TEKAKWITHA.
Nouveaux regards sur ses portraits.
« Elle approche, elle meut quelque chose en avant. »

   

1906-1927 Canadian Messenger - Messager Canadien.

Edward James Devine (1860-1927) entre chez les jésuites en 1879 et y travaille aux archives de 1885 jusqu'à son ordination en 1889 (Paulin 2015). Il contribue à convaincre le scolasticat de l'Immaculée-Conception, rue Rachel à Montréal près du parc Lafontaine, d'acheter une presse sur laquelle sont imprimés les premiers numéros du Canadian Messenger en 1891 (CM 1891-). Il en est le directeur de 1899 jusqu’à son départ pour l’Alaska en 1902, puis après son retour en 1905. En 1920, ce périodique compte « plus de 6 millions de sociétaires et amis dans le monde et plus de 180 000 au Canada [DBC] ». Par ailleurs, le Messager canadien (MC 1892-1966) est également publié à Montréal, mais en français à compter de 1892, par le jésuite Jean-Baptiste Nolin (1849-1914) (DBC). Ces deux éditeurs oeuvrent sous l'égide de l'Apostolat de la prière et de la Ligue du Sacré-Coeur. Il n'est donc pas étonnant que ces organisemes soient en communication avec leurs homonymes aux États-Unis. Ils y empruntent cette nouvelle iconographie créée vers 1897-1901 au sanctuaire d'Auriesville, lieu de naissance de Tekakwitha et important lieu de pélerinage.

John J. Wynne, alors directeur du sanctuaire d'Auriesville de 1891 à 1909, y menait d'importants travaux d'expansion et de construction. Il était donc bien placé pour commanditer un tableau synthèse commémorant une partie de son oeuvre sur lequel le premier panneau est consacré à Tekakwitha. Ses nombreuses réalisations comme éditeur le plaçaient également en bonne position pour assurer la diffusion de cette iconographie de Tekakwitha qu'il vénérait tout particulièrement. Dès 1891, il siégeait également au comité éditorial du Messenger of the Sacred Heart, publication de l'Apostleship of Prayer des États-Unis (Lombardo 2014.05, p. 136), organisme lié aux Canadian Messenger - Messager Canadien, ainsi qu'à The Pilgrim of Our Lady of Martyrs, Auriesville NY (Pilgrim 1885-), édité par Wynne.

Cette figure de Tekakwitha, debout sur un piédestal dans une niche commémorative, sera reprise dans plusieurs oeuvres durant la première moitié du XXe siècle : visage jeune, cheveux longs souples tombant sur ses épaules drapées d'une couverture rose à rayures bleus, mains repliées sur la poitrine, la droite tenant une petite croix, chemise jaune ainsi que la jupe ornée d'une large bande bleue dans le bas, mocassins et mitasses en cuir avec franges.

1906.04

Anonyme, Tekakwitha , pour le 1906-1927 Canadian Messenger - Messager Canadien. — (Paquette 2015, fig. 8, tiré de MC 1892-1966, avril 1906) ; (Kateri 1988.06-E156p30 ; 1988.06-F113p30 ; 2003.03-E215p12 ; 2003.03-F172p12).

1906 après

Anonyme, Kateri Tekakwitha, document iconographique collé sur un carton (MAVM BM1-5P0356).

1916

Anonyme, Kateri Tekakwitha (Devine 1916, p. 2).

1916

Anonyme, Kateri Tekakwitha (Paquette 2015, fig. 7, tiré de Devine 1916, p. 2).

1916

Anonyme, Catherine Tégahkouita (FEC 1916m, p. 95).

On retrouve les mêmes images de Tekakwitha chez ces éditeurs parents dont les presses produisent également des livres, opuscules, feuillets, dépliants, tirés à part, images dévotes, etc. Celle diffusée en avril 1906 s'impose comme un nouveau modèle de représentation pendant deux décennies. On la retrouve sous forme de tiré à part, mais également dans l'ouvrage publié en 1916 par Devine sur Tekakwitha. Son modèle s'étend même au manuel d'histoire du Canada publié par les Frères des écoles chrétiennes. En 1927, la même figure s'installera dans un tout nouveau paysage, mais cela ne suffira pas à contrer la popularité du nouveau modèle créé la même année par Nealis.

1681-1696

Les portraits perdus de Tekakwitha par Chauchetière.

1717

LeÉd 1717 v12 PJCB p118.

1819

« Porlier Sculp », LeÉd 1819 v04 BNF p025.

1843

Un Légaré retrouvé, son tableau d'histoire de Tekakwitha.

1888-1889

Le tableau de Légaré est remplacé par celui de Lang lors de la restauration de la croix et du cénotaphe de Tekakwitha sous la gouverne des Walworth.

1896

Rénovation de l'iconographie par Joseph Sibbel en 1896.

Cette image marque un jalon important dans l'évolution de l'iconographie de Tekakwitha.

Les portraits perdus de Chauchetière n'ont pas empêché Cholenec de faire créer une toute nouvelle version totalement fictive en 1717 qui, elle-même, évolue considérablement chez les graveurs jusqu'à celle de 1819 qui sert de modèle au tableau d'histoire de Légaré en 1843. Attribué à Chauchetière, celui-ci est remplacé par une nouvelle vision plus ethnographique concrétisée par ng pour Walworth. Mais Sibbel, imprégné des nouvelles représentations scupturales des autochtones, en donne une version flamboyante beaucoup plus moderne.

C'est la combinaison des éléments de cette lente et longue évolution qui amène la création de ce tout nouveau portrait où Tekakwitha devient encore plus autochtone au goût du jour. Elle se tient toujours debout, à Côte-Sainte-Catherine, près du bassin du fleuve où se trouve, à droite, l'église de Laprairie, mais beaucoup plus modeste que celle peinte par Légaré !

La couverture n'est plus portée sur la tête, mais descend sur les épaules dans un long drapé, dévoilant les cheveux longs et le double collier au cou. La croix côtoie les mains croisées sur la poitrine en signe d'humilité. L'ensemble du vêtement fait beaucoup plus XIXe siècle que XVIIe !

Kateri Tekakwitha, document iconographique collé sur un carton, MAVM BM1-5P0356.

1er avril 1927 Tekakwitha debout près d'un canot et d'une chute faussement attribuée à Chauchetière.

Kateri Tekakwitha, document iconographique collé sur un carton, MAVM BM1-5P0356.

Graveur anonyme pour Le Messager Canadien, Tekakwitha debout près d'un canot et d'une chute, image dévote datée du 1er avril 1927 sous la prière. — (Mongeau 1937.05.24 p13, attribué à Claude Chauchetière) ; (Lecompte 1948a pcouverture) ; (Kateri 1973.09-E097p10 ; 1973.09-F054p10).

La nouvelle figure de Tekakwitha est reprise, dans un tout autre paysage, sur une image dévote datée du 1er avril 1927 sous la prière. Cette nouvelle composition pourrait bien être l'oeuvre du même graveur et figurer dans l'une ou l'autre des multiples publications du Canadian Messenger - Messager Canadien avant 1927. Ici, elle illustre un fascicule pour les pèlerinages au cénotaphe édité par Georges Mongeau en 1937. Elle y est abusivement attribuée à Chauchetière dans la légende, ce qui dénote la totale confusion régnant alors dans les attributions.

« D'après une peinture très ancienne (1681) faite par le R. P. Chauchetière, S.J., confesseur de la vierge iroquoise [Mongeau 1937.05.24, p. 13]. »

Pour bien comprendre cette interprétation outrancière, du point de vue de l'histoire de l'art, il faut la replacer dans le contexte de la mentalité chrétienne eu égard aux reliques. En effet, cette image n'est, à leurs yeux, qu'un autre avatar de la source originale de Chauchetière et, à ce titre, elle participe donc du même esprit, donc du même pouvoir surnaturel !

On la retrouve également en couverture d'une des rééditions de l'ouvrage de Lecompte publiée en 1948, toujours par le Messager canadien, mais également sous forme de sculpture.

Anonyme d'après le tableau synthèse du sanctuaire d'Auriesville, Tekakwitha, sculpture, « Mary Immaculate School (DeSmet, Idaho), The Kateri Club, DeSmet, Idaho, ca. 1937, Providence Archives, Seattle Digital Collections, 59.E7.231 [web ou pdf]. »

Graveur anonyme pour Le Messager Canadien, Tekakwitha debout près d'un canot et d'une chute, image dévote datée du 1er avril 1927 sous la prière (Mongeau 1937.05.24, p. 13, faussement attribué à Claude Chauchetière ; Lecompte 1948a, p. couverture). — (Kateri 1973.09-E097, p. 10) ; (Kateri 1973.09-F054, p. 10).

Henry Yzermans, « Cateri Tekakwitha », 1927-1938, huile sur toile, St. Mary and Joseph's Church, Sawyer Minnesota, photo Church of Sts. Joseph and Mary-Catholic.

« Printed by Notworthy Co., Amsterdam, N.Y. », Kateri Tekakwitha, après 1980, affiche d'après Margaret Mary Nealis, b.d. « M.M.N. R.S.C.J. 1927 » (KC AKR P053).

La composition hybride d'Yzermans montre bien la transition s'opérant depuis la représentation du Canadian Messenger - Messager Canadien vers la nouvelle et populaire création de Nealis. Mais on la retrouve encore, cette fois avec un canot allongé, sur une carte postale colorisée, non datée, partiellement intégrée au wampum donné par les Hurons en 1676-1677 et à l'église de Caughnawaga avec ses bâtiments adjacents, ainsi que sur la page couverture de Lamberville 1945.

(Lamberville 1945).

(KC AKR P018-5).

1916-

Priant en forêt.

vers 1940

Louis Archambault, A few months before Kateri, Clauche Chauchetière arrived at Mission Saint-François, vers 1940, Woodcut, Le Messager Canadien, signature abrégée « l Alt. » en bas à droite. — (MC 1892-1966) ; (Kateri 1951.06-EV03N03p07).

vers 1940

Louis Archambault, Quatre autochtones passant devant deux tipis et des conifères, They know their duties so well there is never any disorder..., vers 1940, signature abrégée « l Alt. » en bas à droite, provient peut-être du Messager Canadien. — (Kateri 1959.03-EV11N02p11).

Francis Chigot (Limoges 1879-1960), d'après les dessins de Jean-Baptiste Lagacé (1868-1946) et la thématique élaborée par Olivier Maurault (1886-1968), Jeanne Mance, Marguerite Bourgeoys et Catherine Tekakwitha, 1929, vitrail, Église Notre-Dame de Montréal. Photo de Francis Joseph Topp (1884-1974) commercialisée sur un dépliant par l'imprimerie du Messager à Montréal, ici estampillé du timbre cachet du Kateri Center à l'effigie du bronze de Brunet — (KC AKR P044-1).

1957.12

Anonyme d'après Brunet, Ven. Kateri, aidez sa cause, elle vous aidera, sceau, cachet ou timbre. — (Kateri 1957.12-F001p36 ; 1958.09-F000p36 ; 1963.09-12-F015p29 ; 1966.06-E069p10).

1971.09

Anonyme d'après Glass, La vénérable Kateri Tekakwita, Signature illisible en bas à gauche, Sacred Heart Messenger N.Y.C.. — (Kateri 1971.09-F046p22 ; 1971.12-E089p22).

Les Canadian Messenger - Messager Canadien mettront de l'avant d'autres illustrations qui auront belle carrière ou fière allure : que ce soit la Kateri priant en forêt, publiée par Devine en 1916, ou les beaucoup plus modernes Chauchetière ou Quatre autochtones de Louis Archambault vers 1940, ainsi que le vitrail d'après Lagacé à l'église Notre-Dame de Montréal.

 

   

TEKAKWITHA.
Nouveaux regards sur ses portraits.
« Elle approche, elle meut quelque chose en avant. »