TEKAKWITHA. |
1951 Image dévotionnelle ou oeuvre d'art ? Le cas de Mary Fides Glass.
La distinction image dévotionnelle et entre oeuvre d'art n'est pas évidente à définir. Prenons le cas d'une image pieuse conservée au Musée de la civilisation à Québec dont la fiche technique se présente ainsi le 15 juin 2019 (web ou pdf).
Les deux reproductions, recto et verso tels que données ci-contre, ne permettent pas de lire les textes. Seuls des agrandissements avec un logiciel de traitement d'images permettent de les déchiffrer, mais, même alors, une partie des informations reste floue (cliquer sur les images à droite). Ce musée a une longue histoire de frais astronomiques pour obtenir des photographies de leurs oeuvres. On doit donc les remercier de les rendre ainsi disponibles, mais pas tout à fait car les contribuables ayant payé pour leurs services ne peuvent pas tout voir. C'est là chasse gardée aux seuls conservateurs et chercheurs munis de fonds suffisants ! Il est donc plus que souhaitable de poursuivre une diffusion de ces biens publics collectifs avec des images permettant vraiment d'interpréter ces objets ! Le musée y gagnerait davantage de recherches par des collaborations gratuites sur leurs objets enrichissant ainsi toute la collectivité... Ce musée a donc catalogué cet objet comme une « image pieuse », ce qui s'avère tout à fait exact. La date de « 1959 » donnée avec l'abréviation non expliquée « po », ne mentionne pas qu'elle provient de l'imprimatur du cardinal Paul-Émile Léger, le « 24 août 1959 » sous la prière au verso, illisible sans agrandissement. Cette prière conçue « pour la Béatification de Kateri Tekakwitha » sera finalement exaucée en 1980. Quant à l'auteur de l'image, les lignes en-dessous de l'image au recto n'ont pas été relevées dans la fiche technique et la mauvaise qualité de l'image en rend la lecture impossible. |
Une recherche avec Google Images permet de retrouver plusieurs versions de cette « image pieuse ». En la raffinant, on arrive à celle publiée par Dietrich Urich-Kayser qui, faisant partie d'un album intitulé « Heiligenbilder / Holy cards / Heiligenbildchen », n'y est pas davantage identiée : elle figure à droite, en couleur, dans son format d'origine recadré. Un fort agrandissement permet, enfin, d'y lire les informations concernant l'artiste, figurant à droite sous l'image, et qui auraient dû être relevées sur la fiche du Musée de la civilisation : « Sr. M. Fides Glass ». Le titre de civilité « Sr. », pour Sister, permet donc de corroborer l'origine religieuse de cette « image pieuse ». Mais, qu'en est-il au juste de cette religieuse peintre anglophone ?
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On ne peut certes pas accuser la Frick Collection de New York de donner dans l'imagerie dévotionnelle ! Ce musée présente en effet un ensemble impressionnant d'oeuvres d'art de très haute qualité. On y trouve la Frick Art Reference Library qui conserve un dossier d'artiste de 34 cm sur Sister Mary Fides Glass, documents répartis sur la période de 1920 à 2000. Un autre dossier contient une reproduction de son portrait de Tekakwitha ainsi que ce document révélant ces informations.
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Le vice-postulateur de la cause de Tekakwitha, Thomas J. Coffey, avait déjà fait l'éloge de ce tableau six ans plus tôt que l'article cité ci-dessus.
LM 1953.01-02 — (p1) « PAINTINGS Meantime we are looking for a definitive portrait of the Lily. Artists have time and again tried their brushes, but so far have been unsuccessful in producing the picture. We recently received a very fine painting by Sister M. Fides Glass, of Greensburg, Pa., which really approches our ideal. Perhaps the artistic-minded of our readers may be prompted to try their hand. »
Le résumé du Frick laissait entendre que ce portrait avait été peint récemment. Or, le texte original du périodique, auquel il se réfère, parle plutôt d'une nouvelle représentation de Tekakwitha, basée sur les traits de l'artiste Mimi Baum Landes qui a posé pour soeur M. Fides Glass.
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Mari Baum Landes (1916-2003) « A distinguished artist from Phoenixville, Pennsylvania [...] was tutored in advanced art by The Sisters of Charity of Seton Hall, Greensburg, Pennsylvania [web ou pdf]. » Ce serait donc dans le cadre de ce tutorat qu'elle aurait servi de modèle à soeur Fides Glass pour ce portrait de Tekakwitha. Sa notice nécrologique atteste qu'elle se serait tournée vers l'art après la perte de son frère durant la Deuxième Guerre Mondiale, qu'elle serait devenue artiste dans les années 1940, donc après l'âge de 24 ans, et aurait exposé pour la première fois en 1952, à l'âge de 36 ans (web ou pdf). Le portrait de Tekakwitha reproduisant ses traits aurait donc été peint vers 1940-1952, ce qui pourrait être compatible avec un âge apparent de 24 à 36 ans. Mais, l'article ci-dessous en précise la date, soit en août 1951, alors qu'elle était âgée de 35 ans.
LM 1959.06 — (p1) Nouvelle mise en page du périodique avec le portrait de « Sr. M. Fides Glass KATERI TEKAKWITHA Présenting: a new likeness of Kateri from the portrait painted by Sister M. Fides Glass, Seton Hill College, Greensburg, Pa. Posed for by Mrs. Mimi Baum Landes, artist, of Phoenexville, Pa. Presented to Rev. Thomas J. Coffey, S.J., Vice-Postulator, 30 West 16 St. New York City. »
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Glass Mary Fides (1890-1955), soeur de la charité, Tekakwitha peinte d'après Mari Baum Landes (1916-2003) ayant posé en août 1951, huile sur toile montée sur carton, 10 x 14 pouces, Saints of Auriesville Museum, Our Lady of Martyrs Shrine, Fultonville NY. Les photos prises directement sur l'oeuvre (collaboration de Beth Lynch) permettent d'en lire la signature et la date : « F Glass 51 », où le F est à l'intérieur du G, et d'en apprécier une meilleure reproduction. |
Les photos de l'endos (collaboration de Beth Lynch) indiquent qu'il s'agit d'une toile montée sur carton (de 10 x 14 pouces), tel que corroboré par l'étampe commerciale, en haut à droite, à côté de l'inscription « Sister M. Fides » : « WEBER ART SCHOOL CANVAS BOARD MADE IN U.S.A. ». On voit également plusieurs taches de différentes couleurs de peinture à l'huile. En bas à gauche, se trouve un monogramme signature sensiblement différent de celui peint au recto : un S, avec un M dans sa bouche supérieure et un F dans l'inférieure, le tout inclus dans un grand G, qu'on peut interpréter comme celui de Sister Mary Fides Glass. L'inscription, telle que relevée au printemps 1978, ne se trouve plus au dos de l'oeuvre, ni dans les archives (collaboration de Beth Lynch). Deux petits morceaux de papiers jaunis, collés sous le filin de métal de part et d'autre, pourraient-ils en être des reliquats ? |
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Inspirée de la figure de Tekakwitha provenant de composition de Glass, une médaille a été gravée en « Italy [en bas à gauche] » avec l'inscription « KATERI LILY OF THE MOHAWKS ». Elle est montée sur bois, au-dessus d'une prière gravée sur une plaque métallique : commençant par le mot « BLESSED », elle date donc de la période 1980-2011 où elle était déclarée « bienheureuse ». (KC AKR P025-3). |
1951- Anonyme d'après Mary Fides Glass, Kateri Tekakwitha (KC AKR P068-2 sous Sylvia Jadis, KA P68 sous Joseph Maria Pernicone 1903-1985 prêtre et évêque auxiliaire). |
1968- Anonyme d'après Glass, Tekakwitha, après 1968, dessin, couverture de la publication de Mary Eunice (Mary Eunice 1968-). |
1971.09 Anonyme d'après Glass, La vénérable Kateri Tekakwita, Signature illisible en bas à gauche, Sacred Heart Messenger N.Y.C.. — (Kateri 1971.09-F046p22 ; 1971.12-E089p22). |
Après 1980.06.22 Un détail du portrait de Glass illustre un article de journal non daté relatant la proposition du vice-postulateur Henri Béchard, après la béatification en 1980, de donner le nom de « Ville de Kateri » à « Ville Saint-Catherine », là où se trouve son cénotaphe. — (Kateri 2014.09-F213p16). |
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