TEKAKWITHA.
Nouveaux regards sur ses portraits.
« Elle approche, elle meut quelque chose en avant. »

   

1922-1949 Wynne ajoute plusieurs confusions aux attributions.

Lombardo 2009.12, p. 12.

Lombardo 2017, fig. 1.1.

John J. Wynne (1859-1949), ordonné jésuite en 1890, est un auteur américain reconnu, principalement comme éditeur de nombreuses publications : Messenger of the Sacred Heart devenu Messenger puis America ; Apostleship of Prayer ; Pilgrim of Our Lady of Martyrs ; Catholic Encyclopedia ; Anno Domini. Dès 1891-1892, il dirige Our Lady of Martyrs Shrine à Auriesville NY (Lombardo 2014.05, p. 138) et est promoteur de plusieurs causes ou mouvements (Holy hour, Holy Name Society), dont celles des martyrs jésuites et de Tekakwitha. Il publie son premier livre sur Tekakwitha en 1922. Selon sa notice nécrologique dans Lily of the Mohawks, il serait devenu vice-postulateur de sa cause en 1923, poste qui semble n'avoir été obtenu qu'en 1931 (Lombardo 2014.05, p. 147 et note 753 : The dates given in various publications for Wynne’s tenure as vice-postulator for the causes is contradictory. I have chosen to follow his personnel file since that contains the official record of his ministry, which corresponds to Anderson, Death and Afterlife, 147.). À ce titre, il publie trois ouvrages spécialisés en vue de sa canonisation (Wynne 1931-b, Wynne 1931-c, Wynne 1931-r). Il s'occupe également de la gestion de la Tekakwitha League dont il semble être le fondateur.

« Kateri from a painting by her pastor Chaucetière [sic] the only authentic portrait extant of an indian maiden of that time (1656-1680) » (Wynne 1922, p. frontispice.)

Depuis le sanctuaire d'Auriesville, qu'il dirige depuis 1892 (Lombardo 2014.05, p. 138), Wynne publie en 1922, à l'âge de 63 ans, une petite plaquette de 30 pages sur Kateri, Catharine Tegakwitha, Lily of the Mohawks (Wynne 1922), un court résumé des auteurs déjà connus dont il énumère brièvement les noms en page liminaire et où les graphies de son nom hésitent encore entre ses diverses formes. Si elle a été retenue ici, c'est par ses illustrations exceptionnelles, dont celles gaufrées en dorure sur la reliure de grand luxe, ainsi que celle de sa page frontispice.

La première de couverture représente la très importante nouvelle représentation de Tekakwitha donné par le sculpteur Joseph Sibbel en 1896 et dont Thwaites avait déjà publié une photographie en 1900. Une réplique est installée, en 1923, à l'ancienne entrée triomphale du sanctuaire d'Auriesville toujours dirigé par Wynne. La quatrième de couverture illustre le cénotaphe de Tekakwitha dans sa présentation la plus opulente au début du XXe siècle.

Joseph Sibbel, Catherine Tegakwita, vers 1896, sculpture, St. Joseph's Seminary Hall, Dunwoodie N.Y., Thwaites 1896-1901, vol. 62, frontispice.

La lecture de Walworth par Wynne est très superficielle puisqu'il attribue une oeuvre de Charles M. A. Lang, qu'ils ont commanditée en 1889-1890, à Chauchetière (orthographié « Chaucetière ») qui a vécu deux siècles plut tôt ! Il y a pourtant un monde de différences entre son observation ethnographique du XVIIe siècle et cette iconographie de la fin du XIXe !

Une petite image pieuse similaire est incrustée, comme une relique, sur la croix surmontant le cénotaphe, telle que photographiée en 1947-1948, alors dépouillée de son abri protecteur ; mais il s'agit alors de celle créée par Nealis où Tekakwitha est vue de face avec, derrière elle, les anciennes îles détruites lors de la construction de la Voie Maritime du Saint-Laurent.

La biographie de Tekakwitha par Édouard Lecompte, publiée en 1927, a connu de nombreuses rééditions après son décès survenu deux ans plus tard.

La version anglaise, réalisée sous la direction de John J. Wynne en 1932, date le tableau attribué à Chauchetière de 1681, toujours avec une photographie tronquée.

Il la réutilise également dans la traduction anglaise de Cholenec 1696 (LM 1938.10).

Lecompte 1932

Le frontispice présente le portrait de Tekakwitha par Margaret Mary Nealis dont Wynne réutilisera le buste en médaillon dans ses publications à compter de 1932.

Lecompte 1932, p. titre.

Lecompte 1932, p. 151.

1932

Wynne 1932.

1933

Wynne 1933c.

1933

Wynne 1933k.

1938

Wynne 1938.

1942

Wynne 1942.

1942

Wynne 1942.


On publie pour les enfants une traduction allemande de sa biographie de Tekakwitha (Wynne 1934) ornée de magnifiques bois gravés anonymes tout à fait dans l'esprit idyllique des romans historiques de l'époque illustrant divers épisodes de sa vie dont les plus diffusés sont sa prière agenouillée devant la croix en forêt et son cénotaphe. Le frontispice propose une réinterprétation de la gravure des Lettres édifiantes de 1819. On y trouve également des plans de ses lieux de naissance et de décès ainsi que des migrations de la mission de Kahnawake.

LeÉd 1819 v04 BNF p025.

Wynne utilise également le portrait de Nealis comme éditeur de The Lily of the Mohawks. Via ce prériodique, il commandite et commercialise diverses oeuvres d'arts, par exemple : en 1937, un bas-relief d'après Nealis ; en 1947, juste avant de décéder, la sculpture d'Adrienne Bouvier d'après la composition de Nealis.

Signé en bas à droite « [G E & C] » d'après Nealis, Kateri Tekakwitha Lily of the Mohawks, commandité par John J. Wynne et commercialisé à compter de 1937 par le périodique Lily of the Mohawks, bas-relief de « barwood » ou padouk d'Afrique et chêne, 5"3/4 x 3" pouces. — (KC AKR P064-3) ; (Kateri 1968.12-E078p10 ; 1968.12-F035p10).

Adrienne Bouvier d'après Nealis, « Tekakwitha Lily of the Mohawks [base avant] », pierre moulée blanche avec inscription dorée, Our Lady of Martyrs Shrine, Auriesville, photo Josh Gore 2019-10-09.

LM 1938.01 — [p2] Wynne évoque les portraits de Tekakwitha par Chauchetière : « As with books, so with pictures and statues and paintings. Appearing to Chauchetière, Kateri had him draw her picture and spread it everywhere. This he did and a great number were sent to France. Since then many artists have devoted their talent to reproducing images of our "Lily" in various forms, and some are still doing so. Not all that they do appeals to everyone, but we hope soon to start illustrating The Lily of the Mohawks by an image each month. »

LM 1938.10 — (p1-6) Wynne publie dans son périodique, Lily of the Mohawks, la traduction anglaise de Cholenec 1696, chapters I-II avec reproduction (p5) d'une partie du tableau d'histoire peint par Légaré alors attribué à Chauchetière en 1681.

Cette plaquette de Wynne 1942 introduit une autre erreur. Il date de 1681 un des portraits gravés de Tekakwitha, alors qu'ils n'ont été publiés qu'à compter de 1717 !

Il avait donc pris pour acquis qu'ils étaient l'oeuvre de Chauchetière, alors que c'est loin d'être le cas selon leurs nouvelles analyses !

La quatrième de couverture reprend, avec un texte différent, l'image de l'édicule construit au-dessus du cénotaphe de Tekakwitha accompagné de sa croix qui avait été publiée par Devine en 1916.

Wynne mérite donc un prix citron pour avoir introduit dans l'historiographie des données erronées sur quelques oeuvres d'art illustrant le portrait de Tekakwitha !

Wynne 1942, p. 28 et 4e de couverture.

LM 1945.02 (p18) — « TEKAKWITHA IN ART The number of paintings, statuettes, statues of Tekakwitha which have come to our notice would furnish a fair sized museum. It serves to show how popular she is and how her romantic life appeals to the artistic imagination. Many of these images have some merit, but few of them depict or carve a lifelike reproduction of her. In some she is more white than Indian; in others the costume is not native and it is overdone; few come near catching the gentler traits of her character of childlike innocence as described by those who knew her; so far no one has attempted to portray the beautiful transformation of her features that occurred after her death. Perhaps one of her directors, Father Chauchetière, had that in memory when he made his picture of her. Or the very many attempts at producing her image, that of Mother Margaret Nealis is, in our opinion, far and away the best, and reproduced in lithograph in eight colors, it is most attractive. A religious of the Sacred Heart at the Sault near Montreal, she had ample oppurtunity to study the features of Indian maidens from Tekakwitha's own people at Caughnawaga [Wynne confondrait-il le Sault-au-Récollet, où résidait Nealis, avec le Sault-Saint-Louis où vécut Tekakwitha ? Nealis résidait donc à 34 km de Kahnawake par les routes d'aujourd'hui !]. One of our chaplains writes that his men want copies of it; as many as five hundred. They must be genuine men to prefer the picture of Kateri to the common pin-ups. »

« In his later years, the Shrine at Auriesville became something of a sanctuary for Wynne, who did a considerable amount of his writing there and who would return “whenever circumstances and health permitted.” [Lombardo 2014.05, p. 148 note 762 et 388] »

L'attribution de ce portrait à Chauchetière par Wynne est poursuivie par ses successeurs à l'édition du périodique Lily of the Mohawks à titre de vice-postulateurs américains de la cause de Tekakwitha. Mais, souvent, on n'arrive pas à écrire correctement le nom de ce portraitiste jésuite ! Et, l'opinion de Wynne n'est jamais remise en cause !

LM 1977.03 — (p8) NOTES FROM THE BARK by father mcbride • A TREASURE - The National Kateri Center will feature this Shrine Season a copy of the painting of Kateri done by a missionary, Father Chauchtierre [sic], who personally knew Kateri. Father Bechard brought the picture from Caughnawaga. It was photographed by Armour Landry of Montreal. (Cette photographie est toujours conservée au Saints of Auriesville Museum.)

LM 1977.09 — (p5) With a score of 10 in the field of accomplishing its purpose the National Kateri Center is in its third year. Always a special attraction is the painting done in 1693 by Father Chauchetierre who personally knew Kateri. The Center obtained a photo of the original through the kindness of Anne Scheuerman of Rochester, N.Y. The copy hangs with five other paintings depicting the Indian Maiden, all showing the universal love for her by gifted artists.

LM 1981.01 — (p6) NOTES FROM THE BARK by father mcbride • Who can influence your likes or dislikes when it comes to choosing a favorite picture of Kateri? Many still prefer Sister Fides Glass' painting, or Mother Nealis' Kateri in the Woods, or the one by John Steele, or the old painting by Fr. Chauchtierre [voir ses portraits perdus, celui de Légaré et son attribution à Chauchetière]. This Office won't carry any of these for a while because the League worked long and hard to gain beatification. How stupid would we be if we did not recognize what this means, namely, that our advocate is in heaven! Therefore, the official painting [by Sister Mary Felicitas] represents Blessed Kateri without being surrounded by earthly scenes and gives her what the Church wants her blesseds to have, rays emerging from around the head with a slight brilliance but no halo. Have these words influenced you? Good.

LM 1987.09 — (p3) LILY JEOPARDIZING 4. He painted Kateri in a standing position holding a rude cross because she carved a cross on a tree to venerate. (p4) Jeopardy's answers: 4. Who is Chauchetiere?

LM 2007.09-12 — (p1, p2 et p3) The Cures, texte extrait de Lecompte 1932 édité par Wynne et publié par la Tekakwitha League, avec cette illustration sans légende dont on n'a retenu que la figure de Tekakwitha après avoir rogné le reste de la composition. Voir : Attribution à Chauchetière basée sur ses écrits.

   

TEKAKWITHA.
Nouveaux regards sur ses portraits.
« Elle approche, elle meut quelque chose en avant. »