TEKAKWITHA. |
1948-1984 Camille Drolet dans le périodique Kateri.
| Drolet | Apparitions |
1955.09 Drolet, Marquis Alexandre de Prouville de Tracy (1596 ou 1603 - 1670). — (Kateri 1955.09-EV07N04p10). |
1959.03-06 Drolet, Pendaison, publicité du livre Mon T'ang-li de Proulx 1958. — (Kateri 1959.03-06-F003p35). |
Camille Drolet (1892-1984) entre chez les jésuites en 1917 et est ordonné en 1929 (Paulin 2015). Il participe activement à la revue Kateri dès son premier numéro, en décembre 1948, en tant que « Art Editor » (1948.12-EV01N01p02). Alors âgé de 56 ans, on peut présumer qu'il pratiquait déjà les arts plastiques depuis un certain temps. Le dessin de la sculpture en page couverture est discrètement signé de ses initiales « C. D. », sur le socle en bas à droite. Le visage, très jeune, s'encadre de tresses depuis Lagacé en 1929 et le front d'un bandeau depuis Jobin en 1935. Une croix orne la poitirne au-dessus des mains croisées. La couverture est simplement portée sur les épaules. Le bas du vêtement présente des motifs autochtones. L'esprit de interprétation doit cependant beaucoup à celle de Nealis, incluant l'écureuil sur le socle près d'une branche d'arbre. Des croix et des fleurs de lys garnissent les deux bandes verticales latérales, alors que celle horizontale en haut de la page rappelle le wampum stylisé créé en 1940 par Appleton pour la Positio. Cette mise en page de la couverture est conservée 4 ans, sur les 16 permiers numéros, jusqu'à celui de l'automne 1952, mais avec des vaiantes de couleurs monochromes : brun, violet, rouge, bleu, vert, gris. |
Pour le numéro de juin-juillet 1949 de Kateri, Drolet donne une intéressante reprise du tableau de Légaré dont il change le format et simplifie considérablement les éléments. Il accentue l'espace accordé au ciel, dont une des deux versions avec davantage de nuages accentuant la verticalité, ce qui vise à démontrer que Tekakwitha y aspire. Le petit arbre à l'avant plan gauche se retrouve en fond de plan de l'autre côté du plan d'eau où les collines sont réduites à leur plus simple expression. Le canot et la chapelle sont éliminés de la composition où cette mise en scène accentue son caractère d'image dévote. |
Cette lettrine intègre, entre les pattes du « A », une vue du cénotaphe de Tekakwitha. Or, lorsqu'elle est publiée en 1949, l'édicule représenté n'existe plus ! Une autre forme d'idyllisme ou d'anachronisme ? L'image n'est pas signée, mais le contexte et le style permettent de l'attribuer à Camille Drolet qui, dans ce numéro, est toujours désigné comme « Art Editor » (p. 02). Drolet, Lettrine A et cénotaphe. — (Kateri 1949.10-11-EV01N04p06 ; 1949.12-EV02N01p05 ; 1951.12-EV04N01p06 ; 1952.03-EV04N02p05 ; 1952.12-EV05N01p10). |
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(KC AKR P126-1). |
L'uchronie tend à mettre en relief l'intemporalité de Tekakwitha, à la manière d'une Vierge médiévale, donc plusieurs siècles avant son passage terrestre au XVIIe siècle, mais assise sur un trône dont la prédelle montre le village contemporain de Caughnawaga. Elle est donc à l'écoute dans le temps présent, toujours accueillante dans son intemporalité, prête à répondre avec un sourire à toutes les questions posées lors de ces interviews !

La prédelle du siège montre une originale scène du village morderne de Caughnawaga, incluant le Pont Honoré-Mercier ouvert à la circulation en 1934. Elle a pu être inspirée par l'une des cartes postales montrant une vue semblable.
MONTRÉAL. - Vue du Village d'Indiens Iroquois de Caughnawaga. - ND Phot. (détail), après 1934,
Carte postale, Collection Magella Bureau, BAnQ Québec P547,S1,SS1,SSS1,D181.
D'octobre 1949 à décembre 1950 Kateri reçoit sur son trône pour cette rubrique d'interviews. (Drolet, Inteview with Kateri, assise sur un trône, prédelle du village de Caughnawaga. — (Kateri 1949.10-11-EV01N04p14 ; 1949.12-EV02N01p14 ; 1950.06-EV02N03p14 ; 1950.09-EV02N04p14 ; 1950.12-EV03N01p14.) Au printemps suivant, le texte se fait plus dramatique en son absence. C'est un angelot qui répond au client devant une porte close en noir identifiée à son prénom !
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Drolet, Inteview with Kateri, assise sur un trône, prédelle du village de Caughnawaga (Kateri 1950.12-EV03N01p14). |
Drolet aurait-il suivi des cours avec Louis Archambault qui, au début de sa carrière dans les années quarante, enseigna chez les jésuites ? Le style de ce dessin pourrait le laisser penser par son modernisme qui reprend celui des portraits de Tekakwitha publiés en 1939 par Archambault. Drolet décore le bandeau de tête avec des losanges comme sa Tekakwitha du numéro précédent sur son trône. |
((KC AKR P126-2). |
| Drolet compose des vignettes anecdotiques pour illustrer de pieux récits, activité tout à fait à la mode s'inscrivant dans le sillon des illustrateurs qui l'ont précédé : Anonyme, McIsaac, Coze, Jobin, Beaulac, Archambault, Appleton, Langlois, Boulizon. Il y utilise des encadrements ouverts et un dessin à la ligne minimaliste. Tekakwitha y transporte des seaux d'eau, s'enfuit invisible en canot ou tient un chapelet dans sa main droite. |
Drolet, Priant en forêt, Her spirit of prayer. — (KC AKR P130-3, KA D123) ; (Kateri 1951.03-EV03N02p06).
(KC KA 4A). |
Drolet, Chapter IX Her death. — (KC AKR P127-2, KA D123) ; (Kateri 1952.03-EV04N02p07). Cette image n'est pas signée mais est donnée à Camille Drolet (KC KA D123). Elle illustre le « Chapter IX Her death » du feuilleton de Lorraine Fitzgerald, Our heroine, The life of Kateri Tekakwitha, tout comme cette lettrine « B ».
Drolet, Lettrine B avec un canot (Kateri 1952.06-EV04N03p10). |
Les apparitions de Tekakwitha vues par Drolet et d'autres artistes.
Toujours pour le même récit de Lorraine Fitzgerald, Drolet signe un complexe dessin de l'une des apparitions de Tekakwitha à Chauchetière telle que rapportée par Cholenec (voir la transcription ci-dessous). Tout comme les interprétations subéquentes par d'autres artistes, Drolet se conforme davantage au texte d'origine que Groot. Drolet, Apparition de Tekakwitha à Chauchetière montrant une église renversée et un autochtone torturé. — (KC AKR P127-3, KA D123) ; (Kateri 1952.06-EV04N03p11). |
1948.09 Groot, Apparition à Anastasie, automne 1948, peinture, Caughnawaga, l'autochtone Kateri Beauvais a servi de modèle. — (Kateri 1949.06-07-EV01N03p08 ; 1951.09-EV03N04p15 ; 1952.09-EV04N04p15). |
1969.06 Anonyme, Apparition de Kateri au P. Claude Chauchetière — (Kateri 1969.06-E080p10 ; 1969.06-F037p10). |
1980.06 Groot, Kateri apparaît à la vieile Anastasie. — (Kateri 1980.06-E124p21 ; 1980.06-F081p21). |
2005-2010 Giovanna Paponetti, The Life and Miracles of Kateri Tekakwitha Native American Saint, 2005-2010, huiles sur toile enchassées dans un autel tabernacle retable en bois d'une hauteur de 18 pieds, San Juan Catholic Church, Ohkay Owingeh NM |
Récit, par Cholenec, des apparitions de Tekakwitha. Transcription par Gagnon 1975, p. 84-86, d'après le manuscrit original de Cholenec 1696, Livre Troisième, p. 68-70. Le 5ième jour après la mort de Catherine, c'était le lundi de Paques, une personne de vertu digne de foi étant en oraison sur les 4 heures du matin, elle lui apparut toute environnée de gloire avec un port plein de majesté le visage éclatant élevé vers le Ciel comme en extase, cette vision si merveilleuse étoit accompagnée de trois circonstances qui la rendent encore plus admirable. Car en premier lieu elle dura deux heures entières pendant les quelles cette personne eut le loisir de la contempler à son aise et le fit avec une jote et un plaisir qu'on ne peut exprimer. Catherine ayant voulut par une si insigne faveur reconnoitre les grands services qu'elle en avait reçu pendant sa vie. De plus cette même apparition fut accompagnée de plusieurs prophéties par autant de simboles qui se voyoient aux deux côtés de Catherine dans son extase desquelles prophéties les unes ont déjà été vérifiées, les autres ne sont pas encore. Par exemple, l'on voyait à sa droite une Esglise renversée et vis à vis à la gauche un sauvage attaché à un poteau et brulé tout vif. Ceci arriva au mois d'avril de l'année 1680 et 1683. La nuit du 20 août un orage si épouvantable, avec tant d'éclairs et de foudres qu'il ne pouvoit être causé que par le malin esprit vint prendre l'Eglise du Sault de 60 pieds de long de pièses sur pièses, la pris dis-je par un angle avec tant de violence que contre toutes les apparences il la renversa sur l'angle opposé et la mit en pièses ; deux de nos Peres qui étoient couchés sur l'Eglise, furent enlevés en l'air avec les pièses un qui étoit accouru de la maison pour sonner la cloche se sentit aussitôt aracher la corde des mains et fut enlevé comme les deux autres ; tous les trois se trouvèrent ensuite à terre sous les débris d'où l'on eut bien de la peine à les retirer, ils crurent avoir le corps tout brisé par une secousse si violente, ils en furent quites pour quelques légères blessures, ce qu'ils attribuèrent aux prières de Catherine ; lorsqu'ils se virent trois ensemble, pour moi, dit l'un, j'ai dit aujourd'hui la messe en l'honneur de Catherine, et moi reprit l'autre j'ai été ce matin a son tombeau, pour me recommander à elle d'une manière toute particulière et moi ajouta le 3e ayant depuis un an une forte pensée qu'il devait arriver quelque malheur à la mission j'ai été tous les jours, depuis ce temps là et aujourd'hui encore prier Catherine à son tombeau de nous en délivrer et je n'ai cesse pendant tout ce temps d'importuner le Supérieur de la mission pour faire transporter les ossements de Catherine dans notre Eglise sans savoir pourquoi je le faisais, voilà ce qui regarde l'Eglise renversée. Pour ce qui est du Sauvage que l'on vit dans cette apparition attaché à un poteau et brulé tout vif cela c'est assez vérifié quelques années après, qu'un Sauvage de notre mission fut brulé à Onontagué et deux femmes les deux années suivantes et nous ne doutons nullement que Catherine qui en avoit donné connaissance si longtemps avant, n'ait obtenu à ces Sauvages la constance admirable qu'ils firent paroître dans les tourments, nous en parlerons à la fin de ce 3ème livre comme d'un effet merveilleux du pouvoir qu'elle a au Ciel. Enfin la 3ième Circonstance de cette apparition remarquable fut que l'année Suivante 1681 le 10 7bre et l'année 1682 le 21 avril, la même personne eût la même vision et dans les mêmes circonstances avec cette seule différence que dans la 1e apparition on lui fit voir Catherine comme un Soleil levant avec ces paroles qu'on lui fit entendre adhuc veni in diem ; au lieu que dans les deux suivantes on la lui montra comme un soleil en son midi avec ces autres paroles, inspice et fac secundum, Dieu donnant à entendre par là qu'il voulait qu'on peignit des images de Catherine. A quoi on hesitait depuis longtemps et qu'ayant été peintes ensuite ont merveilleusement contribué à la faire connaître puisqu'ayant été mises sur la tête des malades elles ont opéré des guérisons miraculeuses. Deux jours après la 1e de ces 3 apparitions, et huit jours après le decès de Catherine, elle se fit voir aussi ala bonne Anastasie de cette manière Cette fervente Chrétienne après que tout le monde fut couché dans la cabane était restée seule en prière ce soir là ; se sentant enfin accablée par le someil elle se coucha sur sa natte pour reposer ; mais à peine commençait elle à fermer les yeux qu'elle fut réveillée par une voix qui l'appelait avec ses paroles : ma mère levez-vous. Elle reconnut la voix de Catherine et aussitôt bien loin d'avoir peur, elle se leva sur son séant et se tournant du côté que venait cette voix elle apperçut Catherine debout auprès d'elle toute brillante de lumière ; elle avoit la moitié du corps caché jusqu'à la ceinture dans cette clarté et l'autre moitié dit cette femme était éclatante comme le Soleil Elle portait en main une croix plus éclatante encore que tout le reste il en sortait tant de lumière que je ne crois pas qu'on puisse rien voir au monde de plus beau je la vis poursuivit elle, distinctement dans cette posture éveillée que j'étais et elle m'adressa ces paroles que j'entendis aussi distinctement ; ma mêre, regardez cette croix ô qu'elle est belle ! elle a fait tout mon bonheur pendant ma vie et je vous conseille aussi d'en faire la votre ; après ce peu de paroles elle disparut laissant sa mère comblée de joie et l'esprit rempli de cette vision qu'après bien des années elle en a encore la mémoire aussi fraîche que le premier jour. Il semble que Catherine en reconnaissance des grands secours qu'elle avait reçu d'Anastasie ait voulu par la vue de cette croix si belle et si ravissante et par les paroles qu'elle y ajoutat la disposer à porter généreusement celle que Dieu lui préparait puisqu'elle a perdu depuis trois de ses enfants tués dans la guerre et dont l'aîné étoit l'un des Capitaines du village ; désastres qu'elle a suportés avec une constance héroïque, tant elle avait été fortifiée intérieurement par cette apparition de sa chère fille. Catherine se fit voir encore à sa compagne un jour que celle-ci étoit seule dans sa cabane ; elle s'asssit auprès d'elle sur sa natte, la reprit de quelque chose qu'elle avait faite et après lui avoir donné quelques avis pour sa conduite elle se retira. au reste la grande affection que Catherine avoit pour la croix et la manière avec laquelle elle apparut à sa mère Anastasie a donné la pensée de la peindre la croix à la main comme la posture qui convenait le mieux à sa personne. |
TEKAKWITHA. |