web Robert DEROME
Les sources iconographiques
des portraits fictifs du père jésuite Jacques Marquette


1921 Jean-Baptiste Lagacé

Jean-Baptiste Lagacé, Tableaux d'histoire Desrosiers-Bertrand, 17. Jolliet découvre le Mississipi [1673], chromolithographie d'après une aquarelle, Archives privées, Hazan 2015e, ill. p. 72, texte du verso p. 745.

Merci à la collaboration d'Olga Hazan pour l'ajout de deux images de Marquette tirées de ses études sur ce très important personnage historique (Hazan 2015e et Hazan 2015p pour les images ; Hazan 2010 pour Lagacé).

« Jean-Baptiste Lagacé (1868-1946), premier historien de l’art à Montréal et au Canada, s’est employé à reconstituer en images l’histoire du Canada français, tantôt en illustrant le manuel d’Histoire du Canada utilisé dans les écoles catholiques de Montréal, tantôt en peignant des scènes historiques et allégoriques à partir desquelles étaient constitués les chars des défilés de la Saint-Jean-Baptiste. Exposé dans les salles de classe et dans la rue, ce corpus visuel, dont la rhétorique reflète l’ardeur catholique de ses commanditaires, trouvait donc sa place dans le monde de l’éducation comme dans les manifestations populaires, s’enracinant ainsi dans l’imaginaire des petits et des grands [Hazan 2015e, p. 5]. »

Ce « Tableau 17. Jolliet découvre le Mississipi [sic] » fait partie d'une série de 36 planches intitulées « Tableaux d'histoire Desrosiers-Bertrand » destinés à être utilisés en complément de leur livre. En voici la liste telle qu'établie par Olga Hazan.

Tableaux d'histoire Desrosiers-Bertrand.
Chromolithographies d'après des aquarelles de Jean-Baptiste Lagacé.

La numérotation n'est pas d'origine, elle a été donnée par Olga Hazan (Hazan 2015e, p. 47-48).
Les renvois à la pagination correspondent uniquement à l'édition de Desrosiers 1923.

1. Jacques Cartier prend possession du Canada, p. 17-19.
2. Jacques Cartier à Hochelaga, p. 19-23.
3. Louis Hébert premier Colon, p. 49-70.
4. Champlain devant Québec, p. 60-61.
5. Premier combat de Champlain, p. 62.
6. Champlain reçoit les Récollets, p. 66.
7. Les missionnaires, p. 66-82-119.
8. Champlain reprend possession du Canada, p. 79.
9. Arrivée des Ursulines et des Hospitalières, p. 86.
10. Fondation de Montréal, p. 87.
11. Combat de la Place d’Armes, p. 89.
12. Martyre des Pères de Brébeuf et Lalemant, p. 92.
13. Soeur Bourgeoys, p. 97.
14. Monseigneur de Laval, p. 98.
15. Dollard, p. 98-100.
16. Lambert Closse, p. 100.
17. Jolliet découvre le Mississipi, p. 124.
18. Cavelier de La Salle au Mississipi, p. [130-132] 128 [sic].
19. Le massacre de Lachine, p. 149.
20. Frontenac répond à l’envoyé Phipps, p. 154.
21. D’Iberville victorieux des Anglais, p. 155-160.
22. Madeleine de Verchères, p. 161.
23. La Paix de Montréal, p. 166.
24. De [L]a Vérendrye aux montagnes Rocheuses, p. 188-194.
25. Dispersion des Acadiens, p. 233.
26. Bataille de Carillon, p. 246.
27. Mort de Montcalm sur les Plaines d’Abraham, p. 259.
28. Victoire de Lévis à Sainte-Foye, p. 261.
29. Lévis brûlant ses drapeaux, p. 265.
30. Montgomery devant Québec, p. 295.
31. De Salaberry à Châteauguay, p. 352.
32. Les Patriotes à Saint-Eustache, p. [407-408].
33. La Fontaine au parlement, p. [434] 437 [sic].
34. Le Parlement détruit par les incendiaires, p. 441[-442].
35. La Confédération, p. [482] 437 [sic].
36. Les Canadiens à Courcelette, p. 528.

Jean-Baptiste Lagacé, Tableaux d'histoire Desrosiers-Bertrand, 17. Jolliet découvre le Mississipi [1673], chromolithographie d'après une aquarelle, Archives privées, Hazan 2015e, ill. p. 72, texte du verso p. 745.

« De par leur apport visuel, les 36 images en couleurs de l’histoire du Canada français nous apparaissent comme des tableaux scéniques qui seraient tirés d’une pièce de théâtre, impression que leur confèrent autant le découpage du temps de représentation et les rôles marqués des protagonistes, bons ou mauvais, que l’exemplarité du comportement des héros de la Nouvelle-France. Bien répartis dans la composition, en une distribution équilibrée où chaque élément occupe un espace clairement délimité, les personnages qui animent les principaux épisodes retenus tiennent en main les attributs qui feront reconnaître l’exploit ou le sacrifice de chacun. Le geste ample et ferme, le pied gracieusement placé en avant et les pans de l’habit rejetés en arrière, comme pour mieux marquer leur avancée courageuse, ces nobles protagonistes nous apparaissent sous leur meilleur jour, élégants, propres, bien vêtus et l’habit frais repassé, ajoutant ainsi, avec grâce, du punch à la narration. Leur noblesse tient en outre à ce que leurs actions sont toujours légitimes ou, au pire, défensives, tandis que l’ennemi, dans une situation similaire, se distingue par sa malveillance et sa sournoiserie (les Iroquois avaient décidé d’attaquer, rapporte la légende). Enfin, le décor, naturel, devant lequel les protagonistes sont placés et les costumes aux couleurs chatoyantes dont ils sont vêtus, en soie ou en velours, abondamment décrits dans les légendes qui accompagnent les tableaux, soulignent à nouveau la noblesse de sentiments de ces hommes et femmes, fiers et courageux [Hazan 2015e, p. 42]. »

La première édition de l'Histoire du Canada, Ouvrage illustré de 22 cartes et plans, paraît chez Beauchemin en 1919 (Desrosiers 1919). La page titre identifie clairement les professions et qualités des deux auteurs.

« L'abbé Adélard DESROSIERS [1873-1953], licencié ès lettres (Paris), principal de l'Ecole Normale »

« Camille BERTRAND [1877-1957], archiviste paléographe aux Archives nationales »

La « 2e éd. rev. et corr. », qui paraît chez le même éditeur en 1923, présente les mêmes caractéristiques physiques au niveau des cartes et plans, ainsi que le même nombre de pages, soit 567 (Desrosiers 1923).

Inscriptions, en bas à gauche et à droite, du tableau n° 6, Champlain et les Récollets, reproduit ci-dessous.

Mais, dès 1921, les auteurs font affaire avec Granger Frères qui enregistre les droits sur leurs tableaux d'histoire : « Déposé, Canada, 1921, par Granger Frères, Limitée, Montréal ». Les aquarelles originales de Lagacé étaient donc vraisemblablement toutes complétées à cette date.

Ces instruments pédagogiques étaient destinés à être utilisés dans les classes des écoles primaires. Les références aux pages du livre de Desrosiers-Bertrand y correspondent uniquement à celles de l'édition de 1923 par Beauchemin (sauf pour les tableaux 18, 33 et 35) où « la série de 36 tableaux est mentionnée [Hazan 2015e, p. 40-41] ».

N'ayant donc pas pu être imprimés avant l'édition du livre en 1923, ces tableaux semblent avoir été produits au fur et à mesure de la demande et des diverses réimpressions des éditions ultérieures par Granger Frères (Desrosiers 1925 et Desrosiers 1933) où on retrouve, d'ailleurs, des illustrations sans couleur de quatre d'entre eux (Hazan 2015e, p. 41).

Voilà donc pourquoi la BANQ date ces tableaux « entre 1921 et 1933 » (fiche AFF Q D 008727, à partir de laquelle on peut accéder à la notice détaillée et aux autres oeuvres de Lagacé).

Jean-Baptiste Lagacé 1868-1946, Tableaux d'histoire Desrosiers-Bertrand, n° 6, Champlain et les Récollets, également intitulé Champlain reçoit les Récollets, entre 1921 et 1933, chromolitographie sur papier contrecollé sur carton, image 28 x 39 cm, feuille 38 x 48 cm, monture 40 x 50 cm, BANQ Rosemont-La Petite-Patrie, AFF Q D 008727.

Calculs d'après les données tirées de Hazan 2015e, p. 40-41 (prix établis en référence à Desrosiers 1923, endos, et Desrosiers 1925, p. 2).
Le calcul de l'inflation en $ de 2020 a été établi à partir de la première mention du prix de vente en 1923.

La série complète de 36 tableaux se vend 22,50 $ en 1925, ou 7,50 $ pour douze planches en 1923, donc le même prix de 0,63 $ à l'unité. Le très important tirage de 108 000 exemplaires, soit 3 000 séries complètes, s'explique par leur clientèle scolaire. Il serait intéressant de connaître la proportion des émoluments attribués à l'auteur de ces dessins sur le très élevé chiffre d'affaire engendré qui représente près d'un million en dollars de 2020 !

« Imprimés sur papier en sept couleurs, ils étaient collés sur des cartons forts de grand format (20 x 16 po) [image 28 x 39 cm, feuille 38 x 48 cm, monture 40 x 50 cm, BANQ AFF Q D 008727] et accrochés, par une cordelette passée entre deux oeillets, sur les murs des salles de classes élémentaires de la Commission des écoles catholiques de Montréal, entre autres, pour être étudiés suivant la méthode établie dans les légendes figurant au verso [Hazan 2015e, p. 37]. »

Inscriptions, en haut au centre, du tableau n° 6, Champlain et les Récollets, reproduit ci-dessus.

Jean-Baptiste Lagacé, Tableaux d'histoire Desrosiers-Bertrand, 17. Jolliet découvre le Mississipi [1673], chromolithographie d'après une aquarelle, Archives privées, Hazan 2015e, ill. p. 72, texte du verso p. 745.

Transcription du texte au verso (Hazan 2015e, p. 745).

17. Jolliet découvre le Mississipi [1673]

I. – EXPOSITION DU TABLEAU et examen général par toute la classe.

II. – PERSONNAGES PRINCIPAUX. Le Canadien Louis Jolliet est debout au milieu du canot. Il est revêtu de l’habit rouge, avec galons dorés, il porte l’épée en bandoulière. Il tient son chapeau dans la main gauche [sa droite] et de sa droite [sa gauche] il présente aux Sauvages de la côte le fameux calumet de paix. En arrière de lui le père Marquette, missionnaire jésuite se tient à genoux au centre du canot, tenant un crucifix, symbole de la paix chrétienne.

III. – PERSONNAGES SECONDAIRES. Les deux Sauvages qui accompagnent les explorateurs conduisent le canot d’écorce. Ils portent des vêtements et parures de peaux de bêtes, et des ornements de plumes bariolées sur la tête. Ceux que l’on voit sur la grève sont aussi vêtus à la mode sauvage. On remarque que le Sauvage à l’avant du canot porte au dos le carquois rempli de flèches.

IV. – MISE EN SCÈNE. Les personnages décrits ci-dessus occupent un très joli cadre dans cette sauvage nature alors inexplorée : grève verdoyante, grands arbres de la forêt, mirage de l’eau où se reflètent les lis d’eau et les paysages aux couleurs variées. On voit un troupeau de bisons sur la pointe de l’île où apparaissent les Sauvages sur la grève. Un second canot porte les compagnons de Jolliet et de Marquette.

V. – LE FAIT HISTORIQUE. Louis Jolliet, canadien de naissance organisa tout le premier une grande expédition de découvertes vers les terres du centre de l’Amérique. Accompagné du père Marquette, jésuite, il dépassa le sault Sainte-Marie et se rendit jusqu’au grand fleuve du Mississipi.

(Voir Histoire du Canada, Desrosiers-Bertrand, p. 124)

Il est toujours difficile, dans l'illustration pour les livres d'histoire, de faire la part entre les intentions de l'auteur du texte et celles de l'imagier. La chromolithographie tirée de l'aquarelle de Lagacé donne le beau rôle à Jolliet. Debout, c'est lui qui dirige l'opération et établit la communication avec les amérindiens. Marquette y est réduit à prier à genoux dans le canot ! Cette vision est tout à fait conforme au texte de l'édition de 1919 où la section est intitulée, en caractères gras, « Le Mississipi. — Jolliet. — ». L'attention est focalisée sur « l'envoyé de Talon », dont on dresse un rappel de sa biographie et de ses voyages d'exploration. Pour sa part, Marquette n'occupe que peu de place sur ces 5 pages dont 2 pour les cartes.

« C’est aux trois célèbres Jésuites Allouez, Dablon et Marquette, le grand “triumvirat de la mission du Sault-Sainte-Marie”, comme l’appelle Bancroft, qu’on devait les meilleurs renseignements sur le Mississipi. [...] Outre l’avantage que le célèbre Jésuite espérait en retirer pour les missions sauvages, il participait à une découverte qu’il avait en grande partie préparée. [...] Au retour, Jolliet quitta le Mississipi pour la rivière des Illinois qu’il remonta jusqu’au portage qui le conduisit au lac Michigan dont il longea ensuite la rive occidentale jusqu’à la baie Verte, le point de départ. Là, le P. Marquette se sépara de lui pour se livrer au travail des missions [Desrosiers 1919, p. 124-128]. »

Waltner sculp.t, CAVELIER DE LA SALLE, imp Ch Chardon aîné Paris, Margry 1879v1, p. frontispice.

Robert Cavelier de La Salle,
gravure, Sulte 1882-1884.

Pierre Margry 1848 (détail), gravure, NYPL.

L'historiographie québécoise est ambivalente sur les rôles respectifs de Marquette et Jolliet au panthéon des héros de notre histoire. Ils n'ont d'ailleurs pas été retenus par Denis Martin pour son étude phare, Portraits des héros de la Nouvelle-France, Images d'un culte historique (Martin 1988), au détriment de René-Robert Cavelier de La Salle (1643-1687) qui y est qualifié de « découvreur du Mississippi ». On y reproduit un des portraits fictifs publiés par Pierre Margry (1818-1894) dont Benjamin Sulte a même fait graver une nouvelle version. Cependant, Martin ne dit mot de l'immense controverse soulevée par les interprétations de Margry.

« On a prétendu qu’en 1669–1670, La Salle avait exploré l’Ohio. Bien plus, certains de ses admirateurs, se flattant d’offrir à la ville de Rouen l’honneur d’avoir été le berceau d’un conquistador à la Cortez, les Margry, Chesnel, Gravier et autres historiens de la même école sont allés jusqu’à soutenir que La Salle avait découvert le Mississipi avant Jolliet et le père Marquette, soit avant le 15 juin 1673. Le manque de rigueur de l’archiviste Pierre Margry dans l’édition des documents concernant son héros aurait favorisé l’élaboration et la pérennité de ce double mythe [DBC]. »

« The bursting of Pierre Margry's La Salle bubble — For nearly twenty years Mr. Pierre Margry has been holding over the heads of American scholars, with a great show of mystery, documentary evidence which was to prove to a certainty that his fellow, Norman Robert Cavelier, commonly known as La Salle, was the first to discover the Mississippi, and that he had been deprived of his just glory in favor of Joliet, son of a blacksmith, American born at that, and Marquette, a Jesuit. His first claim was that La Salle descended the Ohio and Mississippi to its mouth in 1670. This proving untenable he claims that subsequent to that date he descended the Illinois and Mississippi.

Articles by him have appeared in French journals, a fellow Norman, Gravier, adopted his views, but in this country there was a lack of faith. Bancroft had Margry's published articles and some of the documents in which he relied, but did not accept his positions. Mr. Faillon, writing from documents strongly prepossessed against the Jesuits, could not embrace his views. Mr. Parkman, to whom he furnished many documents, and who shows constantly Margry's influence, and who had apparently all that Margry relied upon, dared not compromise his reputation by adopting his theories. Harrisse, a bibliographer, dispassionately studying the question, found Margry's arguments most unsubstantial [Shea 1879, p. 3 ; voir aussi Harrisse 1872, p. 125-135]. »

Collaboration de Guy Laflèche.

Margry reproduisait une malheureuse attitude qui avait déjà cours deux siècles avant lui. Heureusement, il ne s'attribuait pas la découverte du Mississippi et de son embouchure ! Il se contentait d'adjuger la découverte du fleuve à Cavelier de La Salle. Louis Hennepin (1626-1708), lui, se faisait le héros de la découverte de l'embouchure. En développant en deux volumes sa fameuse et très populaire Description de la Louisiane (1683), Nouvelle Découverte (1697) et Nouveau Voyage (1698), il recopiait une bonne partie du mémoire de Zénobe Membré, un récollet qui avait accompagné l'expédition de La Salle qui s'était rendu tout près de l'embouchure du fleuve. Il plagie le mémoire édité par Valentin Leroux dans le Premier Établissement de la foi (1691, vol. 2, chap. 22), ouvrage que Leroux a publié sous le nom de Chrestien Leclercq. Il s'agissait pour Hennepin de se faire passer comme découvreur de l'embouchure du Grand Fleuve. La lecture de son affabulation est aujourd'hui un grand plaisir de lecture. Il n'est pas certain que la lecture des « thèses » de Pierre Margry, à qui on doit pourtant d'importantes publications documentaires, soit aussi plaisante. Robert Cavelier de La Salle a déjà tellement d'aventures à son actif qu'il n'était pas nécessaire de lui en inventer d'autres. Surtout que la découverte du fleuve, depuis la Nouvelle-France, par Jolliet et Marquette est parfaitement bien documentée.

[Voir : Leclercq 1691f, Hennepin 1683 à 1711, Laflèche 2003. Voir aussi : MVNF ou pdf.]

Dès 1862, Margry publie en France ses interprétations de la découverte du Mississippi (Margry 1862.07.30-09.17 ou pdf rassemblant les 4 parties). L'information est relayée de ce côté-ci de l'Atlantique dès le mois de décembre (« Bulletin des publications et des réimpressions les plus récentes, Paris, octobre et novembre 1862 », Journal de l'instruction publique, décembre 1862, p. 210). Margry récidive en publiant au Québec en 1871.

« En restituant, contre l'opinion commune, dans une étude précécédente, à Cavelier de la Salle, l'honneur de la priorité de la découverte du Mississipi, je n'ai pas eu pour objet de diminuer le mérite réel du père Marquette, non plus que celui de son compagnon Louis Joliet, dont le voyage est censé avoir inspiré l'illustre découvreur normand (Bancroft, History of United States, 3e volume, page 163. — Discovery of the Mississipi — Gilnary Shea, page 34. — Garneau, Histoire du Canada, 1er volume, page 239.). Si des recherches plus approfondies que celles qu'on a faites jusqu'ici me forcent à enlever aux personnages qu'on a mis en scène des titres auxquels ils n'ont pas de droits, on ne me refusera pas à moi-même la justice de reconnaître que je fais aussi tous mes efforts pour retrouver leurs mérites vrais [Margry 1871.12-1872.03, décembre 1871, p. 931]. »

Cette introduction à la publication par Margry, en 1871-1872, dans la Revue canadienne, d'une série d'articles sur « Louis Joliet [Margry 1871.12-1872.03] » n'a pas manqué d'appeler une réponse.

Cette réponse à Margry prend la forme du 200e anniversaire de la découverte du Mississipi par Jolliet et le P. Marquette, Soirée littéraire et musicale à l'Université Laval, le 17 juin 1873, où on souligne que dans « plusieurs villes des Etats-Unis des fêtes analogues devaient avoir lieu » et que « Bancroft, après avoir raconté la grande découverte, consacre les lignes suivantes à la mort du Père Marquette [...] [Verreau 1873.06.17, p. 4 et 6] ». Plusieurs intellectuels, poètes et musiciens chantent alors leur gloire : Pamphile LeMay (1837-1918), Louis Joseph Cyprien Fiset (1825-1898), Adolphe-Basile Routhier (1839-1920), Louis Fréchette (1839-1908)... « Afin que rien ne manquât à l'éclat de cette mémorable séance, leurs Excellences Lord et Lady Dufferin avec leur suite, leurs Excellences Monsieur et Madame Caron avec leur famille, s'y trouvèrent présents, et applaudirent cordialement aux différentes parties du programme [Verreau 1873.06.17, p. 8]. » Pour sa part, Hospice-Anthelme Verreau (1828-1901) y prend leur défense, dans un long discours, s'opposant à d'autres interprétations leur disputant la parternité de la découverte du Mississippi.

« Messieurs, vous savez qu'on a voulu disputer à Jolliet la gloire de sa découverte. [...] On l'a d'abord revendiquée pour Ferdinand de Soto et d'autres espagnols [...] On a défendu, avec plus de bruit, la cause de Cavelier de la Salle, ou mieux, on a créé, en faveur de ce hardi pionnier, des prétentions qu'il n'aurait probablement pas avouées lui-même [Verreau 1873.06.17, p. 28 ; voir aussi Bois 1873.06]. »

L'événement grandiose donne lieu à un compte-rendu journalistique élogieux. Il « s'agissait de rendre justice à ces deux grands hommes, d'affirmer un fait historique contesté et de poser la première pierre du monument qui leur est dû. [...] L'immense salle de l'Université qui peut contenir au-delà de 3000 personnes était littéralement encombrée. » Le reste du texte, signé « L.C. », analyse surtout les prestations poétiques de Routhier et Fréchette (L.C., « Lettre de Québec, L'Opinion Publique, 26 juin 1873, p. 303). Quelques mois plus tard, Cyprien Tanguay justifie les sources situant la mort de Jolliet entre le 4 mai et le 18 octobre 1700 [L'Opinion publique, 27 novembre 1873, p. 570].

William Notman (1826-1891), Hospice-Anthelme Verreau, 1862, photographie sels d'argent sur papier albuminé, 8,5 x 5,6 cm, McCord Museum I-5189.1.

En réponse aux célébrations du 17 juin 1873, Benjamin Sulte publie un long article sur Jean Nicolet (ou Nicollet de Belleborne, vers 1598 - 1642) rappelant qu'il est le premier Français connu qui soit allé au Mississipi (Journal de l'instruction publique, novembre 1873, p. 166-167, février-mars 1874, p. 28-32 ; texte repris, avec modifications, dans Sulte 1877, 1881cf, 1882, 1883). Tout en reconnaissant que la gloire de la grande découverte appartient à Jolliet et Marquette, il documente les séjours antérieurs de Nicolet dans ces contrées, en 1634-1635, tout comme l'avait fait Ferland deux décennies plus tôt (Journal de Québec, 21 avril 1851) : lacs Huron et des Illinois (aujourd’hui Michigan), Baie-Verte, rivières aux Renards et du Wisconsin, bassin du Mississippi, une partie des territoires actuels du Michigan et du Wisconsin. Avec justesse, il souligne que la découverte du Mississippi fut une quête étalée sur une longue période par plusieurs explorateurs, espagnols, anglais et français : De Soto en 1540 dont aucun Européen n'a suivi les traces ; Nicolet en 1634-1635, ce qui amena des échanges entre les amérindiens et la Nouvelle-France ; Wood en 1654 et Bolton en 1670, suivis d'aucuns résultats ; Jolliet et Marquette en 1673 ; Hennepin en 1680 [voir l'analyse à ce propos] ; La Salle en 1682 qui constate que le fleuve se rend au golfe du Mexique ; d'Iberville en 1699 qui découvre son embouchure par la mer (extraits choisis sources de ce résumé).

Gravure de la page titre du Journal de l'instruction publique : une croix blanche rayonnante, au-dessus d'un livre ouvert sur les mots RELIGION LIBERTÉ SCIENCE PROGRÈS, posé sur un phylactère, RENDRE LE PEUPLE MEILLEUR, le tout entouré d'une couronne de feuilles d'érable, branches taillées par un castor surmontant la signature J. WALKER Sc.

Dans son plan pour la façade du Parlement du Québec, en 1882, Eugène-Étienne Taché accorde une place très honorifique à Marquette, mais aucune à Jolliet, dont les bronzes ne sont finalement créés que trois, puis cinq décennies plus tard !

Ni l'un, ni l'autre, n'apparaissent parmi les 125 Gravures dans l'Histoire des Canadiens-Français de Benjamin Sulte publiées en 1882-1884.

Gravures dans l'Histoire des Canadiens-Français de Benjamin Sulte.

Cette représentation de six « découvreurs canadiens » est créée pour le musée commercial éphémère La Salle (1892-1894) institué à l'occasion du 250e anniversaire de Montréal, situé au 1682-1684 rue Notre-Dame, consacré aux « grands hommes du Canada depuis l'époque de la découverte du pays, 1564, jusqu'à la cession du Canada à l'Angleterre » (Karel 1992, p. 80-81, Gagnon 1995.12). Dans ce rassemblement uchronique, tous y étudient des cartes : Marquette est relégué derrière le bras tendu de Jolliet indiquant la route à suivre.

Edmond Dyonnet 1859-1954, Raymond Beullac 1844-1899-, No. 3 - Les découvreurs canadiens, Jacques Marquette 1637-1675, Louis Jolliet 1645-1700, Louis Hennepin 1626-1705?, Pierre Le Moyne d'Iberville 1661-1706, Jean Nicolet 1598-1642, Pierre Gaultier de Varennes sieur de La Vérendrye 1685-1749, dessin et gravure, Catalogue illustré, Catalogue descriptif du Musée La Salle, Statues en cire de grandeur naturelle, Scènes historiques, Fontaines lumineuses, Tableaux anciens et modernes, [Montréal], Musée La Salle, 1893, 32 p., ill., 25 cm, BANQ, dessin p. 10 et gravure p. 11.

En 1899, loin de la scientifique et très juste analyse de Harrisse publiée 27 ans plus tôt (Harrisse 1872, p. 125-135), Mallet se laisse emporter par le lyrisme dans la défense de Jolliet et Marquette.

« Le Dr Jean-Marie Shea [John Gilmary Shea], l'historien américain érudit, auquel nous devons une éternelle gratitude pour ses sympathiques travaux dans le domaine de l'histoire française de l'Amérique du Nord, a été le premier à rassembler les renseignements épars sur la vie de Jolliet. Le savant abbé Ferland s'exprime en ces ternies dans son mémoire biographique touchant l'auteur de la découverte du Mississipi: "Voilà donc encore un des hommes les plus remarquables du Canada tiré de l'oubli par un étranger; combien en est-il parmi les Canadiens instruits qui connaissent le sieur Jolliet? L'on a bien quelques vagues notions qu'un homme de ce nom a découvert le Mississipi, en compagnie d'un jésuite, et qu'il en revient quelque htonneur au Canada! Voilà tout. Nous avons cependant bien peu de noms canadiens à tracer sur les tablettes de l'histoire." [...]

Pendant deux siècles, Jolliet a été reconnu l'auteur de la découverte du Mississipi et toutes les histoires du Canada et des Etats-Unis sont d'accord pour lui donner les lauriers de gloire que mérite son exploit. Cependant deux éminents historiens français, MM. Margry et Gravier, ont élevé leurs voix à la dernière heure pour réclamer la priorité de la découverte en faveur de Robert Cavelier, sieur de La Salle, leur compatriote normand. Le Dr Shea, dans les Etats-Unis, et l'abbé Verreau, dans le Canada, se sont constitués les défenseurs de Jolliet et ont montré par leurs arguments irréfutables la frivolité des réclamations favorables au fondateur de la Chine. M. Sulte aussi, dans son dernier article sur ce sujet, réfute les théories hostiles à la gloire de notre héros canadien, qu'il avait trop appuyées dans un récit antérieur.

La controverse est intéressante et mérite un examen. Nos propres conclusions, après une laborieuse étude sur le sujet, sont que les ouvrages écrits à seule fin de dépouiller le noble front de Jolliet de ses glorieux lauriers contiennent en eux-mêmes le germe de leur réfutation. Selon nous, Jolliet et Marquette et les cinq voyageurs français et canadiens qui les ont accompagnés furent les auteurs de la découverte du Mississipi; et à l'unisson, avec le grand poète qui a chanté, en de si beaux accents patriotiques, leurs louanges méritées, nous nous écrions: Gloire à vous tous ! du temps franchissant les abîmes Vos noms environnés d'auréoles sublimes Iront à l'immortalité! » (Mallet 1899.03, p. 218, 220-221.)

En 1902, Ernest Gagnon publie son Louis Jolliet, découvreur du Mississipi et du pays des Illinois, premier seigneur de l'île d'Anticosti, Étude biographique et historiographique. Il marquera les générations durablement par ses nombreuses rééditions (Gagnon 1902, Hamy 1903 et 1903tf, Gagnon 1913b, 1925, 1926, 1946 ; voir également l'analyse historiographique de Gagnon 1978, p. 179-183). Dans sa préface, Thomas Chapais qualifie Jolliet de figure attachante avec ses talents multiples dont celui pour la musique. Il note les grandes qualités des travaux de Gagnon : initiation aux débuts de l'instruction publique ; renseignements précieux sur les voyages, le commerce, la navigation, la colonisation, les moeurs et les usages de cette époque ; reconstitution de son voyage « pas à pas sur une carte actuelle des Etats-Unis ». Il affirme que le titre de découvreur du Mississipi lui appartient bien légitimement, ainsi qu'au Père Marquette. Mais, il ne manque pas d'écorcher la personnalité de Margry en revenant sur la controverse qu'il a suscitée et nourrie.

« M. Margry, animé par l'esprit de système et par des préjugés manifestes, s'est évertué à établir la priorité de découverte en faveur de Cavelier de la Salle. Mais ses dissertations persistantes et ses publications documentaires, orientées toujours vers le même objectif, ont fait long feu. En dehors de M. Gabriel Gravier, — auteur des Découvertes et établissements de Cavelier de la Salle, — il ne semble pas avoir fait d'adeptes bien notables ; et il a perdu sa mauvaise cause au tribunal de la critique [p. viii]. Il avait un caractère désagréable, un jugement peu sûr, et des façons cachottières très agaçantes. Notre abbé Ferland eut à s'en plaindre, et Parkman fut victime de ses mauvais procédés, au cours de recherches qu'il fit pour la composition de son livre sur La Salle et la découverte du grand Ouest. Voici ce qu'on lit dans la biographie de l'historien américain par M. Farnham : "Le seul obstacle sérieux qu'il rencontra dans ses recherches fut le refus de M. Pierre Margry, directeur des Archives de la Marine et des Colonies à Paris, de lui donner accès à une collection considérable de documents relatifs à la Salle et aux autres explorateurs de l'Ouest. Cette affaire est rapportée dans les préfaces de La Salle, du moins autant que Parkman se souciait d'en parler. Sa version est extrêmement charitable ; car les gens du métier censurèrent sévèrement Margry pour avoir traité comme propriété privée une collection de pièces puisées principalement dans les archives dont il était le gardien officiel, et aussi pour l'esprit mercenaire et intraitable qui le poussait à tenir sous clef la vérité. Parkman fut obligé de publier son La Salle sans avoir pu jeter un coup d'oeil sur ces papiers, et avec la conviction qu'il lui faudrait probablement refaire plus tard une partie de son livre." (A Life of Francis Parkman, par Charles Haight Farnham, pp. 155 et 156.) [Gagnon 1902, p. ix-x] »

Malheureusement, encore de nos jours, certains archivistes suivent toujours les traces de Margry en limitant l'accès aux archives sous leur responsabilité !

Montminy & Cie, Ernest Gagnon 1834-1915, vers 1900, photographie, BANQ P1000,S4,D83,PG5.

Will La Favor né 1861, Joliett, vers 1901-1909, bronze, environ 30", porche d'entrée, Joliet Central High School, Joliet Illinois, U.S.A. (Waymarking ou pdf ; SIRIS ou pdf).

Joliett, Bronze Bust Joliet High School, by La Favor, « Our cover design is a photograph of the bust of Louis Joliett placed above the main entrance to the Joliet High School. It is the work of Will La Favor, a graduate of the Joliet public schools, and it is a pleasure to announce that this is the best portrait of the great explorer [Joliet 1909, p. 16]. »

« Louis Jolliet d'après un buste du sculpteur William G. La Favor, placé à l'entrée principale de la Jolliet High School, Illinois, E.U. », Gagnon 1913b, p. 10, repris dans IMS 1931, p. 15, puis Conger 1932, p. 83.

La deuxième édition, celle de Gagnon 1913b, s'orne d'un portrait fictif de Jolliet. Ce buste en bronze est installé au-dessus du porche de la Joliet Central High School, à Joliet Illinois, immeuble construit en 1901. Sa reproduction photographique, en 1909, atteste qu'il est déjà sculpté par William G. La Favor : né en 1861 à Frankfort, New York, il étudie à l'Art Institute de Chicago ainsi que chez le sculpteur Lorado Taft ; il expose des oeuvres de 1896 à 1904.

(Chicago Society of Artists, Eighth annual spring exhibition, April 7th, 1896 ; Catalogue of an Exhibition of Works by Chicago Artists, Art Institute of Chicago, 1896-1904 ; Annual American Exhibition [of] Paintings and Sculpture, Volumes 11 à 17, 1898-1904 ; Lorado Taft, « The Exhibition of the National Sculpture Society », Brush and Pencil, Vol. 2, No. 3 (Jun., 1898), pp. 124-127 ; relevés sur ce fichier txt.)

Anonyme, [Marquette et Jolliet] sur le Mississipi, gravure, Gagnon 1913b, p. 93.

La deuxième édition, celle de Gagnon 1913b, s'orne également de belles gravures malheureusement anonymes. Dans leur descente sur le Mississippi, Marquette occupe l'avant du canot et regarde vers la rive, dans la direction vers laquelle Jolliet pointe son bras gauche. Le style de cette gravure est tout à fait dans l'air du temps de celles publiées aux États-Unis qui ont pu inspirer la composition de Lagacé.

Anonyme, Au pays de la folle avoine,
Gagnon 1913b, p. 79
.

Anonyme, La rivière Wisconsin,
Gagnon 1913b, p. 87.

Anonyme, Les funérailles de De Soto,
Gagnon 1913b, p. 121.


1921

1924

1924

1937

1942

Malgré les très lourdes preuves historiographiques accumulées contre la théorie de Margry, les Tableaux d'histoire de Desrosiers-Bertrand, en 1921, et les chars allégoriques, dessinés par Lagacé en concertation avec les responsables de leur programmation (dont l'historien, archiviste et journaliste Édouard-Zotique Massicotte (1867–1947) ainsi que l'avocat Elzéar Roy amateur d'histoire), continuent d'attribuer à La Salle les lauriers de « découvreur du Mississippi » en 1924, 1937 et 1942 [Hazan 2015e, passim] !

Jean-Baptiste Lagacé, Tableaux d'histoire Desrosiers-Bertrand, 17. Jolliet découvre le Mississipi [1673], chromolithographie d'après une aquarelle, Archives privées, Hazan 2015e, ill. p. 72, texte du verso p. 745.

La profonde et durable controverse créée par Margry au sujet de La Salle, Jolliet et Marquette, démontre les liens et les échanges étroits entre les archivistes et les historiens de la France, du Québec et des États-Unis à la fin du XIXe siècle et au début du XXe. Ici, on connaissait donc très bien les écrits américains à leur sujet. Il serait étonnant que les nombreuses images gravées aux États-Unis, illustrant souvent les livres des historiens, n'aient pas également trouvé leur chemin vers Jean-Baptiste Lagacé, tout comme celle publiée par Gagnon en 1913. Bancroft, auquel les extraits reproduits ci-dessus se réfèrent souvent, a été le premier à illustrer Marquette et Jolliet d'une magnifique gravure lors de la renaissance de l'historiographie à son égard. Mais, du point de vue américain, la grande majorité de ces illustrations attribuent à Marquette le rôle principal. Or, celle de Lagacé pour les Tableaux d'histoire Desrosiers-Bertrand glorifie surtout Jolliet, laissant le jésuite réduit, à genoux, à ses prières ! Par contre, la composition de Lagacé suit en tous points celles imaginées par les américains pour l'ampleur et la beauté du paysage, l'équilibre de la composition allant des nénuphars, à l'avant-plan, jusqu'aux oiseaux à l'horizon, les deux canots dans ce cadre naturel et leurs reflets dans les eaux du Mississippi. Décidément, à la remorque d'Yvan Lamonde, on doit conclure que l'oeuvre de Lagacé, se voulant nationaliste francophone, doit beaucoup plus qu'on aurait pu l'imaginer aux américains l'ayant précédé dans l'établissement des bases, balises et caractéristiques de cette iconographie !

Le Québec formulé par Yvan Lamonde

Q = (F)+(GB)+(USA)2-R

Québec = France + Grande-Bretagne + États-Unis au carré - Rome

« Ainsi, la marque de la France (F) devrait être ramenée à de plus justes proportions tout en demeurant la principale. Pour sa part, la Grande-Bretagne (+GB) devrait obtenir plus d’égards de la part des "conquis" compte tenu de l’influence générale qu’ont exercée les Britanniques sur la société, la culture et la mentalité politique des Québécois. Il en va de même pour les États-Unis, et doublement (USA)2, car pour Lamonde la québécité se veut au fond une forme d’américanité. A contrario, il faudrait diminuer la part romaine (-R) de l’identité québécoise. Pour l’auteur, les positions de Rome et du Vatican à l’égard du Canada français et du Québec se révèlent en effet contraires aux attentes et idées reçues [Létourneau 2003]. »

1
à
10

Le Québec a produit cinq fois moins de représentations de Jolliet que les États-Unis, mais certaines influences y sont réciproques. Peu de temps après 1841 Darley, dans Bancroft, Jacques Viger fait représenter Jolliet de dos, personnage secondaire à côté du Marquette de 1844 Duncan. 1893 Dyonnet présente les deux découvreurs dans un musée commercial montréalais éphémère où Jolliet indique la route à suivre. 1913 Huot a pu être inspiré par le Louis Jolliet d'Ernest Gagnon, où se trouve la reproduction d'un buste de 1901-1909 La Favor, ainsi que la magnifique gravure 1913 Anonyme, tout à fait dans l'esprit de celles éditées aux États-Unis depuis moultes décennies. Sans surprise, 1917 FEC donne le beau rôle à Marquette. Ces gravures ont inspiré Jean-Baptiste Lagacé qui en livre deux intéressantes versions ; la notice de 1921 Lagacé présente une incursion étoffée dans l'historiographie de cette époque, ambivalente pour Marquette et Jolliet en ce qui a trait à l'interprétation de leurs vertus héroïques. Le bronze de Joliette, par 1928 Suzor-Côté, n'arrive que tardivement en façade du Parlement à Québec (Brunelle-Lavoie 1995, p. 35-36), suivi par un char allégorique en 1952.

Jean-Baptiste Lagacé, Tableaux d'histoire Desrosiers-Bertrand, 17. Jolliet découvre le Mississipi [1673], chromolithographie d'après une aquarelle, Archives privées, Hazan 2015e, ill. p. 72, texte du verso p. 745.

web Robert DEROME