bon-Secours, cimetière de Champlain, photo d'archives. |
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C'est vers 1915-1933, entre la publication des deux ouvrages qui suivent, que cette Notre-Dame de Bon-Secours disparaît du paysage champlainois.
La paroisse est d'abord dédiée à La Présentation de la bienheureuse Vierge Marie, puis à La Visitation, marquée par l'acquisition du tableau éponyme par Noël-Nicolas Coypel en 1716. L'appellation Notre-Dame de Bon-Secours conférée à cette sculpture remonte donc à la dévotion du XVIIe siècle, la même que celle de la chapelle montréalaise construite par Marguerite Bourgeoys, toutes deux motivées et entretenues par des miracles votifs. Ces lieux de culte partagent aussi le fait que leur titre de dédicace ait été formulé sous une autre appellation. Depuis 1879, la façade de l'église Notre-Dame-de-la-Visitation de Champlain s'orne d'une sculpture de Notre-Dame de Lourdes, dévotion en vogue depuis les apparitions de 1858 à Bernadette Soubirous. Depuis sa réfection en 1885, la façade de la chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours de Montréal est pourvue d'une Notre-Dame au sceptre et à l'enfant Jésus, tous deux couronnés, due à son chapelain Hugues Rolland dit Lenoir, celui qui avait veillé à la construction de la chapelle Notre-Dame-de-Lourdes (1875-1882), près de l'UQÀM, d'après les plans de Napoléon Bourassa (Simpson 2001, p. 112-113). Les XIXe et XXe siècles amènent des ruptures de mémoires et uchronies, phénomène documenté pour d'autres œuvres du XVIIe siècle. C'est à ce moment que la miraculeuse Notre-Dame de Bon-Secours originale de Champlain est abandonnée et partiellement détruite suite à l'adoption d'une toute nouvelle dévotion ! Anonyme, Troisième église de Champlain (1806-1878) avec la sculpture de Notre-Dame de Bon-Secours dans sa niche, vers 1850-1878, photographie d'archives. |
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Vierge à l'enfant dite Notre-Dame de Bon-Secours, cimetière de Champlain, photo d'archives. |
Anonyme, Vierge à l'enfant dite Notre-Dame de Bon-Secours, XVIIe siècle, bois polychrome, environ 100 cm, Authie église Saint-Pierre (Pop ou pdf). |
Comme tous les arts anciens du Québec, cette vierge de Champlain n'échappe pas à l'influence coloniale de la mère patrie française. Celle de l'église Saint-Pierre d'Authie en France est enchâssée dans une niche portant distintement l'inscription « N. DAME. DE BON SECOURS ». Son visage et sa posture avec l'enfant Jésus, qui a malheureusement perdu la tête et un bras, partagent des similarités avec celle de Champlain.
Sculptures de Notre-Dame de Miséricorde et de Bon-Secours. |
Les écrits de Marguerite Bourgeoys fournissent des passages où il est question de la Vierge, des prières et dévotions qui lui sont rendues. Elle s'y réfère à la Vierge de miséricorde ou à Notre-Dame de Bon-Secours, dévotions qui peuvent être mises en relation avec d'autres thèmes illustrés sur la Médaille Fouencamps-Bourgeoys, le tout adapté dans le contexte d'une prière locale en Nouvelle-France. En outre, la plaque de fondation de 1771 évoque le vocable apparenté de « Bienheureuse Marie auxiliatrice ». Ces patronages sont souvent interchangeables dans les iconographies des sculptures religieuses du XVIIe siècle en France.
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« Prière à la Sainte Vierge pour l'église et le pays Ô Sainte Vierge, c'est l'Église à laquelle vous contribuez par les soins [Bon-Secours, Vierge Mère, Enfant Jésus emmailloté] que vous en avec pris, étant en terre [Immaculée Conception]. Vous n'avez rien perdu de vos anciennes miséricordes et vous savez que nos forces [Vierge qui terrasse le dragon] ne peuvent, en aucune façon, résister, ni échapper [à] la cruelle fureur de ces ennemis [Vierge qui terrasse le dragon] de notre salut, sans être secourus [Bon-Secours et Enfant Jésus emmailloté]. Et le mal que nous faisons encore tous les jours nous enfonce de plus en plus dans notre malheur. Il n'y a que vous, ô Mère [Vierge Mère] de miséricorde, qui pouvez implorer du secours du Père éternel, pour la défence [Vierge qui terrasse le dragon] de l'Église que son Fils [Vierge Mère] et le vôtre ont établie avec tant de fatigues, et que vous avez tant pris de peine pour la conserver. [...] Ô Vierge céleste, montrez que vous êtes notre Mère [Vierge Mère] et présentement que vous êtes invoquée pour être notre protectrice, obtenez-nous la paix de ce pauvre pays aussi bien que toute la France. Ne nous refusez pas votre secours, ce qui retournera à la gloire de Celui qui nous a créés pour Lui et pour toute l'Église [Bourgeoys 1964, p. 88-89]. » |
« Raison du choix de la Sainte Vierge comme première supérieure — Peut-on après cela, lui refuser la qualité de Fondatrice [Vierge Mère] et d'Institutrice [Vierge Mère, Enfant Jésus emmailloté] des Communautés qui entreprennent de mener la vie qu'elle a menée sur la terre, qui a été le plus parfait modèle de son Fils qui ait jamais été au monde [Vierge Mère] ; et c'est en partie par les conseils de cette très sainte Mère [Vierge Mère] que les apôtres et ensuite, les instituteurs [Vierge Mère, Enfant Jésus emmailloté] et fondateurs ont établi leur communauté. La très Sainte Vierge connaissait, par un esprit de prophétie [Vierge qui terrasse le dragon], que Dieu établirait des communautés dans l'Église afin d'engager, par là, quelques-uns de ses plus fidèles, à garder non seulement ses commandements mais encore ses conseils. Il a paru que cette Mère [Vierge Mère] de bonté [Bon-Secours au certificat de miracle d'avril 1672 du baron de Fouencamps, Enfant Jésus emmailloté] a pris un très grand soin de cette petite et plus chétive de toutes (les Communautés) qui devaient être formées à Ville-Marie ; mais comme le diable [Vierge de l'Apocalypse, Vierge Mère] est fort soigneux de se trouver au commencement des oeuvres de Dieu pour les brouiller, car il sait qu'une communauté fervente peut quelquefois arrêter la colère de Dieu (et) [il] voudrait bien dissiper celle-ci, en la retirant de son esprit de petitesse, de simplicité, de pauvreté, de recueillement et de mortification intérieure et la faire entrer, sous divers prétexte, dans le train d'une vie molle et relâchée. Mais il faut nous opposer de toutes nos forces [Vierge qui terrasse le dragon] à cet ennemi commun [Bourgeoys 1964, p. 20-21]. » |
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Anonyme d'après une Notre-Dame de Montaigu en bois disparue de Mansuy Gauvin sculptée vers 1505, Vierge de miséricorde, XIXe siècle, pierre polychrome, hauteur approximative 150 cm, Meurthe-et-Moselle, Nancy, église Bonsecours (Wikipedia Cédric Amey). |
Anonyme, Vierge de Miséricorde dite la Vierge au manteau copie du XVIe-XVIIe siècle de la Notre-Dame de Montaigu en bois disparue de Mansuy Gauvin sculptée vers 1505, Saint-Mihiel église Saint-Etienne chapelle de la Vierge au-dessus de l'autel (web ou pdf). |
Anonyme, Vierge de Miséricorde, XVIe-XVIIe siècle, bois polychrome, Champlitte-et-le-Prelot église Saint-Christophe. (web ou pdf) |
Anonyme, Vierge à l'enfant dite Notre-Dame du Bon-Secours, 1681, bois polychrome doré, 98 x 51 x 28 cm, revers laissé sous le coup de l'outil, partie droite de l'ange de gauche et extrémité droite du manteau de la Vierge rapportés, Kerpert volée en 1987-1988 (Pop ou pdf). |
Pellerin Épinal, N.-D. de Bon-Secours, XIXe siècle, gravure sur bois, 656 x 420, Musée des civilisations de l'Europe et de la Méditerranée 5386171D (web ou pdf). |
| La plaque de fondation de 1771 se réfère à un qualificatif de la Vierge, celui « d'auxiliatrice ». C'est le thème de la Vierge protectrice ou tutélaire venu de Byzance. À cette Vierge au voile de Constantinople correspond dans l'art occidental la Vierge de miséricorde ou Madone au manteau protecteur. En 1505, la sculpture originale perdue de Mansuy Gauvin était une Notre-Dame de Montaigu. Elle a été copiée, à Saint-Mihiel au XVIe-XVIIe siècle, sous le titre de Vierge de Miséricorde dite la Vierge au manteau protégeant les fidèles, soit la thématique de la Vierge protectrice héritée du Moyen-Âge également présente dans une sculpture contemporaine à Champlitte-et-le-Prelot. Cette iconographie est transformée en Notre-Dame de Bon-Secours, à Kerpert en 1681, mais toujours présente à Épinal au XIXe siècle. Ces patronages et dévotions partagaient donc la même iconographie. L'imagerie d'Épinal amalgame ce thème avec celui de Notre-Dame de Bon-Secours. Cette célèbre fabrique d'images a été créée en 1800 par Jean-Charles Pellerin (1756-1836) et ses collaborateurs Canivet, Verneuil, Réveillé. | Dans certains cas, l'iconographie a représenté la Vierge de Miséricorde avec l'enfant Jésus sur son bras gauche ou son image inscrite dans un médaillon sur sa poitrine (Réau 1955-1959, t. 2, vol. II, p. 116). Cette image d'Épinal y a placé un coeur enflammé, ainsi que le croissant de lune et le serpent figurant dans ce même métissage iconographique sur la Médaille Fouencamps-Bourgeoys. Ces deux derniers éléments se réfèrent à l'Immaculée Conception qui se trouve ici amalgamée au patronage du Bon-Secours. Mais la Vierge ne protège alors plus le groupe, ni la foule, mais le donateur, la récipiendaire et un enfant Jésus emmailloté qui symbolise la charité. C'est là le cheminement normal post Renaissance joint au progrès de l'individualisme. |
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Anonyme, Notre-Dame de Montaigu, gravure (Preſtre 1664, Bibliothèque de l'État de Bavière, frontispice). |
Pellerin Épinal, Notre-Dame de Bonne Délivrance, 1840-1890, Rouillac, Tours, Imagerie religieuse et populaire collection Charles Pierre, jeudi 07 février 2019 à 14h lot 54 (web ou pdf). |
Épinal, Couronnement de Notre-Dame de Bon-Secours de Guingamp, 1860, estampe, gravure 49,5 x 33,5 cm, feuille 63,3 x 41,5 cm, Musée breton 1994.54.8 (web ou pdf). |
Le manteau est présent dans l'iconographie de Notre-Dame de Montaigu mais, refermé sur la Vierge, il ne s'ouvre plus aux malades guéris dispersés devant elle. Il en va de même dans l'iconographie connexe de Notre-Dame de Bonne Délivrance publiée à Épinal au XIXe siècle. Par contre, la Vierge du Couronnement de Notre-Dame de Bon-Secours de Guingamp emprunte des éléments de la représentation traditionnelle de plusieurs sculptures homonymes du XVIIe siècle.
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Anonyme, Vierge à l'enfant dite Notre-Dame de Bon-Secours, XVIe-XVIIe siècle, bois polychrome revers évidé, 96 x 33 x 19 cm, inscription sur la base « N.D.de bon secours », en cul-de-four à l'exception de la tête, enfant, bras et manteau de la Vierge rapportés, Sainte-Brigitte (Pop ou pdf). |
Anonyme, Notre-Dame du Bon-Secours, 4e quart XVIIe siècle, bois polychrome, Lanvénégen chapelle Saint-Urlo (Pop ou pdf). |
Anonyme, Notre-Dame de Bon-Secours, XVIe-XVIIe siècle, bois polychrome, 54 cm, Kergloff (Pop ou pdf). |
Anonyme, Vierge à l'enfant dite Notre-dame de Bon-Secours, XVIIe siècle, bois polychrome, 125 cm, inscription sur le socle « Ntre Dme DE BON (SECO)UR(S », Saint-Brieuc maison diocésaine Saint-Yves (Pop ou pdf). |
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Anonyme, Notre-Dame de la Miséricorde, 17e siècle, bois polychrome, 57, Le Puy-en-Velay sacristie de la chapelle des Pénitents Blancs (web ou pdf). |
Anonyme, Notre-Dame de Miséricorde, 17e siècle, bois, H 70, Arbusigny oratoire Notre-Dame-de-Miséricorde (web ou pdf). |
Carmélites de Beaune, Notre-Dame de la miséricorde, 5 août 1662, 148,5 mm, carton-pâte, bois, métal, polychromie refaite en 1875, AVE MARIA sous MATER MISERICORDIAE M.DC. LXII, Beaune Hôtel-Dieu (web ou pdf). |
Anonyme, Vierge à l'enfant dite Notre-Dame de Bon-Secours, 2e moitié XVIIe siècle, chêne polychrome repeint au revers plat, 70 x 30 x 27 cm, iInscription peinte sur un socle rapporté « NOTRE-DAME DE BON-SECOURS », Semarey église Saint-Gal (Pop ou pdf). |
Anonyme, Vierge à l'Enfant, dite Notre-Dame du Bon-Secours, 1ère moitié du XIXe siècle, bois polychromé et doré, demie-nature H. 81 cm, l. 34 cm, P. 35 cm, titre peint sur la partie rapportée « N.D. DE BON SECOURS », Picardie, Église de Béhéricourt (Pop ou pdf). |
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Anonyme, Notre-Dame de Bon-Secours, XVIIe siècle, bois polychrome, cm, Meslan chapelle Saint-Patern (Pop ou pdf). |
Anonyme, Vierge de Miséricorde, 1674, 133 mm, VANA CULT 1674, Belvédère église des saints Pierre et Paul (web ou pdf). |
Anonyme, Vierge à l'enfant dite Notre-Dame de Bon-Secours, XVIIe siècle, bois polychrome doré, cm, nscription sur la base « N.D. de bon secours », Malguénac chapelle Saint-Patern retable du choeur (Pop ou pdf). |
Anonyme, Vierge à l'enfant dite Notre-Dame de Bon-Secours, XVIIe siècle dans une niche datée 1733, bois polychrome repeint revers évidé, 125cm, inscription peinte sur la base « Notre-Dame de bon secours », Locmalo (Pop ou pdf). |
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Laurent Magnier (1618-1700), Vierge de Miséricorde, 1652, pierre, H 82,5, Pontoise monastère du Carmel (web ou pdf). |
Anonyme, Notre-Dame de Miséricorde, 17e siècle, bois, Buigny-Saint-Maclou église Saint-Maclou (web ou pdf). |
Anonyme, Notre-Dame du Bon-Secours, XVIIe siècle, bois polychrome, 60 cm, inscription sur le socle « N. Dme DE BON SECOURS », Quévert église Saint-Laurent (Pop ou pdf). |
Anonyme, Vierge à l'enfant dite Notre-Dame du Bon-Secours, 1619, marbre, 160 x 63 cm avec le socle, « THOMAS URSULINUS SCULPSIT. GIULIUS CELANUS F.F. A.D. MDCXVIIII. ALMA REDEMPTORIS MATER SUCCURE CADENTI PECCATORUM MISERERE [Thomas Orsolino a sculpté. Jules Celani fit faire en l'an 1619. Mère du Rédempteur venez au secours du peuple qui tombe, ayez pitié des pécheurs] », Bonifacio église conventuelle Saint-Dominique (Pop ou pdf). |
Anonyme, Vierge du Pilori devenue Notre-Dame de Bon-Secours, XVIIIe siècle,
pierre polychrome, H 122, Poitiers église Saint-Jean-de-Montierneuf (web ou pdf).
Pavillon à tourelle à l’angle de la rue de la Cloche-Perse devant la Place de la Liberté à Poitiers (Google Maps).
| L'appellation Notre-Dame de Bon-Secours relève surtout d'un patronage ou d'une dévotion fixant sa représentation selon les particularités locales qui évoluent au fil du temps. L'iconographie varie donc d'une oeuvre à l'autre sans canon défini. Les Vierges qui la portent n'ont habituellement pas d'attribut distinctif, mais elles sont souvent représentées avec un enfant. La référence à la mer et aux marins semble cependant un leitmotiv. La Médaille Fouencamps-Bourgeoys n'échappe pas à cette règle, même si la mer n'y est présente que sous forme d'inscription. | Une légende urbaine de Poitiers évoque une intéressante modification de patronage. Une Notre-Dame du Pilori habitait la niche d'un petit pavillon à tourelle à l’angle de la rue de la Cloche-Perse devant l'ancienne place du Pilori, aujourd'hui place de la Liberté. Elle devint une Notre-Dame du Bon-Secours suite à ce qui fut considéré comme un miracle : la protection des maisons et des habitants du quartier lors d'une explosion de sacs de poudre transportés dans une charrette tractée par une mule. Cachée pendant la Révolution, elle s'est réfugiée depuis 1834, après plusieurs péripéties, dans une abside de l'église Saint-Jean-de-Montierneuf. (Collaboration de Karinne Simonneau et autres versions dont les détails peuvent différer : Brothier de Rollière 1907, p. 112 et 260-261 ; Béduchaud 1912, p. 44 ; Ellenberger 1950.09-10, p. 338 ; Schneegans 2011.09, planche 5.) |
Dragon combattu pour sauver l'indigent. |
• Jacques Leblond de Latour, Saint Michel, originellement avec une lance, terrassant le dragon, entre 1695 et 1705, Noyer cendré polychrome et doré, 161 x 98,8 x 56 cm, ancien retable de l’église de L’Ange-Gardien, Musée national des beaux-arts du Québec. |
L'iconographie de la Vierge sur cette plaque est passablement complexe, car elle intègre plusieurs éléments qui habituellement ne vont pas ensemble. Le type de Vierge représentée sur cette médaille est celui « de la Femme revêtue du soleil de l'Apocalypse, debout sur un croissant de lune [Réau 1955-1959, t. 2, vol. II, p. 79-80]. » Elle fut conçue sans péché afin de donner naissance au Christ qui racheterait le péché originel : « la femme foulera sous son talon la tête de l'antique serpent [Genèse] ». Un dragon ailé remplace ici le serpent qui fit chuter Adam et Ève. Debout sur son croissant, elle écrase ce monstre réduit à l'immobilité, mais toujours rugissant. Cette bête féroce provient d'un autre thème iconographique répandu : Saint Michel terrassant le dragon. Ces deux éléments sont d'ailleurs liés dans ce passage de l'Apocalypse. |
« Vision de la Femme et du Dragon. 12. 1Un signe grandiose apparut au ciel : c'est une Femme ! le soleil l'enveloppe, la lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête ; 2elle est enceinte et crie dans les douleurs et le travail de l'enfantement. 3Puis un second signe apparut au ciel : un énorme Dragon rouge-feu, à sept têtes et dix cornes, chaque tête surmontée d'un diadème. 4Sa queue balaie le tiers des étoiles du ciel et les précipite sur la terre. En arrêt devant le Femme en travail, le Dragon s'apprête à dévorer son enfant aussitôt né. 5Or la Femme mit au monde un enfant mâle, celui qui doit mener toutes les nations avec un sceptre de fer ; et l'enfant fut enlevé jusqu'auprès de Dieu et de son trône, 6tandis que la Femme s'enfuyait au désert, où Dieu lui a ménagé un refuge pour qu'elle y soit nourrie mille deux cent soixante jours. 7Alors une bataille s'engagea dans le ciel : Michel et ses Anges combattirent le Dragon. Et le Dragon riposta, appuyé par ses Anges, 8mais ils eurent le dessous et furent chassés du ciel. 9On le jeta donc, l'énorme Dragon, l'antique Serpent, le Diable ou le Satan, comme on l'appelle, le séducteur du monde entier, on le jeta sur la terre et ses Anges furent jetés avec lui [Apocalypse 12:1-9, collaboration de Jean Letarte et Geneviève Soly, 14 février 2001]. » |
| La Médaille Fouencamps-Bourgeoys est un prolongement de ce thème guerrier et chevaleresque où le démon est terrassé par la Vierge qui sauve l'enfant de son emprise. C'est donc là un type de Vierge tutélaire, médiatrice, d'intercession, d'avocate, de très miséricordieuse défendresse. Il n'est donc pas étonnant de retrouver le titre « d'auxiliatrice » gravé sur la plaque de fondation de 1771. | « Des manuscrits grecs ont conservé la légende de la Vierge Marie descendant en Enfer pour tâcher d'adoucir le sort des Damnés [Réau 1955-1959, t. 2, vol. II, p. 111]. » Elle est alors accompagnée de saint Michel et intercède auprès de son Fils pour sauver les damnés. | L'iconographie de cette médaille prolonge cette tradition par ses références à saint Michel, au dragon, au blason et à la quintaine. L'intercession de la Vierge auprès de son fils est immédiate : elle le porte dans ses bras alors que le texte du phylactère l'énonce. |
• Niccolò di Liberatore di Giacomo di Mariano, Madonna del Soccorso, vers 1497, tempera sur toile, 150 x 107 cm, Rome Galleria Colonna Inv. Nr. 2145. |
••• Luca Giordano (1634-1705), Madonna del Soccorso, XVIe siècle, huile sur toile, Église du Gesù construite en 1609 et dédiée à la Madonna del Soccorso, Castellamare del Stabia, Campanie, Italie. |
| La Madonna del Soccorso a été diffusée en Italie du XIVe au XVIIIe siècle (Cruciata 2018.01.01). Tenant un gourdin, en lieu et place de la lance ou de l'épée de Saint-Michel, cette Notre-Dame de Bon-Secours y fustige un démon tentant d'enlever un enfant à sa mère. Cette iconographie a été critiquée par les autorités phallocrates frileuses à l'effet que la Vierge, une femme, puisse exercer autant de pouvoir (El-Hanany 2006) ! Mais cette bastonnade n'est probablement pas étrangère aux us et coutumes qui ont fait naître la commedia dell'arte ayant fait rire de vastes publics ! | La Médaille Fouencamps-Bourgeoys reprend la même idée, mais après que la Vierge ait vécu le monstre qu'elle écrase à ses pieds, l'enfant Jésus emmailloté ayant déjà été sauvé des multiples périls pouvant le menacer, conforté et allaité au sein nu de sa Vierge mère. Cet emprunt confère un caractère militaire à cette Vierge à l'enfant emmailloté se battant pour sauver les enfants pauvres. On y reconnaît l'oeuvre de Marguerite Bourgeoys qui, avec les dévots de son époque, se battait résolument contre tous les « monstres » afin de faire triompher les causes qu'elle défendait avec l'aide de la Vierge, et plus particulièrement celui des enfants et de l'éducation illustrant la trempe chevaleresque d'une femme combattive d'envergure. L'archétype de la représentation dénote, par cette évocation de la chevalerie au service de l'enfant pauvre, un prolélytisme et un militantisme d'action vigoureuse. |
• Adriaen Collaert (1560-1618), Notre-Dame de Montaigu, vers 1604-1618, burin, N.H.638. BnF, Estampes, Rd-36 (d)-fol (Leutrat 2016, web ou pdf). |
••• G.L., Notre-Dame de Montaigu, vers 1604, gravure, ONZE L. VROUW TEN SCHEPEN-HEUVEL BIJ SICHEN, MONS DEI / MONS PINGUIS PS. 67, Bruxelles, Bibliothèque royale de Belgique, Cabinet des estampes (BALaT 11048603 ou pdf).. |
| Le don de cette médaille à Marguerite Bourgeoys par le baron de Fouencamps est intimement lié à celui de sa Vierge miraculeuse de Montaigu. Or, on peut relever sur cette médaille l'influence de deux des nombreuses gravures liées à ce lieu de culte à Sherpenheuvel dans la municipalité de Zichem ou Sichem. | La gravure d'Adriaen Collaert est antérieure à son décès en 1618, mais postérieure à la guérison de Jean Clement, le 4 juillet 1604, qui y est représenté. Elle présage de quelques caractéristiques iconographiques de la Médaille Fouencamps-Bourgeoys : les rayons entourant la Vierge dans une mandorle ; le dragon représentant le démon ; la quintaine avec les armoiries de la ville de Zichem ! Est-ce là uniquement un pur hasard ou une influence voulue et assumée ? | La gravure de G.L. montre un semblable rayonnement et les mêmes armoiries. On doit la dater vers 1604, année de la guérison de Jean Clément représenté à l'avant-plan ; mais comme on n'y voit que la petite chapelle primitive en bois, elle est donc antérieure à la construction de la petite chapelle et de la basilique financées par Albert et Isabelle. |
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Adriaen Collaert (1560-1618), Notre-Dame de Montaigu (détail du dragon et de la quintaine), avant son décès en 1618, burin, N.H.638. BnF, Estampes, Rd-36 (d)-fol (Leutrat 2016). |
Armoiries de la ville de Zichem (Armorial Van Rhemen, 16th century, Geldersch Archief, Netherlands, Wikipedia ou pdf). |
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Abraham Bosse graveur (1604-1676), Melchior Tavernier éditeur (1594-1665), Armand Iean dv Plessis [Cardinal de Richelieu] (détail), vers 1638-1639, eau-forte, 235 x 235 mm, placard de 370 x 240 mm, BnF RESERVE ED-30 (9)-FOL (web ou pdf). |
À l'époque de Louis XIV, la symbolique du roi Soleil est continuellement présente sur la scène artistique ; il n'est donc pas étonnant que la contemporaine Vierge mère de cette médaille s'enveloppe de cet astre auquel se réfère également l'Apocalypse. Ce motif rappelle les ostensoirs parisiens de style Louis XIII conservés au Québec. Mais aussi un portrait du cardinal de Richelieu gravé par Abraham Bosse, présenté à la place de l'hostie dans l'ostensoir ! Cette symbolique a donc longtemps précédé le règne de Louis XIV, qui n'est alors qu'un nouveau-né !
Mers houleuses et patronages marins. |
Dans cette médaille, Notre-Dame de Bon-Secours n'est pas exprimée en image, mais dans les mots de l'inscription sur le phylactère entourant la Vierge dont la protection permet de parcourrir sans danger les mers houleuses. Ce n'est donc pas une iconographie, mais une dévotion ajoutée à celles qui sont imagées par la Vierge Mère terrassant le démon de l'Apocalypse. Cette dévotion prend ici une forme marine, héritée de celles pratiquées en Europe, puis implantée à la chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours qui, traditionnellement, accueillait les navigateurs à leur arrivée à Ville-Marie et à Montréal.
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Olaus Magnus, Carta Marina (détail), |
Médaille Fouencamps-Bourgeoys |
Les monstres dessinés par Olaus Magnus, et craints par Marguerite Bourgeoys, mettaient en garde les marins contre les dangers inhérents à la navitation de cette époque dans des navires de petites dimensions soumis aux aléas du temps. Cet imaginaire collectif s'est transmis aux siècles subséquents. La chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours a perpétué cette tradition en devenant le principal accostage des marins dans le port de Montréal.
La présence du culte de la Madonna del Soccorso en Italie, du XIVe au XVIIIe siècle, a déjà été évoquée. Celle de la Basilica di Maria Santissima del Soccorso, à Sciacca en Sicile, se revêt d'une tradition maritine voulant qu'elle y aurait été apportée par une flotte de barques regroupant plus de 200 pêcheurs. Elle devint donc le patronage des marins, seuls autorisés à la transporter lors des processions annuelles. Des émigrants italiens exportèrent cette dévotion en Amérique, célébrée à Boston lors de la Fisherman's Feast depuis le début du XXe siècle.
Bartolomeo Berrettaro ou Birrittaro et Giuliano Mancino, Madonna del Soccorso, 1503, au-dessus du maître-autel de la Basilica di Maria Santissima del Soccorso à Sciacca en Sicile. |
Fisherman's Feast, Boston, statue de procession sous son dais et bannière. |
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Anonyme, Notre-Dame du Secours, fin XVIe siècle, bois polychrome et tissu, dimensions inconnues, Nice, Chapelle des Pénitents bleus du Saint-Sépulcre. |
Bagotti, Monument à Catherine Ségurane, 1923, Nice, face à l'église Saint-Martin Saint-Augustin. |
| Vers le milieu du XVIe siècle, Notre-Dame du Secours a été invoquée à Nice dans le sillage des événements du siège franco-turc. Afin de la remercier des faveurs obtenues, on y alla de diverses manifestations commémoratives : une médaille frappée par le duc de Savoie en 1544 en l'honneur de la Vierge ; l'érection d'une chapelle votive en 1552 sous le patronage titulaire de Notre-Dame de Sincaire, Notre-Dame de l'Assomption ou Notre-Dame du Secours, pourvue d'une statue de cette dernière appellation ; une inscription gravée sur la porte de la Tour de l'Horloge. | En 1543, Catherine Ségurane couvrit Nice de son manteau pour y recueillir les boulets ennemis. Dès lors elle fut identifiée à Notre-Dame du Secours, la Vierge de miséricorde. La revitalisation de cette héroïne coïncide avec celle du culte de Notre-Dame de Bon-Secours au Malonat à l'occasion de l'épidémie de choléra. Munie de son battoir, elle se rapproche de la Madonna del Soccorso ! Célébrée dans toutes les formes de l'art (poèmes, épopées, romans, théâtre dramatique et lyrique, tableaux, imagerie populaire), on lui élève un monument en 1923. Collaboration de Dominique Bon, septembre 2003, se référant à : Tisserand 1973, t. II, p. 46-47 ; Bon 2003. |
| Plaque à l'inscription latine : « A la Vierge Marie, Mère de Dieu, sous le titre de Secours, les habitants des îlots du Malonat, pour l'intercession qu'elle fit elle-même contre le choléra, le 1er août 1854 de l'année du Seigneur, par ce monument expriment leur éternelle gratitude ». | « A Notre Dame du Bon Secours pour sa maternelle protection sur notre quartier du Malonat durant la guerre 1939-1945 Les habitants reconnaissants Cette plaque a été inaugurée le 5 août 1945 par monseigneur Remond évêque de Nice chanoine Rollant curé de la paroisse » |
Une statue est installée en 1854 dans un oratoire au sommet de l'impasse du Malonat pour remercier la Vierge de son intercession en faveur des habitants du Vieux-Nice menacés par le choléra. Selon les gardiennes de la tradition, l'artiste aurait pris pour modèle une jeune fille de 8 ans habitant le quartier, la petite Quaranta. Cette madonne est encore vénérée aujourd'hui lors de processions solennelles. Collaboration de Dominique Bon, septembre 2003, se référant à : La Vérité, samedi 9 septembre 1854 n°31, Nice Bibliothèque de Cessole ; Bondanelli 1980.
| • Ateliers Ciaulandi, Notre-Dame du Malonat, 1854, carton pâte, demie-nature, Nice impasse du Malonat. |
••• Notre-Dame du Bon-Secours 2001, bannière présentant la Vierge en mandorle comme sur la Médaille Fouencamps-Bourgeoys. |
Vers 1928-1930, au Malonat à Nice, le vocable de Notre-Dame de Secours se transforme en Notre-Dame du Bon-Secours. L'oratoire primitif, inauguré le jour de la Nativité de la Vierge, présentait la statue emmaillotée dans le berceau d'un coffre aveugle. En 1966, elle est désormais rendue visible. Depuis 1995, la cérémonie présentée comme « la dernière fête votive organisée par un quartier du Vieux-Nice », intégre les « traditions niçoises » en patois local alors que les prioulessa se regroupent en Assouciacioun dòu Malounat. Une procession annuelle aux flambeaux, les derniers samedi et dimanche de juillet, porte cette statue jusqu'à l'église du Gésù. Collaboration de Dominique Bon, septembre 2003, se référant à : La croix de Malte, 1966.
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Ex-voto en forme de poissons offerts à cette Stella Maris par les pêcheurs et poissonnières du Malonat à Nice.
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Tant à Nice qu'à Montréal, ces Vierge ou Notre-Dame, accompagnées des graphies variables du Secours, de Secours, de Bonsecours, de Bon Secours ou de Bon-Secours, sont près des pêcheurs et du monde maritime, évoquant une autre appellation, celle de Stella Maris, Étoile de la mer ou Vierge de la mer. Collaboration de Dominique Bon, septembre 2003, se référant à : Chanoine Giaume T., « A la vierge du Malonat » et « Fête populaire de Notre-Dame du Secours à la rue du Malonat », La Semaine Religieuse de la Ville et du Diocèse de Nice, n° 32, 11 août 1916, p. 444-446, et n°37, 15 août 1880. Collaboration de Bernard Mulaire, 1er et 14 mars 2002, se référant à : « Monument historique restauré », La Presse, Montréal, 13 août 1952, p. 35.
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Anonyme d'après un dessin de Félix Martin, ORA PRO POPULO INTERVENI PRO CLERO NOTRE DAME DE BON-SECOURS A MONTRÉAL Je _______ me consacre à Marie pour toujours Montréal le _______ 18 _______ , gravure (Martin 1848, p. 35). |
Anonyme Paris d'après un dessin de Félix Martin, Notre Dame de Bon-Secours, 1847-1848, bronze doré, 98 cm, ORA PRO POPULO INTERVENI PRO CLERO [priez pour le peuple, intercédez pour le clergé], Site historique Marguerite-Bourgeoys (RCPQ). |
Charles-Olivier Dauphin (1807-1874) d'après un dessin de Félix Martin, Notre-Dame de Bonsecours ou Vierge des Marins ou Vierge des navigateurs, 1848, bois, demie-nature, Musée Marguerite-Bourgeoys, photo Françoise Delorme (Mulaire 1989, p. 18 ; Simpson 2001, p. 95 ; RPCQ). |
| En 1848 paraît le très important Manuel du pèlerin de Notre-Dame de Bon-Secours, à Montréal, orné de deux gravures en taille douce d'après des dessins du jésuite Félix Martin (Martin 1848). Sa Notre Dame de Bon-Secours, écrasant le serpent, illustre une carte de membre (p. 35) introduisant aux exercices de piété de la Confrérie de Notre-Dame Auxiliatrice (p. 39), Pèlerinage (p. 49), Neuvaine (p. 68), Le mois de Marie (p. 116), suivies du Mandement de Mgr. l'évêque de Montréal [Ignace Bourget] pour encourager le pèlerinage de Notre-Dame de Bon-Secours et établir dans cette chapelle la confrérie de Notre-Dame Auxiliatrice pour tout le diocèse (p. 157). | La publication de ce Manuel du pèlerin... fait suite aux voeux de Mgr Ignace Bourget, sauvé de l'épidémie de typhus apportée par les réfugiés irlandais fuyant la famine provoquée par le mildiou de la pomme de terre. Le dessin du jésuite Félix Martin, supérieur de l'ordre religieux que Bourget avait fait revenir à Montréal en 1842, sert de modèle à une sculpture en bois de Dauphin, ainsi qu'à une Vierge en bronze portant la même inscription, soit les premiers mot d'un hymne chanté lors de la fête de la Nativité de Marie, texte établissant un lien avec la dévotion à l'Assomption, également inscrite sur les plaques de fondation : Ora pro populo interveni pro clero intercede pro devoto femineo sexu sentiant omnes tuum juvamen quicumque celebrant tuam assumptionem. (Web ou pdf ; partition musicale ; traduction Google Priez pour le peuple, intercédez pour le clergé et pour le sexe féminin dévoué, afin que tous ceux qui célèbrent ton Assomption ressentent ta faveur.) | La Vierge de Dauphin est installée sur le toit de la chapelle jusqu'en 1892. Ses bras ouverts ne portent pas d'enfant, contrairement aux iconographies de Notre-Dame de Montaigu et de la Médaille Fouencamps-Bourgeoys. Il ne serait donc pas faux de l'intituler Vierge Auxiliatrice (Réau 1955-1959, t. 2, vol. II, p. 72), ce qui serait cohérent avec ce titre de la Vierge gravé sur la plaque fondation de cette chapelle en 1771. Cette oeuvre a été désignée sous le vocable Notre-Dame de Bonsecours dans la nécrologie du sculpteur en 1874, puis Vierge des navigateurs ou des matelots par une religieuse de la Congrégation de Notre-Dame. Comme pour la Madonna del Soccorso à Sciacca, ce serait d'ailleurs des marins qui l'auraient transportée lors de son installation, lui conférant alors l'appelllation Vierge des marins. |
Collaboration de Bernard Mulaire au sujet de la sculpture de Dauphin, 1er et 14 mars 2002, se référant à : « Rapports et Reproductions », La Minerve, 13 janvier 1874, p. 2 ; Sr Hélène Perreault cnd, Fiches sur les oeuvres d'art de la chapelle N.D. de Bonsecours, Archives du Séminaire de Saint-Sulpice ; Langis 1963, p. 32 ; Bernard Amyot pss, « Bienvenue en ce coin du Vieux Montréal », Chapelle Notre-Dame de Bon-Secours, juin-juillet-août 1988, n° 14, p. 3 ; La Minerve, Montréal, 6 août 1892, p. 1 ; Luc Ullus, La Croix de Montréal, Montréal, 30 mai 1893, p.1.
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Félix Martin, Chapelle de N.D. de Bon-Secours à Montréal, gravure (Martin 1848, p. 23). |
Wm. Notman & Son Regd (1954-1993), Église Bonsecours, Montréal, QC, vers 1878, Négatif à la gélatine argentique sur film, 17,6 x 12,5 cm, McCord VIEW-810.0. |
| « La fabrique de la paroisse éleva en 1784-85, le grand corps de logis adjacent à l'église, et dont le troisième étage, de niveau avec le choeur, forme la sacristie. Dans le côté de ce bâtiment qui regarde le fleuve, on voit encore un enfoncement pratiqué dans un des trumeaux, où la piété envers la Sainte Viereg [Vierge] avait fait placer un tableau, que les ravages du temps ont détruit. Cette image invitait les nombreux navigateurs qui voyagent sur notre grand fleuve à invoquer avec confiance, au milieu de leurs courses lointaines et de leurs continuels dangers, celle que l'Eglise appelle et qui est à tant de titres l'étoile de la mer [Martin 1848, p. 23]. » | Cette information du Manuel du pèlerin... attestant de la présence d'un ancien tableau ravagé par le temps provient d'une chronique de Jacques Viger publiée dans les Mélanges Religieux en 1842 et 1843. Le dessin de Félix Martin au frontispice de ce même Manuel... montre la façade et le côté de cette chapelle, mais n'indique pas la présence de la sculpture de Dauphin sur le toit. On peut cependant l'apercevoir sur deux vues anciennes, une photographie et une aquarelle, ainsi que sur la photo ci-dessus de Notman montrant également l'emplacement de cet ancien tableau. La Vierge de Dauphin est remplacée par une plus grande en 1893-1894 présentant tous les excès du style éclectique hyperbolique de la catholicité alors triomphaliste, avec une iconographie apparentée, mais un traitement moins subtil. |
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Albertype Company, La nouvelle façade arrière, début XXe siècle, Bibliothèque et archives nationales du Canada/PA-031910 (web ou pdf). |
Philippe Laperle (1860-1934) d'après les plans de François-Édouard Meloche (1855-1914), Vierge de Bonsecours ou Étoile de la mer, 1893-1894, bois recouvert de métal, grande nature, photo Archives du Musée Marguerite-Bourgeoys (Mulaire 1989, p. 72-73 ; Simpson 2001, p. 117).. |
| « La Sainte Vierge était considérée dans toute la chrétienté comme la plus éloquente, la plus influente des avocates au tribunal de Dieu. "Elle serait capable, écrit un moine cistercien, de faire absoudre le diable et Judas, s'ils se confiaient en sa miséricorde. [...] Elle est surtout la protectrice des marins et des pêcheurs à cause de son surnom d'Étoile de la mer (Stella Maris). De nombreuses chapelles lui sont dédiées par les marins sur les côtes où elle prend le nom de N. D. de la Garde, N. D. du Bon Secours, N. D. de Recouvrance, par les pêcheurs du bord des fleuves (Maria-Stiegen sur un bras du Danuble, à Vienne) [Réau 1955-1959, t. 2, vol. 2, p. 65-66, section consacrée aux patronages]. » | « Pour Érasme, la Vierge parée par la superstition de mérites dont il n'est pas question dans les Évangiles, n'est qu'une humble femme qui n'a aucun droit à trôner sur les autels où on lui brûle des cierges en plein midi. Les marins en perdition l'invoquent comme l'Étoile de la mer (Ave Maris Stella). "Quoi de commun entre la mer et la Vierge qui, à ce qu'il semble, n'a jamais navigué ? Elle remplace tout simplement Vénus, née de la mer, qui assurait jadis la protection des matelots [Febvre 1942, p. 342, cité par Réau 1955-1959, t. 2, vol. II, p. 68)." » |
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