TEKAKWITHA.
Nouveaux regards sur ses portraits.
« Elle approche, elle meut quelque chose en avant. »

   

1927-1938 Henry Yzermans et l'oratoire de Sawyer à la réserve de Fond du Lac.

 


| Origine | Abandon | Yzermans | Iconographie | Réfection | Odile | Agonie |

Origine de l'oratoire.

Henry Yzermans, « Cateri Tekakwitha », 1927-1938, huile sur toile, St. Mary and Joseph's Church, Sawyer Minnesota. — (photos de Ralph M. Shane, Billings Montana, vers 1944-1946 : Kateri 1983.09-E137p16-17 ; 1983.09-F094p16-17 ; 1985.03-E143p12 ; 1985.03-F100p12) ; (photos Church of Sts. Joseph and Mary-Catholic).

Photos Don Berthiaume, Cloquet Minnesota, montage informatique Don H. Johnson : Christine Carlson, « Catherine Tekakwitha, Lily of the Mohawrs, Indian Saint, St. Mary and Joseph's Mission near Big Lake », Nah gah chi wa nong, Di bah ji mowin nan, March 2014, p. 13 (web ou pdf).

La foi catholique s'implante vers 1835 dans la réserve de Fond du Lac (Nah-Gah-Chi-Wa-Nong ou Nagaajiwanaang) des Ojibwe, Ojibwa, Chippewa, Saulteaux ou Sauteux, à l'ouest de la pointe du Lac Supérieur au Minnesota.

En 1882, le père Casimir Vogt installe un grand wigwam où est érigée, en 1884, l'église « Guardian Angel Mission Church », également connue sous les noms « The Church in the Woods » ou « Sawyer Log Church » (web ou pdf).

On y construit également, à une date inconnue, un petit oratoire identifié « LILY OF THE MOWAWKS CATERI [sic] TEKAKWITHA », dans lequel on distingue un grande image, à travers le vitrage, sur les photos prises vers 1944-1946. Un montage informatique entrouve les portes de l'édicule en noir et blanc pour y observer une reproduction couleur, ce que permet également un intimiste tableau champêtre, non daté, illustrant ce poétique paysage arboré et fleuri harmonieusement habité par cet oratoire à proximité de son église.

Photo Church of Sts. Joseph and Mary-Catholic.

 


| Origine | Abandon | Yzermans | Iconographie | Réfection | Odile | Agonie |

Abandon et détérioration.

Après la construction de la nouvelle Saints Mary and Joseph Church, l'ancien édifice en bois est abandonné et se détériore. Quelques décennies plus tard, on décide de le remettre en état afin de le conserver à titre de témoin du passé comme site historique de l'une des plus anciennes églises de ce diocèse.

« The new church, dedicated in 1969, houses the centerpiece from the altar of The Log Church with a statue of Saint Kateri [web ou pdf]. »

Ces abandons et détériorations affectent également l'oratoire et son tableau qui est fortement abîmé. Cette situation amène une rupture des mémoires et un trou documentaire sur les circonstances de leur fabrication et mise en place.

« Although St. Kateri never set foot in the Diocese of Duluth, her impact here has been great. Many shrines, stained glass windows, pictures and statues have been erected in her honor throughout the diocese [collaboration Jim Moeglein : Liz Hoefferle, "Faith is expressed in prayer, penance, and purity", The Northern Cross, July 2013, p. 4]. »

 


| Origine | Abandon | Yzermans | Iconographie | Réfection | Odile | Agonie |

Yzermans, pasteur itinérant et peintre.

« The first three Crosiers to arrive in the United States: From left, Henry Yzermans, osc; William Van Dinter, osc; Henry Van der Aa, osc. ». David Kostik, « Where we've been and where we're going, a short history of Crosiers in the United States », Crosier Fathers and Brothers, Summer 2007, p. 6 (web ou pdf).

Henry Yzermans, « Cateri Tekakwitha », 1927-1938, huile sur toile, St. Mary and Joseph's Church, Sawyer Minnesota, photo Church of Sts. Joseph and Mary-Catholic.

Henry Yzermans est réputé être l'auteur du tableau de Tekakwitha pour l'oratoire de Sawyer à titre de pasteur itinérant en 1938-1939 (web ou pdf), information et datation qui doivent être révisées, tout d'abord par une biographie plus élaborée dont les éléments proviennent de la collaboration de Jim Moeglein, archiviste de sa communauté à Onamia, les « Crosier Fathers and Brothers » tel qu'appelés aux États-Unis, soit les chanoines réguliers de la Sainte-Croix ou croisiers (Canonici Regulares Ordinis Sanctae Crucis), appelés autrefois à Paris « chanoines de la Sainte-Croix de la Bretonnerie ».

Henry Yzermans naît le 3 juillet 1870 à Vlaardingen aux Pays-Bas, ou Flardingue en français, et décède le 28 avril 1938 aux États-Unis.

« He was professed as a Crosier on September 25, 1890, and was ordained to the priesthood on June 11, 1895. Fr. Yzermans' assignments were as teacher and prefect at the Crosier minor seminary in Uden and then as professor of dogmatic theology, novice master of the brothers, and socius of the clerical novices and scholastics in Diest [collaboration Jim Moeglein : Albert Becker, Crosiers Remembered, p. 16-17]. »

« Father Yzermans wrote a series of articles in this newspaper [The Verndale Sun] in 1933 telling how he happenecl to come to the United States from Holland. At that time he related in one of his articles, that a priest from America had come to the Monastery in Holland and told them about a St. Paul, Minnesota land company having a large number of acres of land in Onamia and Butler, Minnesota that they would like to have settled by "Dutch" colony. With the possibilities of wealth and good living conditions in this land a colony of 80 Hollanders volunteerecl to take up the proposition. With Father Yzermans, Father Van Dinter and another lay brother from the Monastery as their superior guides and leaders , the colony left the harbors at Antwerp March 10, 1910 on the Lapland, then the largest steamer operated by the Red Star Line. It took them eight days to make the voyage, arriving ín New York City on Sunday, March 18. And on the following Wednesclay, they were in New York Mills ready to journey to their new homeland at Butler [collaboration Jim Moeglein : Yzermans, Onamia Archives, transcripts from The Verndale Sun, May 5th, 1938, p. 1]. »

« He used the Northern Pacific railroad to connect to mission churches in Aldrich, Staples, Motley. [...] and for the local Verndale Paper, The Verndale 5un, he wrote "Reminisces of Rev. Yzermans since his arrival in this country." [Jim Moeglein, osc, Father Henry Yzermans, OSC, January 23, 2021.] »

Après son arrivée au printemps de 1910, Yzermans passe 6 mois à Butler, six autres à Henderson (323 km), quelques-uns à "Lessrup", pour revenir à Butler.

À compter du printemps de 1911, il obtient la cure régulière de Verndale où il officie jusqu'à son décès en 1938. Mais il fait de fréquents séjours au cures rapprochées d'Aldrich, Staples, Motley, Philbrook et Bertha.

Après l'incendie de 1918, il s'occupe de la reconstruction de la nouvelle église St. Fredricks à Verndale.

Onamia est à 129 km de sa cure d'attache, alors que l'église de Sawyer, pour laquelle il peint cette oeuvre, est beaucoup éloignée, soit à 202 km.

(Collaboration Jim Moeglein : Yzermans, Onamia Archives, transcripts from The Verndale Sun, May 5th, 1938, p. 2)

St. Frederick Church, Verndale.

Yzermans est très occupé avec son ministère et sa communauté, mais cela ne l'empêche pas d'écrire.

« [...] if there were time, he may write a story with an abundance of humor tor this newspaper [The Varndale Sun] or some magazine [collaboration Jim Moeglein : Yzermans, Onamia Archives, transcripts from The Verndale Sun, May 5th, 1938, p. 6] »

« Fr. Yzermans was a prolific writer, contributing to newspapers, the Crosier Missionary magazine, and the Catholic Encyclopedia. He was also the first editor of the Crosier Missionary, founded in 1926. [collaboration Jim Moeglein : Albert Becker, Crosiers Remembered, p. 16-17]. »

« He was the editor of the Crosier Missionary Magazine which was founded in 1926 and he wrote articles for the St. Cloud Diocesan paper, called My Message[Jim Moeglein, osc, Father Henry Yzermans, OSC, January 23, 2021.] »

Reste à savoir si c'était cette oeuvre qu'il était en train de peindre à son décès et à documenter celles qui a pu laisser dans les localités de cette région.

« [...] he may spend the time in his artistic paintings of which he has made many. He was in the process of making an elaborate painting during his spare minutes, before his death [collaboration Jim Moeglein : Yzermans, Onamia Archives, transcripts from The Verndale Sun, May 5th, 1938, p. 6]. »

« He was also known as a wítty and entertaining host. [...] When his wealthy family sent him checks for clothing, he gaνe the checks to the Prior for the supporl of the monastery. [...] He did oil paintings which he sold for a small fee. All the money he collected went into a small cloth bag. Whenever he νisited the monastery in Onamia he brought the bag along and gave the entire contents to the Prior. Although he saved to the point of real poverty, it was all for the support of the monastery [collaboration Jim Moeglein : Albert Becker, Crosiers Remembered, p. 16-17]. »

 


| Origine | Abandon | Yzermans | Iconographie | Réfection | Odile | Agonie |

L'iconographie permet de dater l'oeuvre entre 1927 et 1938.

Kateri Tekakwitha, document iconographique collé sur un carton, MAVM BM1-5P0356, tiré à part de MC 1892-1966, avril 1906 (Paquette 2015, fig. 8).

Graveur anonyme pour Le Messager Canadien, Tekakwitha debout près d'un canot et d'une chute, image dévote datée du 1er avril 1927 sous la prière. — (Mongeau 1937.05.24 p13, attribué à Claude Chauchetière) ; (Lecompte 1948a pcouverture) ; (Kateri 1973.09-E097p10 ; 1973.09-F054p10).

À compter de 1906, une nouvelle représentation de Tekakwitha est diffusée par le Canadian Messenger - Messager Canadien et par la suite dans d'autres publications, dont celle de Edward James Devine en 1916 en anglais. Cette figure est reprise dans un tout autre paysage par une image dévote datée du 1er avril 1927 sous la prière. Cette nouvelle composition pourrait bien être l'oeuvre du même graveur et figurer dans l'une ou l'autre des multiples publications du Canadian Messenger - Messager Canadien, un très prolifique et polymorphe éditeur. Ellle pourrait très bien avoir été créée et diffusée avant 1927. Ici, elle illustre un fascicule pour les pèlerinages au cénotaphe édité par Georges Mongeau en 1937. Elle y est abusivement attribuée à Chauchetière dans la légende.

Graveur anonyme pour Le Messager Canadien, Tekakwitha debout près d'un canot et d'une chute, image dévote datée du 1er avril 1927 sous la prière. — (Mongeau 1937.05.24 p13, attribué à Claude Chauchetière) ; (Lecompte 1948a pcouverture) ; (Kateri 1973.09-E097p10 ; 1973.09-F054p10).

Henry Yzermans, « Cateri Tekakwitha », 1927-1938, huile sur toile, St. Mary and Joseph's Church, Sawyer Minnesota, photo Church of Sts. Joseph and Mary-Catholic.

La composition d'ensemble d'Yzermans reprend textuellement celle de la gravure de 1927 : la même disposition de tous les arbres entourant une chute et une rivière s'ouvrant vers l'horizon, ainsi que Tekakwitha debout à l'avant-plan près d'un arbre, devant un canot sur la rive, et tenant une croix de sa main droite. Le visage foncé et la figure trapue se rapproche cependant des traits autochtones, probablement une volonté de mieux s'adresser aux destinataires de cette oeuvre.

Les vêtements peints par Yzermans reprennent les mocassins de l'image dévote en camaïeu bleu. Par contre, plusieurs autres éléments, très différents, proviennent du portrait peint par Nealis en 1927 : les lignes et les plis du drapé de la couverture bleue lui couvrant les épaules, les franges de la chemise, ainsi que son collier. Ces caractéristiques permettent donc de dater avec certitude l'oeuvre d'Yzermans entre 1927 et 1938, soit après celle de Nealis et avant son décès.

Kateri Tekakwitha (détail), document iconographique collé sur un carton, MAVM BM1-5P0356, tiré à part de MC 1892-1966, avril 1906 (Paquette 2015, fig. 8).

Graveur anonyme pour Le Messager Canadien, Tekakwitha debout près d'un canot et d'une chute, image dévote datée du 1er avril 1927 sous la prière. — (Mongeau 1937.05.24 p13, attribué à Claude Chauchetière) ; (Lecompte 1948a pcouverture) ; (Kateri 1973.09-E097p10 ; 1973.09-F054p10).

Henry Yzermans, « Cateri Tekakwitha » (détail), 1938, huile sur toile, St. Mary and Joseph's Church, Sawyer Minnesota, photo Church of Sts. Joseph and Mary-Catholic.

« Printed by Notworthy Co., Amsterdam, N.Y. », Kateri Tekakwitha (détail), après 1980, affiche d'après Margaret Mary Nealis, b.d. « M.M.N. R.S.C.J. 1927 » (KC P053).

Graveur anonyme pour Le Messager Canadien, Tekakwitha debout près d'un canot et d'une chute, image dévote datée du 1er avril 1927 sous la prière. — (Mongeau 1937.05.24 p13, attribué à Claude Chauchetière) ; (Lecompte 1948a pcouverture) ; (Kateri 1973.09-E097p10 ; 1973.09-F054p10).

Henry Yzermans, « Cateri Tekakwitha » (détail), 1927-1938, huile sur toile, St. Mary and Joseph's Church, Sawyer Minnesota, photo Church of Sts. Joseph and Mary-Catholic.

(KC AKR P018-5 ).

Yzermans reprend le canot tronqué figurant derrière Tekakwitha dans l'image dévote datée du 1er avril 1927. On le retrouve au complet sur une carte postale colorisée, non datée, l'intégrant partiellement au wampum donné par les Hurons en 1676-1677 et à l'église de Caughnawaga avec ses bâtiments adjacents, ainsi que sur la page couverture de Lamberville 1945.

(Lamberville 1945).

 


| Origine | Abandon | Yzermans | Iconographie | Réfection | Odile | Agonie |

Réfection du tableau et de l'oratoire.

Correspondance from Lisbeth Boutang, December 2002.

Collaboration Jim Moeglein.

December 11 , 2002 1:47 PM — [Father Yzermans] was well-loved by the children he taught and he was also an artist who would sketch the children, and he did a large painting of the Blessed Kateri Tekakwitha, which is still with the parish in Sawyer although it is severely damaged. We are having the painting scanned and digitally restored.

December 14, 2002 9:45 AM — The painting unfortunately has been poorly preserved. It was displayed in a small outside shrine and was partially exposed to the elements. Apparently, as a safety measure, someone cast a rug over it, which contributed to its decline. Sister Mary Charles, an iconist at St Scholastica Monastery, surmised that it could not be restored. Ken Marden, a former pupil of Father Henry during the 30s in Staples, and myself are taking her to be scanned and digitally restored. The image will be replicated on material similar to her canvas. Thus a high-quality full-size print will be made. We are going to have smaller prints made and would like an accurate bio of artist to accompany them.

December 14, 2002 2:16 PM — I am actually a member of the Queen of Peace parish in Cloquet. The Sawyer parish is another stop for our two priests who cover four churches in the Cloquet area. I am the children's librarian at the Cloquet Public Library. I am also enrolled as an oblate at the Saint Scholastica Monastery in Duluth.

December 16, 2002 11:54 AM — The total image shows a full length image of the Blessed Kateri within a woodland setting, birches and pine to the left and a waterfall to the right. I will send a copy of the restored print when it is completed.

December 18, 2002 10:27 AM — The painting is almost seven by five feet. We couldn't fit it into a truck, so we moved it in a trailer yesterday. The weather was fine, and today the ice storm! The photographer was quite speechless as he sized up the project. Apparently it's going to need a lot of restoration. He said it was a good thing to have it scanned at this time, before further deterioration. It's amazing how they can digitally restore an image. We had some earlier photographs for him to view. But the painting's basic composition and colors are intact. The artist uses the colors from one area of the painting to restore another area that has been diminished. That other painting you mentioned of Father Henry's sounds great. Ken Marden, who was a student of his and has such fond memories of the Father's teaching and sketching the children, will be interested in this news too. I must come your way, too, sometime.

Copy of a painting by Henry Yzermans for an outdoor shrine at Sawyer, Minnesota, Crosiers Archives, Onamia, 2006-03-045, catalog date 04/08/2006.

Photos : Church of Sts. Joseph and Mary-Catholic.

Le charme de l'ancienne disposition champêtre et fleurie de l'oratoire a été détruit au profit d'un grand stationnement asphalté s'avançant jusqu'au seuil de l'ancienne église. Le vieil oratoire a été remplacé par un tout neuf (web ou pdf), déménagé de la gauche à la droite de l'église, où on a corrigé l'orthographe en remplaçant le C par un K. À l'intérieur se trouve une reproduction informatique de l'ancien tableau abîmé qui est exposé au sous-sol de la nouvelle église. Heureusement, l'ancienne église a été remise en état.

Photos : Duluth News Tribune ; St. Kateri Tekakwitha The Church in the Woods.

Photo Duluth News Tribune.

 


| Origine | Abandon | Yzermans | Iconographie | Réfection | Odile | Agonie |

Odile dans une reconstitution uchronique du Moyen Âge.

Crosier Monastery & Seminary, Onamia Minnesota, 1957, Postcard (source).

La Tekakwitha d'Henry Yzermans étant très abîmée, on peut difficilement en déduire les caractéristiques stylistiques. On ne peut pas non plus s'appuyer sur un inventaire de ses oeuvres qui reste à faire ainsi que leur étude. Grâce à la collaboration de Jim Moeglein, on peut cependant apprécier deux tableaux qui lui sont attribués et qui sont conservés au monastère d'Onamia : Le père Louis et le frère Jean acquérant des reliques de sainte Odile à Cologne en 1287 et L'agonie au jardin des oliviers.

Choisie pour protéger sa communauté, Odile serait apparue trois fois, en 1287, au frère Jean Novelan (ou Jean d'Epp), au monastère de Paris fondé en 1258. Parti à Cologne avec le père Louis, ils acquièrent ses reliques qui y avaient déjà été exhumées d'après l'historique de l'église Sainte-Ursule où son crâne a été répertorié en 1853 (Vill 1853 p. 35 n° 35) ! Elles sont transportées à leur maison mère à Huy, détruite en 1797. Retrouvées en 1949 à Kerniel, on les transporte à Diest ; l'une d'elles est envoyée en 1952 au National Shrine of St. Odilia (Catholic Online web ou pdf).

Le tableau attribué à Yzermans, peint sur bois tel une icône, utilise une palette de bleu, vert, rouge, brun, gris et blanc ; mais le vieillissement des vernis pourrait les faire paraître plus jaunes qu'à l'origine. Un bon niveau d'amateur, au pinceau naïf, maîtrisant toutefois la perspective dans une composition complexe dont il simplifie les formes et modelés. Odile, couronnée, tient une flèche, la palme des martyres et l'étendard des croisiers, devant une urne d'où sort le phylactère « S. Odilia ».

Le père Louis tient un livre ouvert portant l'inscription latine « Reliquiae Stae ODiliae Virg [& Mart] hic sepultae sunt », se référant aux reliques de la vierge et martyre sainte Odile trouvées dans sa sépulture, alors que le frère Jean tient la pelle ayant métaphoriquement servi à les recueillir pour les transporter dans une urne. Le premier mot de la page gauche se poursuit sur la même ligne de la page droite, procédé inhabituel appliqué aux autres lignes chevauchant ainsi d'une page à l'autre, caractéristique pouvant se rapprocher d'un art pictural dit naïf.

Attribué à Henry Yzermans, Le père Louis et le frère Jean acquérant des reliques de sainte Odile à Cologne en 1287, vers 1925-1938, peinture sur bois, 24,5 x 19,5 pouces (62,23 x 49,53 cm), Monastère croisier, Onamia, 2006-03-15. Photo et documentation : collaboration Jim Moeglein.

Brefs extraits de l'étude de Laurence Moulinier,

« Élisabeth, Ursule et les onze mille vierges,
un cas d'invention de reliques à Cologne au XIIe siècle »,

Médiévales, n° 22/23, Pour l'image, printemps 1992, p. 173-186 (Moulinier 1992.03 et web).

« De nombreux travaux ont montré que les reliques des saints exercèrent une fascination croissante sur le clergé et les fidèles au Moyen Age et que la vénération intense qui s'y attachait n'allait pas parfois sans quelques excès [...] trouver des ossements impliquait qu'on leur trouvât une histoire, l'invention de reliques stimulait l'inventivité des hommes. De cette coïncidence entre les deux significations du terme, un exemple particulièrement frappant nous est fourni par l'invention des reliques de "sainte Ursule" et des Onze mille vierges au XIIe siècle, à Cologne : la découverte de leurs reliques supposées permit à leur histoire et à leur culte de dépasser rapidement les limites du cadre rhénan au point que le monastère des Onze mille vierges de Cologne devint un des principaux lieux de pèlerinage de la chrétienté. C'est donc à la légende d'Ursule et des Onze mille vierges que nous nous intéresserons ici, en tâchant d'analyser les rapports qui lient reliques et vie de saint, et de montrer que le hasard comme le génie humain eurent leur rôle à jouer dans la formation d'une telle légende qui, de locale, devint universelle. [...] Quel rôle y joua, volontairement ou non, Élisabeth de Schönau [...] ? »

Deux saintes se prénomment Odile. La plus connue est la patronne de l'Alsace, Odile de Hohenbourg (vers 660 - 720). Fondés en 1211 à Huy en Belgique par Théodore de Celles, les croisiers choisisssent en 1287 celle qui serait partie d'Angleterre en pèlerinage vers l'est avec dix autres vierges vers 300 (ou d'autres dates selon les versions). La basilique funéraire établie au lieu de leur martyre, à Cologne, aurait été reconstruite au Ve siècle. On y fonde un monastère (web ou traduction pdf) ainsi que l'église Sainte-Ursule au IXe siècle, du nom d'une enfant de huit ans trouvée dans une tombe voisine et devenue leur chef de file. Odile ne figure pas encore sur la courte liste alors répertoriée — « Un siècle plus tard, au Xe siècle, onze noms apparaissent : Martha, Saula, Briciola ou Britola, Gregoria, Saturnina, Sabatia ou Rabada, Pinnosa ou Vinnosa, Ursula ou Ursola, Sentia, Palladia et Saturia [Moulinier 1992.03, p. 176] ». La mésinterprétation d'incriptions funéraires (Gauthier 1973), dont l'abréviation « XI.M.V. » pour Onze Martyres Vierges, y donne naissance à la légende des Onze Mille Vierges. Quantité d'ossements sont exhumés en 1106 d'un cimetière romain lors de la construction de nouvelles fortifications : on conserve ce qu'il en reste dans une chambre dorée, dont le crâne d'Odile (Vill 1853 p. 35 n° 35). Diverses variantes de ces légendes sont diffusées aux XIIe et XIIIe siècles (Geoffroy de Monmouth, Historia regum Britanniae, 1135-1138 ; Jacques de Voragine, La Légende dorée, 1261-1266). Leur popularité engendre un intense et lucratif commerce des reliques. L'église est agrandie et transformée au XIIIe siècle, à l'époque où les croisiers acquièrent les leurs.

Né aux Pays-Bas et intéressé par la peinture, Yzermans y avait accès, pendant les 40 années qu'il y a vécu de 1870 à 1910, à son riche patrimoine pictural. Ses architectures stylisées d'arrière-plan peuvent montrer l'église Sainte-Ursule de Cologne et être inspirées d'oeuvres illustrant la populaire légende de sainte Ursule et des onze mille vierges à la fin du XVe siècle. Son style est cependant étranger aux architectures fictives de L’arrivée de Sainte Ursule à Cologne de Carpaccio, par ailleurs italianisantes dans les autres tableaux de ce cycle (Lavastre 2019.01.16 web ou pdf). Toutes ces architectures sont uchroniques : les artistes utilisent leurs villes contemporaines pour y situer des faits vécus plusieurs siècles auparant alors qu'elles n'existaient pas encore ! Elles peuvent donc fournir une vision des bâtiments qui existaient au moment où elles ont été peintes.

Vittore Carpaccio, détails architecturaux, L’arrivée de sainte Ursule à Cologne, 1490, Galerie de l'Académie, Venise (Lavastre 2019.01.16 web ou pdf).


1.4


2.1


2.2


2.3

Maître de la Légende de sainte Ursule de Bruges, détails architecturaux, Retable de sainte Ursule, vers 1475-1482, huile sur bois de chêne, 47,5 x 30 cm pour chaque panneau, ancien couvent des Sœurs augustines noires, Musée Groeninge, Bruges. 1.1 Le roi d’Angleterre remet un message à son hérault pour le roi Donatius de Bretagne. — 1.2 L'embarquement des onze mille Vierges. — 1.3 Sainte Ursule prenant congé de ses parents. — 1.4 L‘arrivée à Cologne.2.1 Sainte Ursule cheminant à pied vers Rome. — 2.2 Sainte Ursule à Rome, accompagnée du Pape, du cardinal Vincent et de Jacques archevêque d'Antioche. — 2.3 Le massacre de sainte Ursule et des onze mille Vierges par les Huns à leur retour à Cologne. — 2.4 La vénération des reliques de sainte Ursule et des onze mille Vierges.

Le Maître de la Légende de sainte Ursule de Bruges peint des architectures aux modelés peu définis où des volumes gris et ocre se côtoient, ainsi que des tourelles et des toits pointus : des caractéristiques que l'on retrouve sous le pinceau d'Yzermans. Les bâtiments représentés n'y correspondent pas toujours aux lieux où l'action devrait se tenir : on aurait identifié le beffroi de Bruges sur le panneau 1.3 Sainte Ursule prenant congé de ses parents qui, selon la légende, devrait se passer en Angleterre ! Difficile donc d'y reconnaître les bâtiments fictifs de la ville de Cologne sur les panneaux supposés la dépeindre (1.4 et 2.3) !

Hans Memling, détails architecturaux, Arrivée à Cologne et Martyre des onze mille vierges, 37,5 x 25,5 cm, Châsse de sainte Ursule (et web), 1489, huile et dorure sur chêne, 87 × 91 × 33 cm, Ancien Hôpital Saint-Jean, Musée Memling, Bruges.

Les magnifiques architectures peintes par Memling rappellent les formes générales de celles de Cologne, mais agrémentées de licences picturales y ajoutant des éléments imaginaires : la monumentale porte fortifiée, avec son arche, permet d'introduire dans les fenêtres d'une maison adjacente la scène du songe d'Ursule où un ange lui apparaît. La silhouette de la ville et ses bâtiments sont plus réalistes chez Woensam.

Anton Woensam de Worms, Colonia [Cologne sur le Rhin], 1530, reproduction de 3 des 9 folios des gravures originales.
H.F. Helmolt, History of the World, Volume VII, Dodd Mead, 1902, entre les p. 232-233 (source).

Woensam présente une gravure détaillée de Cologne en 1530, vue depuis Deutz sur la rive d'en face à l'est (Google Maps), qui identifie plusieurs bâtiments dont l'église Sainte-Ursule à l'extrême droite. On peut ainsi les reconnaître sur la vue dans le sens du cours du Rhin, depuis le nord, peinte par le Maître de la Légende de sainte Ursule de Cologne.

Maître de la Légende de sainte Ursule de Cologne, détails architecturaux du Panneau 16, Martyre du fiancé et des compagnes, faisant partie du Cycle de la Légende de sainte Ursule, vers 1492, huile sur toile, 163,3 x 232,4 cm, probablement de l'ancienne église Sainte-Brigide, Victoria & Albert Museum 5938-1857.

Le Maître de la Légende de sainte Ursule de Cologne situe le martyre à l'extérieur des fortifications, à la porte nord près du Rhin. La silhouette de sa ville et de ses architectures, à la fin du XVe siècle, y sont plus réalistes que chez Memling, mais la perspective a été compressée pour y loger plusieurs bâtiments. À droite de l'ancien pont menant à Deutz (ci-dessous et plan ci-contre) on reconnaît l'église Saint-Martin, la tour de l'hôtel de ville, puis le chevet de la cathédrale dont les tours ne seront construites qu'au XIXe siècle.

La localisation du bâtiment, à droite de la tente et vers lequel convergent les martyrs, pourrait correspondre à l'emplacement topographique de l'église Sainte-Ursule, ce qui serait approprié. Mais il s'agit de la basilique Saint-Géréon, construite au XIIe siècle, pourtant plus loin à l'intérieur des terres (vue aérienne Google Maps et plan ci-contre) ! Mais l'artiste a certainement jugé, avec raison, que celle-ci présentait un matériau pictural plus spectaculaire que l'autre ! On navigue donc, une fois de plus, dans les méandres spatio-temporels de l'uchronie avec cette présentation d'un épisode fictif d'un martyre pouvant dater du IVe siècle, des Huns caricaturaux présents à cet endroit apparemment un siècle plus tard, devant une ville du XVe !

Détail de l'abbaye d'Héribert vue depuis le nord, son ancien pont et les fortifications, par le Maître de la Légende de sainte Ursule de Cologne.

Détail de l'abbaye d'Héribert vue depuis l'est par Woensam.

Détail de l'abbaye d'Héribert vue depuis le sud par F. Kellerhoven (lithographie), Hangard Maugé (impressions lithochromiques), Tabl. X de La légende de Sainte Ursule princesse britannique et de ses onze mille vierges d'après les anciens tableaux de l'église de Sainte Ursule à Cologne (Dutron 1860).

L'ancienne abbaye bénédictine fondée en 1002 par l'archevêque Héribert de Cologne, convoitée par les militaires, a été reconstruite et détruite à quelques reprises ; elle était sise à l'emplacement de l'actuelle Abbaye de Deutz. On la retrouve sur une lithographie, d'après un tableau ancien conservé à l'église Sainte-Ursule de Cologne, montrant supposément la ville de Tiel. Dans cette vue depuis le sud, le syle architectural du clocher de sa petite chapelle entourée de bâtiments partage certaines caractéristiques avec la version peinte par Yzermans de l'église Sainte-Ursule ainsi que sa représentation par Woensam (identifiée par la légende « Tzoset Ursule » tenue par un angelot ailé), entourée de maisons dans son environnement urbain.

Église Sainte-Ursule de Cologne.
Voir l'analyse ci-dessus.

Détail de l'Église Sainte-Ursule de Cologne par Woensam.

Église Sainte-Ursule de Cologne.
Voir l'analyse ci-dessus.

Jean Fouquet (vers 1420 - entre 1478 et 1481 ), détails architecturaux de Sainte Anne et les trois Marie, scène inspirée par La Légende dorée, tirée des Heures d'Étienne Chevalier, vers 1452-1460, Paris, BnF, département des Manuscrits, NAL 1416 (Wikipedia et exposition à la BNF).

Les enluminures présentent souvent des architectures imaginaires, comme celle de Jean Fouquet dotée de toits rouges et de tourelles chapeautées de cônes pointus bleus, caractéristiques se retrouvant chez Yzermans. Ce peintre croisier, très créatif, savait puiser son inspiration à diverses sources afin de créer une oeuvre tout à fait nouvelle et originale maîtrisant, tout aussi bien que ses prédécesseurs, l'utilisation de l'uchronie spatio-temporelle. Notre époque n'échappe d'ailleurs pas aux persistantes légendes héritées du Moyen Âge, même si l'on sait que ces reliques ont été exhumées et commercialisées à l'église Sainte-Ursule où d'ailleurs le supposé crâne d'Odile est conservé.

« In the spring of 1287, Saint Odilia appeared three times to Brother John of Eppa, a Crosier lay brother, in the Paris monastery. She told him that God had commanded her to be the Protectress of the Order and where her relics were to be found. Brother John and his companion, Father Louis, journeyed to Cologne and the garden of Arnulph where the relics were buried. [...] After overcoming the skepticism of Arnulph, the two Crosiers began to dig around the pear tree in his garden where Odilia said the relics were to be found. Three urns were unearthed containing the remains of Odilia, Ida and Emma. Many cures took place through the intercession of Saint Odilia [Catholic Online web ou pdf]. »

582-641 Arnoul de Metz, Arnould, Arnoulf, Arnulf, Arnulfus, Arnulphe, dit saint Arnoul France Metz Évêque de Metz, fondateur de la dynastie des Arnulfiens, ancêtres de la dynastie carolingienne. Source
899 Arnulph Italie Ratisbonne « the Emperor Arnulph (d. 899) » Source
988 Arnulph France Reims « natural son of King Lothaire, was raised to the [sic] see at the instigation of Hugh Capet » Source
1070 Saint Arnulph France Vendôme Patron de Gap Source
1090 Arnulph Italie Reggio Calabria « had just lost its archbishop Arnulph (1090) » Source
1119 Arnulph Palestine Hebron Monk. Source
1287 Arnulph ? Allemange Cologne Sépulture d'Odile dans son jardin ? Source

Quelques personnages portent ce nom d'Arnulph à diverses époques et dans des lieux différents (Catholic Online web ou pdf et tableau ci-dessus). Quoi de plus imagé et exotique que le délicieux poirier du féerique jardin secret, tel celui d'Éden dont personne ne peut retrouver l'emplacement, d'un certain personnage impossible à identifier répondant au poétique nom d'Arnulph évocateur de noble et sainte ascendance ! Cette foi prêtée au monde merveilleux de l'hagiographie pourrait-elle également expliquer la source des architectures imaginatives d'Yzermans ? À moins qu'elles proviennent de l'un des livres publiés aux États-Unis destinés aux enfants auxquels il enseignait le dessin ? Par exemple ces architectures utopiques...

Maxfield Parrish, détail de la page titre de Mother Goose in Prose (Baum 1905).

Le groupe des trois personnages d'avant-plan peint par Yzermans figure sur un tableau Anonyme non daté ainsi que sur une image dévote éditée en 1925 avec l'imprimatur de Joseph F. Busch (web ou pdf) évêque de St. Cloud au Minnesota, diocèse dont fait partie le monastère d'Onamia distant de seulement 84 km. Ce qui permet de dater la version d'Yzermans : après 1925 et avant son décès en 1938.

Tout comme pour sa Tekakwitha, Yzermans s'inspire d'oeuvres existantes dont il combine, modifie ou simplifie les éléments, ici dans un format plus petit que le tableau Anonyme non daté.

38,4% sur la hauteur par 54,3% sur la largeur selon les dimensions respectives visualisées sur le schéma ci-contre.

Sa composition s'étale donc sur la largeur, s'ouvrant davantage sur le paysage à gauche. Il remplace plusieurs éléments (angelots, cheminées et bâtiment, arcade et tours) par une large architecture d'arrière-plan ; et le nuage, sur lequel flotte Odile, par son vêtement qui se prolonge jusqu'au sol ; donc une version plus horizontale que verticale, plus terrestre que céleste.

Attribué à Henry Yzermans, Le père Louis et le frère Jean acquérant des reliques de sainte Odile à Cologne en 1287, vers 1925-1938, peinture sur bois, 24,5 x 19,5 pouces (62,23 x 49,53 cm), Monastère croisier, Onamia, 2006-03-15. Photo et documentation : collaboration Jim Moeglein.

Deux grandes cheminées fumantes devant un bâtiment à trois rangées de fenêtres : une référence à l'industrialisation ou à un immeuble des croisiers ?

Derrière le manche de la pelle : arche de fortification ?, plus détaillée sur l'image dévote.

Anonyme, Le père Louis et le frère Jean acquérant des reliques de sainte Odile à Cologne en 1287, non daté, huile sur toile, 162 x 91 cm, endommagé en 1993, couvent Sainte-Agathe Cuijk Hollande. Photo et documentation : collaboration Jim Moeglein.

Le cadrage montre mieux la hache de la hallebarde et le sol sous l'urne.

Tours (construites de 1841 à 1863) de la cathédrale de Cologne ? Arche de fortification ?

Prière pour la neuvaine au verso.

Contrairement à l'inscription peinte par Yzermans, celle-ci, différente et plus longue, se lit normalement, d'abord sur la page de gauche, puis sur celle de droite : « verbvm enim crvcis pereun tibvs qvi [...]em stvlti [...]ia est, eis avtem qvi salvi fivnt id est nobis dei virtvs est », dont voici la source et les traductions.

Verbum enim crucis pereuntibus quidem stultitia est: iis autem qui salvi fiunt, id est nobis, Dei virtus est [Latin Vulgate: 1 Corthinians 1:18].

For the word of the cross, to them indeed that perish, is foolishness; but to them that are saved, that is, to us, it is the power of God.

To those who court their own ruin, the message of the cross is but folly; to us, who are on the way to salvation, it is the evidence of God’s power [Knox].

Collaboration Jim Moeglein.

Car la prédication de la croix est une folie pour ceux qui périssent; mais pour nous qui sommes sauvés, elle est une puissance de Dieu [Louis-Segond].

En effet, la prédication de la mort du Christ sur une croix est une folie aux yeux de ceux qui se perdent. Mais pour nous qui sommes sauvés, elle est la puissance même de Dieu [Semeur].

En effet, le message de la croix est une folie pour ceux qui périssent, mais pour nous qui sommes sauvés, il est la puissance de Dieu [Segond 21].

Car la parole de la croix est une folie à ceux qui périssent; mais à nous qui obtenons le salut, elle est la vertu de Dieu [Martin].

car la parole de la croix est folie pour ceux qui périssent, mais à nous qui obtenons le salut elle est la puissance de Dieu [Darby].

Car la prédication de la croix est une folie pour ceux qui périssent; mais pour nous qui sommes sauvés, elle est la puissance de Dieu [Osterwald].

For the preaching of the cross is to them that perish foolishness; but unto us which are saved it is the power of God [King James].

Source : em-Bible.

Les archives d'Onamia concernant le tableau d'Yzermans attestent qu'il s'est inspiré d'une oeuvre envoyée à Rome par le père Émile Fontaine (1891-1950) alors qu'il était prieur au monastère de Hannut en Belgique, soit de 1920 à 1929, mentionnant qu'il pourrait s'agir d'une gravure, mais tout en se référant également à un tableau !

« This may be modeled on a print of St. Odilia that [was] given to the Procure in Rome by Father Emil Fontaine when he was prior of the Crosier Community of Hannut, Belgium. (According to a letter from Father Winkelmolen to Father Jim Remmerswaal on June 19, 2003... that is where the painting at St. George's on Velabro in Rome came from. It hung in the sacristy and [was] damaged in the bombing of the basilica in July 1993, it was taken to Belgium and it is in repair at the Crosier Monastely of St. Agatha's in Cuijk, Netherlands) [collaboration Jim Moeglein : documentation] »

Si l'envoi de Fontaine était une gravure, pourrait-elle avoir été conservée à Rome ? Elle aurait alors servi de modèle au tableau qui aurait été peint par la suite en Italie ! Mais l'envoi de Fontaine pourrait-il avoir été un tableau peint aux Pays-Bas ? Où, quand et par qui cette gravure et/ou ce tableau ont-ils été conçus, exécutés et commandités ? Par un prédécesseur de Fontaine ? Ou par lui-même durant son noviciat au monastère de Sainte-Agathe à compter de 1910 ; ou pendant son exil en 1914-1918 lors de la guerre ; ou après son ordination en 1916 où les cartes souvenir affichaient son propre dessin à l'encre de Chine (Fontaine 2010, p. x-xii, où on le dit artiste) ? Cette composition couleur, oeuvre sophistiquée d'un artiste accompli formé à l'art académique, est forcément antérieure à l'image dévote imprimée en 1925. À en juger par son style, fin XIXe ou début XXe siècle, sa réalisation a certainement été effectuée bien après 1840 alors que la communauté, réduite à seulement quelques membres, commence à renaître après un long déclin. Les tours de la cathédrale de Cologne, sur l'image dévote, indiquent une date postérieure à la fin de leur contruction en 1863. Toujours intéressé par l'histoire de sa communauté, Fontaine y consacre, à la fin de sa vie, sa monographie sur Mgr. Jacques Dubois, Général des PP. Croisiers à Huy 1778-1796 (Fontaine 1947 et Fontaine 2010).

PierLuigi Albini, Il Velabro di Roma e gli attentati del 1993, Note storiche sull’area, 1998/2010, 31 p., web ou pdf.

Les croisiers de Rome, qui étaient installés au Capitole, déménagent leur résidence au Velabro en 1922. Jim Moeglein y a vu ce tableau en 1984 dans la sacristie de l'église San Giorgio in Velabro. Il est endommagé par une explosion provoquée par la mafia, en juillet 1993 ; on le transporte ensuite au couvent de Sainte-Agathe, à Cuijk en Hollande.

« After the bomb explosion, the painting that hung in Rome was brought by Bert Graus to my studio for restoration. Unfortunately Bert transported it in the wrong way at the time. He rolled up the painting way too small with the paint layer inwards. That is completely wrong because then the paint will print off the canvas. Then he folded this roll in half so that it fit in his suitcase. Then he pressed the suitcase very tightly because otherwise he could not get everything in it. It would be better to make a new painting than to restore the old one. The size is 162 cm high and 91 cm wide [collaboration Edgard Claes via Jim Moeglein]. »

Plusieurs autres éléments sont modifiés par Yzermans : la couronne d'Odile est simplifiée ; la hache de la hallebarde, évocatrice du martyre et soutenant l'étendard des croisiers, se transforme en croix ; l'auréole dorée devient ocre, ainsi que le fond de l'étendard qui était bleu.

Le symbole des croisiers, inspiré des ordres militaires des croisades, se rapproche de la croix grecque pattée rouge des templiers, portée de façon moins ostentatoire, mais avec une hampe rouge (devenue orangée chez Yzermans et dont le rouge est plus ou moins foncé ou pâle selon les versions reproduites ci-dessous) sur une traverse blanche (qui semble parfois gris pâle). Ses pattes rectilignes deviennent concaves chez Yzermans, qui ne la fait figurer que sur l'étendard, alors que le tableau la présente également sur les habits de Louis et de Jean (détails ci-dessous).

La scène illustrée se passe en 1287. Les vêtements représentés, beaucoup moins détaillés chez Yzermans, respectent-ils la réalité historique de cette période ou sont-ils uchroniques ? Une récente étude des vêtements monastiques des croisiers, par leur historien néerlandais Roger Janssen, décrit plusieurs variantes des multiples composantes de ces habits qui ont beaucoup évolué au fil des siècles et des différents monastères implantés dans divers pays. On y documente un tout autre habit alors utilisé au XIIIe siècle.

« Les Constitutions de 1248 stipulent que le clergé croisier portait un habit de laine non rasé, un scapulaire gris et une cape noire. Sur le scapulaire et le manteau, une croix était cousue à hauteur de poitrine, dont la barre verticale était de couleur rouge et la barre transversale de tissu blanc [collaboration Jim Moeglein — Janssen 2017, pdf original néerlandais et transcription word ; sous toutes réserves, traduction française automatisée deepL avec quelques corrections ; under reserve, unverified american english translation by deepL]. »

Le père Louis porte ici un collet blanc. Selon Janssen, les croisiers ne portèrent pas de chemise à col durant les quatre premiers siècles de leur existence. Ce col ne serait apparu, sous diverses formes, qu'à partir des XVIIe et XVIIIe siècles !
La mosette, ici représentée, n'est apparue que progressivement au XVIIIe siècle pour se répandre au milieu du XIXe !
On distingue un bouton, tout au bas de l'habit blanc, alors que cette caractéristique n'est apparue qu'à partir de 1750 !

Étant donné que les deux croisiers représentés dans ces tableaux relevaient d'un monastère parisien, il est donc pertinent de consulter l'étude illustrée de leur costume publiée en France par Hélyot : au XIIIe siècle, on aurait alors porté les habits décrits en rouge selon la citation ci-dessous, avant les modifications approuvées vers 1592-1605, informations devant êtres nuancées des détails fournis par Janssen. On aurait déjà porté la « Croix rouge & blanche » qui ne daterait pas des nouvelles modifications effectuées à la fin du XVIIe siècle comme pourrait le laisser supposer cette citation.

« Le General fait ordinairement ſa demeure à Claire-Lieu proche de Huy qui eſt le Chef de cet Ordre. Il ſe ſert d'ornemens Pontificaux & porte une Croix d'or comme le General des Trinitaires ; il peut donner à ſes Religieux les quatre Ordres mineurs. Ces Religieux portoient dans le commencement une Soutane noire avec un Scapulaire gris, & pardeſſus une grande Chappe noire, avec un grand Capuchon : ils changerent la Soutane noire en blanche par Bulle de Clement VIII [pape de 1592 à 1605], mais ſur la fin du dernier ſiécle ils changerent encore la forme de leur habillement, ce qui conſiſte à preſent en une Soutane blanche & un Scapulaire noir, chargé ſur la poitrine d'une Croix rouge & blanche. Lorſqu'ils ſont au Choeur, ils ont l'eſté un Surplis avec une Aumuce [aumusse] noire ; & lorſqu'ils vont par la Ville, ils mettent un manteau noir comme les Eccleſiaſtiques. Ils mettent encore dans quelques Provinces le Surplis ſur le Capuchon, & le Capuchon à la teſte au lieu de bonnet quarré ; & pour ne pas perdre le ſouvenir de leur ancien habillement, les Novices portent la Soutane noire pendant deux mois [Hélyot 1714-1719, t. 2, p. 234]. »

C. Duflos S., Ancien habillem.t des Religieux Croisiers, ou porte-Croix en France, et aux Pays-Bas, tant au Choeur ; que par la Ville, Hélyot 1714-1719, t. 2, p. 228.

Cl. Duflois S., Religieux Croisier ou Porte-Croix, en France et aux Pays-Bas, Hélyot 1714-1719, t. 2, p. 227.

L'ordre des Religieux Porte-Croix, qu'on nomme communément Croisiers ou de Sainte Croix, Maillart 1811.

Habit actuel des croisiers américains (web).

Ces détails vestimentaires fournissent d'autres indices pour dater cette composition source de la fin du XIXe siècle ou du début du XXe. Les habits illustrés ne ressemblent ni à ceux décrits pour le XIIIe siècle, ni aux gravures pour les anciens habits ou ceux alors en vigueur au début du XVIIIe siècle, illustration reprise en 1811 avec une croix coloriée de façon inusitée et un texte stipulant que l'ordre avait été supprimé « par la loi du 15 fructidor de l'an 4 de la Rép. Franç. ou (1.er Sept. 1796). » Par contre, les habits peints sur ces tableaux se rapprochent beaucoup de ceux portés au XXe siècle par les croisiers américains où leur croix a connu des métamorphoses.

Croisiers américains en audience avec Pie XII en juillet 1949 à l'occasion de leur chapitre général tenu à Uden en Hollande (web et collaboration Jim Moeglein).

Croisiers américains, 1964 (web).

Croisiers américains, XXIe siècle (web).

Croix aux pattes rectilignes, 1998, plaque apposée sur l'ancien portail de la maison mère de Claire-Lieu, à Huy en Belgique.

Croix aux pattes concaves, site web de la paroisse St. Odilia de Shoreview au Minnesota.

Croix aux pattes concaves et aux pointes tronquées, site web des croisiers américains.

 


| Origine | Abandon | Yzermans | Iconographie | Réfection | Odile | Agonie |

L'agonie au jardin des oliviers.

Crosier Monastery & Seminary, Onamia Minnesota, 1957, Postcard (source).

La Tekakwitha d'Henry Yzermans étant très abîmée, on peut difficilement en déduire les caractéristiques stylistiques. On ne peut pas non plus s'appuyer sur un inventaire de ses oeuvres qui reste à faire ainsi que leur étude. Grâce à la collaboration de Jim Moeglein, on peut cependant apprécier deux tableaux qui lui sont attribués et qui sont conservés au monastère d'Onamia : Le père Louis et le frère Jean acquérant des reliques de sainte Odile à Cologne en 1287 et L'agonie au jardin des oliviers.

Carl Heinrich Hoffmann (1818-1896), Dresde et Munich Allemagne, Le Christ au jardin des oliviers, 1890, huile sur toile, 53 x 36,5 cm, Riverside Church, New York (web ou pdf).

Henry Yzermans, L'agonie au jardin des oliviers, huile sur toile, 50 x 39 pouces, Monastère croisier, Onamia, 2006-03-295. Photo et documentation : collaboration Jim Moeglein.

L'historique de la provenance de cette oeuvre permet une attribution plus sûre à Yzermans : acquise par son ami le père Francis Zitur (1875-1962) lorsqu'il était pasteur de la paroisse Sacred Heart de Staples Minnesota, donnée le 17 mai 2002 par sa gouvernante Barbara Sauer, de St. Cloud Minnesota, aux croisiers d'Onamia. Comme dans ses autres oeuvres, Yzermans utilise un modèle, ici le tableau peint en 1890 par le peintre allemand Carl Heinrich Hoffmann conservé à la Riverside Church de New York, dont il modifie les couleurs et simplifie les détails.

 

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TEKAKWITHA.
Nouveaux regards sur ses portraits.
« Elle approche, elle meut quelque chose en avant. »