web Robert DEROME
L'orfèvrerie des sulpiciens, pièces choisies.
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Assiettes décagones de l'intendant Dupuy.

• Avant toutes choses...
• Définition des objets à travers les voiles des siècles.
• Assiettes en argent en Nouvelle-France.
• Armoiries Dupuy Lefouyn.
• Vente des biens de l'intendant Dupuy.
• Compilation et calcul des données.
• Objets : quantités et types.
• Poids de l'argent et sa valeur.
• Acheteurs plus ou moins somptuaires.
• Cuiller à ragoût et assiette décagone.
• Épilogue.
• Mises à jour.

GRANDE PHOTO — Anonyme Paris, Assiette décagone, 1725-1726, argent, 28,5 x 2,5 cm, 593 g, Univers culturel de Saint-Sulpice 2016-2873.

PETITE PHOTO — Anonyme Paris, Assiette décagone, 1725-1726, argent, 28,5 x 2,5 cm, ??? g, Univers culturel de Saint-Sulpice 2016-0900.


Avant toutes choses...

Nos recherches ne portaient au début que sur l'objet portant le numéro 2016-2873. Sa fiche le nommait « plat de service » et ses armoiries n'étaient pas identifiées. Lors de notre première visite dans les collections, nous avons immédiatement conclu que c'était une assiette. De retour à la maison, nous avons rapidement identifié sur nos photographies ces armoiries accolées comme étant celles de l'intendant Claude-Thomas Dupuy et son épouse Marie-Madeleine Lefouyn. Les sulpiciens ont par la suite ajouté la gravure rustique de leur monogramme AM. La compilation des archives de la vente des biens de l'intendant Dupuy n'a pas révélé d'assiette en argent, mais quantité de plats beaucoup plus lourds, ainsi que 4 jattes vendues par paires en deux lots de même poids.

La rédaction de notre analyse terminée, nous avons eu la surprise d'apprendre l'existence d'un deuxième objet identique portant le numéro 2016-0900. Nous nous sommes alors demandés si cette paire d'objets ne pourrait pas être l'une des deux paires de jattes vendues en 1731 (Objets, Poids, Acheteurs) ? Ce qui nous a amené à peaufiner notre critique des sources et étendre notre exploration du vocabulaire de ces objets auxquels vous êtes conviés dans ce voyage dans les temps anciens et récents...

 


Définition des objets à travers les voiles des siècles.

Selon le magistral ouvrage Objets civils domestiques, Vocabulaire typologique, il s'agit d'une assiette plate : elle en possède le marli caractéristique, soit la partie plate tout autour de son bassin dont la profondeur n'excède pas 3-4 cm ; par contre, son diamètre de 28,5 cm dépasse légèrement leur moyenne de 23-27 cm (Arminjon 1984, p. 90). Sa forme décagone, soit à dix côtés, est cependant inusitée, ainsi que le poids conséquent de son généreux matériau d'une qualité exceptionnelle. On la différencie comme suit des autres objets utilisés pour les aliments.

Assiette creuse (à potage, volante) dont la profondeur du bassin dépasse 4 cm (Arminjon 1984, p. 90).

Jatte dont la forme générale, sans marli, présente de plus grandes dimensions : diamètre de 20-40 cm, profondeur minimale 4-5 cm (Arminjon 1984, p. 112).

Plat, plus grand que l'assiette, sa profondeur peut être supérieure à 5 cm (Arminjon 1984, p. 120). (Ceux provenant de la même source sont effectivement beaucoup plus lourds.)

1731.10.09 Vente détaillée des effets et meubles de Mr. Dupuy cy devant intendant (web, ou lien, p. 10s).

1731.10.09, p. 5, 2 jattes de Lusignan.

1731.10.09, p. 10, 2 jattes de Dumont.

1731.10.09, p. 17, 2 cuillers à ragoût.

Lors des inventaires après décès on faisait haibuellement appel à un orfèvre pour nommer et évaluer les trésors d'orfèvrerie dont la valeur était la plus élevée après les immeubles (IAD). Familiers avec le vocabulaire de leur profession, ils l'étaient également avec la complexité de la pesée du métal précieux en marc qui se subdivisait en 8 onces, 8 gros, 3 deniers et 24 grains.

Or, les pesées affectuées lors la vente des orfèvreries de l'intendant Dupuy se sont limitées seulement aux marcs, onces et gros (Compilation). Par conséquent, elles sont beaucoup moins précises, surtout lorsqu'on convertit ces valeurs en grammes ! De surcroît, pour les jattes on n'a inscrit que les marcs et les onces. En outre, celles acquises par Dumont ont été victimes d'une des trois anomalies de calculs décelées. Se pourrait-il qu'une jatte pesée à 458,9 g (Objets, Poids, Acheteurs) puisse être cette assiette décagone de 593 g ? Cette différence de 129%, soit 134,1 g, représenterait donc 4 onces 3 gros 5 grains, une marge d'erreur plausible dans ce contexte. Cette disparité pondérale s'inverse pour les 2 cuillers à ragoût pesées 1 marc 2 onces 4 gros, soit 160,6 g pour une seule (Compilation), alors que celle conservée ne fait que 148 g (92%). Ces objets pesés en paires avaient-ils des masses différentes ? Ou bien leurs mesures approximatives présentaient-elles une assez grande marge d'erreur ?

Nommer un objet de notre quotidien est un acte banal. L'appellation d'un objet ancien peut cependfant être obscurcie par les multiples voiles des siècles. Plusieurs facteurs déstabilisent la quiète certitude de nos vocabulaires spécialisés contemporains.

Que signifie l'appellation ancienne inscrite dans les documents de la vente des orfèvreries de l'intendant Dupuy ? Et qui sont les rédacteurs de ce document ? Ce sont des fonctionnaires de l'état : garde des sceaux du conseil supérieur agissant comme commissaire, procureur général du roi, greffier en chef, huissier. Ces juristes ne sont donc pas des spécialistes du vocabulaire des objets domestiques de l'orfèvrerie civile. Certes instruits, ils utilisent les termes usuels de leur époque et peuvent donc se méprende.

Peut-on se fier aux dictionnaires de cette période ? Les définitions ne sont pas toujours aussi descriptives qu'on le voudrait. N'étant pas illustrés, on n'a aucune idée de l'apparence réelle de l'objet concerné. Et il n'est pas assuré que ces appellations soient celles utilisées par le commun des mortels. Par ailleurs, un objet ancien qui a été conservé n'a plus d'étiquette d'origine de son ancienne appellation dans le quotidien du XVIIIe siècle ! Il n'est donc pas aisé d'établir un lien entre un objet ancien, les appellations de son époque d'utilisation et celles de son interprétation aujourd'hui.

[Furetière 1690]

ASSIETTE eſt auſſi un uſtencile de table qu'on ſert devant chacun des conviés pour y poſer les morceaux qu'on luy ſert ou qu'il veut manger. On fait des aſſiettes de bois, de Fayence, d'eſtaim, d'argent, de vermeil doré, des aſſiettes creuſes pour manger la ſouppe, des aſſiettes volantes pour ſervir les entremets. On appelle du même nom les ragouſts qui ſont deſſus. Une aſſiette de champignons, de ris de veau, de confitures. On appelle auſſi, Affiette à mouchettes, la platine ſur la quelle on les met.

ASSIETTE ſignifie auſſi, chaque couvert ou perſonne qui mange & paye ſon eſcot dans une auberge. On nous a donné à chacun le poulet ſur l'affiette, on paye tant par teſte, tant par aſſiette. Son aſſiette a diſné pour luy, c'est à dire, qu'il faut payer ſon eſcot quoy qu'abſent. il y a des Taverniers qui vendent du vin à pot, les autres par aſſiette, qui mettent la nappe.

[Académie française 1694]

ASSIETTE, ſub. f. Sorte de vaiſſelle plate & ronde qu'on sert à table devant chaque perſonne, & ſur laquelle chacun met les viandes qu'il veut manger. Aſſiette d'argent aßiette de vermeil doré, une douzaine d'aßieties aßiette d'eſtain, une aßiette de Fayence, aſſette creuse, une pile d'aßiettes, changer d'aſſiette.

On appelle, Aßiettes volantes, Certaines aſſiettes creuses que l'on sert entre les plats, & où l'on met des entrées, des ragousts &c.

On appelle auſſi, Aßiettes blanches, Les aſſiettes nettes, qu'on donne en relevant celles qui ont ſervi. Donnez nous des aßiettes blanches.

On dit fig. D'un homme qui eſt en penſion en une auberge, que Son aßiette diſne pour luy, pour dire, qu'il ne laiſſe pas de payer, quoiqu'il ne ſe trouve pas au repas.

[Richelet 1759]

Aſſiette, inſtrument de table. [Orbis.] Rond, de métal, de terre ou de bois, ſur quoi on mange & coupe ſes morceaux. (Une aſſiette plate, creufe, &c.)

Johannes I vanden Sande (1600-1675) ou Jan Baptist II vanden Sande (?-1713), Imago deiparae Virginis montis acvti mvltis miracvlis celebris, XVIIe-XVIIIe siècles, gravure coloriée, image 12,0 x 8,5 cm, Universiteit Antwerpen, RG PK: Thijs KP 31.17.

[Furetière 1690]

JATTE ſubst. fem. Vaiſſeau rond fait d'une piece de bois tournée & creuſée autour, qui ſert à la cuiſine, à la vendange, & le plus ſouvent à mettre les balieures d'une maiſon.

On appelle cul de jatte un pauvre eſtropié qui n'a ni cuiſſe ni jambes dont il ſe puiſſe ſervir, & qui eſt obligé de marcher ſur ſes feſſes enfermées dans une jatte. Scarron s'appelloit cul de jatte, car il eſtoit tellement paralytique qu'il ne pouvoit ſortir de ſa chaiſe. Ce mot vient de gabara Latin, qui ſignifie une grande eſcuelle. Du Cange le derive de gata, qui eſtoit une ancienne eſpece de navire rond ; & témoigne qu'on a dit autrefois geatte. On dit encore gatte en Picardie, pour dire un vaiſſeau rond, & qui n'eſt gueres profond.

JATTER ſ. f. Plein une jatte. Une jattée d'ordures. On dit auſſi, une jattée de ſoupe, en parlant de celle qu'on met par excés dans un plat, ou dans une eſcuelle.

[Académie française 1694]

JATTE. ſ. f. Eſpece de vaſe de bois, de Fayence, de porcelaine, &c. qui eſt rond, tout d'une piece & ſans rebords. Grande jatte, petite jave, le cu d'une jatte, il y en avoit plein une jatte.

On appelle, Cul de jatte, Celuy qui eſtant mutilé des jambes & des cuiſſes, marche en eſſet dans une jatte. C'est un cul de jatte.

JATTEE. ſ. f. Plein une jatte. Une grande jattée de ſoupe. Il eſt bas.

[Richelet 1759]

JATE (JATTE) ſ. f. [Gabata] Les Relieurs apellent jatte une ſorte de grande écuelle de bois où ils mettent leur colle.

Jate. Eſpéce de ſebille à preſſoir, trouée par le milieu, placée à la renverſe ſur quatre piés de bois, ſur laquelle les paſſementiers-boutonniers font avec des fuſeaux ces gros cordons de ſoie, de fleuret ou de fil, qui s'emploient à des guides de chevaux de carroſſe, à pendre des luſtres à atacher aux bras des cochers pour les faire arrêter quand on veut. On nomme auſſi jate, la ſébille dans laquelle les ſculpteurs, marbriers 8c ſcieurs de long mettent le grais batu, avec lequel ils ſcient & uſent les marbres & les pierres ; ils l'apellent auſſi galle. Les ſculpteurs s'en ſervent encore à détremper ce qu'ils apellent du badigeon, avec lequel ils réparent les défauts qui ſe trouvent dans leurs pierres.

* Cu-de- jatte, ſ. m. [Iners membris, ſuper clunes gradiens.] C'eſt un eſtropié qui n'a ni cuiſſes ni jambes, & qui eſt obligé de ſe traîner ſur ſes fefſſes poſées dans une jate. (Scaron s'apelioit cu-de-jate, parce qu'il étoit tellement paralitique qu'il ne pouvolt ſortir de la chaiſe.)

Pierre Antoine Fraichot (1690-1763), Table servie au fromage et aux fraises (détail), 18e siècle,
huile sur toile, 74 x 97,2 cm, Besançon musée des beaux-arts et d'archéologie 864.1.1 (web ou pdf).
(Merci à la collaboration de Virginie Frelin-Cartigny.)

Cette nature morte illustre six jattes présentant des fruits (pommes, marrons, cerises, fraises), des pains et du fromage. Toutefois, la mouche semble bien vivante !

On y observe une belle variété de jattes rondes, plus ou moins grandes ou creuses, chantournées ou pas, dont l'une, à l'extrême gauche, avec une forme géométrique octogonale faisant écho à cette assiette décagone.

En haut, à droite, le sucrier saupoudreur (saupoudroir, saupoudreuse, poudrière à sucre), objet souvent en argent ou autres matériaux luxeux, en vogue vers 1650-1750, servait à répandre sur une variété d'aliments du sucre réduit en poudre grossière (Arminjon 1984, p. 144).

« 560. Jatte ; faïence de Saint-Omer. XVIIIe s. Musée de l'Hôtel-Sandelin, Saint-Omer [Arminjon 1984, p. 113]. »

« 559. Modèles de jattes. Tarif de la Manufacture de Sèvres. Vers 1840. Archives de la Manufacture de Sèvres [Arminjon 1984, p. 113]. »

Le XIXe siiècle s'est emparé du mot jatte, lui conférant une panoplie de formes disparates. Ce qui a eu pour effet de créer un écran opaque, obscurcissant ainsi la compréhension des anciennes acceptions et formes oubliées, devenues étrangères.

Le nom donné influence la perception et oriente l’interprétation des usages et fonctions. Le vocabulaire courant actuel, tant en archéologie qu’en orfèvrerie, utilise trop souvent le mot jatte, hérité depuis sa grande diffusion au XIXe siècle, pour désigner de nombreux objets, alors que leurs anciennes formes étaient fort différentes.

« JATTE nom féminin — Récipient, généralement de petite taille, de forme ronde, très évasé, sans rebord, ni pied, ni anse, ni manche. Jatte de bois, de porcelaine. Une jatte d'argent... » [ATILF, Trésor de la Langue Française 1960-1990.] Les synonymes proposés métaphorisent leurs usages : bol, bolée, jattée, tasse, récipient, coupe. [ATILF, Synonymie.]

« JATTE nom féminin — Espèce de vase rond, tout d’une pièce et sans rebord, de profondeur intermédiaire entre un grand bol et une écuelle, généralement en terre cuite, en faïence ou en porcelaine (plus rarement en bois), utilisée dans la confection de plusieurs mets comme les compotes ou les entremets, des fruits au sirop, du lait, du fromage blanc, parfois pour du thé ou un consommé. » [ATILF, Wiktionnaire.]

Ces définitions éclairantes, sauf pour la mention « généralement de petite taille », se rapprochent de celle des Objets civils domestiques, Vocabulaire typologique (Arminjon 1984, p. 112).

Explorations faites, ces assiettes décagones portant les armoiries Dupuy Lefouyn ne sont pas des plats de service. Suite à ces analyses, il est donc possible que les jattes vendues en 1731 puissent être ces assiettes décagones !

Georges Seurat, Un dimanche après-midi à l'île de la Grande Jatte,
1884-1886, huile sur toile, 207,6 × 308 cm. Art Institute of Chicago.

 


Assiettes en argent en Nouvelle-France.

France, Anonyme, Assiette, Detroit Institute of Arts 71.34 (Fox 1978, p. 26-28).

France, Anonyme, Assiette, Detroit Institute of Arts 70.561 (Fox 1978, p. 29).

Nicolas Clément Vallières (Paris, maître 1732), Assiette, 1752, 1,9 x 25,4 cm, Collection privée (Trudel 1974a, p. 131, photo RD).

Une compilation des données provenant de plus de 200 inventaires après décès (IAD) de la période 1720-1760, principalement à Montréal, dévoile la présence de 26 assiettes en argent, mais dont seulement deux actes notariés indiquent leur provenance : l'une du pays, soit la Nouvelle-France ; l'autre de Paris, soit la métropole coloniale.

Les trois assiettes ci-dessus, toutes semblables selon le modèle chantourné le plus répandu, ont été étudiées dans le cadre des collections de la famille Baby. Elles portent les armoiries de la famille Godefroy de Tonnancour que l'on retrouve également accolées à celles de Chartier de Lotbinière. L'assiette décagone des sulpiciens porte également les armoiries d'un important personnage de la Nouvelle-France.

 


Armoiries Dupuy Lefouyn.

Armoiries accolées de Claude-Thomas Dupuy et de son épouse Marie-Madeleine Lefouyn : Anonyme Paris, Assiette décagone, 1725-1726, argent, 28,5 x 2,5 cm, 593 g, Univers culturel de Saint-Sulpice 2016.2873.

Armoiries accolées de Claude-Thomas Dupuy et de son épouse Marie-Madeleine Lefouyn : Anonyme Paris, Cuiller à ragoût, 1725-1726, argent, 31,9 x 6 x 4 cm, 148 g, Soeurs Grises de Montréal 1973.G.052.

Les mêmes armoiries longuement analysées sur cette cuiller à ragoût.

Anonyme Paris, Cuiller à ragoût, 1725-1726, argent, 31,9 x 6 x 4 cm, 148 g, Soeurs Grises de Montréal 1973.G.052.

La gravure des armoiries sur cette assiette décagone est quelque peu émoussée. Néanmoins, on y reconnaît celles de l'intendant Claude-Thomas Dupuy et de son épouse Marie-Madeleine Lefouyn dont une version mieux conservée a été analysée en détail sur une cuiller à ragoût conservée chez les Soeurs grises de Montréal.

En outre, les poinçons sur cette assiette décagone sont les mêmes que ceux sur cette cuiller à ragoût. Ces deux objets ont été fabriqués à Paris entre le 9 août 1725 et le 12 août 1726, peu de temps après le mariage de Dupuy et Lefouyn, le 6 juin 1724, mais avant leur départ pour la Nouvelle-France au début de juin 1726 et leur installation au Palais de l'intendant à Québec le 2 septembre 1726 (DBC).

Charge de Paris, un A couronné entrelacé de deux L en chiffre, 15 février 1722 au 1er décembre 1726. Lettre date I couronné, 9 août 1725 au 12 août 1726. Poinçons de décharge et de maître orfèvre peu lisibles et non identifiés. (Bimbenet-Privat 1995a)

Anonyme Paris, Assiette décagone (détail des poinçons), 1725-1726, argent, 28,5 x 2,5 cm, 593 g, Univers culturel de Saint-Sulpice 2016.2873.

Anonyme Paris, Cuiller à ragoût (détail des poinçons), 1725-1726, argent, 31,9 x 6 x 4 cm, 148 g, Soeurs Grises de Montréal 1973.G.052.

1. Claude-Thomas Dupuy, cousin de Jean-Joseph.

2. Marie-Jeanne Dupuy de la Grandrive, la plus jeune soeur de Jean-Joseph.

3. Marie-Madeleine Lefouyn, épouse de Claude-Thomas.

4. Debout, Jean-Joseph Dupuy de la Grandrive, personnage central de ce tableau de famille.

5. Magdeleine Micolon, épouse de Jean-Joseph.

6. Anne Gourbeyre, mère de Jean-Joseph.

7. R.P. Claude Dupuy prémontré, oncle de Jean-Joseph.

« L'intendant du Canada Claude-Thomas Dupuy, Jean-Joseph Dupuy de la Grandrive, et leur famille.
(Tableau par Largillière, 1724) [Apcher 1937, p. 144, septième image hors texte.] »

 


Vente des biens de l'intendant Dupuy.

Richard Short, Vue du Palais de l'Intendant (Québec), vers 1761,
gravure, 51,4 x 32,4 cm, Bibliothèque et Archives Canada 1989-283-3 (photo).

Suite à une intense querelle avec le clergé après le décès de Mgr de Saint-Vallier, Dupuy est démis de ses fonctions d'intendant en mai 1728, moins de deux ans après son arrivée. Ruiné par des dépenses excessives, ses biens sont saisis puis vendus à l'encan en 1731.

Les déboires financiers de cet intendant nous informent cependant sur son exceptionnelle assortiment d'orfèvrerie domestique somptuarie, ainsi que sur ses acquéreurs. Étant donné qu'il s'est écoulé plus de trois ans entre son limogeage et la vente de ses biens, il est probable que certains d'entre eux ne se retrouvent pas dans ces documents.

La vente du 27 juin 1731 ne contient aucun objet d'orfèvrerie. Jean Trudel a dressé la liste de ceux vendus selon leur ordre d'apparition lors de la vente détaillée du 9 octobre 1731, suivie de la lettre du 15 octobre du nouvel intendant Gilles Hocquart (DBC) et de l'état de compte global des résultats de ces ventes.

Tableau E Vente des biens de Claude-Thomas Dupuy... (Trudel 1974a, p. 16-17*).

1731.06.27 Vente des biens de Dupuy (web ou lien).

1731.10.09 Vente détaillée des effets et meubles de Mr. Dupuy cy devant intendant (web, ou lien, p. 10s).

1731.10.15 Lettre de Hocquart (web ou lien).

1731 État de compte (web ou lien).

*Référence à : OBAC, Archives des colonies, M G 1, C 11 A [MG1, C11A], vol. 55, Monsieur Hocquart concernant la vente des effets de M. Dupuy, ex-intendant, inventaire détaillé de la vente de ses effets, octobre 1731, fos 105-158, p. 46-139 [web].

Les inventaires après décès dressés par les notaires se conformaient à des règles légales définies. Des scellés étaient rapidement apposés, puis l'inventaire se déroulait pièce par pièce, permettant de mieux circonsrire leurs usages. Pour l'orfèvrerie de l'intendant Dupuy, il s'agit d'actes administratifs suite à des procédures légales. Les ventes ont eu lieu trois ans après le départ de leur propriétaire. Les divers biens ont été transférés en divers lieux de conservation. Plusieurs d'entre eux ont donc pu être gardés, saisis, vendus ou spoliés lors de ces nombreuses manipulations sur cette longue période de temps. Cet historique documentaire pourrait expliquer le fait que ces assiettes décagones des sulpiciens ne semblent pas figurer à la vente détaillée du 1731.10.09 où ne retrouve aucun objet pesant 593 g, donc 2 marcs 3 onces 3 gros 5 grains. À moins qu'il puisse s'agir d'une des deux paires de jattes ? D'autres pièces d'orfèvrerie portant les armoiries Dupuis Lefouyn ont donc pu se retrouver chez divers citoyens de la Nouvelle-France. Quant à la cuiller à ragoût conservée chez les Soeurs grises, portant également ces armoiries, on ne peut pas déterminer si c'est l'une des deux vendues à cette occasion, car leurs poids individuels ne sont pas notés.


Compilation et calcul des données.

Compilation et calculs de la vente de l'orfèvrerie des Dupuy Lefouyn (fichier excel).

L'orfèvrerie des Dupuy Lefouyn, mise à l'encan lors de la vente détaillée du 1731.10.09, est regroupée en 34 lots contenant 109 objets. Sa compilation dans ce fichier excel permet une grande variété de nouvelles interprétations.

Onglet pdf Description
Compilation pdf Liste alphabétique des objets avec leurs données et calculs.
Conversion en format décimal du marc et de la livre #.
Abréviations pdf Codes utilisés.
Objets pdf Total d'items pour chaque type d'objet.
Assiettes pdf Assiettes de faïence, différentes façons, porcelaine.
ArgDor pdf Objets argentés ou dorés : vente du 1731.06.27.
$CAN pdf Évaluation en $CAN actuel de la valeur d'un objet à partir de son poids en argent.
Vd pdf Valeur du marc en # après enchères convertie en décimal.
Acheteurs pdf Valeur décroissante du total des acquisitions de chaque acheteur.
Ratio entre le $CAN actuel et la livre #.
Marc   Conversion du marc en grammes et vice-versa.
pdf pdf Orfèvreries dans l'ordre des pages : vente détaillée du 1731.10.09.
#dv pdf Vérification de la validité des calculs des prix de vente.

À propos de la validité des calculs !

Nous avons déjà évoqué la possibilité d'erreurs dans les pesées. Les données étaient présentées dans des formats difficiles à calculer : le poids de marc se subdivisait en 8 onces, 8 gros, 3 deniers et 24 grains ; la livre # se subdivisait en 20 sols et 12 deniers. Ces valeurs ont été converties en format décimal.

Les inscriptions des poids des objets (Md), la valeur en # du marc obtenue après les enchères (Vd) et le prix calculé (#d) ont été retenues telles quelles, mais en tenant compte de ces cas particuliers, identifiés en surlignage gris dans ce tableau.

  • 2 paires de jattes du même poids de 3,75 marcs ont été vendues au même prix de 219,35# alors que pour celles de Dumont le prix en # du marc était marqué à 52,5# au lieu de 58,5# (p. 5 et 10).
  • 2 cuillers et 2 fourchettes avaient été marquées par Trudel à 81# alors que le document original avait corrigé l'erreur dans la marge gauche à 91# (p. 24).
  • 4 couteaux bi-métaux ont été adjugés sans valeur enchérie au marc (Vd) qui a donc dû être calculée contrairement aux autres items (p. 24).

Suite à la vente de chaque lot, le poids en marc (Md) doit être muliplié par la valeur en # du marc obtenue après les enchères (Vd). L'ancien calcul (#d, en italique) est comparé à celui vérifié calculé par excel (#dv, italique surligné jaune). La différence (#de, italique rouge surligné jaune) a été convertie en pourcentage (%, rouge gras). En voici les conclusions...

  • 28 calculs anciens équivalents ou presque pour la majorité des 34 résultats : 3 ✓ identiques ; 25 à ±0% ou quelques centimes d'écart.
  • 2 calculs anciens plus chers : de 2% à 1%.
  • 3 calculs anciens moins chers : de -1% à -2%.
  • 1 calcul différent pour 4 couteaux : Vd = #d ÷ Md au lieu de la formule décrite ci-dessus utilisée pour tous les autres items Md x Vd = #dv.

1731.10.09, p. 5, 2 jattes de Lusignan.

1731.10.09, p. 10, 2 jattes de Dumont.

1731.10.09, p. 24, 2 cuillers 2 fourchettes.

1731.10.09, p. 24, 4 couteaux.

 


Objets : quantités et types.

(Compilation)

Des 109 items pour 18 types d'objets vendus, les plus nombreux (Compilation) sont les 52 cuillers et fourchettes pesant 3 864,4 g de métal précieux. Ces ustensiles réunis en paires, que l'on appellait alors couvert, sont pesés, évalués et vendus en lots. On ne peut donc pas différencier le poids et la valeur de l'une par rapport à l'autre. Le poids moyen pour un seul de ces objets se situe entre 81,7 g et 85,7 g, sauf pour ceux en vermeil à 44,6 g, évalués plus bas « à cause de la façon antique », provenant donc peut-être d'héritages de biens de familles.

1731.10.09 Vente détaillée..., p. 17.

Ces quelques 26 couverts, fort probablement de fabrication métropolitaine sinon parisienne, utilisés par autant de convives à la chic table de l'intendant Dupuy, en 1726-1728, sont donc plus lourds et plus luxueux que ceux en fabrication en 1749 pour la clientèle plus modeste de l'orfèvre de Nouvelle-France Paul Lambert dit Saint-Paul, tels que consignés dans son inventaire après décès : une moyenne de 0,5656 marc par couvert, soit 138,43 g, donc 69,215 g par objet.

Les 16 plats vendus présentent un total de 18 409,8 g, soit 18,4 kg de métal précieux ! Bien que 3 fois moins nombreux que les 52 cuillers et fourchettes, ils sont 4,8 fois plus lourds. Leurs valeurs individuelles varient entre 1 797,4 g et 3 824,3 g, donc de 3 à 6 fois plus que cette assiette décagone de 593 g conservée par les sulpiciens. Mais, une des paires de jattes pourrait-elle être cette paire d'assiettes décagones ? (Avant... ; Définition...)

En ce qui concerne les 10 couteaux, seuls les manches sont de métal précieux : 4 en argent et 6 en vermeil.

Moins nombreux, d'autres objets, énumérés dans le tableau ci-contre, présentent certains rares exemples de leur typologie documentée en Nouvelle-France dont peu ou pas d'exemplaires ont été conservés.

Assiettes dans la vente du 1731.06.27 (p. 22-24 et 35).

(Compilation)

Certes, l'intendant Dupuy et son épouse Lefouyn possédaient une très importante panoplie d'orfèvrerie. Ils avaient au moins ces 2 assiettes décagones conservées chez les sulpiciens. Mais pourquoi n'y trouve-t-on pas d'autre assiette plate en métal précieux ? À moins que les 4 jattes soient des assiettes ?

La réponse réside, entre autres circonstances multiples, surtout dans la faïence, dont on retrouve diverses mentions dans la vente du 1731.06.27 pour un total de 44 assiettes ; mais également dans la porcelaine, dont 3 pour le dessert, vendues beaucoup plus chères à l'unité (#d1).

La valeur totale des 36 assiettes de différentes façons (5,3#) ne représente qu'une fraction du prix d'un seul ustensile de métal précieux vendu le moins cher (9,07#), tel que calculé dans la prochaine section : Poids de l'argent et sa valeur.

Objets argentés ou dorés dans la vente du 1731.06.27.

(Compilation)

Bien que la vente du 1731.06.27 ne contienne pas d'orfèvrerie, elle documente quelques objets argentés ou dorés avec leurs caractéristiques, estimations (#e) et prix de vente (#d) beaucoup plus élevés que les assiettes.

Les réchauds argentés étaient convoités puisqu'ils ont obtenu un prix de vente passablement plus haut que leur estimation.

L'étui en bois garni d'argent avec un ganif est un taille-plume : « CANIF. ſ. m. On prononce Ganif. Petit morceau d'acier fort tranchant, garni d'un petit manche dont on ſe ſert pour tailler des plumes [Furetière 1690, t. 1, p. 371]. »

 


Poids de l'argent et sa valeur.

Balance de changeur...

Le Prêteur...

Balance Roberval (web ou pdf).

Voir aussi cette analyse détaillée : Le marc et sa valeur.

Ce tableau (Compilation) est classé selon le poids calculé en grammes pour un seul objet de chaque lot, du plus élevé au plus bas (Gr1). Rappelons toutefois que nous avons déjà évoqué la possibilité d'erreurs dans les pesées.

La masse totale de métal précieux représente un poids très élevé, soit 36 645,3 g. Sur le marché qui fluctue, le gramme d'argent valait 2,65 $CAN lorsque nous l'avons consulté pour ces calculs (web). Ce qui représente donc la somme pharamineuse de 97 110,14 $ ! (Nous n'avons pas tenu compte du pourcentage d'argent dans les alliages utilisés par les orfèvres dont le taux très variable peut-être beaucoup plus ou moins élevé que le titre officiel. Voir Fox 1978, p. 159-166.)

Il faut y ajouter la façon, le travail de l'orfèvre, qui, habituellement, doublait l'évaluation du coût du matériau pour obtenir le prix de vente. La valeur de cette orfèvrerie représenterait donc aujourd'hui la coquette somme de 194 220,27 $. Ce qui constitue très certainement un investissement somptuaire !

L'estimation préalable de la valeur se fait au poids du marc, au taux de 51#, sauf quelques exceptions (Compilation colonne Ed). Le prix réel de vente (#d1) découle du résultat des enchères où la valeur du marc oscille entre 70# et 18,56#, pour une moyenne de 55,02#. À cause de ces variables, certains prix en #d1 ne s'harmonisent pas avec la décroissance progressive de la régulière séquence descendante du poids des objets (Gr1). (Voir aussi : À propos de la validité des calculs !)

La multiplication du poids d'un seul objet (Gr1) par sa valeur en $CAN actuel donne une équivalence de prix ($1), lequel il faut doubler pour tenir compte de la façon, soit le travail de l'orfèvre ($1F).

Le plat le plus cher vaudrait donc 10 985,39 $, alors que le prix le plus bas pour un ustensile, cuiller ou fourchette, serait de 236,46 $.

Voici la quantité du prix total de ces types d'objets, incluant la façon, se classant dans chaque intervalle de cette échelle de prix : 2 >10 000 $ ; 2 >7 500 $ ; 5 >5 000 $ ; 7 >2 500 $ ; 6 >1 000 $ ; 12 >0 $.

Les recettes de 8 126# engendrées par cette orfèvrerie constituent 30% du total des revenus de 26 986# générés pour tous les objets vendus (1731 État de compte). La valeur actualisée de tous ces biens serait donc de 644 187 $ (orfèvrerie à 194 220,27 $ au bas de Gr1 divisée par 30% au bas de Objet tel que calculé avec multiples décimales par le fichier excel). Ce qui permet de mieux comprendre l'ampleur de la débâcle financière de cet intendant dépensier vivant au-dessus de ses moyens.

Les dernières lignes au bas du tableau calculent la valeur convertie en $CAN actuels des deux objets conservés dont les poids sont connus : l'assiette décagone et la cuiller à ragoût.

(Compilation)

Cet autre tableau présente le résultat de la valeur en # du marc en format décimal atteinte suite aux enchères pour l'acquisition de chaque lot (Vd). Il est classé depuis la plus haute valeur en descendant.

En haut de la liste, des objets rares, ont obtenu un sommet de 70# le marc : la cafetière et les cuillers à olives. Ces deux aliments de luxe, ne faisant pas partie des aliments de base, étaient certainement des denrées rares et chères en Nouvelle-France. Il fallait donc les apprécier particulièrment pour surenchérir afin d'obtenir des objets en métal précieux afin les servir en grand apparat.

Rares sont les flambeaux en argent de cette époque. Il n'est donc pas étonnant qu'ils aient obtenus un score élevé de 68# le marc à ces enchères. Objeta usuels d'éclairage, les chandeliers étaient beaucoup plus fréquents dans des matériaux plus prosaïques, métaux non précieux ou diverses poteries plus ou moins sophistiquées (Genêt 1974).

Bien que divers orfèvres aient déjà été à l'oeuvre en Nouvelle-France lors de cette vente en 1731, dont l'illustre Paul Lambert dit Saint-Paul, on s'est arraché les couverts (cuiller et fourchette) de l'intendant Dupuy à prix élevé (de 66,25# à 61# le marc), probablement parce qu'ils étaient de fabrication métropolitaine d'un style ou d'une qualité supérieure à ceux des orfèvres du pays.

La valeur enchérie du marc s'étale encore de 60# jusqu'à 52,5# pour plusieurs autres types d'objets, dont plusieurs plus rares dans ce matériau plus précieux, tels que sucrier, huilier, jatte, aiguière, cuiller à pot, saucière, salière, coquetier.

La valeur normale estimée du marc d'argent avant les enchères étant de 51#, il y a eu peu de surenchère pour plusieurs lots plus lourds et donc beaucoup plus onéreux. Ces objets de prestige ont été acquis par les acheteurs les plus fortunés, surtout des plats, mais également aiguière et flambeau.

En bas de gamme, les ustensiles de « vermeil à la façon antique » n'ont été prisés qu'à 49,75# le marc, alors que les couteaux bi-métaux à lame de fer touchent les évaluations les plus basses à 36,75# et 18,56#. La moyenne d'ensemble se situe à 55,02#.

(Compilation)

Cuillers à olives dans les IAD.

Dans les inventaires après décès, principalement à Montréal entre 1740 et 1760,
on ne retrouvre que quelques exemplaires en argent de ces rares objets (Notaire minute).

1 en argent de Paris :
chez un négociant
le 1748/04/25
(Danré 3545).

2 en argent du Pays :
chez un garde des magasins du roi
le 1750/12/03
(Danré 4386).

1 en argent :
chez Charles Douaire Chasier,
marchand bourgeois,
le 1757/01/26 (Danré 7070).

Edouard Leblond (Paris), Cuiller à olives, 1716-1717, argent partiellement doré, 31,1 cm, Paris, Louvre OA 9716.

 


Acheteurs plus ou moins somptuaires.

Tous les 23 acheteurs des orfèvreries Dupuy Lefouyn sont présentés dans le tableau ci-contre selon le total de la valeur décroissante de leurs acquisitions (Compilation).

Ce tableau calcule un ratio d'une moyenne de 25 de conversion entre le $ actuel et l'ancienne #. Les biographies des plus importants acheteurs permettent de corroborer la validité de ces évaluations très élevées des orfèvreries des Dupuy Lefouyn.

Le plus important acheteur, François-Étienne Cugnet (1688-1751 DBC), aurait déboursé 34 071,22 $ pour 5 plats et cuiller à pot. Il profitait d'un salaire annuel de 3 000# comme administrateur du Domaine d’Occident, plus 1 000# pour la location d'une partie de sa demeure. En appliquant le ratio de 25 à ces 4 000#, on obtient un salaire annuel de 100 000 $, exempt de nos actuels impôts et taxes au provincial et au fédéral. Ces émoluments devaient également se bonifier d'autres revenus à titre d'avocat, marchand, entrepreneur et membre du Conseil supérieur.

François Foucher (1699-1770 DBC) aurait déboursé 20 592,38 $ pour 4 plats, 2 saucières et cuillers à ragoût. Ce négociant et procureur du roi était réputé être un homme d’affaires dur, manquant parfois de scrupules. Certains de ses contrats notariés pouvaient se monter jusqu’à 9 500#, soit 237 500 $ calculé avec un ratio de 25.

Charles Guillemin ou Guillimin (1676-1739 DBC) aurait déboursé 20 268,60 $ pour 4 plats. Riche marchand, armateur, commissionnaire, constructeur de navires, commandant de milice, membre du Conseil superieur, il avait de très larges moyens financiers lui permettant de prêter la somme de 40 000# au trésorier du roi à Québec, soit 1 000 000 $ calculé d'après le ratio de 25.

Suivent plusieurs autres acheteurs qui, sans être aussi riches et célèbres, faisaient toutefois partie de l'élite de la société de cette époque.

(Compilation)

 


Cuiller à ragoût et assiette décagone.

Anonyme Paris, Cuiller à ragoût, 1725-1726, argent, 31,9 x 6 x 4 cm, 148 g, Soeurs Grises de Montréal 1973.G.052.

Les poids de ces deux types objets conservés permettent d'évaluer l'équivalent de leur prix potentiel en $CAN actuel selon les mêmes ratios que la vente de 1731. Soit respectivement 784,40 $ pour la cuiller à ragoût et 3 142,90 $ pour une assiette décagone. Ce qui, naturellement, est bien en dessous de leur valeur patrimoniale marchande réelle sur le marché actuel de l'art ancien qu’il faudrait probablement plus ou moins décupler !

Anonyme Paris, Assiette décagone, 1725-1726, argent, 28,5 x 2,5 cm, 593 g, Univers culturel de Saint-Sulpice 2016.2873.

Manoir Massue, 226-228 rue Sainte-Anne, Varennes (photo SHV).

Anonyme Paris, Assiette décagone (détail du monogramme AM), 1725-1726, argent, 28,5 x 2,5 cm, 593 g, Univers culturel de Saint-Sulpice 2016.2873.

La cuiller à ragoût des soeurs grises aux armoiries des Dupuy Lefouyn leur aurait été donnée vers 1959-1960 par le chanteur d'opéra Nicholas Massue (1903-1974) alors qu'il participait à l’aménagement du terrain où se construisait le Sanctuaire Sainte-Marguerite-d'Youville près duquel se trouve le manoir famillial à Varennes. Une des deux vendues en 1731 à François Foucher (1699-1770 DBC) aurait-elle pu être acquise par son ancêtre Nicolas Massue (1708-1787 PRDH ou web) alors qu'il résidait à Québec ? Parchemin ne fournit aucun document le concernant avant son mariage dans cette ville en 1743, mais atteste que ce marchand y résidait toujours en 1747. Sa fortune lui a permis de rénover (1773) et d'acquérir (1777) ce manoir à Varennes (RPCQ).

Ces assiettes décagones aux armoiries des Dupuy Lefouyn, tout comme d'autres orfèvreries anciennes des sulpiciens, peuvent provenir de diverses sources, dont les membres autonomes de cette communauté. Leur historique échappe donc habituellement à leurs archives. Si c'étaient l'une des 2 paires de jattes vendues aux Lusignan et Dumont, il faudrait alors identifier et documenter ces personnages, ainsi que les liens les unissant aux sulpiciens, incluant leurs descendances. Elles sont marquées du monogramme AM de leur communauté, très grossièrement gravé, certainement pas par un artisan qualifié en ce domaine. Il n'est pas aisé de dater la gravure de ce monogramme, mais elle pourrait être du XVIIIe siècle.

 


Épilogue.

Manoir, Carcé (Bruz), qui appartenait alors à la Société des Mines de Pont-Péan (1730-1789).
Inventaire Général du Patrimoine Culturel de Bretagne.

En guise d'épilogue notons l'exceptionnelle et surprenante variété de matériaux bruts et d'outils à la vente du 1731.06.27 des biens de l'intendant Dupuy, incluant le très inusité « petit baril de vif argent » vendu 48.2.1# (p. 27), soit du mercure valant 1 202,60 $CAN calculé d'après le ratio de 25 (Acheteurs).

Serait-ce là un indice avant-coureur de la subséquente carrière scientifique de l'ex-intendant Dupuy ? Il décède le 15 septembre 1738 au manoir de Carcé, propriété de la société des mines de Pont-Péan pour laquelle il travaillait. Une pompe de sa conception y est installée par son adjoint Antoine François de Genssane avec la collaboration de sa veuve.

 


Mises à jour.

260821-30 — Avant toutes choses... ; Définition...
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L'orfèvrerie des sulpiciens, pièces choisies.
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